DES ADMINISTRATIONS HOSPITALIÈRES
comme les combats de taureaux et le tir à Poie sont inhumains ; comme il est interdit de pincer les gens, même sous prétexte de les éveiller, et comme la lèpre a disparu d'Angleterre en même temps que les forêts de chênes féconds sn glands, dont les Saxons nourrissaient jadis d'immenses roupeaux de pourceaux, il est évident que les revenus légués pour la guérison de la lèpre et le reste reçoivent d'au- -res destinations. Lesquelles? c'est ce qu'enfin le gouvernenent anglais a voulu savoir en 1854.
Si de France et d'Angleterre on se rend en Belgique, voici e témoignage rendu par M. de Brouckere , maire de Bruxelles, contre les administrations hospitalières :
« L'administration publique des hospices et des bureaux » de bienfaisance, dans la plupart des localités, coûte de 20 •> a 25 0/0 des revenus ! Qv, avec ces 20, ces 25 0/0, on cou- 0 vrirait bien des abus qu'on redoute dans les administra- » tions particulières, et, en l'absence d'abus, on pourrait » venir en aide à plus d'infortunes, à plus de misères. II y » a d'ailleurs un luxe qui est inhérent aux administrations » publiques; La vanité, l'ambition, l'orgueil des adminisy> trateurs, s'en mêlent : je suis administrateur et je parle » en praticien. On veut faire parler de soi, on veut laisser y> un nom, et l'on fait beaucoup de sottises pour arriver h » ce but. •
» Je vais établir en peu de mots la difierence qu'il y a » entre l'action de la charité et celle de l'assistance pu- » blique.
» Bruxelles possède deux institutions : l'hospice de » Sainte-Gertrude et l'hospice des Ursulines, qui sont ad- » ministres, entretenus par la charité, et qui comptent cha- » cun deux cents pensionnaires, aussi bien hébergés, aussi » bien nourris que ceux de l'hospice public de l'Infirmerie, » et qui sont l'objet de plus de soins pieux.
» Dans les deux hospices privés, la journée d'entretien ne
» dépasse pas 45 centimes ; elle s'élève à 1 franc dans l'hos-
» pice public. Cette différence lient, je le répète, à la nain, tt
» ture de l'administration pu)3lique. On loge 200 pauvres k » Sainte-Gertrude pour un loyer de 6,000 fr. par an ; il en » coûte 10,000 pour le logement de 100 vieillards à l'hos- » pice de l'Infirmerie, dont la construction a exigé près de » 1,580,000 francs. Aussi, je me souviens, il y a plus de y> vingt-cinq ans, quand on me fit voir cet établissement, • » que la personne qui me servait d'introducteur, après m'a- » voir fait parcourir les belles caves, les immenses galeries, » les grands dortoirs et les greniers gigantesques, attira » mon attention sur les trousseaux et particulièrement sur » les six chemises dont chaque vieillard était pourvu. Je ne » ne pus m'empêcher de répondre que le soldat n'était pas » malheureux et se contentait de trois chemises...
» Voici un autre fait :
» Il y a peu de mois, j'étais le cicérone d'un des hommes » politiques les plus distingués de notre époque, qui est » aujourd'hui premier ministre dans son pays, et je le con- » duisis à l'hôpital Saint-Jean. Je dois le dire, cet établlsse- » ment est admirablement tenu ; il n'y manque absolument » rien dans aucune partie du service. Nous y passâmes trois » heures. Mon compagnon s'était fait renseigner sur tous » les détails, et il sortait enchanté de Tordre, de la propre- » té, des soins, de l'harmonie des divers services, quand (( malheureusement il aperçut sous le vestibule du mo- » nument deux grandes pierres, dont l'une porte en lettres » d'or que la construction de l'hôtel a coûté 2 millions » 578,000 fr. Il me dit aussitôt : « J'ai beaucoup à rabattre » de mon admiration. »
» Messieurs, je vous le répète, cet hôpital a coûté près de » 2 millions 600,000 fr., non compris le terrain, et il est ha- » bité communément par trois cents pauvres î En serait-il » de môme dans une administration particulière? Non, en- » coreune fois, cela tient à la nature de l'administration pu- » blique.
» Les médecins, permettez-moi de vous le dire, qui gagnent » de 15,000 h 25,000 fr. par an, qui logent dans des b6f«ls, » ne se donnent pas les commodités hygiéniques qu'ils exi-
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» gent dans un hospice consacré aux pauvres. Les archi- » tecles veulent mettre le sceau à leur réputation par la » construction d'un monument public : ils n'économisent » rien, parce que c'est la bourse de tous qui fait les frais. » Les administrateurs sont heureux de faire plus beau, » plus grand que leurs devanciers. En un mot, tout cons- » pire contre les règles que suit l'économie privée. »
On chercherait vainement une objection sérieuse, seulement spécieuse, à cette conversion avantageuse en rentes sur l'État de biens dont les administrations hospitalières, leur nom l'indique, ne sont pas les propriétaires, mais seulement les régisseurs.
Les administrations hospitalières n'existent pas pour elles-mêmes ; elles n'existent pas pour le personnel qu'elles salarient; elles existent pour le malade, l'infirme, l'indigent, l'enfant sans parents, le père et la mère sans travail. Or, ramenée à ces termes, toute la question se réduit à savoir si l'on peut soigner autimt de malades et secourir autant de misères avec 5 millions qu'avec 23 millions 750.000 francs?
il La classe onvribre ne possMe rien, il faut la^ rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses brasi il faut donner & ces bras un emploi utile pour tous. Elle est comme un peuple d*Ilotes au milieu d'un peuple de Sybarites, il faut lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts 2t ceux du sol. •