‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 38 sur 78 · NOURRITURE ORDINAIRE · texte numérisé non relu

NOURRITURE ORDINAIRE

Si loin que vous poussiez l'idolâtrie de la misère, je doute qu'après avoir lu ce qui précède, vous soyez tenté d'écrire encore ce que vous serez peut-être étonné vous-même d'avoir écrit en 1848 :

a Supposez toutes les fortunes égales, supposez la sup- » pression de toute richesse et de toute misère, personne » n'aurait moyen de donner, mais personne, suivant vous,. » n'aurait besoin qu'on donnât. Ce qui est faux. En suppo^ » sant même que cela fût vrai , vous auriez supprimé la » plus douce, la plus charmante, la plus gracieuse des ver- » tus de Vhumanité, »

Ce qui équivaut à dire que pour conserver la charité, il faudrait entretenir la misère, alors même que la science découvrirait les moyens de l'abolir, comme elle a décou-' vert les moyens de faire disparaître cette maladie hideuse qui s'appelait la petite vérole.

Peut-être êtes-vous aussi du nombre de ceux qui regrettent que la vaccine ait vaincu la variole I — Je n'en serais nullement étonné.

Mais rassurez-vous, la misère sera toujours de ce monde, si elle n'a jamais pour l'en chasser que la charité.

L'impuissance de la charité se démontre par tous les efforts qu'elle a tentés et le peu de résultats qu'elle a obtenus (1).

(1) 9,336 comiTiunes sur 36,820 possèdent des bureaux de bienfaisance. Ces 9,336 communes, qui comprennent 347 cbefs-lieux d'arrondissements, 1,875 chefs-lieux de cantons, embrassent une population de 16,521,883 habitants.

Les indigents inscrits sout au nombre de 1,329,659, ce qui donne l tndigent sur 12 habitants. Les 27,484 autres communes, qui contiennent ensemble une population de 18,945,236 individus, et qui n'ont point de bureaux de bienfaisance, ne comprennent que 16 chefs-lieux d'arrondissements et 972 chefs-lieux de cantons. On compte donc 1 bureau de bienfaisance pour 4 communes et pour 3,792 habitants.

Les 9,336 bureaux de bienfaisance possèdent ensemble un rovenn de IT

L'ABOLITION DE LA MISÈRE. f 43

C'est là un fait incontestable, dont votre rapport lui-» même et les divers projets de loi qu'il relate sont les preu-» ves évidentes et réitérées.

Ouvrît-on tous les tours qui ont été fermés ; doublât-on le nombre des crèches, des salles d'asile, des sociétés de patronage, des colonies pénitentiaires, des dépôts de men-

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millions 381,257 fr. Ces 17 raillions se composent de revenus fixes ^ parmi lesquels sont les produits des propriétés et des rentes affectées à ces établissements, et de revenus éventuels^ parmi lesquels sont les subventions communales, les droits des pauvres sur les théâtres, les quêtes et les recettes des bals, des concerts et des loteries.

La moyenne générale des recettes, pour les 9,336 bureaux de bienfaisance, serait de 1,861 fr. 76 c si les revenus étaient également répartis. Mnis il n^en est point ainsi : 1,062 bureaux ne possèdent rien ; 145 bureaux n'ont pas 10 fr. de revenu; 226 ont de 10 à 20 fr.; 258, de 20 à 30 fr.; 468, de 30 à 50 fr.; 1,064, de 50 à 100 fr.; 1,896, de 100 à 250 fr.; 1,606, de 250 à 500 fr., et 1,358 de 500 à 1,000 fr. Les communes consacrent près de 13 millions, le onzième de leur revenu total, aux établissements charitables ; 1,484 d'entre elles allouent aux bureaux de bienfaisance environ quatre millions et demi ^ c'est-à-dire le quart de leurs recettes.

Les frais généraux absorbent, en moyenne, le cinquième jàe la dépense totale. Dans l'Ardèche, l'Ariége, l'Aude, les Bouches-du- Rhône, la Coted'Or, le Gers, la Manche, les Vosges, ils s'élèvent au tiers de la dépense totale. Par compensation, dans quelques départements, dans la Vienne, par exemple, la moyenne n'est que du 44^, et dans le Rhône du 19^.

La moyenne des secours annuels, dans les 9,336 communes, est de douze francs soixante-dix centimes par indigent. De cette somme, déjà si minime, il faut défalquer deux franc» vingt-huit centimes pour frais généraux d'administration. En sorte que, pour subvention annuelle et directe, il est alloué à chaque indigent une somme moyenne de 10 francs 42 cen* times. Evidemment, ce secours insignifiant ne peut apporter aucun changement notable dans le sort des indigents. Aussi en chercherait-on vaine' ment un seul que les bureaux de bienfaisance aient tiré de la misère. Aussi voyons-nous le fils succéder au père^ et le petit -^Is à Vaïeul^ sur ces listes fatales^ qui sont, pour ainsi dire, les tables du paupérisme en France.

Des tableaux dressés par M. de Watteville il ressort qu'il existe entre les allocations de tel ou tel bureau des inégalités telles que celles-ci :. tandis que la moyenne des secours a été d'un centime, de deux, de trois, de cinq, de dix centimes par indigent dans certains bureaux, àMontbéliard (Doubs), elle a atteint le chiffre fabuleux de 899 fr. 51 c; à Genest (Mayenne), elle a atteint 449 fr. 90 c; à Donne-Marie (Seine-et-Marne), 422 fr. 46 c; à Montigny-snr-Vingeanne (Côte-d'OrJ, 406 fr., et à Thiais (Seine), 343 fr. Il y ifdonc des communes où les distributions de secours sont tout à fait illusoires, tandis Qu'ailleurs l'allocation exagérée des bureaux de bienfaisance transforme les indigents en véritables rentiers.

De ces mêmes tableaux il ressort que 708 bureaux de bienfaisance n'ont pas distribué un franc de secours par chaque indigent, et que 77 bureaux n*outfait aucune allocation, bien qu'ils eussent à leur charge 2,293 indigents.

Les mendiants^ se divisant en deux catégories t mendiants domiciliés et mendiants vagabonds^ sont au nombre de 337,838 sur une population de 35,400.486 âmes. La proportion est donc de 1 mendiant sur 104, et de 1 indigen: sur 12 habitants.

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dicité, des bureaux de bienfaisance et des hospice^ ; triplàton le droit des pauvres sur les spectacles, bals et concerts ; quadruplât-on le chiffre des allocations portées au budget; enfin, quintuplât-on le montant annuel des dons et legs, que l'impérieux problème de l'abolition de la misère n'aurait fait aucun pas de plus vers sa solution nécessaire.

Ce qui atteste cette impuissance de la charité , c'est le nombre des indigents comparé à la puissance des moyens dont dispose une ville telle que la ville de Paris.

66,000 indigents , tel est le chiffre constaté par le rec#sement de la population inscrite aux bureaux de bienfaisance de la ville de Paris, et cependant, pour obtenir le privilège d'inscription au grand livre de la charité, il faut réunir les conditions d'admission exigées par l'arrêté ministériel du 24 septembre 1831, ainsi qu'elles ont été rangées par Doit et Avoir :

Avoir au moins soixante-cinq ans.

Ou au moins trois enfants au-dessous de douze ans.

Ou une infirmité qui empêche de travailler suffisamment pour vivre; laquelle infirmité sera constatée par la commission médicale.

Au citoyen qui établit de cette manière son avoir ^ le bureau de charité doit :

Une part proportionnelle dans les produits de la bienfai-* sance des autres citoyens.

En 1830, cette portion s'élevait, par famille et par an. à 36 francs 68 centimes.

En 1841, elle n'était plus que de 22 francs 93 centimes.

En 1830, les fonds de secours étaient de deux millions, et les frais d'administration se montaient à 25,200 francs.

En 1841, le fonds de secours était de 1,400,000 francs. Les frais d'administration se sont élevés à 37,200 francs.

Pour se faire inscrire sur les registres du bureau de charité, il faut que le citoyen qui possède les conditions d'admission ci-dessus indiquées, attende d'abord

Le deuxième ou le quatrième mercredi du mois.

Et puis que la commission se réunisse pour prononcer son admission,

Et puis le jour de la distribution de son commissaire, qui a lieu une fois par mois,

Et enfin il reçoit un bon de six à huit livres de pain pour tout le mois !

Et pour obtenir ces secours, il doit présenter un certificat constatant : son nom, ses prénoms, le lieu et la date de sa naissance, sa profession, son gain par jour, ses infirmités, le lieu et la date de son mariage, le nombre et le sexe de ses enfants au-dessous de 12 ans, le lieu et la date de leur naissance, s'ils sont ou non vaccinés, s'ils fréquentent ou non les écoles, etc., etc.

15,000 pauvres honteux, tel est le chiffre de ceux qu'arrête ou que retient la difficulté de justifier de toutes les conditions imposées pour passer de l'état de pauvre honteux à l'état dHndigent inscrit,

400,000 a/famés sur 945,721 habitants (1), tel est le chiffre qui se trouve écrit dans le rapport de M. de Cambray, chef du bureau des hospices, sur la distribution des bons de pain en 1847 :

(1) Beeemement de 1846. — Population de Paris, 945,721 habitants. Indigents inscrits en 1844 aux bureaux de bienfaisance, 66,148; chaque arrondissement compte, terme moyen, 1 indigent sur 12 3|4 habitants.

Mais cette proportion varie suivant les arrondissements, et de la manière la plus inégale.

Ainsi, le 12^ arrondissement compte 1 indigent sur 6 4/5 habitants.

Le rapport dans les autres arrondissements varie entre 1 sur 14 et 1 sur 19.

Ïjc nombre des indigents inscrits dans les douze bureaux de bienfaisance étant en chiffre réel de 66,148 individus, chaque sexe entre dans oe chiffre, savoir :

T V. otf offA ( 14,807 adultes.

I^i hommes pour 26,859 j ^gj^gg garçons.

•Les femmes pour 39,289 j 27,116 adultes.

Ces 66,148 indigents inscrits, quoique ayant occasionné aux bureaux de bienfaisance une dépense générale de 1,432.642 fr., n*ayant reçu.ea tecoars que 981 ,666 fr., c'est 14 fr. 84 c. par indigent.

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Taudis que le

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(c On trouve, en faisant le classement de la populati(m, » 635,000 habitants susceptibles de participer, comme peu » aisés, à la distribution des secours publics extraordi- » naires.

» L'assistance de Padministration n'a cependant pas été » ré^clamée par un aussi grand nombpe de personnes, parce » que beaucoup de célibataires, beaucoup même de familles » laborieuses et honnêtes, se sont, par un louable sentiment » de pudeur, abstenus de solliciter des secours.

» C'est ce qui explique qu'au lieu de 635,000 personnes » qui auraient pu figurer sur ces listes des distributions de » bons de pain, il n'y en a jamais eu plus de 475,000, et que » le chiffre moyen est resté infénieur à 400,000. »

18,000 morts sur 27,000, par an, tel est le chiffre de ceux qui ne laissent pas même de linceul pour les envelopper (1).

Ce qui est une autre preuve de cette impuissance de la charité, c'est le chiffre de la taxe des pauvres, en Angleterre, qui, malgré tous les efforts les plus intelligents et les plus divers tentés pour la réduire, s'élevait encore, en 1849, à 145,000,000 de francs par an. Ce qui permettait à lord John Russell de dire à la tribune :

« Nos pauvres forment une armée quatre fois aussi nom- » breuse que celle avec laquelle nous avons combattu l'em- » pire français (2J. »

(1) <c Sur 27,000 morts par année, il y en a près de 11,000 qui menrent dans les hôpitaux ( M. de Rambuteau dit 9,000 sur 24,000, dans ton compte-rendn de 1836), et 7,000 autres qui sont enterrés gratuitement, dout la ville paye le cercueil et le suaire. Il meurt donc 18,000 personiiei sur 27,000, qui no laissent pas même de linceul pour les envelopper. »

BERRYER. Séance de la Chambre des députés, 24 février 1846.

(2) La taxe des pauvres {j)oor rate) remonte au statut de la reine Élisabetli, qui porte la date du 19 décembre 1601.

Le taux du travail accordé aux indigents est fixé par la paroisse et proportionné, non aux services, mais aux besoins.

La paroisse prend à ferme des terrains.

Sous le nom d^allowance^ elle accorde un supplément de salaire en eai d'insuffisance. Ce supplément s'est élevé, en 1695, à 665,302 liv. Btsrl.; en 1801, à 4,000,000 liv. sterl., et en 1833, à 7,500,000 liv. sterl., o'està-dirc à près de 200 millions de francs sur une population de 14 millkmi d'habitants.

Aussi, en 1833, la législation des pauvres à-t-elle été remaniée. li^ moa-

' Avant lord John Russell, lord Brougham avait dit d'accord avec l'enquête de 1833 : .

a La taxe des pauvres est la cause la plus puissante de la » démoralisation de la population et de la multiplication » des crimes. »

Sujet de méditation d'autant plus grave que la constitution sociale et politique des deux pays, Angleterre et France, est moins pareille ! En Angleterre, les paroisses ont une liberté et des ressources que les communes n'ont pas en France. En Angleterre, la propriété territoriale est concentrée entre un petit nombre de propriétaires; en France, elle tend à se diviser jusqu'au morcellement. En Angleterre, les <^pitaux sont compactes ; en France,, ils sont disséminés. En Angleterre, il existe encore une aristocratie puissante

lin à bras, crank mt7/, et le moulin à pied, tread mill^ ont été introduits dans les workhouses. Un vêtement uniforme, un costume pén^ a été donné aux. indigents, qui ont été classés par quartiers séparés : lo vieillards ; 2» infirmes ; 3o incurables ; 4" idiots et aliénés ; 5* vagabonds et valides. Les sexes ont été isolés ; le mari a été séparé de sa femme, et Tenfant séparé de sa mère.

De 5,526,000 liv. sterl. en 1835, le chiffre de la dépense était tombé à 4,044,741 liv. sterl. en 1837 ; mais le mal, plus fort que le remède, a repris son cours.

On évaluait en 1848 à plus de 2 millions le nombre des pauvres entretenus par la taxe paroissiale ou par les sociétés de bienfaisance, et à plus de 60,000 le chiffre des mendiants dans les rues de Londres.

On calcule qu'un milliard liv. sterl. a été dépensé depuis deux siècles et demi par la charité légale, et autant par la charité privée, en Angleterre, proprement dite.

Les noms et statuts des sociétés charitables remplissent 30 volumes infolio.

L'enquête de 1825 avait constaté ce qui suit :

(t La taxe des pauvres a coûté, dans le comté de Sussex, 25 francs par habitant ; dans le comté de Lancastre, où elle a coûté le moins, elle n'a coûté que 5 francs. Le coût moyen pour l'Angleterre a été de 15 francs.

» Ce chiffre de 15 francs étant multiplié par le chiffre de la population anglaise, proprement dite, qui est de 15,000,000 d'habitants, donne en francs : 225 millions. »

L'enquête de 1833 se résume en ces termes :

« La taxe des pauvres est 1« semis sur couche du paupérisme {the poor » rate is hat bed of pauperism.

» Le septième du peuple anglais est créancier des six autres septièmes » pour tDut ou partie de sa subsistance.

» Toutes les œuvres de charité créent des besoins qu'elles soulagent, » sans pouvoir jamais soulager tous les besoins qu'elles créent. »

Dana certains comtés, la taxe est taxée; l'impôt se perçoit sur l'aumône. Pans d'autres comtés, on voit des assistés portés aii rôle des taxes,

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et riche ; en France, toute aristocratie riche et puissante a presque entièrement disparu.

Eh bien I malgré ces différences essentielles, fondamentales, en Angleterre et en France, l'impuissance de la charité est égale ; je me trompe : cette impuissance est plus grande encore en Angleterre (1), où pourtant la chanté dispose d'un budget considérable.

De cette impuissance de la charité constatée et comparée dans deux pays, dont l'un passe pour aristocratique et plus particulièrement industriel, dont l'autre passe pour démocratique et plus particulièrement agricole, quelle conclusion, je vous le demande, doit-on tirer?

N'en doit-on pas tirer cette conclusion, que la société s'é-

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c'est-à-dire obligés de payer comme mj)6t ce qui leur est donné oomme secours,

La paroisse tend à s'esonérer do l'indigent comme l'indigent tend à s'imposer à la paroisse.

Des communes se rejetant des pauvres, plaident et dépensent plus d'argent, pour s'en débarrasser, qu'il no leur en eût fallu pour les nourrir.

Des femmes, au moment d'accoucher et en proie aux douleurs de l'enfantement, sont expulsées et chassées de commune en commune, parce que l'enfant est à la charge de celle où il vient au monde.

On a vu des iilles menacer leur commune de leur faire des enfants, et tenir leur parole, pour se venger, lorsqu'elles n'en sont pas assistées aussi largement qu'elles le demandent.

De malheureux moribonds sont violemment transportés et jetés d^une commune sur une autre, parce que la famille du défunt reste à la charge de la paroisse où il meurt.

Comme la taxe augmente avec le nombre des enfants, les assistés, mariés ou non, cherchent à en avoir le plus possible, sauf aies abandonner et à les laisser à la charge de la paroisse dans laquelle ils ont yu le jour, et que plus tard ils appellent ironiquement leur grand'mère.

A Hostlaim, dans le Devonshire, les vingt-quatre anciens, après nn diner qu'ils font chaque mois avec leurs amis, aux dépens de la pcuroiutf président à l' adjudication des assistés qu'on leur amène; c'est ordinairement à des misérables dénués de ressources et habitant des lienx écartés qne l'adjudication est donnée, parce que ce sont eux qui peuvent nourrir à moins de frais les malheureux qui leur sont adjugés.

(1) Une autre preuve de cette impuissancs est le chiffre croissant de l'émigration, ainsi constaté dans le rapport de M. Béranger :

« L'émigration a j)ris en Angleterre des proportions énormes; chaque année 250 à 300,000 individus s'expatrient, chassés par l'exubérance de lib. population et par la misère, qui on est souvent la suite ; car, dans cette riche et puissante Angleterre, près de 200 millions sont consacrés annuellement à secourir 3,561,000 pauvres, dans la proportion de 83 francs pour chaque pauvre en Angleterre, de 38 francs en Ecosse et de 21 francs seulement en Irlande, sur une population qui, d'après le recensement de 1851, est de 27,452,262 habitants. »

gare dans une voie qu'elle ferait sagement de quitter?

Qu'a produit la loi du 24 vendémiaire an II, qui constitue le domicile du secoure ?

Qu'a produit la loi du 16 vendémiaire an V, qui déclare que les administrations municipales auront la surveillance immédiate des hospices civils établis dans l'arrondissement?

Qu'a produit la loi du 16 messidor an VII, qui ordonne d'introduire dans les hospices les travaux convenables à l'âge et à l'infirmité de ceux qui y sont entretenus^

Qu'a produit la loi du 7 frimaire an V, qui prescrit que les secours à domicile seront donnés en nature, autant qu'il sera possible, et que les mendiants valides qui n'ont pas de domicile acquis hors de la commune où ils sont nés, seront obligés d'y retourner, faute de quoi ils y seront reconduits et condamnés à une détention de trois mois?

Qu'ont produit les ordonnances des 31 octobre 1821, 6 juin 1830, 20 novembre 1831, 31 mai 1838 et 6 février 1843, qui ont réglementé l'administration des hospices et des bureaux de bienfaisance ?

Qu'a produit la loi du 7 frimaire an V, qui assujétit au droit d'un décime par franc tout billet d'entrée dans les spectacles où se donnent des pièces de théâtre, des bals, des feux d'artifice, des concerts, des courses et exercices de chevaux, pour lesquels les spectateurs payent?

Qu'a produit la loi du 5 juillet 1808, qui interdit la mendicité et institue des dépôts de mendicité ?

Qu'a produit le décret du 19 janvier 1811, auquel on a donné le nom de charte des enfans trouvés ?

Qu'a produit la loi du 16 pluviôse an XII, qui institue les monts-de-piété et déclare qu'aucune maison de pré^ sur nantissement ne sera établie qu'au profit des pauvres?

Qu'a produit la loi du 22 mars 1841, qui limite les heures du travail dans les manufactures, usines et ateliers ?

Qu'a produit la loi du 22 germinal an XI, qui régit le contrat d'apprentissage ?

Que produiront la loi du 13 a^ril 1850, relative à TasMÎnissement et à Tinterdirtion des lof?^nfH»nft msalultren: la loi

du 18 juin sur les caisses de retraites, et la loi du 15 juillet sur les sociétés de secours mutuels ? Seront-elles plus efficaces que les lois sur les dépôts de mendicité, sur le travail des enfants dans les manufactures, etc., etc. ? Que fautai attendre des autres lois promises sur lesquelles délibère la Commission de l'assistance et de la prévoyance publique?

Ces lois sont au nombre de dix :

Jeunes détenus.

Enfants trouvés,

Hôpitaux et hospices,

Secours à domicile.

Service médical à la campagne,

Apprentissage,

Travaux des enfans et des femmes,

Monts-de-piété,

Assistance judiciaire.

Bains et lavoirs publics.

Ces lois seront-elles moins stériles, en France, que ne l'ont été, en Angleterre, les pareilles lois? Est-il sage de l'espérer ?

Non ; point d'illusions ! tout ce que la charité soutenue par la foi a pu entreprendre, la charité Pa entrepris.

Mais contre quatre cent mille mendiants et trois millions d'indigents que vouliez-vous qu'elle fît et que veut-eHe qu'on fasse ?

Serait-il donc moins difficile d'abolir radicalement la misère que de la secourir efficacement ?

Telle est la question dont l'examen fera l'objet de la dernière partie de mon travail.

.• Tout ce qui respire doit être wmrri en tror vaillant ; c'est la première loi de nature, loi antérieure "k toute convention humaine ; c'est le lien de toute société, car tout homme qui ne trouve que refus "k Yotlrt de son travail en échange de sa subsistance de* Tient Tennemi naturel et légitime des autres hommes ; il a le droit de guerre privée contre la société. »

MIRABEAU. Lettre à Frédéric IL

« La simple équité exige que ceux qui habillent , nourrissent et logent tout le corps de la nation aient snr le produit de leur propre travail une part suffisante pour être eux-mêmes passablement nourris,, vêtus, logés. »

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