L.-K. BONAPARTE
« J*al étudié avec une religieuse soUicitnde la vie privée d'une foule d'ouvriers, et j'ose affirmer que l'insalubrité des habitations est le point de départ de toutes les misères, de tous les vices et de toutes les calamités de leur état social »
BLAN'QUT, membre de l'Institut.
23 septembre 18-19.
S'il est une amélioration dont la nécessité soit incontestable et manifeste, s'il est une amélioration qui soit facile à réaliser et à laquelle conséquemmcnt on ne puisse pas donner le nom d'utopie^ c'est assurément l'amélioration qui consiste à loger l'ouviier plus sainement pour le même prix et à le faire participer notamment aux économies que le chauffage et l'éclairage doivent aux progrès de la science.
C'est ce qu'on a parfaitement compris en Angleterre.
Une société qui porte le titre de : For the improvement of the condition ofthe labouring classes society^ et qui est placée sous le patronage de la reine d'Angleterre, a établi déjà des maisons modèles pour l'habitation des personnes pauvres, afin qu'elles aient des logements commodes, propres,
bien aérés, et dont le loyer coûte moins que celui qui est payé par elles.
Dans la Cité bettveen the lower road a Pentonville and Gray^s inn road^ il y a trois corps de logis qui peuvent contenir trente-trois familles et trente personnes seules. Dans les premiers, neuf familles peuvent louer chacune un salon au rez-de-chaussée avec un cabinet assez étendu pour contenir deux lits, deux chambres à lit au-dessus, et une petite cour pour 6 shellings la semaine. Dans le second, sont distribuées sept petites maisons dans lesquelles chaque famille peut louer deux chambres pour 3 shellings par semaine. On a la jouissance d'un établissement de blanchissage. Dans le troisième corps de logis, trente veuves ou femmes avancées en âge peuvent être admises; elles ont une chambre et la jouissance d'un réservoir d'eau particulier. On paye 6 pences par semaine. Les corridors sont partout gratuitement éclairés au gaz.
Des comptes que la Société a produits, il résulte qu'elle retire 6 0/0 net sur le coût des bâtiments, et 4 1/2 0/0 sur celui du terrain pris à bail pour 99 ans.
Depuis la construction de cette Cité, la Société a créé un autre établissement dans un des quartiers les plus pauvres de la Cité, à Saint-Gilles street. Il est destiné à des célibataires. Il peut contenir 105 locataires, qui ont chacun une chambre pour 2 shellings et 4 pence par semaine, qu'on est obligé de payer d'avance. L'établissement possède déjà un commencement de bibliothèque à leur usage. Au rez-dechaussée se trouve une cuisine spacieuse, avec une quantité de fourneaux et d'ustensiles divers : le feu, constamment allumé, donne sans autre contribution le moyen de faire cuire ce qu'on veut.
Un grand réservoir conduit l'eau à chaque étage au moyen d'une pompe. Chaque locataire a droit à un cabinet poui^ renfermer ses provisions; un ventilateur communique avec toutes les parties de l'établissement; il y a une salle dfe bain. Un inmiense salon, qui a trente-cmq pieds de long, vingt de large et une hauteur proportionnelle, dans lequel
sont placées de longues et étroites tables, peut servir de salle générale. II est constamment chauffé. On peut se procurer dans l'établissement le déjeûner, qui coûte généralement 3 deniers, savoir :
Cacao » i/i
Lait » 1/2
Sucre » 1/2
Pain 1 »
Beurre » 1/2
En 1848, ce bâtiment était à peine construit, et il contenait déjà une cinquantaine de locataires.
Tels sont les faits que M. Pinède, avocat et conseil judiciaire du ministère du commerce, a recueillis et constatés dans le dernier voyage qu'il a fait en Angleterre, en 1848.
Le Comité de la rue de Poitiers^ qui a gaspillé 200,000 fr. en publications puériles, bonnes seulement à déconsidérer l'œuvre de contre-propagande entreprise, le Comité de la me de Poitiers n'a pas su trouver au fond de sa caisse un seul billet de 1,000 francs à donner à l'encouragement des Cités ouvrières^ ouvertement protégées cependant par le président de la République et solennellement bénies par l'archevêque de Paris.
En fait, voilà comment les adversaires du « socialisme » entendent la guerre qu'ils lui ont déclarée en paroles 1 Us en seraient les auxiliaires déguisés au lieu d'en être les ennemis passionnés, qu'ils ne s'y prendraient pas mieux.
Avec un peu d'élan, chaque quartier de Paris aurait pu avoir dans l'année sa cité ouvrière, tandis que ce ne sera qu'avec la plus grande peine qu'on parviendra à en achever une, celle construite rue Rochechouart.
Moins on conteste l'utilité des Cités ouvrières, et plus est coupable cette indifférence au succès et à la propagation d'une œuvre qui, après tout, ne demandait à ses souscriptieurs qu'une simple avance et nul sacrifice. Ce n'est pas do l'argent qu'on donne ; c'est de l'argent qu'on place. L'exemple de l'Angleterre, cité plus haut, est un fait qui l'atteste.
En souscrivant personnellement pour 20^000 francs entièrement versés, le rédacteur en chef de la Presse a donné l'exemple de la manière dont il comprenait cfue l'on devait combattre le « socialisme : » par des œuvres utiles, et non par des déclamations impuissantes.
Le principal côté par lequel se recommande à nos yeux la question des Cités ouvrières^ c'est par le côté de L'approvisionnement en gros.
Qui ne sait quelle différence considérable de prix existe entre le gros^ le demi-gros et le détail ?
Par l'économie certaine qu offriraient un bon mode d'approvisionnement en gros^ et un bon système de chauffage et d'éclairage, le moins que gagnerait chaque locataire des cités ouvrières de Paris, de Lyon, de Rouen ou de Lille, ce serait une somme équivalente au prix de son loyer.
En réalité, il serait donc logé plus sainement et pour RIEN.
C'est un résultat de la possibilité duquel il n'est plus possible de douter, quand on a visité, dans le département du Nord, la belle filature de MM. Scrive frères, construite nouvellement à Marquette, à trois ou quatre kilomètres de Lille, et quand on a vu comment MM. Scrive, qu'on ne peut pas accuser de « socialisme » dans la mauvaise acception donnée à ce mot, ont résolu le problème alimentaire d'une excellente nourriture au plus bas prix possible , sans atteinte portée à la liberté d'aucun des travailleurs ni au taux des salaires.
On le sait : nous sommes contre l'aumône, qui n'a jamais servi, les siècles sont là pour l'attester, qu'à perpétuer la misère.
Le but qu'il faut se proposer, ce n'est pas de la secourir, c'est de la tarir.
C'est parce que nous sommes contre la charité privée
aussi bien que contre 4a charité légale, que nous voulons deux choses :
D'abord, l'abondance du travail ;
Ensuite, le bien-être du travailleur.
Or, nous soutenons qu'il en doit être du travail comme du soleil, qui luit pour tout le monde.
Du travail, personne n'en doit manquer.
C'est par le travail que se sont successivement rachetées toutes les générations esclaves.
C'est par le travail que se résoudront tous les problèmes sociaux.
Le travail méritera un jour qu'on le surnomme le Rédempteur universel.
Peut-on améliorer le sort du travailleur sans qu'il en coûte rien à l'État ni à personne ?
C'est parce que la construction des Cités ouvrières nous a paru un pas en avant fait dans cette voie neuve, il est vrai, mais large, droite et sûre, que nous n'avons pas hésité à nous associer étroitement et activement au patronage de M. le président de la République , et à prodiguer à celte œuvre, sous toutes les formes, les encouragements les plus désintéressés.
Malheureusement, il n'y a guère eu que deux souscripteurs qui aient compris tout ce qu'il pouvait y avoir de fécond dans le germe des cités ouvrières.
D'une part :
Le prix du loyer assure l'intérêt du capital ;
D'autre part :
L'économie résultant d'un bon mode d'approvisionnement en gros, d'un meilleur système de chauffage, d'éclairage et de blanchissage, amortit le prix du loyer.
Ne serait-ce pas une manière pacifique de faciliter le passage de la société ancienne à la société nouvelle?
Ne serait-ce pas un placement sûr ?
Ne serait-ce pas un gage de sympathie donné sans risque aux classes ouvrières?
Ne serait-ce pas un concours utile prêté à Pune des industries le plus en souffrance : celle du bâtiment ?
Ne serait-ce pas un prétexte de moins enlevé h Pesprit de révolution, conséquemment un motif de plus restitué à raffermissement de l'ordre ?
Deux chambres et une cuisine parfaitement aérées coûtant 180 francs par an, soit 50 centimes par jour : toute la question se réduit donc, pour amortir cett^ dépense de 50 centimes par jour, à offrir par jour une économie équivalente de 50 centimes, par suite de l'adoption d'un bon mode d'approvisionnement en gros, et d'un bon système de chauffage et d'éclairage.
Est-ce donc un résultat difficile à obtenir?
Rendons-nous-en compte.
Économie :
Sur le chavffage et Véclairage^ 10 c. par jour. 36 fr.
Sur Veau^ 5 centimes par jour 18
Sur le rm, 35 centimes au lieu de 60 centimes par litre ; sur 3 hectolitres par an . . . 75
Sur la viande, les légumes, Vépicerie, le sdvon, 20 centimes par jour 72
TOTAL 201 fr.
Par elle-même, la question vaut la peine que M. le président de la République, qui est aussi le président de la société des Cités ouvrières, s'en occupe personnellement et efficacement.
Rien ne donne une idée plus exacte de l'impuissance de notre temps que cette Cité-Napoléon, dont le président de la République a posé, il y a deux ans, la première pierre, et que M. Parchevêque de Paris a solennellement bénie.
Cette Cité devait être achevée au mois d'octobre 1850. et immédiatement habitée. Il y a un an qu'elle serait en plein rapport si la volonté de M. le président de la Répu^
hllque n'avait pas été constamment paralysée par les bureaux du ministère de l'intérieur, par les bureaux de la préfecture de police, par les bureaux du ministère des finances, et enfin, maintenant, par les bureaux du Comptoir d'escompte. On accuse le socialisme de vouloir perdre la France ! Pauvre socialisme I II a de bonnes épaules pour porter le poids de tout ce qu'on rejette sur lui. Ce qui perd la France, le sait-on? — C'est la bureaucratie, qurest à la démocratie ce que l'amont est à l'aval d'un fleuve» ce que la rouille est à l'acier. Ce qui perd encore la France, c'est cette illusion qui consiste à s'imaginer qu'il suffit de voter des lois, et que, le lendemain du jour où elles ont été promulguées, tout est fait. On a voté une loi contre les logements insalubres, et on se croit quitte envers l'ouvrier qui manque d'air pour entretenir et réparer ses forces. Qu'a-t- . on fait en votant cette loi ? On a ajouté une étiquette menteuse ^ur le sac vide, gonflé de promesses vaines et de bonnes intentions stériles.
Cependant, aucune œuvre n'était plus importante et plus utile à accomplir ; car aussitôt qu'il eût été démontré que la construction de Cités ouvrières offrait un placement assuré de 5 0/0, il fût devenu très facfle de réunir tous les capitaux nécessaires à la rapide multiplication de ces Cités ; alors, sans qu'il en coûtât aucun sacrifice pécuniaire à personne, on améliorait le logement des masses qui ont le plus besoin d'air et de salubrité, car leur santé est leur capital.
Telle est cette force d'inertie opposée par le commis à toutes les améliorations, que le chef de l'État, n'ayant pu la vaincre, a dû faire construire personnellement trois lavdrs, dont la dépense sera payée par sa cassette.
Un crédit de 600,000 francs a été ouvert par la loi du 3 février 1851 au ministre de l'agriculture et du commerce, ë reflet d'encourager la création d'établissements modèles pour bains et lavoirs publics, gratuits et à prix réduits.
De ce jour au 3 janvier 1852, de nombreuses demandes ont été faites au ministre du commerce; mais toutes sont restées infructueuses.
Le 3 janvier 1852, le président de la République décrétait l'exécution immédiate de cette loi, et ouvrait à cet effet au ministre du» commerce un crédit de 590,984 francs 95 cent, sur l'exercice 1852, pour la création de ces établissements modèles.
En lisant ce deuxième décret, on a dû croire enfin à l'exécution du premier !
Mais il en a été du décret du 3 janvier 1852 comme de la loi du 3 février 1851 ; des demandes sérieuses ont été faites tant à la ville de Paris qu'au mioistère de l'intérieur, que cela concerne maintenant, et il n'y a été donné aucune suite.
L'une d'elles cependant avait été accueillie favorablement par le président de la République ; elle offrait de livrer au public, à la tin de 1852, deux de ces établissements, conçus à l'instar de ceux de l'Angleterre.
D'où viennent donc les obstacles qui paralysent la volonté du chef de l'État dans ses meilleures inspirations? — Ms viennent, répétons-le, de ce que la bureaucratie est à la démocratie ce que le ver est au fruit, ce que l'ombre est h la lumière, ce que la négation est à l'affirmation, ce que l'immobilité est au mouvement.
23 mai 1R53.
La question à l'ordi'e du jour, dans tous les journaux, est celle du logement des ouvriers et des employés. Cette question, par suite de l'élévation du prix des loyers, a presque acquis le degré d'importance et le caractère d'urgence d'un événement politique; ce qui ne fût point arrivé si les journaux, au lieu de se réveiller brusquement, en 1853, ne se fussent point insoucieusement endormis, en 1849, et n'eussent pas laissé la Presse appuyer, toute seule, pendant Irow années, en 1849, 1850 et 1851, le projet de construction de
cités ouvrières, formé, au capital de six millions, par une société comptant pour premier actionnaire M. le président de la République.
L'expérience acquise dans la construction de la première cité ouvrière eût profité à la construction de la seconde cité, et, s'il eût été démontré que celte forme d'habitation avait plus d'inconvénients que d'avantages et valait moins que des maisons renfermant un petit nombre de locataires de conditions diverses, c'eût été en connaissance de cause qu'on y eût renoncé pour revenir à l'ancien modç avec toutes les améliorations qu'il comporte.
La question des logements d'ouvriers et d'employés est une question complexe; ;\ussi , quand on la traite comme une question simple, s'égare-t-on ou ne fait-on que l'effleurer; elle se lie étroitement au maintien ou à l'abolition de l'octroi des villes ; car l'octroi n'a pas seulement pour effet d'augmenter du montant du droit perçu le prix de la denrée consommée ; il l'augmente encore de tout le gain que fait l'intermédiaire sur le montant du droit d'octroi qu'il a
avance.
PREUVES COUPARÉES.
Prix d'un hectolitre de vin 20 fr.
Frais et profits de l'intermédiaire 33 0/0. 10 fr.
Total.
30 fr.
Prix d'un hectolitre de vin 20 fr.
Droits d'entrée et d'octroi 20 fr.
Frais et profits de l'intermédiaire 33 0/0. 20 fr,
Total 60 fr.
D'où l'on voit que le droit d'octroi a pour effet, non-seulement d'élever le prix d'un hectolitre de vin de 30 à 50 fr., mais encore à 60 fr.
Et ce qui a lieu pour le vin a lieu pour tous les autres objets soumis à l'octroi. Or, ce sont ces funestes conséquences de l'octroi qu'on doit se proposer d'atténuer lorsqu'on
s'occupe sérieusement du logement des ouvriers et des employés.
Sans doute , il vaudrait mieux supprimer l'octroi en le remplaçant ; mais si on ne le supprime pas, il faut construire en conséquence de cet impôt les habitations d'ouvriers, comme au temps féodal la plupart des rues qu'on ouvrait n'étaient que des ruelles , par suite de la nécessité impérieuse de renfermer étroitement les villes dans des enceintes fortifiées.
Si Ton maintient l'octroi, il n'y a point à hésiter; ce sont de vastes cités ouvrières qu'il faut construire ; si, au contraire, on abolit l'octroi, alors il se peut qu'il soit préférable de construire des maisons renfermant un petit nombre de locataires de conditions diverses, ou de bâtir de petites maisons sur le plan de MM. Puteaux père et fils, plan qui a partagé le prix décerné par le' gouvernement.
L'incontestable avantage des cités ouvrières sur tous les modes d'habitations en usage, c'est de rendre possible l'approvisionnement facultatif en commun, car sans l'approvisionnement en gros, la cité ouvrière n'a plus de raison d'être; c'est un arbre sans racines. L'avantage de l'approvisionnement en commun n'est pas douteux ; il a été constaté par l'expérience qu'en a faite, à Berlin, une société particulière composée des hommes les plus honorables, et placée sous le patronage du prince de Prusse. Cette société a réuni un capital de 450,000 fr. Avec cette somme elle a acheté, dans les quartiers les moins encombrés de Berlin et hors de la ville, différents terrains sur lesquels elle a fait construire des maisons destinées aux ouvriers. Il résulte des rapports officiels que , fondée il y a environ quatre ans, elle avait déjà élevé, à la fin de 1851, 16 maisons contenant 146 logements qui étaient loués à 145 familles représentant 800 tètes, dont près de 400 enfants.
Les loyers y sont calculés de telle sorte, qu'ils doivent rendre à la société, après le prélèvement de quelques frais généraux, un intérêt de 4 0/0 et un amortissement de 2 0/0 des fonds dépensés. Le capital se trouverai^, de cett« ma-
nière, remboursé au bout de vingt-neuf ans. A partir de cette époque, les locataires deviendront propriétaires de la maison qu'ils habitent.
La difficulté, dans cette combinaison, était de faire la part des locataires qui pouvaient être forcés parles circonstances de quitter la maison avant la trentième année. On y a pourvu en les indemnisant h l'aide d'un fonds de réserve , à la condition cependant qu'ils soient restés cinq années au moins et que leur conduite ait été à l'abri de tout reproche. Ainsi, un locataire qui paye 150 fr. de loyer et qui déménage, au bout de cinq ans, pour des motifs agréés par la société, reçoit une indemnité de 150 fr. en compensation de son droit acquis à la propriété future de la maison. L'indemnité est de 325 fr. s'il est resté dix ans, et ainsi de suite.
Les locataires de ces maisons n'ont pas seulement l'avantage d'un logement convenable et à bon marché, a Réunis sous le même toit^ ils forment une sorte d^ association, et Us nomment un gérant chargé de leurs intérêts communs. Le but principal de cette association, &est Vachat en gros des objets de consommation usuelle, ce qui leur donne la faculté de les obtenir de meilleure qualité et au plus bas prix. De là une nouvelle source d^économie et de bien-être, »
Les résultats obtenus par la société de Berlin sont satisfaisants. Les logements qu'elle a construits sont très recherchés par les classes ouvrières, ce qui est une réponse sans réplique au fameux rapport de M. Thiers sur l'assistance et la prévoyance publique, rapport dans lequel il accuse l'ouvrier « de mettre son orgueil a être bien vêtu led » jours de fête, son sensualisme à boire avec excès et de » s'inquiéter peu de la salubrité des lieux où il ne passe « que la nuit. » On s'inscrit d'avance pour être admis à mesure que les consti notions s'élèvent. La société n'a que l'embarras du choix pour les familles qui se présentent, et elle ne reçoit que celles qui offrent, par leurs antécédents, des garanties suffisantes de bonne conduite et de moralité.
Ainsi l'expérience faite à Berlin avec succès a pleinement constaté « la nouvelle source d'économie et de 6t>w-étre»qui
jaillit de la possibilité d'acheter en gros les objets de consommation usuelle.
L'octroi, ayant ce double effet de rendre l'approvisionnement en gros plus difficile , et l'approvisionnement en détail encore plus cher, est donc un argument péremptoire en faveur de la cité ouvrière, comparée à la maison renfermant un petit nombre de locataires de conditions diverses, à moins qu'on ne réunisse autour d'un vaste magasin général un grand nombre de petites maisons construites sur le plan de MM. Puteaux père et fils.
La hausse rapide et continue du prix des loyers à Paris n'est pas un fait accidentel; c'est un fait normal , c'est une conséquence aussi simple qu'il est simple de récolter après avoir semé.
Cette hausse, loin de s'arrêter, ne peut que tendre encore vers de nouveaux progrès, à moins que le cours des affaires ne s'interrompe, et que le réseau des chemins de fer français et européen n'achève pas ses dernières mailles.
Cette hausse doit donc appeler l'attention du gouvernement, non pour essayer de la combattre par dès palliatifs plus ou moins inefficaces, mais, au contraire , pour la mettre à profit, et de-ce progiès incontestable, faire surgir un progrès nouveau.
Oui, la hausse du prix des loyers est un progrès incontestable, car il atteste un accroissement de la richesse publique et il y concourt ; il est un progrès au même titre et de la même nature que la hausse du cours de la rente ou de la valeur vénale de la terre; ce sont les effets variés d'une même cause.
Sans doute il est utile, il est nécessaire, il est urgent d'encourager la construction de maisons-modèles, cù le prix des loyers soit en rapport plus exact avec le salaire des ouvriers, le traitement des employés peu rétribués et le revenu des petits rentiers; mais ce serait s'abuser de croire que la construction d'un certain nombre de maisons subventionnées suffira pour tarir les plaintes auxquelles donne lieu la hausse actuelle des loyers. D'ailleurs il fau-
38i iSftS.
dra le temps de construire ces maisons-modèles, et avec le mauvais vouloir et les lenteurs des bureaux on peut, sans risque de se tromper, prédire qu'il en sera des maisons projetées comme il en a été des bains et lavoirs publics. Il y a donc autre chose à faire.
- Qu'y a-t-il à faire?
— Il y a à profiter de la hausse des loyers à Paris pour y opérer la conversion de l'octroi en une taxe additionnelfe proportionnelle à la valeur locative et donnant un produit égal.
La ville de Paris perçoit à l'entrée des barrières ou dans les halles d'approvisionnement des droits qui lui ont rapporté pendant l'exercice 1851, savoir :
Aux barrières 37,351,172 fr. 40 c.
Dans les halles 2,483,240 83
Total 39,834,413 fr. 23 c.
Ce serait donc 40 millions, chiffres ronds, qu'il s'agirait de prélever sous la forme de taxe proportionnelle à la valeur des propriétés bâties ou à bâtir.
Si l'octroi, qui représente un impôt de 40 francs par têle, et de 160 francs en moyenne par familUe, était ainsi conrverti, la famille de l'ouvrier, de l'employé peu rétribué, ou du petit rentier, loin de perdre à la hausse des loyers, y gagnerait plutôt, et la ville de Paris y gagnerait plus encore par suite du rapide et considérable accroissement qu'elle prendrait dès qu'elle cesserait d'être enfermée dans son étroite muraille, véritable anachronisme économique, monument de la féodalité fiscale, aussi barbare que ces donjons féodaux, heureusement condamnés par la civilisation à n'être plus que des ruines pittoresques I La ville de Londres n'a pas d'octroi.
En 1801, Londres comptait 864,845 habitante
En 1811, - 1,009,546 -
En 1821, - 1,225,694 -
En 1831, - 1,471,941 -
En 1841, - 1,873,676 -
En 1851 (chiffre approximatif), 2,400,000 -
La ville de Paris, qui est assujettie à l'octroi, n'a pas un million d'habitants.
La ville de Londres compte donc deux fois et demi autant d'habitants que la ville de Paris : or, si la ville de Paris voyait doubler rapidement sa population, elle verrait doubler non moins rapidement ses revenus, sans que ses dépenses dussent suivre la même progression. A chacune de ses extrémités, de nouveaux quartiers, rationnellement bâtis, s'élèveraient a l'envi, et pour les mettre en rapide et facile communication entre eux, il suffirait d'ajouter aux trois grandes lignes longitudinales des boulevards, de la rue de Rivoli et des quais, deux autres grandes lignes à droite et à gauche de la Seine, et de multiplier les grandes lignes transversales, feuvre parfaitement commencée déjà par la rue de Strasbourg.
Tout Français qui revient de Londres est stupéfait, en rentrant dans Paris, de le trouver comparativement si petit, lorsqu'il l'avait cru si grand, et cependant la France a une population de 35,781,628 habitants, tandis que la population du Royaume-Uni n'excède pas 28,000,000 d'habitants.
Ma conclusion est donc celle-ci, qu'il ne faut pas s'effrayer de la hausse des loyers, ni vouloir la ralentir, encore moins la combattre ; mais qu'il faut en profiter pour convertir l'impôt indirect, progressif sur la misère, en impôt direct, proportionnel sur la fortune.
Jamais circonstance n'aura été plus propice pour supprimer l'octroi et le remplacer !
Radical et instantané serait le remède à ce qu'on appelle a le mal », par suite d'une fausse appréciation des choses et d'un véritable abus de la langue économique, tandis que tout autre moyen employé sera lent et inefficace.
L'incontestable supériorité des centimes additionnels locaux sur les droits d'octroi a été reconnue en ces termes par un homme compétent, employé supérieur dans l'administration des finances, M. Molroguier :
« Il y a une difl'érence très notable entre les centimes
» additionnels locaux et les droits d'octroi. Les premiers ne
386 IMS.
» dérangent on rien Téquilibro général dos contributions » <lireotos. Los sooonds, au contraire, quand ils s'ajoutent » sur une mémo matioiv , on compriment violemment le » progrés, en désorganisent toute Téconomie, ci ne per- » mettent nullement do rélever h leur niveau naturel. »
En résumé, (fue faut-il à la ville do Paris ?— Il lui faut la certitude (rencaisser un revenu égal h son revenu actuel. Or, loin d^y perdre, elle gagnerait h la conversion des droits d'octroi en centimes additionnels, car ceux-ci ont une fixité qui man(iuo h ceux-là.
Paris étant le principal centre de consommation et d'approvisioimcment de la France, la France tout entière est intéressée à Taholilion do Toctroi de Paris.
Los départements du Nord y sont intéressés pour la vente et la consommation de leurs charbons de terre, de leurs huiles et de leur bétail.
Los départements du Midi y sont intéressés pour la vente et la consommation do leurs vins et de leurs alcools.
Certains départements du Centre et de POuest pour la consommation et la vente, ceux-ci do leurs bois, ceux-là de leurs bestiaux.
L^abolition do Toctroi do Paris serait ainsi, à tous les points do vue,— point do vue local et point de vue national, point de vue économique et pomt de vue politique, — une grande et féconde mesure que rend h la fois facile et nécessaire la hausse dos loyers.
Qu'on en prolilo donc !
• Tous les travaux d^utilité publique, notamment ceux de'signés par Tarticle 10 de la loi ép 21 avril 1832, et l'article 3 de la loi du 3 mai 1841 , tontes les entreprisQ§ d'intérêt général, sont ordonnés on autorises par décrets de l'empereur.
n Ces décrets sont rendus dans les formes prescrites par les règlements d'administration publique. »
sÉyATus-coKscLTB du 23 décembre 1852.
i' Tout est possible en France, dans ce moment oU Ton a plus besoin de chercher des placements d'argent que de Y argent.
n J'ai fait consister la gloire de mon r^gne k changer la face de mon empire. L'exécution de ces grands travaux est aussi nécessaire k l'intérêt de mes peuples qu'à ma propre satisfaction... Il me semble que tout cela marche bien lentement, et cependant les années se passent. Il ne faut pas passer sur cette terre sans y laisser des traces qui recommandent notre mémoire k la postérité.
n Fontainebleau, 14 novembre 1807.
• KAPOLÉOKa n
(A M. Cretet, ministre de l'intérieur.)
• Dans le cas o\x le dessèchement d'un marais ne pourrait être opéré par les moyens ci-dessus organisés, et où, soit par les obstacles de la nature, soit par des oppositions persévérantes des propriétaires, on ne pourrait parvenir au dessèchement, le propriétaire ou les propriétaires de la totalité des marais pourront être contraints à délaisser leur propriété^ sur estimation faite dans les formes déjà prescrites.
>* Cette estimation sera soumise au jugement et à l'homologation d'une commission formée k cet effet, et la cession sera ordonnée, sur le rapport du ministre de l'intérieur, par un règlement d'administration publique. •
LOI DU 16 SEPTEMBRE 1807. Art. 24.
(Dessèchement des marais.)
Avec le iiived'' embellissement s de Paris, rien de véritablement grand, rien de véritablement utile ne saurait s'entreprendre et s'accomplir, car sans le droit d'expropriation que fera-t-on, que pourra-t-on faire? Dans le plus grand nombre de cas, le capital collectif serait un levier sans point
d'appui, puisque l'article 4 du sénatus-consulte du 23 décembre 1852 ne s'applique qu'aux travaux d'utilité publique et aux entreprises d'intérêt général.
Avant d'embellir Paris, il faut l'assainir, il faut restituer à tous ce qui n'a été refusé à aucun : air et clarté.
Avant de démolir les vieux quartiers, il faut construire des quartiers neufs qui attirent les populations et provoquent les qu^tiers vieux à se transformer successivement par la loi de conversion du progrès. •
C'est ainsi que le vieux Londres tend chaque année à faire place à un Londres entièrement nouveau. ,
Ce ne sont pas des maisons qu'on y construit : ce sont des quartiers qu'on semble y couler dans un moule. On y construit un quartier comme on y construit un raiiway (1).
Ce qu'on fait h Londres, à New-York, à la Vera-Cruz, c'est ce qu'on devrait faire à Paris.
Alors, procédant sur de grands espaces, avant de construire on commencerait par niveler et par faire le lit du quartier neuf^ comme on fait le lit de la voie ferrée. Ainsi disparaîtraient toutes ces pentes qui deviennent autant d'obstacles à la rapidité de la circulation, et qui usent les chevaux avant le temps ; on ne verrait plus ce qu'on voitsur le boulevard Saint-Martin, des maisons juchées sur un rempart, ou en face du Louvre, des maisons enterrées d'un étage.
Les travaux de nivellement s'exécuteraient comme ils doivent s'exécuter : préalablement.
Construisant ainsi successivement des quartiers entiers, chacun d'eux aurait son marché et tous les établissements
(1) « A Londres, la rue et les maisons forment un ensemble do constmotîons presque indivisible. La première partie d'un travail de ce genre consiste à faire une cliaussée un peu plus élevée que le terrain sur lequel la maisons doivent être édifiées; sous cette chaussée se constraisent uuëfloot et des galeries pour la distribution de l'eau et du gaz d'éclairage, une suroessiori de voûtes est construite pour soutenir les trottoirs latéranz à la chaussée, et ces voûtes deviennent les dépendances obligées des maisons h construire, auxquelles elles servent de caveaux pour mettre le c<wnbustible ; la houille est introduite directement dans ces caveaux par une bonde sur le trottoir. »