‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 77 sur 78 · VI. Profit · texte numérisé non relu

VI. Profit

Examinons successivement chacun de ces six termes :

Premier terme : Ou la matière première est produite par le pays même de la fabrication, ou elle y est importée ; si elle y est produite dans des conditions telles qu'elle n'ait rien è redouter de l'importation, c'est la preuve qu'elle y est à l'état normal; si elle y est importée, et qu'il s'agi.<(se delà France, sans y être grevée de droits dont elle serait exempte en Angleterre, comme par exemple le coton, c'est on pre-* mier point sur lequel fl liaat reconnaître qoe l'égalité eiiMè dans les deux pays.

DeuxiènK- terme : On la mannfacf are est vm»me dn Kea d'approvisionnement on elle en est éloignée ; si elle en est voisine, robjection tirée de Tmégalité des frais de trdriMK port tombe d'efle-inême : si, an ormf raire, eBe en est éW^ gnée. si elle est mal située, de qoef droit lefle nn^fnahHHtme que je p«3arrais citer se ferait-elle rf on vke de srCQatf«>n trfif titre à la protection de fa lof. protection ffont elle proftferaât an préjodice du ennsommat^tir t O» qn'ete se âép^e GO qa elle snccombe, c'est iustice. C'est asse? qto'mv lïfat paye ses propres fentes, sans qti-iî ait eneive k p^yer (*effes des fobricants. érigeant fenssement ^n lx\fèv\(\rilé rtafvvnaîe une infériorité t«iute {(sc^la. Conte per?wnnene, r^n'ir di^jendrait d'eux <ie feire cesser, et (^'iïs feraient ef1W*fïV(*Tttei1C dispamître le lendemain du jour (\h ils y ;inr?fient <^é (*6Dtraints par nne aérpssité inerorable. fton/* . ï^i iV^pilifé aexiste pas ^nr le ser»ond point ^ntr^ les detiY p(r^. '•Ile peut y être facilement rét;ibh>.

Troisième terme T*» <*apif»l ^Tlî|aç|é ii'«»*^f pa«r. il rie ^ffitinrait ^tre ine ihjertion >f^riprifi^. <^;*r me fffhrf^ife r^r**sentera rplafir^ment in -îapifffl iMile d'^ffiffmf pf»M /^on^rdérable que a f^hrque riiir:^ ^»fe phli^

et qu'elle aura pu ainsi profiter de toutes les fautes antérieurement commises et de tous les progrès antérieurement accomplis. Telle filature qui a coûté vingt mille livres sterling à monter, il y a vingt ans, en Angleterre, ne coûterait plus à monter en France que la moitié ou le tiers de ce prix. Donc, sur ce troisième point encore, il n'y a pas d'inégalité qui soit imputable à la France, et dont il soit juste de prétendre qu'elle est la cause.

Quatrième terme : L'impôt, en Angleterre n'est pas moins lourd qu'en France (1) ; s'il y est mieux assis, qui empêche la France de mieux asseoir le sien ? S'il y est moins bien assis qu'en France, l'inégalité, loin d'être un argument pour le maintien de la protection, serait un argument contre elle.

Cinquième terme : Le salaire est plus élevé en AngletoiTc qu'en France. Sur ce cinquième point comme sur le quatrième, l'inégalité existante est donc encore en sens inverse de la protection accordée.

Sixième terme : Le profit se compose de la difl'érence qui existe entre le prix de revient déboursé et le prix de vente encaissé. Si le salaire est moins élevé en France qu'en Angleterre ; si l'impôt n'y est pas plus lourd ; si le capital engagé, h force égale de production, y est moins considérable ; si les frais de transport y deviennent égaux ; si la matière première y coûte exactement le même prix, comment expliquer que le profit soit moindre et conséquemment que la France continue à réclamer contre l'Angleterre une protection que l'Angleterre a l'enoncé à réclamer contre la France?

Cela ne peut s'expliquer que d'une façon : c'est que sans doute certains intérêts en jeu mettent dans la même balance le prix de revient de telle petite fabrique défavorablement située en France, avec le prix de revient de telle grande fabrique favorablement située en Angleterre; mais qu'au lieu de rapprocher ainsi doux termes de comparaison dont l'un fausse l'autre, on mette en regard deux fabriques de même

(1) <c Le cliiflFre total des impôts que paye le peuple anglab peut être évalué à deux milliards vingt-cinq millions. »

BAILLT.

importance également bien situées, l'une en Angleterre l'autre en France, et l'on verra que le prix de revient comparé sera la condamnation de la tutelle fiscale qui arrête l'essor de toute industrie à aquelle manque le stimulant de la concurrence étrangère.

Qu'au lieu démettre en présence d'un commis, qu'il porte le titre de chef de bureau, de chef de division ou de directeur, on mette en présence d'un ministre à la hauteur de Turgot(l) ou de Robert Peel l'humble fabricant français qui

(1) Turgot, intendant de la généralité de Limoges, écrivait, le 24 décembre 1773, à l'abbé Terray, alors contrôleur général des finances :

<' Il n'est point de marchand qui ne voulût être seul vendeur de sa denrée ; il n'est point de commerce dans lequel ceux qui l'exercent ne cherchent k écarter la concurrence, et ne trouvent quelques sophismes pour faire accroire que l'État est intéressé à écarter du moins la concurrence des étrangers, qu'ils réussissent plus aisément à représenter comme les]ennemis du commerce national. Si on les écoute, et on ne les a que trop écoutés, toutes les branches de commerce seront infectées de ce genre de monopole. Ces imbéciles ne voient pas que ce même monopole qu'ils exercent, non pas, comme ils le font accroire au gouvernement, contre les étrangers, mais contre leurs concitoyens, consommateurs de la denrée, leur est rendu par ces mêmes concitoyens, vendeurs à leur tour dans toutes les autres branches de commerce, où les premiers deviennent à leur tour acheteurs ; ils ne voient pas que toutes ces associations de gens du même métier ne manquent pas de s'autoriser des mêmes prétextes pour obtenir du gouvernement séduit la même exclusion des étrangers ; ils ne voient pas que, dans cet équilibre de vexation et d'injustice entre tous les genres d'industrie, où les artisans et les marchands de chaque espèce oppriment comme vendeurs et sont opprimés comme acheteurs, il n'y a de profit pour aucune partie, mais quil y a une perte réelle pour la totalité du commerce national, ou plutôt pour l'État qui, achetant moins à l'étranger, lui vend moins aussi. Otie augmentation forcée des prix pour tous les achateurs diminue nécessairement la somme des jouissances, la somme des revenus disponibles, la richesse des propriétaires et du souverain, et la somme des salaires à distribuer au peuple.

» Quelques sophismes que puisse accumuler l'intérêt particulier de quelques commerçants, la vérité est que toutes les branches de commerce doivent être libres, entièrement libres ; que le système de quelques politiques modernes, qui s'imaginent favoriser le commerce national en interdisant l'entrée des marchandises étrangères, est une pure illusion ; que ce système n'aboutit qu'à rendre toutes les branches de commerce ennemies les unes des autres, à nourrir entre les nations un germe de haines et de guerres dont les plus faibles effets sont mille fois plus coûteux aux peuples, plus destructifs de la richesse, de la population, du bonheur, que tous les petits profits mercantiles qu'on imagine s'assurer ne peuvent être uvantaj];eux aux nations qui s'en laissent séduire, La vérité est qu'en voulant ]mire aux autres on se nuit à soi-même, non seulement parce que la roprésaillo de ces prohibitions est si facile à imaginer que les autres nations ne nianquent pas de s'en aviser à leur tour, mais encore parce qu'on s'ote à soi-même les avantages inappréciables d'un commerce hbre, avan-

repousse fièrement la liberté de commerce au nom du travail national, et l'on verra ce que deviendront des chiffres qui n'ont trop longtemps prévalu que parce qu'ils ont été acceptés tels qu'ils étaient produits, sans que le contradicteur, se nommant l'État, sût les interroger, les débattre, les contrôler.

La liberté du commerce, cet affermissement de la paix (1), serait, il est vrai, la ruine des petites fabriques; mais s'il était démontré que les petites fabriques, les petites manufactures, les petites usines, ne peuvent continuer de vivre qu'au préjudice du travailleur qu'elles emploient et du consommateur qu'elles grèvent, de quel droit prétendraientelles subsister? Entre la liberté, qui est le règne de la supériorité, et la protection, qui est l'usurpation de la médiocrité, peut-on, doit-on hésiter plus longtemps ?

Petites fabriques, petites manufactures, petites usines, petits magasins, petite industrie, petit commerce, petits Etats, sont condamnés à l'alternative ou de périr ou de se transformer. Vaut-il mieux qu'ils se sauvent, ou vaut-il mieux que la société, mise en fermentation par la misère et égarée par une nouvelle révolution, risque de retourner de la civilisation à la barbarie ? *

tages tels que si un grand État comme la France voulait en faire Texpérience, les progrès rapides de son commerce et de son industrie forceraient bientôt les autres nations de Timiter pour n'être pas appauvries par la perte totale de leur commerce. »

(1) « Relativement aux échanges entre les nations, les premiers essais législatifs sont fondés sur cette illusion chère à l'égoîsme que le sain d'an peuple est puisé daus les pertes d'un autre qu'on appelle rivu. La richesse oui circule dans les canaux du négoce, ce serait le fluide qui ne monte dans une branche du syphon que pour baisser dans l'autre oran* che sans s'accroître par son mouvement même. Suivant cette idée fansse, on faisait des lois pour la richesse nationale contre la richesse étrangère, en nuisant à toutes deux. Enfin, paraît une doctrine plus clairvoyante, plus élevée et plus généreuse, qui regarde la richesse comme la produotion de l'effort commun des citoyens dans chaque État et des peuples dans l'univers; production illimitée comme les œuvres du génie, comme les en* fantements du travail et de l'activité.

» Dès que cette pensée prévaut, les lois commerciales changent de nature ; elles deviennent conciliatrices entre les nations ; et le négoce, après nvoir suscité tant de guerres insensées, n*est plus qu'un élément de concorde et de paix entre les peuples. »

CHARLES DuriN. Monilpur du 6 mars 1833.

LA DOUANE SANS DOUANimS. 583

Ce n'est qn en s^agrandissant. ee Qu'est qu'en réduîsani leurs frais généraux, que rindustrie H le oommerce peuvent élever le taux du salaire sans élever le prix de revient, élévation qui équivaudrait à une diminution du diilfre de la e<msommation.

Liberté du commerce et réforme du c^^mmerce sont deux questions qui se lient, ou plutôt, ce sont les deux termes d'une seule et même question- La liberté du commerce aux prises avec la difficulté de hausser indirectement ou dirccment ie salaire sans éltver le prix de vente, s ingéniera, on peut y compter, à réduire considérablement le nombre et les frais d'intermédiaire qui grèvent Tindustric au double préjudice du pn.iducleur et du (xoisommateur. Les lignes ferrées. apf»eJt^s à résoudre tant de problèmes qui, sans elles, fussent restés insolubles t\ lui en offriront le moyen : tout diemin de fer. toute section de efaemin de 1er. a pour extrémilês deux points : 1^^ le point de production, ^ le point de consommât jc»n : la voie de fer en est le trait d'union, elles les relie l'un a l'dutre. f^a C4>nséquenc5e naturelle de cette position privilé^'iee sera, un peu plus t5t, un peu plus tard, la f^winalion successive, sur toutes les grandes lignes de chemins de fer. d'entrepôts de marchandises où le eonsom-

1 Fisii'.'^J.'fTemeiîi OL'lu; de la. fabrication do ftr. an mênse prîx ea FrioK-e eu -jii A:.:ZitzeTT^. car !« chemin de fer rapprociie ce qui ésui '-loigii JkJii-!. '.. it. rî'.T'procii^ eutr»; ell«s ifc= troîë matières premières aa mov^fz: df-«ju*-.i.'- ce oinient la foute, tavoir : la komiil^. Je tatarral. la roftitée. '.y-: b*r :rjuv*'L:t génr^alemen: rénnies en Angleterre, taDdi« qii*«Ue» !it > b-.-zii i^ix Yn^^-^ qu excepii'jnne'iemeut. Mais ei l'An^eterre a «t a^a^uiiie «^vr la Fntiic*-. la I'raut>- l'emporte tm" TAnsleterre «dub le doable nr]>jor: ù.": la uaalit^ et de la quantité da salatam. Le mÎAeraL, se ir»i,\i.L: .-. : ..- ^ouv-su: en France a la furfaoe da sol, â rAngleterre a -ur la FrLi-*- I avîii:ta^e d*f î'économJe dans les fr«i« de transport., la Fruiicst a .-ur 1 Axiir eic;rrc l'avantage de réoooonûe dans les ficais d'extrai-.îor.. fri;!'' vu:, **n ce q'ui concerne la hooille, «œt à peu pi«s les uj^inet- *•:. > rau'* vu »rQ Angleîcrrc, de l'aren même da rê^me protcdev.

peroej'tiou da drort <mî élève senâblement le prix da

* ciiaritoE eu Fn. Lice. c'ert le tramaftort. L*extraeDoo %f>fèpe en Fi » c-«- : r.z jv: m: rajipnicbetît de très près de ceux de rêtnai^er. Ce ^nî X li'j..'^ Cl l'r* .--..r > carrean de la miae 94 oenîîmes le qnhital métrique ',

* f.-'jû'*: eL Av^leterre ii2 eeiiùmes. mais ra'st en Belgique dB «ntÎBkes s

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mateur pourra s'approvisionner avec toute l'économie dont jouit le demi-gros sur le détaiL

De son côté, l'industrie française comprendra qu'elle fait fausse voie en matière de fabrication. En France, pays démocratique, l'industrie et le commerce opèrent aristocratie quement; en Angleterre, pays aristocratique, l'industrie et le commerce opèrent démocratiquement ; en France, l'industrie et le commerce opèrent en ayant pour multiplicateur le petit nombre et pour multiplicande le luxe, procédant ainsi par petites quantités surchargées conséquemment de frais généraux considérables ; en Angleterre, l'industrie et le commerce opèrent en ayant pour multiplicateur le grand nombre et pour multiplicande le bon marché, procédant ainsi par grandes masses, conséquemment déchargées presque entièrement du poids des frais généraux. L'Angleterre est dans le vrai, la France est dans le faux. L'industrie est dans le faux quand elle se propose presqu'exclusivcmentpour but la nouveauté de V objet plus tôt que \sl supériorité de qualité a prix égal, ou Vinfériorité de prix à égale qualité, car un jour suffit pour que \di nouveauté de la veîUo soit la vieillerie du lendemain, vieillerie enlevée de la montre ot rejetée au fond du magasin. L'industrie est dans le vrai quand elle se propose au contraire pour but la grande et constante consommation. Sans doute, la fabrication par grandes masses fait perdre à la marchandise une partie de cet attrait que le marchand, dans son argot de boutique, résume par le mot nouveauté; mais cette fabrication n'exclue pas le goût, qui est le cachet de supériorité que la France sait imprimer à tout ee qui sort de ses mains. Cette supériorité n'étant pas contestée, ce devrait être une raison de plus pour fabriquer par grandes masses afin d'étendre universellement l'empire du bon goût par la puissance du bon marché, ce grand propagateur auquel l'Angleterre est redevable d'une suprématie qu'il dépend de l'industrie française de lui enlever, car la France, supérieure à l'Angleterre en plusieurs points, ne lui est inférieure en aucun.

Elle peut donc sans danger établir la douane sans douaniers iusqu'^nu jour où Pimpôt-avance, définitivement transformé en impôt-assurance, lui permettra, après avoir supprimé les douaniers, de supprimer la douane.

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