‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 57 sur 78 · ASILES POUR LES INVALIDES DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

ASILES POUR LES INVALIDES DU TRAVAIL

21 mars 1855.

Le décret du 8 mars 1855, qui établit deux asiles où Touvrier blessé pourra venir, soit définitivement prendre la retraite accordée à une grave blessure, à la perte d'un membre, soit en passant recouvrer toutes ses forces pour mieux rentrer ensuite dans sa vie de travail, ce décret est ainsi

conçu :

« Art. 1®'. Il sera établi, sur le domaine de la couronne, à » Vincennes et au Vésinet, deux asiles pour les ouvriers » convalescents ou qui auraient été mutilés dans le cours » de leurs travaux.

» Art. 2. Avant d'y être admis, l'ouvrier devra justifier » qu'au moment de la maladie ou de la blessure motivant » son admission, il travaillait, soit à un chantier de travaux » publics soumis au prélèvement établi par l'article 5 du » présent décret, soit dans une usine dont le maître a sous- » crit avec l'asile un abonnement pour ses ouvriers , ou » qu'il appartient à une société de secours mutuels abon- » née à l'asile.

» Art. 3. Une commission administrative, nommée par » nous et présidée par notre ministre de l'intérieur, prépa- » rera les règlements nécessaires, fixera les conditions de » l'admission temporaire ou viagère, déterminera les me- » nus travaux auxquels les pensionnaires pourront être

» employés, pourvoira à toutes les nécessités de l'adminis- » tration.

» Art. 4. Pour l'ouvrier admissible ou admis à l'asile et » qui désirera rester dans sa famille, l'admission pourra )> être convertie en une subvention mensuelle oju annuelle » dont le taux sera fixé par la commission.

» Art. 5. A la dotation de l'asile sont aflFeclés : 1° un pré- » lévement de 4 0/0 sur le montant des travaux publics ad-- » jugés dans la ville de Paris et sa banlieue; 9P les abon- » nements pris par les'^ chefs d'usine et les sociétés de y> secours mutuels, suivant les conditions réglées par la » commission administrative; 3° les subventions volon- » ta ires qui pourront être recueillies par la commission au » profit de l'établissement. »

Cette louable institution est le germe d'une idée juste qui est appelée à prendre un grand développement, si la commission administrative qui sera nommée n'en réduit pas l'importance et en veut fermement le succès.

C'est l'assurance étendue à un nouveau risque au moyen de la centralisation d'une retenue opérée ou d'un versement effectue.

C'est un premier pa§ fait dans la voie de l'assurance universelle substituée à la charité légale, et comblant par le bien-être l'abîme ouvert entre le luxe et la misère.

La puissance de la centralisation d'une fraction du salaire a été attestée en ces termes par M. Thiers, rapporteur de la Commission de Vassistance et de la prévoyance publi-que^ et par M. Benoist d'Azy, rapporteur du projet de loi sur la création de la Caisse générale de pensions de retraites :

M. THIERS : « Si on suppose un versement de 30 fr. par » an pour les personnes des deux sexes de vingt à cîn- » quante-six ans, on aura un versement annuel de 450 mil- » lions, ce qui revient à l'obligation pour l'État d'un em- » prunt de 450 millions par an. A ce versement annuel, il y> faut ajouter les intérêts accumulés des versements anté- » rieurs, lesquels produisent une somme énorme. Mais l'o-'

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