CHATEAUBRIAND
0 Le monde marche au pas de course. Les hommes vont toujours en avant ; il est donc impossible que le désordre ne se mette pas de la partie. La prévoyance sociale n'a pas le temps d'intervenir pour régulariser le cours de ses progiës. . . Je comprends tous les systèmes de gouvernements ; mais, ce que Je ne conçois pas et ce qui ne paraît essentiel à aucun système, c'est un état do choses dans lequel une minorité puisse s'approprier le sol, les habitations, et jusqu'à l'air, en reléguant la majorité dans quelque coin de terre. »
LÉON FAUCHER. Etudcs SUT l'Angleterre.
u Je pose en fait qu'il y a une moitié du peuple français dont l'alimentation n'est pas sofiisante au gré de l'hygiène. »
MICHEL CHEVALIER. 1" février 1848.
« La détresse des peuples se reconnaît toujours k V inégalité des charges, k la distribution vicieuse des profits du travail, et à la prédominance de quelques castes ingénieuses k placer les abus sous la protection des lois.
r Je crois fermement qu'un jour il n'y aura plus de parias au banquet de la vie, et Je puise cette espérance dans l'étude de l'histoire, qui nous montre les générations marchant de conquête en conquête dans la carrière de la civilisation, m
BLANQui. Histoire de l'Economie politique.
Si vous me dites : Le bien-être universel est une vaine
utopie^ je vous répondrai : II est une impérieuse nécessitéj
car la civilisation en est arrivée à cette étroite alternative, III n
qu'il lui faut, ou franchir cet obstacle , ou tomber dans Pabîme.
Non, le bien-être universel n'est pas une utopie; non, la misère populaire n'est pas une nécessité.
Le paupérisme n'existe pas dans la nature, il n'y a pas de raison absolue pour qu'il se perpétue dans la société. Le paupérisme n'a pas Dieu pour auteur; il a pour causes : l'ignorance de l'homme et l'imperfection des sociétés.
Vous tous qui vous dites pieux, cessez donc de calomAier et de blasphémer la Providence divine, en vous déchargeant sur elle d'une responsabilité qui doit retomber tout entière sur l'imprévoyance humaine.
La misère a fait son temps d'épreuves. Désormais tous auront le nécessaire, ou nul ne conservera le superflu. Telle est l'alternative étroitement posée par les peuples à leurs gouvernements. Faut-il que je Je répète une dernière fois? J'appelle le nécessaire un salaire justement rémunérateur, qui soit assez élevé pour que le travailleur puisse, sa femille et lui, se nourrir substantiellement, se loger sainement, et faire la part du chômage, de la maladie et de la vieillesse. Est-ce donc trop demander? Je l'ai dit, je iuis pour l'aisance et le travail de tous, contre le luxe et l'oisiveté de quelques-uns. Si vous préférez le luxe et l'oisiveté de quelques-uns à l'aisance et au travail de tous, imitex ma franchise : vous aussi, déclarez-le. Mais alors supprime! l'arithmétique, qui apprend aux hommes les plus nombreux k se compter; supprimez l'imprimerie, ce conducteur électrique de la pensée humaine; trouvez le moyen d'avoir du luxe' sans industrie qui agglomère les populations dans les manufactures et sans grandes capitales, telles que Londres et Paris, où viennent fermenter toutes les souffrances, toutes les passions !
Il faut que la société, trop longtemps en admiration d'ellemême, cesse de se mirer dans un marais malsain et bourbeux, qui n'est transparent et limpide qu'à la surface ; il faut qu'elle plonge au fond de sa conscience ; il faut qu'elle se recueille et qu'elle s'interroge. De 1830 à 1848, qu'a-t-on
^agné à cacher les plaies profondes de la société? Qu'a-t-ou ^agné à nier imperturbablement qu'elles existassent? L'op- .imisme qui se bornait à adresser, en dix-huit ans, deux lïirculaires demeurées sans réponse et sans résultat, signées L 'une Rémusat, l'autre Duchâtel, à l'effet de demander aux préfets des renseignements sur les moyens de combattre la mendicité, cet optimisme a-t-il empêché la révolution de 1848 d'éclater? Ne l'a-t-il pas plutôt provoquée et liâtée?
Cet optimisme, je le sais, ne pardonne pas à qui trouble sa sérénité. J'en suis fâché pour lui ; mais je n'en continuerai pas moins de dérouler le douloureux panorama de la misère et de la souffrance humaine, car il importe que nul ne puisse dire qu'il ne les connaissait pas, afin que tous s'en préoccupent sans retard, sincèrement, profondément, efficacement. Il y a nécessité I II y va du salut de la société ; il 'y va du triomphe ou de la défaite de la civilisation.
Le bien-être universel n'est qu'une question d'ordre économique dont il faut trouver la loi étemelle. La trouvera-t-on si on ne la cherche pas ? Le travailleur français ne consomme pas, il faut qu'il consomme ; en même temps que le travailleur y trouvera une augmentation de bien-être, le propriétaire, le fermier, le fabricant, le marchand y trouveront un accroissement de profit.
Le travailleur qui n'absorbe que la moitié de sa consommation nécessaire ne donne que les deux tiers de sa force utile ; douze millions de travailleurs, dans ce cas, représentent à peine huit millions de travailleurs , six millions de consommateurs.
L'échelle de la consommation est triangulaire ; elle s'élargit par la base, à mesure que l'on descend les degrés de l'échelle de réduction des prix.
La figure de la consommation générale de chaque denrée est une pyramide dont la hauteur représente la valeur vénale de la marchandise, et dont la largeur représente le nombre progressif des consommateurs : le prix ou la hau-