‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 62 sur 78 · HORACE 5AT · texte numérisé non relu

HORACE 5AT

qui lui sont nécessaires, et ne serait plus condamné à les attendre, en languissant, pendant un siècle.

Il suffirait qu'un règlement de police interdît, dans les quartiers neufs, à toute voiture, de stationner et de rien décharger sur la voie publique, pour obliger les maisons nouvelles d'avoir des cours vastes où devraient entrer et où pourraient tourner toutes les voitures stationnant ou ayant à décharger du bois, du charbon, des approvisionnements, des meubles, des matériaux, etc., etc. %

L'interdiction de stationner et de rien décharger sur la voie publique, impliquant de vastes cours ayant généralement deux entrées et deux sorties, serait une manière indirecte d'assurer à tout locataire du jour et de Pair.

Plus de petites cours insalubres (\) ! Moins de malheureux portiers condamnés en grand nombre à vivre dans d'infects et d'étroits réduits ; mais des régisseurs en petit nombre, parce que les maisons ainsi construites seraient assez vastes pour qu'elles pussent rétribuer convenablement un régisseur. Alors, au lieu de maisons mal tenues, des maisons bien tenues. De même que la saleté, la propreté est contagieuse. La propreté dans les rues, dans les cours, dans les maisons, s'étendrait aux appartements, aux ménages^ux individus. C'est surtout par les logements d'un peuple qu'on peut juger du degré de civilisation auquel il est arrivé.

11 suffirait de la création, d'après ces données, de deux ou trois quarliei's neufs (2j pour imprimer aux constructions,

(1) « Les cours intérieures des habitations ne sont vraiment Ralitbrcs que lorsqu'elles ont une largeur et une longueur au moins égales à la hauteur des bâtiments qui les dominent. »

Dr RousSET. Du Choléra-MorhvLS,

(2) 11 e^t visible que Paris, c^ui s'est déjà porté du boulevard des Italiens au boulevard do la Madelcme, tend encore à se porter du pont de la Concorde au pont de Neuilly.

La rue Royale, qui lie les Champs-Elysées aux boulevards, est appelée à en être la continuation ; alors l'arc-de- triomphe de TEtoilo occupera, entre le boulevard de liivoli et le boulevard de l'Impératrice, la place que l'arc-de-triomplic, connu sous le nom de la Poitc-Saint-Martin, occupe entre le boulevard Poissonnière et le boulevard du Temple; alor» le bois de Boulogne sera dans Paris comme le parc de Saint- James est dans I^odrcs.

dans les quartiers vieux, une direction toute nouvelle, et réformer radicalement Part de bâtir en le faisant participer à tous les progrès des sciences appliquées (1).

L'origine de la rue Royale est peu connue et mérite qu*on la fasse connaître.

Par IcttreS'patentes du 21 juin 1757, Louis XV fait donation à la ville de Paris d'un vaste emplacement qui lui appartient à rextréraité du jardin des Tuileries, à Tcffet do recevoir la statue équestre dont la ville lui fait hommage.

Les constructions, les décorations de la place et de la rue Royale sont exécutées par Gabriel, premier architecte du roi.

La statue est découverte le 20 juin 1763. Les bâtiments sont terminés en 1772.

L'architecte Gabriel emploie, comme entrepreneur des constructions, Letellier, parent du célèbre Letellier (de Vire), confesseur de Louis XIV.

Cet entrepreneur venait d'achever la grande et belle église de Saint- Louis, à Versailles ; il construit les grands bâtiments (actuellement le Garde-Meuble et l'Hôtel de la Marine] avec un soin et un choix do matériaux tels que ce qui lui reste de ses matériaux lui suggère l'idée de bâtir pour sou propre compte la rue Rovale jusqu'à la rue Saint-Honoré, et une grande partie de la rue Saint-Florentin.

Ces constructions sont remarquablement bien exécutées : la pierre y remplace les planchers en bois dans les passages des portes cochëres, qui forment des voûtes presque plates avec 15 centimètres de flèche sur des largeurs de 4 et 5 mètres.

Ces nombreuses constructions font la fortune de Letellier et de ses héritiers, parmi lesquels on compte les familles Baude, Duparo, de Florian, de Turenne, etc.

Letellier emploie un système uniforme de distribution qui est encore en usage à Paris, et qui consiste à placer :

En aile, l'escalier principal et l'antichambre ;

Sur la cour, la salle à manger et une ou deux chambres ;

Sur la rue, le salon avec une ou deux chambres.

Ce système exige cinq ou six fenêtres et une façade d'environ 16 k 18 mètres.

Les prix de ces appartements sont, en moyenne, de 9,000 à 10,000 tt. au premier étage, avec une diminution de 1,000 fr. par étage au-dessus.

Ces constructions en pierre coûteraient aujourd'hui 700 fr. le mètre superficiel ; et le terrain, qui, dans l'origine de la rue, valait à peme 6 fr. le mètre, vaut aujourd'hui 600 francs.

(1) Un progrès est toujours la conséquence d'un autre progrès. Après le perfectionnement de la circulation ^ dû à la puissance du capital ooileotif, viendra indubitablement le perfection nemeut de Vhabitation^ opéré par la même puissance. Tel mode de construction, en facilitant l'approvisionnement en commun, peut donner le bien-être aux classes ouvrières; tel autre modo de construction, en conciliant le luxe et le bon marché, peut offrir aux familles aisées sans être riches, et surtout aux fils de famille, les avantages du Jockey-Club réunis aux avantages de Tivoti-la-Bain», Sans la guerre d'Orient, cette dernière idée eût été réalisée, en 1853, sous le nom de palais-club, dans la grande avenue des Champs-Elysées, sur l'emplacement de l'ancien pavillon Marbeuf, contigu à l'hôtel Lauriston et formant l'angle de la rue de Chaillot, par les soins de MM. York et compagnie, les entrepreneurs du Palais de l'Industrie. Les plans en avaient été étudiés et exécutés par leur habile architecte, M. Viel, d'aooocd

En Angleterre, d'après le bill de 1844 sur les constructions, aucune rue ne peut avoir moins de quarante pieds de Jargeur, et si une rue est bordée de maisons ayant plus de quarante pieds de hauteur, la largeur doit égaler cette élévation. Les villes anglaises sont généralement mieux aérées et occupent un plus grand espace relativement que les villes du continent ; cela s'explique historiquement par cette circonstance que, sur le continent, toutes les villes furent anciennement enfermées dans des enceintes fortifiées, tandis qu'en Angleterre les villes ont joué un rôle beaucoup moins considérable comme places fortes; conséquemment , les maisons ont occupé plus de place sur le sol, ont été moins élevées, et la population y a été moins entassée. Le bill anglais de 1848 étend la surveillance de l'autorité à l'ensemble des bâtiments ; il oblige les constructeurs à des délibérations préalables ; il autorise l'entrée des surveillants, auxquels il fait attribuer des honoraires ; il règle la hauteur minimum des étages destinés à l'habitation ; il prescrit de réserver une cour intérieure d'au moins cent pieds superficiels, è moins qu'il ne soit justifié d'une ventilation suffisante de chaque chambre par des prises directes d'air et de jour sur la voie publique ; il règle les constructions, détermine les matériaux à employer, et prescrit jusqu'aux pentes à donner aux toitures.

Ce fut en 1838, lors de la discussion de la loi des pauvres,

avec M. Emile de Girardin. Ce devait être le club habité, le club avec ses salons, fumoirs, salle de billard, salle de conversation, salle de correspondance, salle de lecture, bibliothèque, le club avec les principaux journaux d'Europe, les revues importantes et les livres nouveaux, le club avec sa vaste salle à mauger et le service organisé comme il l'est dans les principaux clubs de Londres ; mais on eût pu y demeurer et s'y faire servir chez soi, comme on demeure à Tivoli-les-Bains et comme on s'y fait servir. Le PALAIS-CLUB avait été disposé pour être divisé en cent logements particuliers, au-dessus de l'immense et maguitiqne appartement commun. Lo problème qu'on s'était proposé de résoudre était celui-ci : ajouter au prix de son \oyet la somme de 1 ,000 francs, et jouir pour cette somme de 1,000 francs d'un luxe de 100,000 francs, c'est-à-dire avoir le plus bel appartement de réception, la bibliothèque la mieux choisie, le service le plus irréprochable, etc. C'eût été véritablement le luxe à bon marché ; c'est un projet qui se réalisera certainement, car il est dans les bc oins et dans les idées du temps. On ne voyage plus séparément que par cxceptiou. On fera pour le luxe ce qui est déjà fait pour la circulation.

que le gouvernement anglais entra résolument dans cette voie. Le rapport fait par les commissaires de cette loi {po(n' laws commissionners) signale, parmi les circonstances les plus favorables à la salubrité des villes, surtout les suivantes : l'écoulement des eaux, le drainage ; la bonne construction des égouts et la manière d'y conduire convenablement les eaux ménagères ; une abondante distribution d'eau potable ; le pavage et le nettoiement de la voie publique ; la propreté des habitations; le mode de leur construction ; la ventilation des logements et des ateliers ; les habitudes de la population. Les efforts des commissaires nommés par l'autorité centrale furent secondés par un grand nombre de sociétés particulières. C'est ainsi que se sont constituées l'association nationale philanthropique, une autre pour l'amélioration sanitaire de Londres, une encore sous le titre d'association métropolitaine pour l'amélioration des logements des classes laborieuses ; enfin une revue périodique a été publiée sousb titre deHealth oftowns magazine [Revue des questions concernant l'état sanitaire des villes).

Le capital collectif appliqué à la construction des chemins de fer a changé dans le monde toutes les conditions de la circulation ; le capital collectif est appelé également à changer également et non moins favorablement toutes les conditions de l'habitation.

Circuler rapidement, commodément, économiquement, a une grande importance ; mais habiter sainement, commodément, économiquement, n'a pas une importance moindre.

La durée de la vie moyenne tend généralement à s'aocroître dans tous les États où la civilisation pénètre ; celte durée peut s'étendre encore, se doubler peut-être ! Il dépend de l'homme de reculer la limite de sa vie.

Il est reconnu que le mode en usage pour la construction des maisons h Paris a tous les vices et n'a aucun des avantages du morcellement appliqué à la culture du sol. Ce mode défectueux de construction ne peut être efficacement réformé que par la constitution d'une société puissante, dis-

X)osantd'un immense capital et procédant comme procèdent les compagnies concessionnaires de chemins de fer.

En effet, si l'entrepreneur construit de vastes maisons ou de petites cités, il se voue à une ruine certaine par suite de Pimpossibilité de trouver acquéreur ; si, au contraire, il constniit des maisons d'une vente facile, conséquemment d'une importance moyenne, il se condamne à suivre les faux errements qui ont pour conséquences forcées ces divisions innombrables, ces clôtures inutiles, ces cours étroites, mal aérées, mal éclairées, ces jours de souffrance, ces difformités de terrains, et enfin tous ces vices de conformation qui déparent même les constructions neuves pour lesquelles l'art fait le plus d'efforts et de sacrifices. Il en serait autrement si, sans porter atteinte à la propriété, une Société, donnant à cet égard toutes les garanties, était régulièrement investie du droit d'expropriation dans un intérêt d'utilité, de circulation, de revenu et d'assainissement publics ; si cette Société était financièrement constituée de telle sorte qu'eZ/e pût acquérir et construire toujours^ sans être contrainte de vendre jamais, les maisons où elle aurait introduit tous les progrès de l'art, tous les perfectionnements de la science, toutes les commodités de la vie, enfin toutes les économies réalisables. Ce serait la transformation successive de toutes les vieilles habitations privées d'air et de clarté en habitations saines et aérées, par la même puissance d'association des capitaux qui tend à convertir toutes les vieilles et lentes voies de communication et de transport en voies nouvelles et rapides de transport et de communication ; ce serait un incontestable service rendu à la richesse individuelle et à la fortune publique, à la santé des habitants et à la salubrité des habitations.

Une compagnie disposant d'un capital facile à former, au moyen d'actions de 500 fr. et d'obligations de 100 fr., et ayant pour base d'opération, à Paris, le droit d'expropriation sous le contrôle du gouvernement, pourrait y changer non seulement toutes les conditions de 1 habitation, mais encore toutes les conditions de la possession des immeubles. L'eu-

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vrier qui aurait amassé 100 fr. pourrait les convertir en une obligation immobilière productive d'intérêt : donc, par le fait, il serait copropriétaire de tout ce qui appartiendrait à la compagnie , conséquemment intéressé au maintien de l'ordre et au respect de la propriété. Ce serait une manière de mettre la propriété à la portée des moins riches et de

toutes les familles laborieuses (1). On le peut! et c'est en

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(1) On peat dire que l'idée émise ici a été longuement mûrie, car elle remonte à plus de vitigt années, ainsi que le prouve Tarticle suivant, inséré, le 24 novembre 1834, dans le journal l'Impartial :

« M. Emile de Girardin a confié à une compagnie la pensée d'un projet iqui consisterait à faire concourir toutes les classes laborieuses au percement de la rue projetée, partant du Louvre et traversant la place de l'Hôlel-de- Ville, et cela au moyen d'une combinaison que le titre de Caisse d'épargne hypothécaire résume parfaitement en un mot.

)) Les classes laborieuses et économes pourraient appliquer leurs épargnes à l'acquisition des terrains sur lesquels doivent être exécutés le percement de la rue et les constructions nouvelles *, ■ elles seraient appelées ainsi à profiter de tous les avantages do la prime accordée par la ville de Paris. Le percement exécuté : les terrains seraient cédés collectivement on partiellement à des entrepreneurs, à la charge d'une rente annuelle de 5 0/0 pendant un terme fixé par eux et avec un amortissement calculé.

» Cette rente reposerait sur la triple garantie : 1* du terrain cédé ; 2* des constructions faites et assurées ; 3* du privilège hypothécaire.

» Au moyen d'un système d'obligations aussi simple qu'ingénienx, l'ouvrier le moins riche pourrait convertir successivement ses épargnes en obligations, sans aliéner aucunement la faculté du remboursement à jour fixe, ainsi qu'il a lieu à la Caisse d'épargne de Paris. Il recevrait 1 0/0 d'intérêt de plus que ne lui donne la Caisse d'épargne. La capitalisation des intérêts s'opérerait conséquemment avec une rapidité augmentée d*an cinquième de vitesse.

. » Il suffit de ces quelques mots pour faire comprendre toitte l'importance du développement de cette combinaison financière sous le rapport moral et politique ; nous disons moral et politique^ parce que, selon nous, faire naître le sentiment de la propriété parmi les classes laborieuses, et leur en procurer à si peu de frais la jouissance, c'est les attacher étroitement à l'ordre par un intérêt direct et nouveau, qui sufi&ra pour améliorer leurs habitudes.

» Le titre de propriétaire^ par opposition à celui de prolétaire dont elles

que Ion ajoute

bien-être matériel qui résultera de cinquante millions dépensés en travaux de constructions locatives, l'assainissement d'un quartier populeux et l'avantage politique de mettre en communication directe, par une voie large, la place du Carrousel et celle de l'Hôtel-de-Ville, et l'on pourra se faire une idée juste du projet conçu par M. Emile de Girardin, projet que nous n'avons que très imparfaitement rapporté.

» Nous omettions de dire que, sur le plan joiçt au projet qui nous a été communiqué, plan dressé par M. Albert Deiton, architecte, l'idée fondamentale de l'auteur est précisée par deux motifs de statues-fontaineA projetées aux extrémités de la rue : l'une de ces statues est élevée nu Travml, et l'autre àl'Epar^e. »

rendant ainsi tout le monde indivisément propriétaire à Paris que tout le monde y sera salubrement logé.

Alors ce serait en s'assainissant que Paris s'embellirait. Dans ce cas, qui oserait à haute voix se plaindre du droit d'expropriation, ainsi exercé dans un intérêt général incontestable ?

Il va sans dire que tout ce qu'une compagnie fondée sur ces bases pourrait faire sans recourir à l'expropriation, elle le ferait. La garantie qu'elle en donnerait résiderait dans l'intérêt qu'elle y aurait. Elle ferait de ce droit ni plus, ni moins, ni autrement, ce qu'en font toutes les compagnies concessionnaires des chemins de fer.

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