‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 73 sur 92 · Poèmes anc. et rom., p · texte numérisé non relu

Poèmes anc. et rom., p

« Figurez-vous — nous dit-il en finissant — que j'ai même rejeté de prime abord les hi atus , sans même m'inquiéter des nombreuses conditions qui les rendent harmonieux ou tout au moins inoffensifs. Vous avez lu Texcellent chapitre de Becq de Fouquières sur ce sujet ; il ne laisse plus rien à dire. Mais trop de poètes encore, à côté de si folles et inutiles audaces, n'osent pas conquérir à fond cette nécessaire liberté * ».

1. Les philologues ont louché du doigt ces questions, et démontré la nécessité de les résoudre, ainsi Gaston Paris : « Les poètes, eu connaissant mieux de quoi est fait et comment s'est fait leur noble instrument... oseront peut-être le perfectionner à leur tour, lui rendre les cordes que rien ne force à rester muettes, augmenter la sonorité de celles qu'il possède encore, écarter celles qui ne résonnent plus que par convention, et accomplir enfin dans notre versification une réforme qui devient de plus en plus nécessaire et qui pourrait être un renouveau pour la poésie elle-même. » Le Vers f^rançaU, Préface de Gaston Paris, p. x.

« L'interdiction de^ Thiatus et Texigence des rimes masculines et féminines alternées dispensent les poètes d'étudier par eux-mêmes les conditions variables de la succession harmonieuse des mots et des vers ; la fixation de la mesure des mots, par une prosodie surannée, fait que leurs hémisiiches et leurs vers ne sont complets que sur le papier, et par conséquent éteint en eux le sentiment vivant du rythme; la détermination des rimes^ par une orthographe dont le principe est faux et qui ne suit môme pas fidèlement son principe, efface tellement chez eux rinstinct naturel auquel répond la Jouissance de l'homoph^Die, qu'ils se privent de rimes excellentes et neuves que la langue leur fournira en masse dès qu'on aura levé la plus absurde des prohi« bitions. » P. xiv.

Au point de vue de l'hiatus et de la rime, Guyau (voir Problèmeê) panade les mêmes fd4(!S. El M. Anatole France a dit : « Je puis reconnaître que la prosodie qui s'en va était bien livresque quand elle exigeait que la rime fût aussi exacte pour les yeux que pour l'oreille... C'est le malheur de notre poésie d'être trop littéraire, trop écrite; 11

ne faut pas exagérer cela... Faut-il blâmer les poètes de se permettra l'hiatus quand roreille le permet? Non pas: ils ne font là que ca que faisiit le bon Ronsard. Il est pitoyable, quand on y songe, qu» les poètes français se soient interdit pendant deux cents ans démettre dans leurs vers tu as ou tu es. Qui ne sent au contraire quo^ certains hiatus plaisent à l'oreille? Ces chocs de cristal que font les voyelles dans les noms de Néère ou de Leuconoé et qui ne sont en somme que des hiatus charmants au dedans d'un mot, par quel sortilège deviendraient-ils inharmonieux en sonnant aux bords voisin» de deux mo\^ d'un yers? » Le Temps, 21 décembre 1890.

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