‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 76 sur 78 · III · texte numérisé non relu

III

tion légale s'éteint d'elle-même (1) comme la tutelle prend iin le jour où le mineur, ayant atteint l'époque assignée à la plénitude de raison, entre en possession de la liberté.civile qui a pour sanction la responsabilité légale ?

Les difficultés de transport ont beau s'applanir chaque année et changer conséquemment les données de la question, le langage des adversaires de la liberté de consommation ne change pas d'arguments. 11 reste invariablement le môme ; aussi ne doivent-ils pas s'étonner que le mien ne soit plus, en 1853, ce qu'il était en 1846; il y a sept ans.

Des arguments ! Est-il une erreur, est-il un abus qui en aient manqué pour se défendre, même l'altération des monnaies (2j ?

(1 ) « La protection peut aller quelquefois jusqu'à la prohibition. Mais la prohibition ne doit en aucun cas être éternelle... Trop longtemps maintenue, elle peut devenir une cause de retardements et de torpeur,

» Les taxeS} protection plus rationnelle et moins hostile aux autres peuples, doivent décroître avec le progrès qu'elles ont pour but de favoriser.

» Faire moins, c*est atténuer la fortune du pays en refusant à ses travailleurs leur première garantie, je veux dire une large préférence sur leur propre marché.

» Faire plus, c'est tenir trop peu de compte de l'intérêt du consommateur, à qui l'intérêt général permet sans doute d'imposer quelques sacrifices au profit du producteur, puisque le plus grand nombre est à la fois Tun et l'autre, mais à qui il importe cependant de voir limiter ses charges, parce que, la productiou une fois justement rémunérée, la modération dans le prix des choses consommables étend pour tous les facultés de produire et de consommer^ c'est-à-dire de travailler et de jouir.

» C'est de plus par trop négliger l'intérêt du commerce extérieur, auxiliaire si nécessaire de notre mouvement agricole et industriel.

» Par cela même que nos diverses industries ont été longtemps et fortement protégées, il est penhis de croire que bon nombre d* entre elles pourraient aujourd'hui se contenter d'une protection moins énergique.

D Le bien à venir, c'est la liberté commerciale, à laquelle nous tendons par la protection^ et que nous reconnaissons être un bienfait pour tout peuple qui a pris soin de s'en donner les conditions. »

SAIKT-CBICQ. Loi des douanes. 1833.

(2) a Tlcnrî Paulain, conseiller à la cour des monnaies, auteur qui savait mieux les détails de la fabrication que les principes politiques, ne cesse de dire et redire, dans une espèce d'instruction au duc de SuUy, surintendant des finances de Henri IV, qu'il n'est rien de plus pernicieux à l'Ëtat que l'augmentation des monnaies, et il se sert des mêmes raisons, noyées dans une pénible diffusion. Il y a une observation à faire sur ce livre. La préface de l'éditeur nous apprend qu'il est réimprimé en 1709, par ordre da mînistre : elle s'étend sur la capacité de l'auteur, la force et la sagesse de ses principes. Mais le livre n'était pas encore en vente lorsqu'il plut au roi de aire l'augmentation des monnaies, la plus grande qui eût été faite depuis

Rogner la monnaie qui sert à rechange ou rogner la consommation qui sert au travaii, ce qui équivaut à rogner le salaire qui est tout à la fois le capital et le revenu du pauvre, n'est peut-être pas très différent, et, si l'on allait au fond des deux questions, il ne serait pas impossible qu'on y trouvât une entière similitude.

Si la réciprocité des échanges devait aboutira l'assurance contre le risque de guerre, assurance avantageuse à toutes les puissances sans en excepter une seule, assurance facile à établir en se servant comme moyen de coaction des chemins de fer qui restent à créer (1), en quoi cette réciprocité serait-elle incompatible avec l'indépendance et la sécurité d'une grande nation ?

Si la réciprocité des échanges devait aboutir à l'élévation

Charles ^^I. Ceîa embarrassa beaucoup ]*édîteur. Voici comment il tâche de s'échapper ; « An reste, dit-il, je ne doute point qu'on ne m'objecte que » le roi, à qui Dieu adonné par excellence l'art de gouverner, vient pour- » tant de faire des choses contraires aux maximes de notre auteur. Je n'ai » rieu à répondre sur cette objection , si ce n'est que les circonsiances du temps » et les raisons d'État obligent f/uelquefois les plus grands politiques à se dispenser » des règles fjui paraissent les mieux établies: et que c^est même une vraie pru- » dence et vraie sagesse que de savoir s'en dispenser en de certaines occasions, » Celte vérité est contirmt'*e par l'exemple de la plus fameuse république » qui fut jamais, je veux dire la république romaine, etc. » Ce sont deux passages, l'un de Tite-Live et l'autre de Pline, selon lesquels les Romains te sont servi? de pareilles ressources d'augmentations de monnaies. Il était plus simple de dire que la sagesse du roi avait connu la fausseté du principe dont il s'était déjà éloigné plusieurs fois avec succès, ce qu'il renouvelait encore. Cette louange véritable et bien méritée était préférable à une adulation qui ne portait sur rien. »

MELOH. Essai politique sur 1$ commerce,

(1) Je suppose la formation d'une grande Compagnie composée de tous les grands capitalistes de l'Europe, ayant pour but l'assurance mutuelle de tous les Etats contre le risque de guen*e et contre le risque de cherté des subsistances ; ayant pour moyen le capital nécessaire à l'exécution de toutes les mailles du grand ré-eau europtten de chemins de fer; je suppose que cette Compagnie, cette ligne des chemins de fer contre la rupture de la paix, doive l'existence à l'initiative des deux gouvernements anglais et français, d'accord pour se rendre garants d'un minimum d'intérêt, à la condition accept«*e par la Compagnie de ne traiter avec aucun gouvernement aspirant à posséder une ou plusieurs lignes ferrées, qu'après lui avoir fait signer préalablement le contrat d'assurance contre le risque de guerre, dont la Politique universelle a donné la formule (livre II) : quel est le gouvernement, je le demande, qui, ayant des yeux pour voir que leschemimi de fer sont devenus la condition de' grandeur ou de déclin, de vie ou de mort des peuples, ne s'empresserait pas de signer un contrat d'assurance ne nuisant à aucun des signataires et profitante tons?

indirecte des salaires, au bien-être progressif des travailleurs, à raccroissement de la longévité humaine en môme temps qu'à la diminution du nombre des naissances; si elle devait avoir pour effet de ralentir ou d'arrêter la dégénération physique du peuple français, en quoi cette réciprocité serait-elle inapplicable h la France ?

Si la réciprocité des échanges devait aboutir à procurer à nos plus belles industries des matières premières à meilleur marché et des travailleurs moins souvent exposés au chômage et à la maladie, en quoi cette réciprocité serait-elle destructrice, sinon de la misère?

Contre la réciprocité d'échanges, érigée non en exception, mais en règle, que persiste-t-on à faire valoir?

— L'inégalité du prix de revient, causée : 1** par la difficulté des transports; 2^ la faiblesse des capitaux; 3° le poids des contributions. (De Limairag. Rapport au nom de la commission chargée de Vexamen de la proposition de itf. de Sainte-Beuve^ relative an régime commercial de la France. 7 mai 1851),

Si les transports sont une difficulté, le peuple français n'est-il donc pas assez puissant, dès qu'il la connaît, l'ayant ' déjà vaincue en grande partie, pour achever de la vaincre, et cette difficulté ne provient-elle pas surtout du régime actuel de la douane et des douaniers, régime qui grève nos chemins de fer de tout ce qu'ils n'eussent pas payé s'ils eussent été libres d'acheter le fer de leurs rails et la houille de leurs locomotives au cours du marché européen?

Si les capitaux sont faibles et rares, isolément, c'est-èdire timides, ne peut-on les rendre forts et les aguerrir en combinant le principe de l'association avec le principe de l'assurance? Mais la preuve qu'ils ne sont ni faibles, ni rares, ni timides, c'est qu'ils sortent de France pour aller sillonner de voies de fer l'Autriche, l'Italie et l'Espagne.

Si le poids des contributions est trop lourd, quoi de plus simple que de le diminuer, soit en simplifiant les rouages administratifs, soit en diminuant la dépense du budget, soit

en accroissant la richesse de l'État, soit en changeant Tassicttc de l'impôt?

De ces trois objections qu'on oppose à la liberté du commerce, il n'en est pas une qui soit réelie, qui soit sérieuse, qui soit de nature à arrêter longtemps la marche d'^un ministre qui serait le digne successeur de Turgot ou le digne émule de Robert Peel.

Que la France, si susceptible lorsqu'il s'agit de la plus petite question d'équilibre territorial, et toujours prête à jouer les milliards sur une question de cette nature, que la France, après quarante années de paix, en soit encore à redouter la supériorité industrielle ou commerciale de l'Angleterre ; que la France en soit encore à courber mo^destement la tête quand elle pourrait la relever, et à accepter l'infériorité quand elle pourrait prétendre à l'égalité, c'est là une humiliation qu'il est inexplicable qu'elle accepte avec humilité (1). Or, c'est l'accepter avec humilité que de ne pas protester

(1) Voici un exemple qui prouve que cette pusillanimité de la France en matière d'industrie ne date pas d'hier; il remonte à l'époque où l'industrie des toiles peintes chercha à se naturaliser sur le sol français. Les manufacturiers qui produisaient les autres tissus s'émurent de cette prétention qui contrariait le monopole des corporations existantes : c'était le système protecteur de ce temps-là. Ils firent donc retentir l'air de leurs clameurs. Voici le résumé de leurs plaintes tel qu'il a été présenté dans V Encyclopédie par Roland de La Plâtrière, alors inspecteur général des manufactures, te même qui fut depuis ministre et l'un des Girondins :

(c Rouen voit, si l'on permet les toiles peintes, son commerce désolé, se» métiers abandonnés, les femmes^ les enfantf^ les^vieiltards^ plongés dans la misère^ les terres les mieux cultivées retomber en friche^ et la Normandie ^cette belle et riche province, devenir déserte.

» La ville de Tours montre les députés de tout le royaume gémissants^ et voit une commotion qui occasionne une convulsion dans le genre nerveux poli' tique. Reims présente sa requête signée de plus de cinquante marchands, qui disent nettement qu'on veut leur éter leur pain, Lyon ne saurait se taire sur un projet qui a répandu la terreur dans toutes les fabriques. Paris ne s^est jamais présenté pour une affaire aussi importante au pied du Trône^ que le commerce arrose de ses larmes. Amiens regarde la permiaato»» du port et usage des toiles peintes ou teintes comme le tombeau dans lequel toutes les manufactures du royaume doivent être anéanties. Ce Mémoire, délibéré au bureau des marchands des trois corps réunis, également nourri de choses et soutenu dans ce style, est ainsi terminé : Au reste^ il suffit^ pour proscrire à jamais le port et usage des toiles peintes ou teintes^ que tout le royaume frémisse d' horreur quand il entend annoncer qu'elles vont être permises..,, Vox populi, vox Dei ! »

Aujourd'hui, la ville de Rouen, qui était à la tête de la croisade contre les toiles peintes, en tire sa prospérité.

hautement contre des jugements formulés en ces termes :

« Toute la question de la rivalité commerciale de notre » pays avec sa configuration territoriale est dans la ques- » tion de transport ; la grande question de Pinégalité est là. » Nous avons près de nous des rivaux commerçants qui ont » un territoire heureusement entouré par la mer, territoire T> dont il n'y a pas un point qui soit à plus de trente lieues rt de la mer, et qui, par conséquent, est dans les meilleures » conditions de transport (Ij. »

Je suppose que ce soit la France qui ait vu naître Robert Peel et Cobden, et que ce soit l'Angleterre qui ait donné le jour à MM. Berryer et Thiers : l'objection que M. Berryer mettrait en avant, ce ne serait plus alors la configuration territoriale, ce serait Tinégalilé des deux dettes publiques, la dette anglaise étant quatre fois plus considérable que la dette française ; ce serait l'inégalité des salaires, les salaires étant plus élevés en Angleterre qu'en France.

Qu'y a-t-il de fondé dans l'objection tirée delà configuration territoriale de l'Angleterre ? Il n'y a plus rien. Est-ce que l'industrie n'a pas la liberté de se mouvoir et de se placer où les approvisionnements sont les plus abondants, où les transports sont les moins coûteux ? Est-ce que les chemins de fer, en multipliant chaque année les mailles de leur réseau, ne tendent pas à l'égalité de tous les peuples devant la question de transport? Est-ce que le coton expédié d'Amérique, s'il entrait en France comme il entre en Angleterre, c'est-à-dire exempt de droits et se vendant au Havre le même prix qu'à Liverpool, coûterait plus cher rendu à Rf non et à Mulhouse (lue rendu à Manchester et à Près ton ?

Ramenée ainsi au prix de revient^ la question de la liberté du commerce, qui n'est autre que la liberté de consommation, est ce qu'il y a de plus simple à dénouer.

En effet, le prix de revient do tout objet fabriqué se compose des six termes qui suivent :

(1) U£KUY£B. Assemblée léghlative. Avril 1851.

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