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» des adolescents, n^ont pas produit d'immenses bienfaits, » «n Angleterre, depuis 1844?
» D'après la loi française, l'adolescent doit fournir
» soixante-douze heures de travail par semaine; d'après la » loi britannique , il n'en fournit que soixante-neuf, trois » étant ôtées du travail du samedi. Cela réduit en réalité » d'uèie demi-heure la journée moyenne de l'adolescent en » Angleterre, tandis qu'en France elle est de douze heures » sans réduction.
» De plus, chez les Anglais, le travail de douze heures » ne peut atteindre que l'adolescent de treize ans, tandis » que chez nous il atteint celui de douze ans. Chez les An- » glais, on ne pouvait, jusqu'à 1844, demander huit heures i> de travail qu'à des enfants d'au moins neuf ans ; chez » nous, cette durée de travail peut être demandée à des » enfants de huit ans.
» Chez les Anglais, le travail de nuit est absolument inr- » tei^dit aux adolescents; chez nous, il esi permis, pour ré- » cupérer le temps perdu par l'effet d'un chômage du mo- » teur mécanique, et pour opérer des réparations urgen- •» tes (1).
)) Nous vous montrons avec soin tousce^ contrastes, mes- » sieurs les pairs, afin de vous bien coi^vaincre que notre
(1) Le hill du 8 juin 1847, complété par le bill de 1850, a limité à dise heures par jour le travail des femmes et des enfants employés dans les manufactures [factories], La loi anglaise laisse dans le droit commuu les ouvriers adultes du sexe masculin ; mais comme, dans la plupart des manufactures, les femmes et les enfants sont les auxiliaires inséparables des ouvriers, la restriction qui, en théorie, ne s'applique qu'à une partie de la population laborieuse, s'est en réalité étendue à tous les travailleurs, sans distinction de sexe ou d'âge.
Le bill des dix heures est aujourd'hui la règle commune des centres industriels de l'Angleterre. Les ouvriers reconnaissants ont fait frapper une médaille en or, à Teffigie de la reine Victoria. Ils la lui ont offerte, et lui ont montré une scène d'intérieur gravée sur le revers ; une famille d'ouvriers est réunie à la lueur d'une lampe; chacun est à sa place et remplit son rôle : le père lit, la femme soigne le ménage, les enfants s'amusent.
Les inspecteurs des manufactures, dans les rapports qu'ils adressât chaque année au gouvernement anglais, constatent que la limitation des heures de travail, éminemment favorable à la santé aussi bien qu*aii progrès intellectuel et moral des ouvriers, n'a point causé la perturbatioii économique que les adversaires de la loi attendaient. L'ouvrier, plus dispos, plus capable d'attention, a produit une somme égale on pins ibrt#
» loi de 1841, pourrions-nous le dire sans hésiter? N'ÉTAIT » PAS TROP HUMAINE ; qu'elle ne protégeait pas trop » l'adolescence et l'enfance ; qu'au contraire, elle protégeait » moins ces deux classes de travailleurs que ne le faisait » l'Angleterre. »
N^étaitpas trop humaine I... k ces mots de M. Charles Dupin, qui datent de 1847, qui dépeignent l'aveuglement do toute une époque et l'égoïsme de toute une classe, et qui expliquent la révolution de 1848, que puis-je ajouter d'aussi expressif et d'aussi vivement coloré ?
Je suis de l'avis de M. Blanqui, collègue de M. Charles Dupin à l'Institut :
a Tant que l'enfant ne pourra naître et vivre dans une » habitation salubre et tolérable , tant qu'il sera attaché » prématurément à la glèbe de l'atelier au lieu d'aller à » l'école, il n'y a rien à espérer pour l'amélioration physi- » que et morale de la classe ouvrière. »
La preuve que M. Blanqui a raison se trouve dans cet aveu de M. Léon Faucher :
(( L'esclavage des enfants, voilà le caractère des sociétés » qui reposent sur Vindustrie\ce fait caractéristique estsur- » tout frappant dans la Grande-Bretagne, en raison directe » des développements que Vindustrie y a reçus.
» Dans les sociétés les plus avancées, l'on opprime et » l'on dégrade l'enfant. Il y a là de quoi humilier profon- » dément l'esprit humain et de quoi faire douter du pro- » grès. »
Cependant, il existe dans la Grande-Bretagne quatre bills en faveur de ces enfants employés dans les manufactures, desquels on a dit qu'ils étaient une « fabrique ambulante » de criminels. » 11 existe : 1° Le bill de 1802, interdisant le
d'un travail mieux soigné qu'auparavant. Son salaire n'a pas varié, à moins qu'il ne s'accrût. Les profils du maître n'ont pas baissé. Si quelques fabricants anglais ont eu à souffrir des lois nouvelles, c'est qu'ils avaient négligé de se tenir au courant des progrès incessants de la mécanique ; ils s'obstinaient à se servir d'instruments arriérés.
ni. 11
travail de nuit aux apprentis c^gés de moins de seize ans, dans les usines h moteur mécanique, et ne permettant de les faire travailler dans le jour que douze heures; 2^ le bill de 1833, établissant deux catégories : les adolescents, comprenant les jeunes ouvriers de treize à dix-huit ans, pouvant être assujettis à un travail n'excédant pas onze heures et demie par jour; les eiifants^ comprenant les garçons et filles ayant moins de treize ans et pouvant être assujettis à un travail n'excédant pas huit heures par jour ; 3^ le bill de 1847; 4° le bill de 1850 surnommé le bill des dix heures. Que prouve l'impuissance législative en ces matières? Elle prouve que, hors la liberté dominant la concurrence, il n'y a que des palliatifs.
§ VI. — Les Prisons et les Colonies pénitentiaires.
Maintenant, sortez de l'atelier pour entrer dans la prison; mais, avant d'y entrer, ouvrez votre propre rapport, page 22, et vous y lirez cette condamnation du régime des prisons d'État :
« Si enfin, entraîné par l'inexpérience de son âge, sans » être né pour le mal, il y tombe passagèrement, les prisons ^ de l'État, loin d''être pour lui un lieu de régénération ma- » ?'a/e, deviennent un lieu de corruption d'où il ne sort que » pour être un scélérat consommé... »
Et c'est après avoir prononcé contre la vieille société un pareil arrêt, qu'oubliant ce que vous veniez d'écrire, vous dites à la page suivante, page 23 :
« Tels sont les soins que doit a l'enfance et à l'adoles- » cence une société charitable et prévoyante. La vieille sey) ciété, SI calomniée , 7i''a négligé aucun de ces soins. »
0 inconséquence !
Vous nites que la vieille société a été calomniée, et vous avouez que les prisons d^État qu'elle a prodiguées sont des lieux de corruption d'où Von ne sort que pour être un scélérat consommé! Ne sauriez-vous donc pas à quel chiflVe
s'élève la population totale de nos prisons? — Elle s'élève à 120,000 détenus. Paris seul en compte 25,000 ; 20,000 libérés par an sont rejetés dans la société. Comment I « les » prisons sont des lieux de corruption d^oii Von ne sort que » pour devenir un scélérat consommé^ » et cette (c vieille soy> ciété CALOMNIÉE » ne sait faire qu'une seule chose : prodiguer la peine de l'emprisonnement pour une foule de délits imaginaires, pour une multitude de petites contraventions! Prodiguer cette peine, non-seulement comme moyen répressif, mais encore préventivement I
La mesure rigoureuse de Varrestation préventive a été appliquée, en 1848, à 66,865 individus; elle l'avait été, en 1847, à 82,247. Sur les 66,865 inculpés arrêtés préventivement, 1,416 seulement ont été mis en liberté provisoire sous caution ; 4,330 ont été condamnés par les cours d'assises, et 35,274 par les tribunaux correctionnels; 7,428 ont été acquittés par ces deux juridictions ; 1,040 ont été déchargés des poursuites par les chambres d'accusation, et 17,377 par les chambres du conseil. Les 25,845 prévenus acquittés ou déchargés des poursuites avaient été détenus : 18,239, moins d'un mois; 4,039, d'un mois à deux; 1,590, de deux à trois mois ; 1,487, de trois à six mois, et 490, plus de six mois.
Soixante-sept mille individus arrêtés préventivement dans une seule année ; sur ce nombre, vingt-six mille prévenus acquittés, 0 vieille société, plains-toi donc d'avoir été calomniée I Loin de t'en prendre h toi-même et de t'accuser de tes propres fautes, impute-les donc au socialisme qui s'efforce d^ les sonder et de les réparer!
La prison de la Roquette, dont le prix à payer par l'Etat est fixé à 240,000 fr., y compris le mobilier, n'a pas coûté, pour les constructions seulement, moins de quatre millions et demi. 400 détenus peuvent y être renfermés ; c'est donc, pour chacun d'eux, un loyer de 550 et quelques francs.
Les colonies agricoles d'enfants trouvés, orphelins, pauvres et abandonnés, sont au nombre de 19, y compris l'Al^ gérie; leur population est de 1,323 enfants. Ce sont des fondations privées, et l'on voit dans quelles étroites hmites
elles opèrent. Qu'il ne soit donc pas question ici, sinon en termes très modestes, des colonies agricoles pénitentiaires I
En vérité, il faudrait désespérer de Pavenir et maudire la civilisation, s'il était vrai, ainsi que vous l'affirmez, qu'il soit impossible, a sans sortir des vrais principes sociaux^ » d'imaginer d'autres manières de venir au secours de l'enfance que celles que vous avez énumérées.
Heureusement j'espère prouver qu'il existe une manière de venir au secours de Tenfance et de l'adolescence, plus efficace, plus économique, plus simple, plus conforme surtout « aux vrais principes des choses, » que celle que vous admettez, et qui consiste à faire intervenir l'État, tout juste ce qu'il faut pour en attester l'impuissance séculaire.
C'est ce qui résulte des témoignages suivants :
DE SAiNT-PRiEST, représentant : « Chaque année, les pri- » sons rejettent dans nos villes et nos campagnes, avec » toutes les habitudes du mal, avec l'esprit de dépravation » et de perversité, plus de trente-trois mille libérés de leurs » peines, parmi lesquels un tiers, au moins, retombe dans » le crime. »
CORNE, représentant : « L'éducation pénitentiaire n'est » pas réellement donnée ; les enfants sont contenus par la » discipline des prisons ; ils ne sont pas élevés. Une écono- » mie étroite a subordonné des questions de justice et de » haut intérêt social à une question d'argent (1).
Que reproche-t-on au socialisme, encore brut, qui est dans le présent h ce qu'il sera dans l'avenir ce qu'est au minerai de Yorkshire l'acier de Scheffield? On lui reproche de méconnaître les lois naturelles en demandant à l'État d'entreprendre ce qu'il n'appartient qu'à l'individu de réaliser.
Le même reproche peut et doit vous être adressé. Entre ce socialisme, qui, voyant clairement le but et le mal, se trompe de chemin et de remède, et vous qui avez la prétention de proclamer les seules lois qui soient sages et appli-
(1) Loi sur le patronage des jeunes dcHonn?.
cables, les seules doctrines qui soient vraies et raisonnées, il n'y a qu'une étroite et douteuse question de plus ou de moins. C'est ce qui résulte de votre propre déclaration, dont je vais transcrire les termes :
(c L'individu qui donne fait bien, s'il donne tout ce qu'il » peut; s'il va même au-delà, il est l'imprudent ieplus tou- » chant, le plus digne d'être aimé. VÉtat^ de même, doit » donner tout ce quHl peut ; mais, s'il allait au-delà, s'il » donnait plus qu'il ne peut, il ne serait pas ce noble » imprudent si digne d'être aimé, qui donne au-delà de ses » moyens pour soulager les misères d'autrui ; il serait cou- » pable, car l'État ne peut pas être imprudent ; il serait » spoliateur^ car VÉtat ne donne pas comme IHndividu son » propre bien, il donne le bien de tous, et, comme dans Vim- » pôt il entre la contribution des pauvres, et des pauvres » plus que des riches, à cause de leur nombre, il prendrait à » certains pauvres pour donner à certains autres, ce qui se- » rait non-seulement injuste, mais absurde et déraisonna- » ble. Ce sont par conséquent les notions de justice qui » doivent éclairer sa conduite, prendre place ici à côté des » notions de bienfaisance. Ainsi, VÉtat comme Vindividu » doit être bienfaisant, »
Vous voulez que l'État donne tout ce quHl peut, vous voulez que l'État, comme Vindividu, soit bienfaisant! M. Louis Blanc est moins exigeant envers l'État, il ne lui demande pas de donner et d'être bienfaisant ; il se borne à lui demander de prêter et d'être banquier. Lequel de vous deux demande le moins, lequel exige le plus ? N'avais-je donc pas raison quand je disais plus haut qu'entre vous et le socialisme qu'aveugle l'ardeur de sa foi, il n'y avait qu'une étroite et douteuse question de plus ou de moins ?
A la fois adversaire bruyant du droit au travail et partisan honteux du droit à l'assistance, apôtre des tours d'exposition, de la crèche, de la salie d'asile et des colonies de jeunes détenus, il ne vous manque, pour être un parfait communiste, qu'un peu de logique.
166 fl950.