FRANKLIN
« Aucun plan pour secourir 1a,pauvretë ne mérite attention s'il ne tient à mettre les pauvres en état de se passer de secours. »
RICARIM).
« La misère des peuples est un tort des gouver' nements. »
LA EOCHEFOUCAULT-LIAMCODBT.
« La plupart des pauvres naissent misérables, vivent dans les privations et meurent avant le temps, et cela se perpétue comme les générations des rois, par le Èejù hasard de la naissance. Il y a là un problème qu'il ftat résoudre, car un pareil état de choses ne doit pas être inhérent a la société, il est opposé au perfectionnement de l'homme. »
D' LKURET, médecin en chef de BicStre.
n Le développement de l'assistance publique, tout favorable qu'il paraisse au soulagement des soufftancea humaines, est plein de dangers. Il y a des écneils et des ABIMES cachés sous les promesses de la bienfaisance officielle . »
A. DE MELUK.
Travaux charitables de l'Assemblée législatite»
<• Que de frais de personnel dans une administration charitable qui ne peut donner au pauvre qu'UN sou par jour.
» L'administrateur de bienfaisance a si peu de ressources à sa disposition, qu'il évite d'aller voir des misères qu'il ne jwun'ait soulager ! . . . •
F. HARBEAu. Du PaupéHsme cn France.
Une statistique faite en 1847, par M. de Watteville, inspecteur-général des établissements de bienfaisance, porte
9,242 le nombre de ces établissements, et leur dépense annuelle à 115,500,000 francs.
Une autre statistique dressée au ministère de l'intérieur établit que les dons et legs se sont élevés, de Pan «jusqu'au l»*" janvier 1846, à la somme de 122,504,450 fr. 43 c, décomposée ainsi qu'il suit :
CONSULAT ET EMPIRE. — De Pan IX au 26 mars 1814.
«Hôpitaux et hospices 8,979,438 ^liioùi^QQ 47
» Bureaux de bienfaisance. . . 5,942,264 79 i ' » Plus d'un million par an. »
RESTAURATION. — Du 27 maps 1814 au 31 juillet 1830.
« Hôpitaux et hospices 32,358,105 75 i
» Bureaux de bienfaisance. . . 18,662,668 ur^-^'*^^ *^
» Plus de 3 millions par an. »
MONARCHIE DE 1830.— Du 1«^ août 1830 au 31 décembre 1846.
« Hôpitaux et hospices 31,255,815 66/
» Bureaux de bienfaisance. . . 25,306,156 gij^^'^':^'^ *'
» Près de 4 millions par an. >>
Dans cette somme de 122,504,450 fr. 43 c, ne sont pas compris les dons et legs de 300 francs et au-dessous, et pour lesquels l'autorisation n'était pas nécessaire. Ces libéralités peuvent être évaluées à un million au moins.
Enfin, sont inscrites au budget des dépenses pour 1851 les allocations suivantes :
MINISTÈRE DE l'intérieur. — Chapitre 23.
« Secours aux établissements de bienfaisance. . ., 599,560
» Secours généraux aux hospices, etc 300,000
» Secours à des personnes dans l'indigence, etc. . 677,000
» Secours à divers titres 500,000
» Secours aux sociétés de charité nationale. . . . 120,000
MINISTÈRE DU COMMERCE. — Chapitre 19.
» Secours pour pertes matérielles et événements » malheureux 1,957,000
Récapitulation.
» Établissements de bienfaisance 115 millions.
» Dons et legs par an . 5 millions.
» Ministère de l'intérieur 2 millions.
» Ministère ^u commerce 2 millions.
» Total 129 millions»
240 tS&O.
Autant qu'il est possible de les évaluer, on calcule que les sacrifices que s'impose la charité privée sont égaux aux sommes que distribue la charité puWique, y compris les 42 millions prêtés par les monts-d^-piété.
Le budget de la charité française s'élèverait donc à 250 millions, c'est-à-dire au cinquième environ du budget des recettes de l'État.
Malgré l'élévation d'un pareil chiffre, le pauvre secouru à domicile ne reçoit par jour, en moyenne, que CINQ CEN- TIMES.
Parcourez le consciencieux travail de votre honorable collègue de la Commission de l'assistance et de la prévoyance publique, M. Armand de Melun, et vous y lirez ce qui suit :
« D'après la statistique judiciaire publiée par le ministère » de la justice, il meurt par an, de froid et de faim, près » de 300 personnes, et on n'enregistre pas, dans cette fa- » taie catégorie, ceux qui succombent lentement aux mon » ladies venues d'un trop long jeune, d'une habitation mal- » saine^ de haillons trop légers pour la saison d'hiver ^ ni » cette multitude de pauvres enfants qui ont été arrêtés » dans la croissance par l'insuffisance de nourriture do » leurs premières années, et n'ont pu être assez forts pour » surmonter la crise de leur développement. »
L'exposé des motifs présenté le 16 juillet 1849 par M. Dufaure , ministre de l'intérieur, constatait, en ces termes, l'insuffisance de toutes les ressources réunies de la charité :
« Le crédit ordinaire de 297,000 francs pour secours aux » établissements de bienfaisance, ouvert au chapitre 22 du » budget du ministère de l'intérieur, est presque entière- » ment épuisé. Il ne reste plus que 16,836 francs pour faire » face aux besoins du second semestre de 1849.
» Le nombre des établissements charitables qui ont pris 9 part à la distribution de ce crédit s'élève à 6T7. Ces éla-
» biissements se divisent de la manière suivante : 559 bu- » reaux de bienfaisance ; 41 hospices ; 77 institutions de » charité de toute nature; ils appartiennent à 70 départe- » ments. Il y a donc encore 16 départements qui n'ont reçu » aucune subvention de PÉtat en 1849, les uns parce que » leurs besoins, quoique constatés, n'ont pas paru aussi » pressants que ceux des départements qui ont été secou- » rus ; les autres, parce que les propositions faites par les » préfets ne sont pas arrivées assez tôt pour pouvoir être » comprises dans les répartitions qui ont été effectuées. » D^un autre côté, les départements secourus n'ont reçu gé- » néralement que des sommes bien inférieures aux besoins » de leurs établissements charitables qui ont épuisé leurs » ressources^ et ont, en ce moment, à leur charge, des ci-- » toyens nécessiteux dont le nombre excède de beaucoup » les proportions ordinaires. »
Vous avez été longtemps L'ami de M. Gisquet, préfet de police. Ouvrez ses Mémoires, et vous y trouverez une multitude de détails pareils à ceux-ci :
« J'ai vu à Montfaucon deux tombereaux de poissons * pourris, que les inspecteurs des Halles y avaient fait » conduire. Deux heures plus tard, tous les poissons avaient » disparu. Ces poissons sont revendus aux gargotiers des » barrières et des quartiers pauvres.
» A la boucherie de l'équarissage, j'ai vu une pièce assez » spacieuse, aux murs de laquelle étaient suspendus, pro- » prement dépouillés et parés avec tout le soin possible, » des chiens, des chats, de petits poulains extraits du ven- » tre des juments^abattues, des quartiers de cheval dont on » avait enlevé les portions pourries... »
Mêmes détails sont donnés par le docteur Leuret, dans sa Notice sur les indigents de Paris :
« On vend sur les marchés de Paris des croûtes de pain x> venant des grandes maisons. La livre (1/2 kilogramme) » en vaut cinq liards. Avec ces croûtes, quelques morceaux tu. 16
242 tSftO.
» de viande que les indigents trompent dans les ordures, des » épluchures de choux, de salade, de pommes de terre » qu'ils ramassent quand ils en rencontrent : c'est leur