‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 82 sur 92 · DE L'OMBRE A LA LUMIÈRE · texte numérisé non relu

DE L'OMBRE A LA LUMIÈRE

(Suite d*éveDtail8 japonais)

C'est la nuit, la lune froide, l'eau dormante, Et la peur des roseaux sombres, tout autour... Là pourtant, un blanc vol glissait d'âme aimante Lorsque a fondu l'étreinte âpre du vautour.

L'âme emportée, invisible, au ciel de neige, Trois corbeaux suivent sa trace dans les airs ; Et le vent fait un sinistre manège, Sous la lune, au fond des nuages déserts.

Mais échappée h l'horreur du ciel livide

An vautour, à tous les corbeaux, & la mort,

Elle revoit une aube rose, et le vide

De l'eau très vague, avec des pécheurs, au bord..

C'est la vie, après la nnit et les secousses, Dans le vague d'un rose assoupissement ; Avec ses clartés roses, jaunes et rousses, C'est la vie aux chrysanthèmes d'un moment.

On revit dans des aubes fraîches, si douces, Que bientdt le bleu de vos illusions Y fait s'épanouir dans les lueurs rousses De plus larges fleurs, des fleurs de visions.

Puis, la réalité vous prend : l'on espère Pouvoir la vivre, et crûment vivre, en plein jour ; On veut rire, et près de quelque réverbère S'oublier dans la grimaoe de l'amour.

&-.^iSFÇi»-^

ACHÈVEMENT DE l'ÉVOLÛTION 287

Ce n*est point par le rire que la souffrance Fait florir Toubli de sa damnation :

Que Tâme germe en des semis d'espérance Jetés au champ rouge de la passion !

Que l'âme monte aux plénitudes sereines D'un azur mat, calme et pâle, ou transparait, En de songeuses paix d'esprit souveraines, Par délicates lueurs, un pur secret!...

Que surtout, soit au bonheur des fières âmes, Loin des ciels ou des labouri^ de tout éveil, Le champ unique : l'or éclatant des flammes Prises à la source même d'un soleil !

Et lorsque est trouvé l'astre : ô Toi, le domaine Du renouveau dernier si gaîment neigeux, C'est d'abord une ivresse folle qu'amène Le splendide triomphe ailé de nos jeux.

C'est enfin la définitive conquête D'un royaume avant tout autre étincelant, Par un vol d'âme fixe, en un ciel de fête Que dore notre seul éblouissement !

Page 1