AGE MUR
§ L — Droit au travaiL
A chaque page de voire rapport, à chaque question qu'il effleure se retrouve la double empreinte de témérité et de timidité qui est le cachet de tous vos actes, de tous vos discours et de tous vos écrits. Homme d'État, jamais vous n'avez avancé que pour reculer ; écrivain, dès que vous proclamez un principe, on peut être certain que vous allez le fausser, l'éluder ou le déserter. Vous avez raison, puisqu'il suffit de ne pas conclure pour mériter le nom d'homme pratique, et de s'abriter derrière une phrase : « La limite du » possible, » pour cacher son impuissance.
Au-dessous de ces mots : âge mur, je lis dans votre rapport :
(( L'homme, à cet âge, doit se suffire non-seulement à » lui-même, mais suffire aux besoins de sa femme, de ses » enfans, de ses père et mère ; aux besoins de sa femme, )> pour qu'elle le soigne a son tour dans les moments de » chagrin et de maladie ; h ceux de ses enfants, pour qu'ils » lui rendent ces soins plus tard, aux jours de sa vieillesse ; » à ceux de ses parents, enfin, pour acquitter la dette qu'il » contracta envers eux au temps de son enfance. »
Je dois croire que vous allez faire sortir des entrailles de cette vérité féconde toute la génération d'idées qu'elle renferme. Je retourne impatiemment la page de votre rapport, et cette fois, comme toujours, le règle que vous avez posée a disparu pour faire place à l'exception qui la détruit; toujours vous finissez par mettre les considérations au-dessus des principes, au lieu de mettre les principes au-dessus iies considérations.
J'aurais dû m'attendre que, puisque vous veniez de déclarer que l'homme parvenu à l'âge mûr doit se suffire, non-
seulement à lui-nféme, mais suffire aux besoins de sa femme, de ses enfants, de ses père et mère, vous alliez dire :
« La Commission a néanmoins reconnu qu'il était des » misères pour l'âge mûr, comme pour l'enfance et la vieil- » lesse, misères malheu^usement trop réelles auxquelles » la société ne pouvait rester msensible et devait tâcher » d'apporter remède. »
J'aurais dû m'attendre que, dès que vous repoussiez avec dédain le droit au travail, vous alliez l'admettre avec humilité.
En effet, page 35, vous dites :
<( Droit au travail, — Nous ne nous appesantirons pas » sur ce PRÉTENDU moyen de venir au secours du peuple... y> Le droit au travail est une invention insensée (1). »
Mais, page 37, vous vous exprimez ainsi :
a S'efforcer, dans les limites du possible, sans autre obli- » gation que celle d'une bienfaisance prévoyante, de mé-
(1) Ea tous cas, rinvention n'est pas nouvelle, car elle remonte à trois nts ans, ainsi que Tatteste le document suivant :
cents
Béglement et police des pauvres de la ville de CharlreSy en date du 11 mars 1555.
« OuY laquelle remontrance dudit Nicole, ensemble les avis et opinions de tous les dessus appelés et comparus, comme dessus, chacun en particulier, l'un après l'autre et par ordre; et, suivant leurs avis et opinions, a été conclu, arrêté et ordonné en icelle assemblée : que, pour le commencement de cette bonne entreprise, il sera fait mardy prochain une description du nombre des pauvres invalides et autres de cette ville et fuuxbourgs de Chartres, tant hommes que femmes, fils et filles, de la qualité et âge d'iceux et de la maladie qu'ils ont, soit ^ temps ou à perpétuité, et ce en chacune des paroisses de celte ville et fauxbourgs de Chartres, par les juges et officiers du roy notre Sire, de ladite ville, chacun en sa paroisse, parle premier des conseillers du siège présidial de Chartres, sur ce requis, appelés avec eux pour chacune desaites paroisses le curé ou vicaire avec lesdits gagers d'icelle paroisse, qui seront contrains sans aucune difïiculté, et quelqu'autre empêchement particulier qu'ils aient ou puissent avoir à faire, vaquer au fait d'icelle description desdits pauvres, pour en faire leur rapport en la chambre de ladite ville de Chartres, chacun à leur égard, véritablement, et sans porter affection et faveur aux uns [lus qu'aux autres.
» Qu'il sera aussi publié parles carrefours de cette ville et fauxbourgs de Chartres, et fait à sçavoir que toutes personnes maudians valides, soit hommes ou femmes et puissans, qu'ils aient à s'adresser dedans lundy prochain pardevers les échevius et gouverneurs de ladite ville, pour être
168 fl8&0.
» nager du travail aux ouvriers inoccupés^ est un soin que