ADAM SMITH
« Le salaire est le revenu du pauvre. En conséquence, il doit suffire, non seulement k son entretien pendant l'activité, mais aussi pendant la rémission du travail. Il doit pourvoir à l'enfance et h la vieillesse comme à l'âge viril, k la maladie comme K la santé, et aux jours de repos, nécessaires an maintien des forces on ordonnés par la loi ou le culte public, comme aox jours du travail. i>
BISMOKBl.
La société qui longtemps, trop longtemps, eut pour fondements la Guerre, la Conquête, l'Esclavage, la Superstition, s\ croule de toutes parts pour faire place à une société nouvelle ayant pour bases la Paix, le Travail, la Liberté, le Crédit.
Aveugle qui ne le voit pas I insensé qui le nie ! Imprudents et présomptueux tous les faux prêtres qui s'imaginent qu'ils seront assez forts pour relever les faux dieux d'une fausse civilisation !
Erreur,
Intolérance, r immobilité,
Privilège,
Ignorance,
Mystère, ' •
Rivalité de nation k nation,
Infaillibilité du Pouvoir,
Asservissement de l'Individu,
Luxe dans POisiveté,
Misère dans le Travail, \
Aumône.
A ces faux dieux ont succédé, succèdent ou succéderont :
Vérité,
Tolérance,
Progrès,
Supériorité,
Savoir,
Publicité,
Réciprocité de nation à nation,
Responsabilité du Pouvoir,
Souveraineté de l'Individu,
Misère dans l'Oisiveté,
Bien-être dans le Travail,
Assurance.
L'âge de fer, Vbige des gouvernements finit ; Page d'or, l'âge des peuples commence. L'un est à Pautre ce que Paube est à la nuit. Ce n'est plus l'obscurité de la nuit ; ce n'est pas encore la clarté du jour, mais elle se fait.
Grâce aux conquêtes de la science, ces victoires padfi-^ ques des siècles nouveaux, le génie de Punité voit étendre son empire en même temps que l'esprit de rivalité voit restreindre le sien.
Rapetissée par la main de l'Homme sous le nom de Société, l'œuvre de Dieu reprend sa grandeur native et son vrai nom : Humanité.
C'est elle qu'il faut invoquer, c'est d'elle qu'il faut sSnspirer, c'est à elle qu'il faut remonter si l'on ne veut pas retourner de l'état social à l'état sauvage par l'instruction, qui apprend h se compter à tous ceux qui, las de scuflnr^le
la faim et du froid, déclarent qu'ils sont prêts à mourir en combattant s'il ne doit pas y avoir pour tous ceux qui travaillent du pain et du feu.
Le soleil ne refuse sa clarté à aucun être vivant ; le travail, cet astre du monde nouveau, ne doit refuser le nécessaire à aucun être laborie x.
L'Assemblée constituante a repoussé de la Constitution le droit au travail pour y inscrire le droit à l'assistance ; je persiste à penser que le vote de l'Assemblée constituante a été un acte irréfléchi et une grave inconséquence, et vous - n'avez pas peu contribué à la lui faire commettre ; mais ce n'est pas le droit au travail que je viens ici proclamer, c'est le droit du travail.
De ma part, croyez-le, ce simple changement d'une seule Jettre, d'un a remplacé par un d, n'est pas une distinction subtile.
Contre le droit au travail^ qu'opposait-on, qu'opposiezvous ?
On disait et vous disiez :
« Des ouvriers viendront vous demander du travail; » vous tous, prévoyant l'objection, vous avez dit : — a L'Etat » ne peut pas faire de la bijouterie, de la soierie, des meu- » blés, des objets de luxe. » C'est évident, on ne peut pas ^ imposer à l'État de se faire fabricant de toutes choses.
» Qu'est-ce que fera l'État? »
C'était prendre la question par le côté étroit et vulgaire ; aussi l'argument a-t-il obtenu un plein succès. U en eût été autrement, je le crois, si, dans le premier projet de Constitution déposé le 20 juin 1848, le rédacteur, M. Armand Marrast, se fût borné à cette seule ligne :
« Le droit au travail est celui qu'a tout homme de vivre » en travaillant. »
Et s'il n'eût pas ajouté ce second paragraphe, pour le moins superflu :
« La société doit, par les moyens productifs et généraux » dont elle dispose, et qui seront organisés ultérieureftient,
» FOURNIR DU TRAVAIL aux hommes valides qui ne peuvent » s'en procurer autrement. »
C'est ce second paragraphe qui a fait rejeter le premier.
Contre le premier paragraphe, il n'y avait pas d'objection possible ni plausible.
Contre le second paragraphe, au contraire, il était facile de prévoir qu'on ne manquerait pas d'apporter à la tribune toutes les objections déjà rebattues par la presse.
Il suffisait de proclamer le droit qu'a tout homme de vivre en travaillant pour que le travail ne fît défaut à aucun travailleur sans que la société eût besoin d'intervenir, si ce n'est pour enlever toutes les barrières mises par elle inconsidérément au développement de la consommation et à la facilité des échanges.
Le droit qu'a tout homme de vivre en travaillant, c'est le droit au travail^ indirectement assuré par le droit du iravaiL
— Mais, allez-vous me dire, qu'appelez-vous dîvit du travail ?
— Je vous réponds : J'appelle droit du travail un salaire dont le taux a pour effet d'élever à la hauteur d'une règle universelle et inflexible ces ineffaçables paroles de votre rapport :
« L'homme à cet âge {âge mûr) DOIT se suffire non seu- » lement à lui-même, mais suffire aux besoins de sa » femmey de ses enfants , de ses père et mère ; aux besoins » de sa femme , pour qu'elle le soigne à son tour dans les » moments de chagrin et de maladie ; à ceux de ses enfants, f> pour qu'ils lui rendent ces soins plus tard aux jours de sa » vieillesse ; à ceux de ses parents enfin, pour acquitter la » dette qu'il contracta envers eux aux temps de son en- » fance. »
Jusqu'ici, nous sommes d'accord ; mais où nous cessons de l'être, c'est quand vous ajoutez :
(( Un homme valide, laborieux, doué d'une intelligence » ordinaire, qui ne se livre pas à tous les vices, PEUT, avec
» son travail, dans nos sociétés civilisées, suffire à ces di- » verses obligations^ à moins de circonstances heureuse- » ment accidentelles, comme une maladie, un chômage, ». une grêle, une inondation. »
Là, je vous arrête, et je dis que vous prenez l'exception pour la règle (1).
Votre règle sans exception, voilà tout mon système. Il n'y en a pas de plus simple, il n'y en a pas de plus ferme, il n'y en a pas de plus juste, et je montrerai qu'il n'y en a pas de plus fécond en heureuses conséquences.
Je ne vais donc pas plus loin que vous ; c'est vous, au contraire , qui allez plus loin que moi quand vous reprenez ainsi :
{\) Consultée par le gouvernement sur la question des salaires et sur Vutiiité de certaines associations de prévoyance pour améliorer le sort de Touvrier, voici ce que répondait la chambre de commerce de Clermont :
a Toutes les fabrique?, tontes les industries qui travaillent sons le régime de la libre concurrence ^ ne pourront jamais arriver au salaire suffisant \ bien au contraire, le salaire suivra une progression décroissante nécessitée par le besoin de soutenir la lutte du bon marché, sous peine de ruine, tant contre les concurrents intérieurs que contre les concurrents étrangers ; il est donc inutile et pour ainsi dire inhumain de demander aux lutteurs désespérés delà libre concurrence des retenues sur leur journée, déjà insuffisante, pour constituer des caisses d'épargne ou des caisses de prévoyance et de retraite. »
a En 1820, à une époque où moi-même, à dix ans, j'étais rattacheur de fils, les tisserands gagnaient 5 francs par jour ; mais la concurrence est devenue telle que, plus tard, la fabrication du coton ne pouvait plus se faire à Paris à cause de la cherté de la main-d'œuvre; il fallat la porter en province, où le prix de la main-d'œuvre, moins élevé, permettait de fabriquer à meilleur marché. Tel a été l'effet de In concurrence, que le tisserand, qui gj^gnnit, en 1820, 5 francs pour douze heures de travail, ne
fagne plus aujourd'hui que 1 franc 25 centimes pour quatorze et quinze euresae travail. »
CORBON, vice-président de l'Assemblée constituante. ifont/eur, 7 octobre 1848.
ce Tarif des prix payés par les patentés de la classe des marchands d'habits neufs aux ouvriers d'une capacité ordimUre. — Le taux le plus élevé atteint 20 centimes par heure, ce qui fait par jour 2 francs 40 centimes, mais seulement pour les ouvriers d'ÉLiTE et les travaux exceptionnels, car, dans ces maisons, la vente des habits est à celle des paletots ce que 1 est à 100, et même au-dessous.
» Il en résulte que la moyenne de la jonmëe de Toavrier (celui de capacité ordinaire ) est à peine de UN FRANC,
» Nous ne produisons pas ici les prix payés par les entremetteurs, qui sont beaucoup moindres encore. •>
Réponse aux queitions du miniêtn dm commerce p&r les membres 4 de la S. P. des maitrbs TAIZASims DE PARIS. Juillet 1850.
;fô6 t960.
a Que la société s'efforce, dans les cas accidentels, de «c- » courir l'homme valide ; c'est un noble soin à imposer à sa » prévoyance, à demander à sa vertu, et dont l'accomplis- » sèment sera la mesure de l'estime qu'elle mérite. »
Non seulement je n'impose à la prévoyance et à la vertu de la Société aucun soin, mais même je l'en dispense ; je ne lui demande aucun secours, je n'en veux aucun d'elle.
La prévoyance individuelle combinée avec l'assurance universelle me suffit pleinement.
Dès que je m'assitre, je n'ai plus besoin qu'on me secoure; même ce serait une faute de me secourir si j'avais eu le tort de ne pas m'assurer.
Plus d'indigence,
Plus d'aumône.
Plus de sociétés de charité maternelle.
Plus de tours,
Plus de crèches.
Plus de salles d'asile,
Plus de colonies pénitentiaires,
Plus de sociétés de patronage,
Plus de dépôts de mendicité.
Plus de bureaux de bienfaisance.
Plus d'hospices.
Aucune de ces institutions n'est nécessaire ; toutes ont prouvé qu'elles étaient inefficaces.
La Fraternité est un sentiment, sentiment exceptionnel et rare ; il en faut faire une science, une science commune et vulgaire. Dans le régime des assurances est la science de la fraternité, comme dans le bloc de marbre est la statue, comme dans le lingot est la monnaie. — On n'a qu'à cher»cher, on trouvera !
Je ne demande, pour assurer l'homme contre tous les risques de la misère, qu'une seule chose, rien qu'une seule : je demande que le taux du salaire, proportionné à la valeur du travail, ne puisse jamais s'abaisser au-dessous d'une limite qui, pour tous, soit une garantie et pour aucun up pré-
judice ; d'une limite qui partout soit naturelle et nulle part arbitraire.
Ce qui est strictement nécessaire au travailleur, en tous pays, pour l'entier développement de ses forces, la conservation de sa santé, la maturité de son intelligence et le repos de sa vieillesse : voilà ce que je nomme la limite extrême et naturelle, le prix du salaire; naturelle, parce qu'elle se trace d'elle-même comme le fleuve se creuse son lit; extrême, parce qu'on ne saurait l'enfreindre sans précipiter la société dans tous les embarras et dans tous les périls contre lesquels lutte le navire qui, faute d'un tirant d'eau suffisant, échmie sur le sable.
Cette comparaison est juste. En effet, voyez une rivière, l'été ; voyez la Loire, quand les eaux sont bases : la navigation, qui était facile, le devient moins; puis, enfin, elle finit par devenir impossible et s'interrompre. Il en est ainsi lorsque les salaires sont bas, la consommation languit et s'arrête. L'étiage du salaire est à la consommation ce que l'étiage d'un fleuve est à la navigation. C'est une force absente.
La navigation, appelant l'art à son aide, a imaginé, pour remédier aux basses eaux, les barrages, les canaux et les écluses; pourquoi la consommation, appelant à son aide un art pareil, n'aurait-elle pas également, pour remédier aux salaires trop bas, ses écluses, ses canaux, ses barrages?
Je sais l'objection : la Société, l'État n'a pas le droit de s'immiscer dans la fixation des salaires, afin d'empêcher qu'ils ne s'abaissent au-dessous d'une limite prévue.
Je pourrais vous répondre : — Est-ce qu'en tous temps et en. tous pays l'autorité n'est pas intervenue, plus ou moins, dans la réglementation des conditions du travail ? Parcourez toute la législation française, depuis les Capitulaires de Charlemagne jusqu'aux édits de Louis XVI rédigés par Turgot, vous y trouverez une quantité prodigieuse d'ordonnances royales, d'arrêts du parlement, de décisions du Châtelet ayant pour objet, tantôt de mettre le prix des subsistances en harmonie avec le taux des salaires, tantôt