‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 83 sur 92 · L'ANNEE DE VEILLE · texte numérisé non relu

L'ANNEE DE VEILLE

Passe un soufle : et le pollen d'amour baise les fleurs ; Il suffit, pour que les oiseaux s'aiment, des chaleurs, Par les primes aubes d'avril, un temps, allumées. Passe un réye : et de subtiles âmes sont aimées ; Il suffit, pour qu'aiment tous les êtres, d'un désir, Rêve, souffle chaud, qui viennent, un temps, les saisir.

Il suffit au péril des amours le vent qui passe..»

O ces amours ! ô les jouets de l'air dans l'espace !

Jouets que la brise a d'une aile molle enfantés,

Pour un rêve, inconscient esclave des étés.

Les élus ne savent pas voir que leur jouissance

Est un acte, en dépit d'eux-mêmes, d'obéissance

Envers les tyrans que sont les aveugles instincts.

Formé par le caprice des plus vagues destins,

Leur bonheur est d'une bien légère nourriture

Car c'est un fruit qui n'est point l'œuvre de leur culture !

— Mais nous, dès qu'une tendre brise eut porté vers nous Les germes d'un amour subit, infiniment doux, Réprimant toute confiante ardeur souveraine, Nous eûmes soin d'éprouver en nous la bonne graine. De Tenfouir dans les labours profonds de nos cœurs. Et d'attendre, —avant denousproclamer des vainqueurs.

ACHÈVEMENT DE l'ÉVOLUTION 289

Alors anxieux, bien qu'avec la foi d'un apôtre, Chacun veillait aux récoltes futures de l'autre... O la splendeur de nos victorieuses moissons, Toutes deux pareilles, et sous les mêmes frissons Roulant des vagues de plein bonheur et de lumière ! Nous aurons nourri, maintenant, notre vie entière. Pour n'avoir pas vu dans l'amour qu'un fruit de hasard, Et — malgré la cruelle attente, la maigre part Faite aux vœux de tous nos désirs de prompte allégresse Par plus d'un an d'un lent examen dans la tendresse, — Pour avoir voulu plus longtemps aimer que des fleurs, Et d'un long penser mûrir la moisson de nos cœurs !

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