PLATON
180 tS&d.
gabonds, nonobstant opposition ou appel, sauf les cas où ils seront condamnés h fti mort ou à la toi'ttire.
En 1524, un édit prononce contre les mendiants la peine de la marque et du bannissement.
En 1532, le Parlement ordonne que les mendiants seront enchaînés deux à deux et employés au curage des égàuts de Paris, avec la peine du fouet pour ceux qui simuleraient des infirmités.
En 1534, un édit de François I®"^ condamne les vagabonds au supplice de la roue.
En 1535, une loi enjoint aux mendiants de quitter la capitale sous peine d'être pendus.
Fn 1561, une ordonnance de Charles IX les condamne aux galères.
En 1566, est ajoutée à cette peine celle du fouet.
En 1639, Louis XIII les condamne aux galères.
En 1687, sous Louis XIV, une déclaration du 28 janvier condamne les vagabonds et les mendiants, savoir : les hommes aux galères et les femmes au fouet^ à la marque et au bannissement.
En 1700, la déclaration du 25 juillet leur interdit Paumône, à peine, à Fégard des hommes, d'être fustigés pour la première fois, pour la seconde d'être condamnés aux gch lères pou/cinq ans; et, à l'égard des femmes, d'être enfermées pour un mois dans les hôpitaux^ et, en cas de récidive, d'être fustigées et mises au carcan.
En 1720, sous la régence, une ordonnance du 16 mars condamne les vagabonds et mendiants, en état de mendicité, à être transportés dans les colonies.
En 1724, une déclaration datée de Chantilly condamne les vagabonds et les mendiants, pris en contravention après le délai de quinzaine, à trois mois de prison, et à être marqués^ à leur élargissement, d'un M au bras, et s'ils sont arrêtés une troisième fois en quelque lieu que ce soit, la peine sera de cinq ans de galères au moins pour les hommes valides, et pour les femmes, celle d'être enfer-
niées dans les hôpitaux généraux, h perpétuité s'il y a lieu, et sans que la peine puisse être moindre de cinq années.
Était-il possible de porter les rigueurs contre la mendicité plus loin que le fouet, la marque, les galères, la transporta tion aux colonies, le pilori, la torture, la roue et la peine de mort? Cependant qu'ont produit ces rigueurs? Avaient-elles détruit, en 1789, la misère et la mendicité?
Moins rigoureuses, les lois du 14 décembre 1789, du 24 août 1790, du 22 juillet 1791, du 15 octobre 1793, du 2 octobre 1795, du 27 novembre 17%, et enfin les dispositions 269 à 282 du Code pénal (1) ont-elles été plus efficaces ?
(1) § n. VAGABONDAGE.
« 269. Le vagabondage est un délit, l. cr. 179. P. 1, 270, S. » 270. Les vagabonds on gens sans aveu sont ceux qui n'ont ni domicile certain, ni moyen de subsistance, et qui n'exercent habituellement ni métier ni profession. I. cr. 115, 553, S.
» 271. Les vagabonds ou gens sans^veu qui auront été légalement déclarés tels seront, pour ce seul fait, punis de trois à six mois d'emprisonnement. Ils seront renvoyés, après avoir subi leur peine, sous la sur- Sreillance de la haute police, pendant cinq ans au moins et dix ans au plus. T. 40, S. 44, 50. — Néanmoins, les vagabonds âgés de moins de seize ans ne pourront être condamnés à la peine d'emprisonnement *, mais, sur la preuve des faits de vagabondage, ils seront renvoyés sous la surveillance de la haute police jusqu'à l'âge de vingt ans accomplis, à moins qu'avant cet âge ils n'aient contracté un engagement régulier dans les armées de terre ou de mer. P. 66, 67.
» 272. Les individus déclarés vagabonds par jugement pourront, s'ils sont étrangers, être conduits, par les ordres du gouvernement, hors du royaume. I. cr. 179, 190. P. 228, 229, 273.
» 273. Les vagabonds nés en France pourront, après un jugement même passé en force de chose jugée, être réclamés par délibération du conseil municipal de la commune où ils sont nés, ou cautionnés par un citoyen solvable. C. 2019, 2040, 2041. I. cr. 114, 120, 179, 190. --Si le gouvernement accueille la réclamation ou agrée la caution, les individus ainsi réclamés ou cautionnés seront, par ses ordres, renvoyés ou conduits dans la commune qui les a réclamés, ou dans celle qui leur sera assignée pour résidence^ sur la demande de la caution. P. 44, 46, 228, 229, 272.
•f § III. MENDICITÉ.
» 274. Toute personne qui aura été trouvée mendiant dans un lieu pour lequel il existera un établissement public, organisé afin d'obvier à la mendicité, sera punie de trois à six mois d'emprisonnement, et sera, après l'expiration de sa peine, conduite au dépôt de m(indicité. P. 40, S. 275, S. 277, S.
» 275. Dans le lieu où il n'existe point encore de tels établissements, les mendiants d'habitude valides seront punis d'un mois à trois mois d'emprisonnement. P. 40, S. 274, 276. — S'ils ont été arrêtés hors du canton de leur résidence, ils seront punis d'un emprisonnement de .six mois à deux ans. P. 277, S.
» 276. Tous mendiants, même invalides, qui auront usé denàcnaccs, ou
182 tSÔO.
Le 2 septembre 1807, l'empereur Napoléon écrit au ministre de Pintérieur :
a La mendicité est un objet de première importance. Il faut » s'arranger pour qu'on dise : Tout mendiant sera arrêté. » Mais l'arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou » absurde 1 il ne faut l'arrêter que pour lui apprendre à ga- » gner sa vie par le travail. Il faut une ou plusieurs mai- » sons ou ateliers de charité par dépôt... Il faut voir cela en » grand. Il s'agit d'un impôt d'environ dix millions, qui pè- » sera par voie de centimes additionnels sur tous les dé- » partements.
» J'ai décrété cmT dépôts^ et je prends à cœur l'extinction T> de la mendicité... Avant huit jours, il faut que la mendi- » cité soit interdite, les dépôts constitués, les maisons rem- )) plies de mendiants... Les autres départements suivront
seront entrés, sans permission du propriétaire on des personnes de sa maison, soit dans une habitation, soit dans un enclos en dépendant,?. 277; ou qui feindront des plaies ou infirmités, ou qui mendieront en réunion, à moins que ce ne soient le mari et la femme, le père ou la mère et leurs jeunes enfants, Taveugle et son conducteur, seront punis d'un emprisounement de six mois à deux ans. P. 265, S. 40, S. 277, S.
Dispositions communes aux vagabonds et mendiants,
» 277. Tout mendiant ou vagabond qui aura été saisi travesti d*une manière quelconque, P. 269, S. 274 ; ou porteur d'armes, bien qu*il n'en ait usé ni menacé, P. 101; ou muni de limes, crochets on autres iustmmcnts propres, soit à commettre des vols ou d'autres délits, soit à loi procurer les moyens de pénétrer dans les maisons, P. 276, sera puni de deux à cinq ans d'emprisonnement. P. 40, S. 44, 282.
» 278. Tout mendiant ou vagabond qui sera trouvé porteur d'un ou de plusieurs effets d'une valeur supérieure à cent francs, et qui ne justifiera point d'où ils lui proviennent, sera puni de la peine portée en l'art. 276. P. 40, S. 44, 282.
» 279. Tout mendiant ou vagabond qui aura exercé quelque acte de violence que ce soit envers les personnes sera puni de la réclusion, sans préjudice de peines plus fortes, s'il y a lieu, à raison du genre et des circonstances delà violence. P. 7-6«, 21, 28, 44,47, 282.
» 280. Abrogé par la loi du 28 avril 1832.
» 281. Les peines établies par le présent code contre les individus porteurs de faux certificats, faux passeports ou fausses feuilles de route, seront toujours, dans leur espèce, portées au maximumy quand elles seront appliquées à des vagabonds ou mendiants. P. 7-6"*, 8-l^, 40, S. 44, 153 à 161, 282.
ï> 282. Les mendiants qui auront été condamnés aux peines portées par les articles précédents seront renvoyés, après l'expiration de leur peine, so:i8 la surveillance de la haute police pour cinq ans au moins et dix ans au plus. P. 44, 50. i»
t l'exemple de Paris, Versailles, Beauvais et MeJun... L'ad- » ministration est une affaire d'exécution ; les règles gérié- » raies ne suffisent pas. Il faut aller successivement d'un » point à l'autre, et marcher comme les siècles. »
Il ajoute :
a J'y attache une grande idée de gloire. Il ne faut pas » passer sur cette terre sans y laisser de traces qui recom- » mandent notre mémoire à la postérité.
» N'allez pas me demander encore des trois ou quatre
» mois pour obtenir des renseignements : vous avez de jeu-
» nés auditeurs, des préfets intelligents, des ingénieurs de
» ponts et chaussées instruits ; faites courir tout cela, et ne
» vous endormez pas dans la routine ordinaire des bu-
» reaux.
» Il faut également qu'avant le 15 décembre tout ce qui ^ est relatif à la caisse des travaux publics soit mûri et pré- ^ vu, afin que l'on puisse préparer tout, de manière qu'au » commencement de la belle saison la France présente le ^ spectacle d'un pays sans mendiants et où toute la popu- » lation est en mouvement pour embellir et rendre produc- » tif notre immense territoire. »
Cette même année 1807 , l'empereur Napoléon décrète CENT dépôts de mendicité ; trente-cinq ans après, en 1842, combien en existait-il ? — Deux, savoir : un à Villers-Cofterets et l'autre à Montreuil.
Le décret du 5 juillet 1808 n'existe plus que dans l'histoire. L'expérience a condamné les dépôts de mendicité que vous voulez relever et généraliser.
Hâtez-vous donc, ô saint Vincent de Paul ! de construire des dépôts de mendicité à l'instar des Workhouses ; mais, ô Malthus ! n'y oubliez pas le tread-wheel et le ti^eadr-mill !
§. V. — Amélioration des logements.
Vous vous exprimez ainsi :
<i L'humanité, jointe à un grand intérêt de l'Etat, com-
184 tSftO.
» mande de veiller à cette ptirtie de Texislenee de l'ou- » Vrier, par cela ni^nie qu'il y songe moins; mettant son » orgueil h Hvc bien vc^tu les jours de f(^te,son sensualisme » h boire avec excès, et s'inquiélant peu de la salubrité des y> lieux où il ne passe (lue la nuit. »
Si ce tableau que vous tracez est vrai, comment donc expliquez-vous que l'État et que cette vieille société, que vous prétendez avoir été calomniée^ aient mis tant de négligence pendant si longtemps à veiller à cet intérêt que vous déclarez si grand? Cette négligence est attestée par un témoin dont vous ne récuserez pas le témoignage, car il est l'un des trente membres de la commission qui vous a nommé son rapporteur ; écoutez M. Béchard :
« Les habitations des ouvriers de Paris n'existent que » dans certains quartiers et dans certaines rues de ces » quartiers : ce sont des maisons vieilles, délabrées et mal » tenues ; les logements sont sales, mal éclairés, mal fer- » mes. Ils sont étroits ; et comme les parents et les enfants y> vivent et couchent dans la même chambre, l'encombre- » ment qui en résulte est une cause d'insalubrité en même » temps qu'il offense les bonnes mœurs. Les garnis des y> ouvriers nomades sont des foyers d'infection, quel- » ques-uns de véritables égouts. Il y a, dit M. Frégier, des » chambres garnies qui contiennent jusqu'à neuf lits se- » parés par de petites ruelles, suffisant à peine au passage » des habitants, et ces lits sont bien souvent occupés par )) deux personnes qui ne se connaissent pas et ne se sont » jamais vues.
» La différence des sexes n'est pas un obstacle à ces co-
y> habitations nocturnes et fortuites, quoique les préposés
» de la police ne néghgent rien pour empêcher les désc»*-
» dres. Parmi les chambrées de femmes, il en est une, dans
» le quartier de la Cité, qui est renommée parle tableau de
» décrépitude et d'abjection qu'elle présente. Les femmes
» qui l'occupent habituellement sont de vieilles ivrognes-
» ses, dont plusieurs sont suspectes de vivre de vol. Ld po-
» lice a l'œil ouvert sur ces femmes, comme sur tous les » habitants des mauvais garnis. Il arrive quelquefois aux » agents de faire des descentes au point du jour dans cette » chambrée immonde, et de voir toutes les femmes qui » l'occupent sur leur séant, pour faciliter les recherches. » Le spectacle de ces momies animées a quelque chose de » sépulcral, et l'on dirait que le célèbre auteur de Gil Blas » y a esquissé jadis le portrait de Léonarde. »
Cette négligence coupable n'est pas seulement attestée par M. Béchard, elle l'est également par M. de Riancey, chargé du rapport spécial sur la proposition de M. de Melun, et qui s'exprime ainsi :
(( Il est impossible, en effet, de se rendre compte de I'é- » TAT DÉPLORABLE d'uu grand nombre de logements oc- » cupés par la majeure partie des pauvres et des ouvriers, » surtout dans les villes industrielles; il est impossible de » contempler les effets redoutables de leur insalubrité, » sans reconnaître qu'il y a là un mal profond et invétéré » sur lequel la sollicitude du législateur doit être nécessai- » rement appelée.
» L'humidité, les infiltrations, l'air vicié et corrompu » causent souvent une mortalité effrayante. Tandis que les » constitutions les plus robustes s'affaiblissent et s'épui- » sent, les natures plus délicates s'étiolent et succombent. » La phthisie enlève les femmes et les jeunes filles ; les » scrofules, le rachitisme torturent les enfants. C'est avec » épouvante et avec horreur que l'on contemple des géné- » rations entières décimées et dont les débris languissent » énervés, incapables de fournir au recrutement de nos ar- » mées, propageant au milieu de nos grandes cités des ty- » pes dégénérés et des races abâtardies.
» Il faut le dire, les conditions actuelles des habitations » favorisent le développement de ces maux et en augmen- » tent l'intensité.
» Si l'ouvrier trouve dans son habitation la propreté et la » salubrité, il s'y plaira, il y restera ; — l'insalubrité du lo-
» gement, qui amène le dégoût du foyer domestique, est » l'un des plus actifs pourvoyeurs du cabaret.
» Tout le monde sait ce que sont les rues de Lyon; tout » le monde connaît ces impasses nombreuses, obscures, ir- )) régulières, traversées par des escaliers qui conduisent de » l'une à l'autre, ces cours si petites et d'une saleté si re- » poussante, ces constructions d'une hauteur excessive et » d'une malpropreté insigne (1), où sont entassés les 25,000 » métiers de cette illustre et malheureuse cité.
» A Rouen, c'est encore peut-être plus intolérable. « On » n'entre dans les maisons que par des allées basses, étroî- » tes et obscures, où souvent un homme ne peut se tenir » debout. Les allées servent de lit à un ruisseau fétide chargé » des eaux grasses et des immondices de toute espèce qui » pleuvent de tous les étages, et qui séjournent, dans de » petites cours mal pavées, en flaques pestilentielles. On y » monte par des escaliers en spirale, sans garde-fous, sans » lumière, hérissés d'aspérités produites par des ordures y> pétrifiées, et on aborde ainsi de sinistres réduits, bas, mal )) fermés, mal couverts, et presque toujours dépourvus de y> meubles et d'ustensiles de ménage. Il n'y a presque jamais » de carreaux aux fenêtres, et les rez-de-chaussée sont » parfois si humides que leurs parois sont tapissées de » mousse. Dans plusieurs rues situées le long du ruisseau » connu sous le nom d^eau de Robecq, on voit jaillir de pe- » tites sources aux portes des maisons, quand l'eau ne suinte » pas le long des murs. Les propriétaires, souvent aussi j> pauvres que leurs locataires, ne font jamais de réparations, » et ces affreuses maisons deviennent ainsi de jour en jour » plus insalubres et plus meurtrières. »
» Quelque affreuses que soient ces retraites humaines, elles » n'approchent pas encore des caves de Lille.
» ... Et ce n'est pas seulement M. Blanqui auquel le spec- » tacle de si effroyables misères a arraché des cris de dou-
(1) M. BLAMQUi. Rapport sur la situation des classes ouvrières, à rAcodémic des Sciences morales et politiques.
L'ABOLITION DE LA MISÈRE. l87
» leur et d'indignation, M. Villermé, dès 1837, l'avait si- » gnalé ; et M. de Villeneuve-Bargemont, qui a administré » pendant plusieurs années le département du Nord, disait : a En 1828, il se trouvait jusqu'à 3,687 personnes logées dans » ces caves privées d'air et de jour, où règne la malpropreté » la plus dégoûtante, et où reposent sur le même grabat les' » parents, les enfants, et quelquefois des frères et sœurs » adultes. »
» Enfin, messieurs, voici un passage d'un rapport adressé, T!> en 1832, au préfet, par Vlntendance sanitaire du départe- » ment du Nord (1) :
a Dans leurs caves obscures, dans leurs chambres qu'on » prendrait pour des caves, l'air n'est jamais renouvelé, il » est infect. Les fenêtres, toujours closes, sont garnies de » papiers et de verres, mais si noirs, si enfumés, que la lu- » mière n'y saurait pénétrer; et, le dirons-nous, il est cei> » tains propriétaires qui font clore les croisées pour qu'on » ne casse pas les vitres en les ouvrant et en les fermant. Le » sol de l'habitation est encore plus sale que tout le reste ; » partout sont des tas d'ordures, de cendres, de débris de » légumes ramassés dans les rues, de paille pourrie, de nids • » pour des animaux de toutes sortes ; aussi l'air n'est-il plus » respirable (2). »
» On conçoit que tout ce qu'il y a de plus énergique dans » le cœur de l'homme se soulève à dé pareilles peintures, et » M. de Melun, en appelant sur elles la sévère attention de » la loi, s'est rendu l'écho d'une pensée universelle.
» Paris, messieurs, ne présente pas, il faut le dire, des i> spectacles moins affligeants.
» Sans doute, l'autorité municipale a, depuis plusieurs » années, entrepris d'immenses travaux d'assainissement. » Des foyers d'infection ont disparu ; des rues où la mort
(1) Rapport de rintendance sanitaire du département du Nord (l*' avril 1832}.
(2) Ce rapport est signé de MM. Chamberet. Bailly, Brigandet, Kulmann, et Tb. Lestiboudois, notre honorable coU .
» clle-mênie avait inscrit son nom, comme sur son domaine » réservé, ont été condamnées. Toutefois, il existe encore, » dans certains quartiers, des îlots entiers de maisons, » vieilles, délabrées, mal tenues, où les chambres mai » éclairées et mal closes renferment des agglomérations fé- » tides d'êtres humains.
» Dans des constructions spécialement affectées aux pau- » vres, une malpropreté horrible engendre des maladies » sans nombre. « Le mauvais état des cuvettes où se ver— » sent les eaux ménagères donne lieu à des exhalaisons in- » fectes cfui vicient l'air de ces humbles demeures et altè- » rent la santé de leurs habitants (1). »
y> Ici ce sont des cours où le soleil ne pénètre jamais, où » les détritus et les ordures s'accumulent; là ce sont les fos- » ses d'aisance qui laissent échapper des émanations dan- » gereuses.
» Enfin, le 8 juillet 1848, un rapport du conseil de salu- » brité du département de la Seine , contenant le résultat » de visites faites, en 1846, par une commission pour Pas- » sainissement, dit en propres termes : a Le défaut d'air et » de lumière, l'humidité, la stagnation des eaux ménagé- » res, la malpropreté générale, et en particulier la mauvaise » tenue des lieux d'aisance et des plombs, caractérisent la » presque totalité des habitations. Les escaliers sont cou- » verts d'immondices ; les cours, les allées, en un mot, tou- » tes les parties de ces maisons sont tenues dans Fétat le » plus déplorable. »
» Il est inutile, messieurs, de s'appesantir sur ces détails, » qui étaient nécessaires, toutefois, pour que la nature et » l'étendue du mal fussent exactement appréciées.
» Qui ne sait ensuite combien dans les maisons, même » d'une apparence aisée, il est des réformes urgentes que » commandent l'ordre et l'humanité ? Combien de fois n'a- » t-on pas eu à gémir sur le sort des portiers, dont les ha-
(1) M. Frégicr, chef de bureau à la Préfecture de police. (X^ Classes dauff creuses dans les villes.)
» bitations, dont les loges^ pour se servir du mot énergique » qui les peint et les condamne, sont si souvent d'une insa- » lubrité mortelle ! y>
Elle l'est encore par M. Labordère, autre rapporteur :
« On sait que, dans les villes manufacturières, la pau- » vreté se produit trop souvent sous son aspect le plus » triste. Elle n'y attaque pas seulement les individus, mais » elle peut y étendre sa désastreuse influence sur des gé- » nérations entières, comme l'ont attesté les opérations du » recrutement en plusieurs endroits.
» Les logements insalubres doivent être comptés pour » beaucoup parmi les causes de dépérissement qu'engen- » dre la misère, notamment au sein des cités populeuses. » On comprend quelle doit être la pernicieuse influence des » habitations où l'espace, l'air et la lumière manquent à la » fois aux malheureux de tout âge et de tout sexe qui y » restent entassés aux heures de repos ou de chômage. Les » mœurs s'y corrompent, la santé s'y altère, et les maladies » épidémiques y prennent souvent naissance. »
D'accord avec M. A. Blanqui :
« J'ai étudié avec une religieuse sollicitude la vie privée » d'une foule d'ouvriers, et j'ose affirmer que l'insalubrité » de leurs habitations est le point de départ de toutes les » misères, de tous les vices, de toutes les calamités de leur » état social (1). »
D'accord avec M. de Vogué :
a Quand la science demande 12 à 14 mètres cubes d'air » par individu, il y a des maisons où les locataires passent » leur vie dans des logements qui leur donnent à peine 3 ou » 4 mètres cubes d'air à respirer. Nous disons que la loca- » tion de pareils logements doit être interdite. C'est une » INDUSTRIE COUPABLE qui spéculc sur le premier des biens
(1) Des Classes ouvrières.
190 lêM.
» que Dieu ait donnés à l'homme, Pair qu'il respire, Pair, » dont la vie ne peut se passer I (1) »
Cette négligence est encore attestée par un rapport général du Conseil de salubrité de Paris, qui remonte à Paimée 1843, et dans lequel on lit ce qui suit :
« On voit agglomérés dans des espèces de ôages de mal- » heureux chiffonniers au crochet qui n'ont pour lit qu'une » couche de paille sale, pour eux et pour leurs enfants; en- » core est-elle placée au milieu de quelques chififons tnés » d'où émane une odeur repoussante... De ces sortes de » chenils, que l'on décore du nom d'hôtel garni, impossible » de les faire sortir. Ils y vivent le jour, ne le quittent que » la nuit, et la police seule ose y pénétrer pour y exercer » une surveillance souvent et trop souvent infructueuse. »
Onze ans auparavant, une commission centrale nommée à Paris, peu de temps après l'invasion du choléra, avait tracé le tableau qu'on va lire :
« C'est dans quelques-unes de ces maisons, quand on a le » courage d'y pénétrer, qu'on se trouve tout à coup trans- » porté au milieu de chambres obscures dont les murs noir- » cis sont minés par le temps ; à peine l'air se renouvelle- » t-il dans ces sombres réduits, où de sales carreaux lais- » sent pénétrer quelque peu d'un jour sombre qui se glisse » à travers les murs élevés d'une cour étroite, espèce de » puits infect où viennent se dégorger les tuyaux de dé- » charge des toits et des eaux ménagères, et dont les cu- » vettes, souvent encombrées d'ordures de toute espèce, et » même du reflux des latrines, les versent sur les escaliers » pourris des différents étages, d'où ils vont, en s'écoulant, » jusque dans les chambres, abreuver, en l'infectant, leur » sol dépouillé de carreaux. Là, les habitants sont en rap- » port avec leur demeure ; la plupart s'occupent à trier, » pendant le jour, le produit de leurs rondes nocturnes. » Accroupis autour de ce sale butin, ils entassent dans tous
(1) 14 juillet 1848.
» les coins, et jusque sur leurs couchettes, des os, de vieux » linges souillés de fange dont les miasmes fétides répan- » dent au milieu de ces galetas hideux, où souvent un es- » pace de six pieds carrés sert d'abri à toute une famille, » une odeur tellement suffocante que l'habitude seule peut » la faire supporter.
» Quelque repoussants que soient ces tableaux, et bien » qu'il semble qu'on ne puisse rien ajouter au dégoût de » cette peinture, cependant, elle ne représente pas encore le » dernier degré d'une misère profonde ; et cette misère, on » a dû la montrer, parce qu'elle est plus commune à Paris » qu'on ne pense, et qu'elle est peu connue ; mais la com- » mission craindrait de faire monter la rougeur au front de » ses lecteurs, si elle les introduisait dans les gîtes où se » retirent pendant la nuit des mendiants, des Vagabonds, » des voleurs, repaires infâmes, effrontément déguisés )) sous le nom de garnis, et dont l'enseigne trompeuse : ici » ON LOGE A LA NUIT, qu'éclairc une perfide lanterne, attire » à son entfée dans la capitale l'honnête et crédule ouvrier, » qui, victime du piège adroit que lui tend la débauche, y » tombe sans le savoir, y reste par faiblesse, et n'en sort » que pour aller pleurer dans un hôpital la perte de sa » santé, de son argent et de son temps.
» Il faut élargir le réduit du pauvre pour qu'il y respire » plus à l'aise ; il faut le rendre plus salubre pour qu'il y » vive plus longtemps (1). »
Le fait qu'on va lire est consigné dans le rapport du docteur Bayard, sur le choléra, après l'épidémie de 1832 :
« Dans une chambre au quatrième étage, dit-il, en visi- » tant le quartier du Palais-Royal, ayant à peine cinq mè- » très en carré, je trouvai vingt-trois individus, hommes et » enfants, couchés pêle-mêle sur cinq lits. L'air de cette » chambre était tellement infect, que je fus pris de nau- » sées ; la chandelle qui m'éclairait faillit s'éteindre. Les
(l) Imprimerie royale. 1834.
» souliers et les vêtements de ces individus exhalaient une » odeur aigre, insupportable, qui dominait les autres exha- » laisons. »
De 1832 à 1850, en dix-huit années, qu'a-t-on fait pour assainir les logements insalubres, pour élargir le réduit du pauvre, pour qu'il y respire plus à Paise et qu'il y vive plus longtemps ?
Pauvre vieille société calomniée, c'est à peine si deux révolutions successives, l'une en 1830, l'autre en 1848, auront suffi pour éveiller ta vigilance !
Le 18 avril 1850, l'Assemblée législative a voté, sur la très louable proposition de M. de Melun (du i^ord), une loi relative à l'assainissement et à l'interdiction des logements insalubres. En sera-t-il de cette loi comme il en a été de la loi de 1841, sur le travail des enfants dans les manufactures, qui n'était pas encore exécutée en 1847?
J'avoue que je le crains fort, et que je partage peu les alarmes de M. Béchard, exprimées en ces termes :
(( Un honorable représentant, M. de Melun (du Nord), a » dépassé peut-être le but en proposant d'autoriser les ady> ministrations municipales, non-seulement à prescrire les » mesures nécessaires à la salubrité des habitations et à » interdire la location des maisons ou logements dont l'as- » sainissement serait impossible, mais encore à exproprier » pour cause d'utilité publique les maisons dont l'insalu- » brité serait due à une cause extérieure.
» Dans ces propositions, inspirées par des sentiments
» louables, peut-être y a-t-il un souvenir trop palpitant » dos caves de Lille. Du point de vue financier, comme du » point de vue moral, n'exagérons pas la réaction, si nous » voulons la rendre efficace. »
Je trouve dans votre rapport fpage 103) cette question ingénue :
« Comment obliger l'individu à se mieux loger qu'il ne » fait ? »
Comment ? — Je pourrais vous le dire, mais je préfère vous renvoyer à M. Cabrol, directeur de l'établissement de Decazeville, et à M. Talabot, ancien député, propriétaire de forges dans le Tarn (1). Demandez-leur Comment ils s'y sont pris pour faire contracter à leurs nombreux ouvriers l'habitude de se mieux nourrir?
§ VI. — Sociétés de secours miitiiels.
Vous dites :
« Vouvriev qui l'ieut être prévoyant a, dans ses mains, son » propre bien-être. La Providence a mesuré les forces, la » durée de sa vie, de manière qu'avec un travail qui n'a » rien d'excessif, il peut, quand il est laborieux et d'une », intelligence ordinaire, nourrir lui, ses vieux parents, ses » enfants, et réseri^er QUELQUE CHOSE pour la maladie » ou la vieillesse. »
M. Louis-Napoléon Bonaparte vous répond :
« Pour la classe la plus nombreuse, qui n'a aucun super- » flu, et par conséquent aucun moyen de faire des écono- » mies, ce système est complètement insuffisant. Vouloir, » en effet, soulager la misère des hommes qui n'ont pas » de quoi vivre, en leur proposant de mettre tous les ans » de côté QUELQUE CHOSE qu'ils n'ont pas, est une déri- » sion ou une absurdité (2). »
De vous ou de M. L.-N. Bonaparte qui a tort, qui a raison ? C'est ce que je laisse à décider h un arbitre dont vous ne déclinerez certainement pas la compétence : — à M. Berryer, qui, plaidant en 1845 pour les ouvriers charpentiers, s'exprimait ainsi aux applaudissements redoublés de tout l'auditoire :
a Comment! quand tout participe autour de vous au pro- » grès qui, depuis dix ans, a, pour ainsi dire, transformé la
(1) Lire plus loin dans ce volume le discours qu'il a prononcé en 1847, dans la discussion de la réduction de l'impôt sur le sel.
(2) RxthKtion du Paupérisme, t. II, p. 260.