RIEUSES
» Le dégrèvement des classes laborieuses et souSranteSy » entrepris depuis trente ans et poursuivi par le gouveme- » ment anglais jusqu'à son complément, qui se réalise en » ce moment, est, à double titre, une des plus belles etdes » plus fécondes entreprises qu'il ait été donné à une nation » d'accomplir.
» Pendant ce temps, hélas! qu'avons-nous fait, enFranoe, » dans le môme but ? Je l'ai dit, rien ou pis que rien. On a » cherché à me répondre quelques mots à côté de la ques- » tion ; on m'a dit qu'on avait voté des entreprises de tra- » vaux publics, soutenu les caisses d'épargnes. Est-ce que » ces combinaissons répondent au magnifique programme » de dégrèvement des classes laborieuses et de transforma- » tion de Vimpôt en Angleterre?
» En aucune façon.
» Il est triste de comparer à nos hésitations, à nos tenia- » tives stériles, les actes vigoureux et féconds de PAngie- » terre.
» J'ai cité à la Chambre des réductions sur le chiffre nor- » mal du budget s'élevant ensemble à 31 5 millions de francs.
» Il y a bien d'autres choses encore que je n'ai pu citer.
» Je n'ai pas dit un mot des modifications profondes qu'ont » subies à plusieurs reprises les tarifs des douanes. Je n'ai » rien dit de la réforme postale.
» Rien de la grande affaire de l'abolition de l'esclavage.
» Enfin, je ne parle pas du remaniement général et de la » suppression presque totale des droits d'excisé qui com- >i posaient, dans le budget de l'Angleterre, un chiffre très » important, près de 700 millions en 1824, et réduit à moins » de 300 millions aujourd'hui.
» J'ai indiqué à la chambre, dans la suite de la discus- » sion, quels étaient les principaux articles successivement' » affranchis.
» J'en rappellerai ici quelques-uns : les bières, les cidres » et poirés, le verre, les tuiles*, les chandelles et bougies, » les peaux, les tissus imprimés, tous articles sur lesquels » les droits ont été entièrement abolis.
» Des réductions considérables de plus de moitié ont été » opérées sur les briques, sur les savons, sur les papiers ; » et de cette longue série de droits 4'^cise, dont l'inven- » lion remonte à plus de deux cents ans, à 1643^ et appar- » tient au Long-Parlement, il ne reste que quelques ves- » tiges.
» Est-ce que dans ce remaniement gigantesque du bud- » get de l'Angleterre, dans lequel les dégrèvements se me- » surent par près d'un demi-milliard, la trop simple formule » de l'équilibre du budget a été la règle inflexible à l'é- » preuve de laquelle toutes ces réformes ont dû passer » avant d'être adoptées? Non, sans doute.
» Ce n'est pas que je prétende que quand on supprime » une ressource, il n'en faille chercher une autre ; mais ce » qui est évident, c'est que dans l'enfance relative où nous » sommes du gouvernement représentatif, en présence » d'une société dissoute par la révolution de 1789, puis re- » constituée par le génie de l'empereur, il ne s'est pas
» trouvé en France un homme politique assez hardi pour » oser quelque chose de sérieux h ce sujet.
» M. de Villèle est le seul qui ait osé tenter dans la loi XI d'indemnité une entreprise hardie sur une grande échelle. » Toutefois, à travers les tâtonnements par lesquels nous » avons passé, les grandes entreprises de travaux publics y> montrent aussi que notre patrie a plus de force produc- » tive qu'on ne le pense, et que la volonté bien dirigée de » ceux qui gouvernent une si grande nation peut obtenir » d'elle des témoignages inattendus de sa force et de sa » puissance.
» Les emprunts, les caisses d'épargne elles-mêmes, les » capitaux réunis par les entreprises de chemins de fer, » tout cela a révélé et révèle des ressources inconnues et » inespérées. Soyons de notre temps, mettons à profit ces » exemples de l'Angleterre, qui nous précède de loin dans » la carrière.
» Reconnaissons avec ses hommes d'État les plus avan- » ces, et avec l'expérience qui leur a si hautement donné » raison, que dans un impôt il y a le principe et le chiffre; » que le chiffre doit céder au principe, et que, dans un pays » puissant et prospère en temps de paix, l'impôt rend faci- » lement et promptement par d'autres voies meilleures ce » que l'on supprime en taxes injustes, oppressives ou gé- » nantes pour l'industrie. »
Ce qu'a entrepris avec succès M. Léon Talabot dans le département du Tarn, un autre député, un autre grand industriel, M. Gabrol, l'a accompli avec le même succès dans le département de l'Aveyron. Une autre application du truck System (rétribution en nature) et de Vallotement System (jardins attribués à l'ouvrier) a porté les mêmes fruits dans le département du Nord, h la filature de Marquette, grâce aux soins persévérants de MM. Scrive frères (1).
(l) La filature de Jujurieux, dans le département del'Aîni mérite aussi qu'on la mentionne honorablement.
Un fabricant de soieries, établi depuis fort longtemps à Lyon, où il
Mais la première condition du tmck System^ c'est d'être, comme en France, un moyen indirect (ïélévation, et non, comme en Angleterre, un moyen indirect de diminution des salaires, car il est possible de fausser les idées les plus justes t?t d'abuser des institutions les plus fécondes. Ainsi, au lieu de fournir à l'ouvrier, au moyen d'une retenue sur son salaire : — une habitation plus propre, plus commode, moins insalubre, entourée d'un jardin émaillé de légumes, de fleurs et de fruits ; une nourriture plus saine et plus abondante ; des vêtements moins coûteux; des soins médicaux plus éclairés et moins onéreux; au lieu de le faire profiter de tous les avantages résultant d'une portion du salaire centralisée et de l'approvisionnement en commun, il est arrivé que des patrons, écoutant la voix de la cupidité et de la concurrence plus que celle de la loyauté et -de la prévoyance, ont dénaturé la pensée du truck System en l'employant comme un moyen indirect de réduire en réalité
jouît d'une grande réputation de probité commerciale, M. Bonnet, a consacré une grande partie de ses bénéfices à la fondation à Jujurîeux, sa commune natale, d'un vaste établissement qui lui procure les matières ou- ATées nécessaires à ses tissages, que les autres fabricants sont contraints de faire venir du département de l'Isère et d'autres localités plus lointaines et plus méridionales. Le personnel de l'établissement se compose de quatre à cinq cents personnes, en comptant les ouvrières, les sœurs qui les dirigent, les ouvriers pour la réparation des machines, les domestiques et les employés supérieurs de la fabrique. Les ouvrières à elles seules sont au nombre de trois cent soixante, sous la surveillance do treize sœurs. Elles couchent et mangent dans la fabrique même. Ce sont presque toutes de malheureuses orphelines abandonnées par leur famille ; elles ont de seize à vingt-cinq ans. Les jeunes gens des environs les recherchent en mariage avec empressement, attendu qu'elles leur apportent, avec des habitudes et une réputation de bonne conduite, d'abord les économies qu'elles ont confiées à M. Bonnet, puis l'appui d'une maison puissante, pouvant fournir assez de travail pour alimenter un ou deux métiers à tisser.
L'existence matérielle des ouvrières est incontestablement supérieure k l'existence qu'elles auraient si elles vivaient chacune chez elle.
Elles sont très bien couchées : lits en fer et sommiers élastiques. Elles font quatre repas par jour. Une vacherie de près de quarante têtes de bétail dépend do l'établissement et fournit du lait à discrétion. ' Le dimanche, elles vont passer la journée dans une charmante mai son de campagne, à une demi-heure do la fabrique, nommée Chenavdl. C'est un ancien manoir féodal, qu'entourent un grand parc et un jardin magnifique. Elles y trouvent de belles allées plantées de vieux arbres, auxquels elles attachent des escarpolettes et des jeux de toute sorte ; celles qui ont l'habitude des travaux champêtres peuvent se livrer en toute liberté à leur goût ; elles ont de l'espace et des outils à discrétion.
les salaires, dont ils conservaient le taux nominal, en faisant servir contre l'ouvrier ce qui avait été conçu pour lui. Cet abus avait été poussé si loin qu'il a fallu qu'un acte dn parlement intervînt, en 1831, pour interdire le truck.
Après avoir montré comment, par la transformation de l'impôt et l'approvisionnement en commun (1), on peut élever le salaire indirectement, il me reste à démontrer par quels moyens on peut l'élever directement.
Il y a deux moyens :
Par la liberté arbitraire,
Par la liberté absolue.
La liberté arbitraire est celle que l'État limite, dispense ou retire à son gré.
La liberté absolue est celle qui se règle par elle-même et par elle seule.
La liberté arbitraire, la liberté limitée, c'est le droit que s'arroge indûment une prétendue souveraineté, tantôt monarchique et tantôt populaire, de s'immiscer, sous le nom de loi ou sous la forme de décret, dans des actes ou dans des conventions qui sont exclusivement du ressort de la souveraineté individuelle.
La liberté arbitraire, c'est l'État, arbitre suprême, réglant tout et conséquemment répondant de tout ; c'est Pîndividu mineur, la société pupille, l'Etat tuteur.
Je n'admets pas, on le sait, la liberté arbitraire, la liberté bâtarde ; mais vous qui n'admettez que celle-là, vous qui repoussez la liberté absolue, la liberté légitime, vous ne nierez pas, vous ne sauriez nier qu'en vertu du principe de la liberté limitée qui place abusivement la souveraineté collective au-dessus de la souveraineté individuelle, PÉtat n'ait le droit d'intervenir pour dire au travail : a Travail, tu » cesseras d'être meurtrier, tu cesseras d'être homicide, tu
( ] ) Dans les fabriques qui occupent un nombre d'ouvriers dépassant on chiffre qui n'aurait pas besoin d*être très considérable, pourquoi ne foraient-ils pas ce qui se fait dans les régiments, pourquoi n'auraient-Oi pas une femme qui leur ferait leur cuisine en commun ? Ils pourraient ainsi se nourrir aussi bien que le soldat et pour le m^me prix.
» cesseras d'être inhumain I Au travailleur qui te donne ses » forces, tu donneras le pain, Ja viande, le sel, la boisson, » l'abri, le vêtement, J 'instruction, l'épargne et le repos » qui lui sont nécessaires, afin que ses forces ne s'épuisent » pas, afin que sa santé se conserve, afin que son intelli- » gence se développe, afin que la durée de la vie moyenne » s'accroisse, et que la race humaine, au lieu de dégénérer » et de s'affaiblir, se fortifie et s'améliore. »
Il faut opter :
Ou l'État n'avait pas le droit et le devoir de faire ce qu'il a fait, de tracer un maximum aux heures de travail (décret du 14 septembre 1848), de réglementer les conditions relatives à l'emploi des enfants dans les manufactures (loi du 22 mars 1841), ou il a le devoir et le droit de tracer un minimum au taux du salaire.
Dans cet ordre d'idées, c'est plus que son droit, c'est son devoir, car il a désarmé le travail devant le capital en inscrivant dans le Code pénal les deux dispositions suivantes :
« Art. 414. Toute coalition entre ceux qui font travailler » des ouvriers, tendant à forcer injustement et abusive- » ment l'abaissement des salaires, suivie d'une tentative ou » d'un commencement d'exécution, sera punie d'un em- » prisonnement de six jours à un mois, et d'une amende de » deux cents francs à trois mille francs.
» Art. 415. Toute coalition de la part des ouvriers, pour » faire cesser en môme temps de travailler, interdire le tra- » vail dans un atelier, empêcher de s'y rendre ou d'y rester » avant ou après certaines heures, et en général pour sus- » pendre, empêcher, enchérir les travaux, sera punie d'un » emprisonnement d'un mois au moins et de trois mois au » plus. Les chefs et moteurs seront punis d'un emprtsonne- » ment de deux a cinq ans. »
Indépendamment de la différence exorbitante de pénalité qui existe dans ces deux dispositions, il y a lieu de remarquer que la première est illusoire, car il est aussi aisé aux m. 20
patrons, attendu le petit nombre dont ils se composent, de se coaliser sans paraître se réunir et se concerter, qu'il est difficile, au contraire, aux ouvriers, attendu la masse considérable qu'ils forment, de se réunir et de se concerter sans paraître aussitôt se coaliser (1).
Donc, du côté où était la force, du côté du travail, l'Etat a mis la faiblesse; du côté où était la faiblesse, du côté du capital, l'Etat a mis la force ; il a établi l'inégalité légale en sens inverse de l'inégalité naturelle.
C'est là, nul ne saurait le contester, une grave et immense responsabilité que l'État a assumée sur lui, car ce n'est ni plus ni moins que le renversement du monde écoconomique et de ses véritables lois.
En ravissant aux travailleurs, par la loi pénale, le droit et le pouvoir de s'unir afin de se défendre contre l'aveugle— glement du capital et l'excès de la concurrence, l'État a nécessairement contracté l'étroite obligation de protéger les travailleurs dans la juste fixation de leur salaire.
Alors, que l'État fasse donc pour le travailleur ce qu'il fait pour le soldat, ce qu'il fait pour le prisonnier I -
11 rationne le prisonnier; il rationne le soldat.
En sus de sa ration, le prisonnier a le pécule ; en sus de sa ration, le soldat a le sou de poche ; que le travailleur, en sus de sa ration nécessaire, ait donc le décime d'assurancb 1
Il l'aurait immanquablement, si, en tous pays où la lî-
(1) a On n'entend guère pnrler, dit-on, de lignes entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne conni^e ni le monde, ni la matière dont il s'agit, pour s'imaginer, d'après cela, que les maîtres se lignent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue, tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette r^gle e-tt partout une action de faux frère, et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et ses pareils. Â la vérité, nous n*entenaoiif jamais parler de cette ligue, parce que c'est l'état habituel et on peut dire l'état naturel de la cliose. auquel personne ne fait attention. Quelquefola aussi les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser, même au-dessous de ce taux actuel, les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret, jusqu'au moment de l'exécution; et, quand les ouvriers cèdent, comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu'ils sentent bien le coup et le sentent fort durement; personne autre n'en entend parler. »
ADAM SMITH. Richesse des nattons.
berté est limitée, mais où l'humanité n'est pas muette, les gouvernements admettaient en faveur des ouvriers que les coalitions sont un droit et les grèves un devoir en toute industrie où le salaire, multiplié par le nombre moyen des jours de travail, ne suffit pas à l'achat de la ration nécessaire multipliée par le nombre des jours de l'année. Puisqu'on a pu déterminer la ration du prisonnier et celle du soldat, serait-il donc plus difficile de déterminer la ration du travailleur?
Ou l'État ne doit régler rien absolument, ou il doit régler tout minutieusement; régler à demi est ce qu'il y a de pis, car ce n'est ni le régime de l'autorité, ni le régime de la liberté.
La preuve que le régime actuel est le renversement du monde économique et de ses véritables lois, c'est qu'il a produit l'abaissement continu des salaires, tandis que cet abaissement funeste n'eût pas eu lieu si la loi ne fût pas intervenue inconsidérément; car les ouvriers, relativement aux patrons, étant de beaucoup les plus nombreux et les plus forts, eussent instinctivement opposé une invincible et salutaire résistance à la pression excessive exercée par la concurrence. Le prijc nécessaire du salaire est le contrepoids naturel et indispensable de la concurrence. Briser ou affaiblir ce contre-poids, c'est rompre l'équilibre; grave faute qu'a commise l'État, qui se prétend infaillible, grave faute qui est la condamnation de la liberté arbitraire, de la liberté bâtarde, de la liberté réglée, de la liberté faussée.
Aussi ne veux-je môme pas m'en servir pour rectifier ses propres erreurs et panser les plaies douloureuses et purulentes dont elle a couvert le corps social. Je ne demande pas à l'État d'intervenir dans la fixation d'un minimum de salaire, au même titre qu'il est intervenu dans la fixation d'un maximum d'heures de travail ; je ne lui demande rien, que de se renfermer désormais exclusivement dans l'administration de ce qui compose la propriété collective : — l'armée, la marine, la voie publique.
Que l'État s'abstienne, et ce qu'il n'a pas su régler par
\s\ liborlé arbitraire se réglera de soi-même par la liberté absolue.
La liberté absolue, ai-je besoin de le redire, c'est l'entière liberlé de réunion et d^association, c'est l'entière lil)erté d'examen et d'enseignement sous ses formes diverses : parole et imprimerie.
Que les travailleurs, éclairés par la discussion, mûris par l'expérience, s'assemblant et se c(mstituant par corps d'état distinct, par nature d'industries, par unités de professions, aient l'entière liberté de se réunir et de s'associer, et la concurrence tyrannique, efi présence de la liberté absolue, aura bientôt cessé d'être impitoyable. ^
Par le prix nécessaire^ le salaire s'élèvera rapidement, plus rapidement (ju'on ne saurait l'imaginer, à la hauteur du prix courant ; car, plus l'on consommera, plus l'on travaillera, et réciproquement. Alors ce sera la demande et non plus Vo/fre qui réglera le taux du salaire ; c'est le résultat qu'il faut souhaiter, c'est la route qu'il faut ouvrir, c'est le but qu'il faut atteindre.
Comme toutes les pierres d'une voûte, toutes les industries entre elles sont solidaires; dès que l'une prospère, elle vient plus ou moins vite, plus ou moins directement en aide successivement à toutes les autres.
Le chapelier qui vend des chapeaux achète des bottes ; que lui importerait donc d'acheter ses bottes un peu plus cher, s'il vendait un plus grand nombre de chapeaux? — Mais non, il n'achèterait pas ses bottes et ne vendrait pas ses chapeaux plus cher, parce que le taux du salaire de l'ouvrier bottier et de l'ouvrier chapelier aurait été élevé h la hauteur voulue pour mettre à flot l'arche de la consommation.
Toute fabrication se compose de deux natures de frais : frais croissants et frais décroissants^ ceux-ci improprement appelés frais généraux.
Les frais croissants sont ceux qui sont d'autant plus considérables, absolument, que la fabrication est plus active :
tels sont les frais qui consistent en acliats de matières premières, en payement de salaires, etc.
Les frais décroissants sont ceux qui sont d'autant plus faibles, relativement, que le débit est plus étendu : tels sont les frais qui consistent en loyers de fabriques, d'ateliers, de magasins, appointements de commis, payements de contributions et de patentes, etc.
Par la diminution des frais décroissants, résultat de l'impulsion donnée à la consommation, se compenserait, dans beaucoup d'industries, l'augmentation des salaires; mais si cette compensation n'avait lieu qu'en partie, nul doute que la science ne parvînt à trouver, dans cet accroissement même de la consommation, des moyens de production plus économiques et plus expéditifs, plus simples et plus puissants (1).
Je ne craindrais donc pas que l'élévation du taux des salaires fît perdre à la consommation d'un côté ce que d'un autre elle lui ferait gagner.
Je ne craindrais pas que les ouvriers, entièrement libres de se réunir et de s'associer, créassent inconsidérément,
ri) • Si Ton donne au mot salaibe toute Tcxtension dont il est susoep< tible, on trouvera que presque tous les citoyens reçoivent et donnent dea salaires ; mais il n'est ici question que d'une espèce de salariés, les seuls dont le gouvernement doive se mettre en peine : ce sont les salariés du dernier ordre, de ces hommes sans propriété, sans capital, et n'ayaut que leurs bras pour vivre. Cette classe est toujours la plus nombreuse, . et, par conséquent, on ne peut pas appeler heureuse une société où, par la modicité et rinsuffisance des salaires, les salariés ont une subsistance si bornée, que, pouvant à peine satisfaire leurs premiers besoins, ils n'ont le moyen ni de se marier, ni d'élever de famille, et sont réduits à la mendicité aussitôt que le travail vient à leur manquer ou que Tâge et la maladie les forcent à manquer de travail.
» Les moyens de diminuer le prix des objets qui sortent des manufactures n'ont rien de commun avec la modicité du salaire de l'ouvrier. Dans une grande fabrique, où l'on emploie des animaux au lieu d'hommes, des machines au lieu d'animaux, et où le travail est distribué avec cette intelligence qui double, qui décuple la force et le temps, l'onvrige peut être confectionné et vendu à un prix beaucoup moindre que dars celles qui n'ont pas le même avantage, et cependant les ouvriers cfe l'uKf. srnt payés deux fois plus que ceux de l'autre.
Quoique les ouvriers de Manchester, de Norwich, et ceux d'Amiens et d'Abbeville soient occupés du même genre de travail, le salaire des premiers est bien plus considérable que celui des autres, et cependant, à valeur égale, les étoffes de laine anglaises sont moins chères que les françaises. (1784). FBANKUM.
au-dessus du prix nécessaire, un prix courant qui serait arbitraire, factice, exagéré; car, s'ils commettaient cette faute, ils ne tarderaient pas à l'expier, conséquemment à la réparer. Les fautes sont la monnaie qui sert à acheter l'expérience. L'expérience 1 elle se vend au comptant, Jamais à crédit.
Le propre de la liberté arbitraire est de tout compliquer; le propre de la liberté absolue est de tout simplifier (1).
C'est de la liberté arbitraire que sont nées cette vertu perturbatrice qui s'appelle la charité légale, et cette science indécise qui s'appelle l'économie politique. Je compare la charité légale et l'économie politique aux éclisses que l'on applique le long d'un membre fracturé, pour les en retirer dès qu'il a retrouvé la liberté de ses mouvements.
L'ouvrier, ce bras du corps social, a longtemps été ^ l'état de membre fracturé; qu'il retrouve, lui aussi, la liberté de se mouvoir, et il n'aura plus besoin d'éclisses. Il pourra se passer, et des préceptes de l'économie politique, et des dons de la charité légale, car la distribution des richesses et la réciprocité des échanges s'opéreront d'elles*
(l) Si mon honorable ami, M. Richard Cobden, eût lu avec plus d*atteDtion cotte pnge, il ne m'eût certes pas écrit la lettre suivante, que j'imprime ici comme un document utile k conserver :
« Londres, 14 Juin 1851.
» Mon cher monsieur,
» M. Lacan m'a remis le travail sur lequel vous avez bien voula appeler mon attention. Nous tendons, vous et moi, au même but : VamilUhration du sort des classes populaires ; mais je crains que nous ne nous entendions pas sur les moyens. Je ne crois pas qu'il soit possible d'arriver à l'élévation des salaires par l'action directe de la législature. Je croit que l'affranchissement de l'industrie et la complète liberté des échanges sont les conditions absolues et essentielles d'un niveau convenable des salaires, par cette raison que la liberté industrielle et commerciale est seule capable d'élever le capital à sa plus haute puissance, et que c'est le capital qui paye les salaires.
j» Mais la création du capital ne dépend pas seulement de l'accninulation des fonds, elle dépend surtout de la conduite des individus et des gouvernements. Quand vous voyez les gouvernements jeter leur capital dans le gouffre d'énormes établissements militaires, et les individus livrés à la passion des liqueurs alcooliques, soyez certain que ces abus sont toujours accompagnés de la misère et de la dépression des salaires.
mêmes régulièrement, dès que les ouvriers de chaque profession auront ressaisi le droit qui leur appartient de .se grouper, de se réunir, de se concerter, de discuter et de délibérer, sans que l'État intervienne entre eux et les patrons pour jeter, du côté de ceux-ci, dans la balance, le poids de ses baïonnettes.
Comment les ouvriers charpentiers ont-ils obtenu, en 1823, que leur salaire fût porté à 3 fr.; en 1832, de 3 fr. à 3 fr. 50 ; en 1833, de 3 fr. 50 à 4 fr., et en 1845, de 4 fr. à 5 francs ? En se réunissant et en se mettant quatre fois en grève. La dernière grève, celle de 1845, a duré six mois, du 9 juin au 30 novembre. C'est à l'occasion de cette grève que M. Berryer, plaidant pour les chai'pentiers, fit entendre ces mémorables paroles, profondément justes, profondément vraies :
« On s'est vivement récrié contre l'augmentation de 10 » centimes par heure réclamée par les compagnons. Vous » la trouvez injuste, inconcevable, tyrannique I...
» Mon Dieu ! il n'est pas un seul d'entre nous qui .n'ait
empêchent la création du capital ; d^autre part, dans le déplorable usage que font du capital les particuliers et les gouvernements. Ces deux causes suffisent pour m'expliquer la pauvreté et la misère que nous voyons régner ; ce qui m'étonne quelquefois, c'est que ces fléaux ne fassent pas des progrès plus effrayants. Quand vous consacrez la puissance de votre esprit à montrer et à flageller l'extravagance et la folie des gouvernements, je sympathise entièrement avec vos patriotiques eflbrts. Mais je ne puis être de votre avis quand vous invitez les gouvernements à tenter l'élévation des salaires par voie législative.
» Quant à la condition des classes laborieuses dans notre pays, je suis heureux do dire que la masse de la population n'a jamais joui, dans uos grands centres manufacturiers, à un plus haut degré de ce qui constitue le nécessaire et le comfort de la vie. Nous possédons maintenant la preuve expérimentale que la liberté absolue des échanges constitue, pour tout lo peuple britannique, un grand et inestimable bien.
» Je suis avec intérêt la politique commerciale de votre gouvernement. Quant à présent, vous êtes la nation la plus restreinte de l'Europe. Il y a dans le tarif français pi us de prohibitions que dans les tarifs autrichiens, espagnols, russes, etc.
» Combien longtemps encore les compatriotes de Turgot, ai Sjy, de Bastiat, consentiroiit-ils à supporter la honte de la légisiat'on commerciale la plus anriérée de l'Europe?
» Je suis, avec l'expression du respect le plus sincère,
» Votre tout dévoué,
» RICHARD eOBDEN. »
312 tSftO.
» eu à pratiquer la bienfaisance, une fois dans sa vie ; eh » bienl n'avons-nous pas tous la douloureuse conviction » qu'il y a énormément à faire pour soulager les douleurs » du pauvre, pour améliorer le sort des classes ouvrières?.., y> car nous n'avons ici, sous les yeux, que des hommes » bien portants, dans la force de l'âge ; mais ceux qui sont » infirmes, vieux, malades, les mères de famille sans où- » vrage, les enfants déguenillés, toutes ces plaies, toutes » ces larmes, tous ces désespoirs, vous les représentez— D vous ? Et ne croyez-vous pas qu'il soit urgent d'adoucir » tant d'infortunes, d'élever autant que possible le salaire » des travailleurs, dans l'intérêt de tant de familles néces- .» siteuses ? (Profonde sensation.)
» Et, à ce propos, rappelez-vous qu'un entrepreneur a » évalué à 30,000 francs les pertes que lui a fait subir une » simple interruption de deux mois dans les travaux de y> charpente... Quoi! en moins de deux mois, un seul en- » trcpreneur aurait pu réaliser 30,000 francs de bénéfices » nets, et il aurait dû ces immenses profits à ceux qui ré- » clament 10 centimes de plus par heure!... Est-ce que » vous n'êtes pas frappés de ce contraste ? (Tous les yeux » se tournent vers un entrepreneur témoin au procès.)
» Respectez la liberté des droits, cette liberté sacrée, » cette liberté fondamentale, respectez-la, et soyez sûrs )) que tous les hommes sages, que tous les hommes qui ont » un intérêt à ce que la pensée de tous puisse être expri- » mée, vous approuveront toujours. En supposant que le » contraire arrivât, permettez-moi pour dernière parole de » vous dire ce que je lisais ce matin dans une conversation » du vénérable Sully avec le grand Henri IV ; il terminait » sa conversation par ces mots : a Tous tumultes, désordres » et mutinations provien7ient quelquefois de légitimes caur^
X ses, ET PLUS SOUVENT d'aVOIR DU MAL QUE DU DÉSIR D'BW » FAIRE. »
Le langage que tenait M. Berryer en 1845, souâ la monarchie', c'est celui que je tiens, en 1850, sous la républi-
que. Avec lui , je dis : « Respectez la liberté des droits^ y> cette liberté sacrée, cette liberté fondamentale ! »
La liberté des droits I Je ne demande rien de plus, mais rien de moins. Elle me suffit.
Que l'ouvrier soit libre, et le salaire sera suffisant.
Est-il suffisant, lorsque à Paris, dans un très grand nombre d'états sujets à des chômages plus au moins prolongés, il n'atteint pas 20 centimes par heure de travail, 2 francs par journée, et 600 francs par an ?
Si M. Berryer, en 1845, ne disait rien qui ne fût strictement vrai et incontestablement fondé quand il insistait sur la justice de la réclamation des charpentiers et sur la nécessité d'élever leur salaire de 4 francs à 5 francs, que doiton conclure de ses judicieuses observations et de ses énergiques paroles, lorsqu'elles s'appliquent à des états où le salaire est resté au-dessous de 2 francs ?
Je vous laisse le choix suivant : — ou d'admettre qu'à Paris tout ouvrier, à quelque état qu'il appartienne, qui réclame 50 centimes par heure de travail effectif, ne réclame rien d'exagéré, rien qui ne soit juste et légitime, ou bien de réformer radicalement l'impôt, d'abolir tous les octrois et de terminer sans retard tous les chemins de fer et tous les canaux, dont l'achèvement aurait ce double efiet d'étendre le rayon d'approvisionnement de Paris, et de réduire dans une forte proportion le prix d'un grand nombre d'objets de consommation, tels que denrées alimentaires, boissons et combustibles.
Vous étes-vous jamais rendu compte de la somme que prélevaient sur le mince budget d'un ouvrier, à Paris, le chauffage de sa famille et l'éclairage de sa mansarde ? — Dans un budget de 600 à 1,000 francs, tout compte et tout pèse ; il n'y a pas de dépense qui soit petite, il n'y a pas d'économie qui ne soit grande.
Abaisser par tous les moyens le prix des transports, cette sorte d'impôt indirect qui a deux inconvénients : — de grever le budget de l'ouvrier, et de ne rien rapporter au Trésor de l'État, — aurait dû être la pçnsée-mère de tous nos
ministres depuis 1815. L'a-t-elle été, en effet, et lui ont-ils attribué dans leur esprit la large part à laquelle elle avait droit? Nofi. Ils ont tous suivi, et je ne vous en excepte pas, les errements de la vieille et fausse politique. Où il aurait fallu regarder, chercher, trouver l'équilibre économique, l'équilibre nécessaire entre la consommation et la production, équilibre qui se rencontre tout naturellement dans le taux légitime du salaire, ils n'ont vu et ne se sont appliqués à conserver qu'un prétendu équilibre européen, improvisa par la peur, on sait comment, le lendemain d'une bataille gagnée contre la France épuisée par vingt années de victoires.
Je suis de ceux qui pensent que la liberté du travail est la véritable organisation du travail (1), mais sous la condi-* tion expresse que cette liberté sera entière, sans exceptions comme sans limites ; qu'il n'y aura pas en môme temps des professions libres et des professions privilégiées; que l'État, en aucun cas, sous aucun prétexte, au nond d'aucune loi, ne se placera, avec la force armée, du côté des maîtres (2), qui sont le petit nombre, contre les ouvriers^
(1) La limitation légale des heures de travail adoptée en AofldeteiTe et ' en Franco n'a pas été imitée en Belgique, mais des fabricants bSges l*CMDt spontanément et librement appliquée, et M. Vischers, membre du oonMil des mines de Belgique, en rend compte en ces termes :
« A Gand, le travail dans les ateliers, sans compter les snrcrotts extraordinaires, dure d'habitude treize heures par jour; MM. de HémptiBiie Tout réduit à onze heures trois quarts, en procédant gradueUemeiit et après s'être assurés du consentement de leurs ouvriers. C'était un essai ; il a parfaitement réussi. L'ouvrier ^ apportant plus de forces eorporêUe» et fntcllectuelles à son travail ^ ne perdant pas une minute, produit autant, et peut-être mieux qu'auparavant. Le bénéfice du patron n*cst pas diminué, et le salaire de l'ouvrier travaillant à la pièce n'a pas été réduit. Quuant à celui des ouvriers payés à la journée, il a été maintenu au taux où. il était à l'époque où l'on travaillait treize heures. L'activité de leurs aeivîee» a compensé pour le maître le sacrifice auquel il consentait. Il y a en dans cette réduction, que l'An^^leterre a aussi expérimentée favorablement, économie de quelques matières premières, comme charbon, huile, ete. Ou a occasionné moins de déchets. En gagnant le même salaire, l*onvrier a obtenu à sa libre disposition, pour se reposer, pour séjourner dans sa demeure avec sa femme et ses enfants, cinq quarts d'^euro de plus par jour, et peut-être la possibilité d'une réduction profitable aux denicparties ne s'arrêtera- 1 -elle pas là. Espérons que l'exemple de MM. de Hemptinae trouvera des imitateurs. »
(2) « Trop souvent ou n'oppose que les baïonuettes aux. oonvokîons qnt
qui sont le grand nombre, ceux-ci défendant aveuglément l'intérêt privé, ceux-là représentant instinctivement Pinterêt général ; car je ne saurais me lasser de le répéter, avec Mac-Gulloch et les principaux économistes, toute augmen* tation des salaires accroît la consommation, active la production, accélère la circulation, féconde le travail, diminue la misère, moralise la population, multiplie les échanges, développe le crédit, et finalement enrichit la nation.
Si ce que je viens d'affirmer est la vérité, et si tout se réunit pour en démontrer l'évidence, comment donc expliquer que l'État tourne indirectement contre lui-même ses propres armes, en protégeant ceux qui lui nuisent : les maîtres, et en combattant ceux qui le servent : les ouvriers?
Déplorable méprise I Liberté arbitraire, liberté bâtarde, liberté limitée, tu n'en fis, tu n'en feras jamais d'autres !
Misère sans bornes et révolutions sans fin, voilà ce qu'a produit la liberté arbitraire. Par ses œuvres, elle est jugée, c'est en vain que vous essayez de la défendre encore. Un tribunal suprême, l'Expérience, l'a irrévocablement condamnée.
La société, la civilisation, si gravement mises en péril par la liberté arbitraire, ne peuvent plus être sauvées que par la liberté absolue.
La liberté arbitraire, c'est l'équilibre social détruit; la liberté absolue, c'est l'équilibre social rétabli. La liberté arbitraire, c'est l'arithmétique violée, car c'est trente millions d'individus, n'ayant pas le strict nécessaire, comptant moins que trois millions d'individus ayant le bien-être ; la liberté absolue, c'est l'arithmétique redressée, car c'est trois millions d'individus, ayant le bien-être, comptant moins que trente millions d'individus n'ayant pas le strict nécessaire. La liberté arbitraire, c'est la société restreinte dans le cercle
la misère ou Toppresnoii «rradient aux peuples ; mai» les bolotioettef ne rétablissent jamais que la paix de la terreur et le silence qui platt ao des* potisme. La liberté est plus forte pour encluilDer le penple à Tordre publie que toutes les cruelles mais petites ressources d*on gOQvenieneiit 4|iii ne met sa conHaoce que dans les moyens de contrainte et de terrear. f
mVABEAV*
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étroit de ceux qui possèdent ; la liberté absolue, c'est la société étendue jusqu'aux dernières limites de ceux qui travaillent. La liberté arbitraire, c'est la société vue du côté de la lorgnette qui rapetisse et empêche qu'on ne distingue bien; la liberté absolue, c'est la société vue du côté de la lorgnette qui éclaircit et fait qu'on distingue mieux. La liberté arbitraire, c'est la force hypocrite masquéç sous les traits de la justice ; la liberté absolue, c'est la justice iodirgnée, ayant démasqué la force. La liberté arbitraire, c'est l'infaillibilité légale ; la liberté absolue, c'est la tolérance mutuelle. La liberté arbitraire, c'est le privilège ; la lib^té absolue, c'est le droit. La liberté arbitraire, c'est l'erreur; la liberté absolue, c'est la vérité. La liberté arbitraire, c'est la règle immolée à l'exception ; la liberté absolue, c'est l'exception immolée à la règle.
Or, s'il est une règle qui soit juste, c'est apparemment celle-ci :
Dans une société qui a le travail pour base, le travail doit toujours faire vivre le travailleur, il ne doit jamais le tuer. J'ajoute :
Le droit au superflu ne saurait exister pour les oisifs, qu'après que les travailleurs auront tous le nécessaire. Enfin, je termine par ces simples réflexions : L'ouvrier qui gagne à Paris 50 centimes par heure de travail, qui travaille 10 heures par jour et 300 jours par an,envoie-t-il sa femme travailler en journée? — Non. Elle reste à la maison afln de pourvoir aux soins du ménage. Envoiet-il ses enfants à la crèche et plus tard à la salle d'asile? — Non. Leur mère les élève jusqu'à ce qu'ils soient assex grands pour aller à l'école. Quand il tombe malade, se fait-il transporter à l'hôpital ? — Non. Il se fait soigner par sa femme et ses enfants. Conséquence : si l'ouvrier gagnait ce qu'il devrait légitimement gagner, il n'aurait besoin ni de crèches, ni de salles d'asile, ni d'hôpitaux, ni d'aucune de ces institutions illusoires inventées par une charité impuissante et une philanthropie stérile. Or, le moins qu'il gagnerait à Paris, sa profession fût-elle placée au dernier
échelon de Péchelle industrielle, serait 50 centimes par heure de travail, 5 francs par jour, 1,500 francs par an, s'il avait l'entière liberté de se réunir et de s'associer.
Toute la question sociale se réduit donc à ces deux termes indissolublement liés :
Liberté absolue ;
Salaire suffisante
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