LE MYSTÈRE PASSÉ
Notre amour est à tous les cœurs proclamé !
Il le fallait ; injuste serait ma plainte, Puisque ainsi s'affirme mon droit d*être aimé, De vous aimer, sans honte ni peur, sans feinte. certes ! je suis heureux d'être embaumé.
L'âme prise, en de si rares bandelettes.
Par un bonheur, qui presque, me fait éternel, Auprès d'âmes, qui s'éparpillent, seulettes ! Que tous contemplent à notre doigt Fannel Clair comme l'amour qui ceint d'or notre vie, certes ! nous pouvons bien en être heureux C'est un trésor de gloire que leur envie I
— Mais, ô chère jalouse, n'est-il pas affreux De tant souffrir, chaque minute, par eux Jusqu'au fond de la plus chère jalousie !
De jamais pouvoir vraiment s'appartenir Dans le secret d'un libre intime avenir, Sans que la foule, d'abord, en soit saisie, Comme si deux jeunes êtres pour s'unir, Ne puisaient toute la foi de leur vaillance Qu'en la source vague de sa bienveillance !
Ne jamais être libres ! seuls possesseurs Des baumes dont la vertu nous fait renaître A la joie, à ses plus divines douceurs !
C'est qu'ils sont là, tous, à les vouloir connaître, A s'approcher, à les presser de leurs doigts, A profaner notre adorable mystère !...
Il ■--
— O mystère ! où sont les heures et les mois Où tu gardais en ton ombre solitaire, L'albe nid, Talbe populeuse couvée
De notre âme et de Tespérance rêvée !
Comme, alors, notre amour vivait loin de terre, Au plus haut des verts projets et du feuillage Sous Tabri de notre seule conscience !
Bien inconnus, et sans autre voisinage, Petits échappés à notre impatience, Que nos propres désirs duvetés à peine, Nous vivions d'une paix, alors souveraine.
Et notre empire s'étendait libre encore, Notre vierge pensée occulte était reine En l'infini de tout ce qu'une autre ignore... Ainsi, nul ne nous subjuguait que nous-mêmes Et nous pouvions nous croire des créateurs !
— Mais, nous les reconquerrons ces biens suprêmes Malgré tous, et sur de nouvelles hauteurs, N'est-ce pas, libre enfant que j'aime, qui m'aimes ?...