‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 14 sur 96 · LI-: PROliUKS. Ii · texte numérisé non relu

LI-: PROliUKS. Ii

Oui, sans doule, à tout édifice vaste et bien ordonné, il faut un plan, mais il serait encore plus facile de construire un édifice sans plan que sans matériaux? Etpermettez-nous de vous le dire, ce qui a manqué jusqu'ici à votre politique aussi bien qu'à celle de l'opposition, ce sont moins les plans que les matériaux. Vous, d'abord, partisans exclusifs de la paix et de l'ordre, qu'en avez-vous fait depuis quinze ans? Vous, ensuite, partisans exclusifs de la liberté, de l'égalité, qu'en avez-vous fait après le 21 janvier 1793, après le 29 juillet 1830, à ces deux grandes époques où vous avez tenu le pouvoir dans vos mains?

Soyez, messieurs, mi)ins dédaigneux, les peuples se passeraient plus facilement d'archilecles que de-macons.

Si notre ambition ne s'élève piis au-dessus de colle de tailleur de pierres, pourquoi donc auriez-vous pour nous plus de prétentions que nous n'en avons nous-mêmes?

Les édifices les plus utiles ne sont pas les plus célèbres. Pour un glorieux monument qu'on admire, combien complel-on de modestes toits qui abritent des familles et des populations ?

Résister pour résister, si c'est là ce que vous appelez une politique, un plan, un but, résister pour résister ne nous a jamais paru, nous devons le dire, un but, un plan, une polirtque dignes d'hommes sérieux. H n'y a que les enfants gâtés et les animaux vicieux qui se conduisent ainsi. Résister et céder à propos est ce qui caractérise la sagesse de l'homme, l'habileté d'un gouvernement. La main légère, est la première règle qu'on vous enseigne lorsque l'on vous met aux prises avec un cheval (jui se cabre, se défend ou s'emporte. On mène un peuple comme on mène un cheval, selon son extraction et selon l'éducation qu'il a reçue, en flattant sa fierté s'il est fier, en ne craignant pas sa fougue s'il est fougueux, en Tanimant s'il est froid, en se gardant bien de prendre pour un vice ou un défaut ce (jui peut n'être en lui que l'excès d'une (]ualité.

Les bons gouvernements, les gouvernements qui durent ne sont pas ceux qui font des plans, ce sont ceux qui font

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des œuvres; ce ne sont pas ceux qui se buttent, ce sont ceux qui marchent.

Où vous voyez deux choses: V administration, ic gouvernement^ nous, nous n'en voyons qu'une ! Quand vous faites sonner si haut le mot do gouvernement^ et ravalez si bas, travers trop commun en France ! le moi d^ administration^ vous nous prouvez seulement que vous ne comprenez pas que le m(>me objet puisse porter deux noms différents également justifiés. Qui dit gouvernement dit administration, qui dit administration dit gouvernement. 11 n'y a pas de bon gouvernement avec une mauvaise administration; il n'y a pas de mauvaise administration avec un bon gouvernement. "

Le gouvernement, c'est l'or entrant h Thôlel des Monnaies en lingot; l'administration, c'est le môme or en sortant monnayé ; lingot ou monnaie, c'est toujours le même métal ; la forme stule a changé. Prélcndriez-vous par hasard' que l'or, après qu'il a été frapi)é à leffigie^u souverain, vaille moins qu'auparavant ? A l'état de lingot, s'il n'était pas susceptible d'être divisé, que représenterait l'or? —Un minéral dont la valeur, assurément, ne serait pas en raison de la pesanteur, et dont l'emploi serait aussi diflicile que le transport. A Tétat de pièces monnayées, que représente For? II représente tous les objets qu'il peut servir à acquérir. L'or en lingot, c'est l'inmiobililé; l'or monnayé, cest le mouvement , c'est la vie , c'est le principe de la division appli(|ué h l'or qui en fait le prix. Gardez votre or si je suis tenu de le conserver en lingot, si je ne puis le diviser. Ne me parlez pas de gouvernement distinct de son administration. La valeur d'un gouvernement, sa force, sa richesse, c'est son administration. L'adminis* tration d'un pays, ce sont les moyens de la chose dont son gouvernement est la (in. El c'est là préciséuïent ce qui explique une des grandes causes de la faiblesse de l'opposilicai, c'est qu'elle est toujours tombée dans le travers de diviser ce qu'elle aurait dû constamment réunir :1e gouvernement et l'adminislriilion. Elevez donc le verlie dans les

conseils de l'Europe, quand vous n'avez que des années mal organisées et quand le désordre est dans vos finances I Contenez donc l'arrogance de l'Angleterre, quand vous n'avez que des flottes insuffisantes, quand vos arsenaux et vos chantiers manquent d'approvisionnement, quand vous n'avez pas de port de ravitaillement, quand vous n'avez que des moyens d'attaque ou de défense inférieurs aux siens ! Retranchez du règne de Louis XIV Colbert, qui y représente l'administration, que devient le gouvernement du grand roi? Dépouillez Napoléon du génie d'organisation, de l'esprit d'administration dont il était doué à un haut degré, ce n'est plus qu'un capitaine ; ce n'est plus l'empereur, co n'est môme plus le premier consul s'imposant à Siéyès et à Roger Ducos; le 18 brumaire n'aboutit qu'à aggraver l'anarchie, qu'à la perpétuer I

Réhabiliter parmi nous l'administration que Ton a contracté la funeste habitude de décrier, pis que cela encore, de dédaigner, serait l'un des plus importants et des plus fructueux progrès que nous pussions faire.

Une autre objection est celle-ci, que nous reproduisons avec une égale fidélité :

« Dans un siècle où la rapidité de la vie, la complication » des intérêts empochent la méditation solitaire, c'est la » méditation publique qu'il faut appeler. On demande un » Richelieu, un Colbert, un de ces grands ministres, qui » agisse d'après l'inspiration qui vient d'en haut: il n'y en a » plus, et l'inspiration vient d'à côté. C'est pour cela que » nous demandons les institutions démocratiques, les ré- » formes politiques, comme les seuls instruments des amé- » liorations sociales. Hors de là, il peut y avoir des faiseurs » de livres, des inventeurs d'expédients ou des sectaires : » il n'y aura jamais d'action générale, de changement pro- » fond, de progrès organisé. — Et quant aux conservateurs » qui se disent progressistes, entre eux et les conservateurs » bornes voici toute la différence : ceux-ci ont la stérihlé » des immobiles, les autres, la stérilité d'une impuissante > agitation. »

lie Mâm.

Nous répondons:

Chacun fait son œuvre. Est-ce que nous vous empêchons d'appeler la « méditation publique ? » Est-ce que nous vous empêchons de demander a des institutions démocratiques, des réformes politiques ?» Si nous ne joignons pas notre voix à la vôtre, c^est que, sans avoir une confiance absolue dans les hommes qui nous gouvernent, nous en avons encore une plus bornée dans les institutions et les réformes où vous voyez, vous, la solution de toutes les difficultés. La confiance, vous le savez, ne se commande pas. Vous n'en avez pas dans le gouvernement; nous n'en avons pas en vous. Nous croyons que ce qui fait défaut au pays, ce ne sont pas des institutions moins restreintes; mais des hommes plus capables. Nous n'en voyons pas de très supérieurs dans l'enceinte des chambres législatives, mais en dehors de cette enceinte (maintenant que MM. Genoudc, Léon Faucher et Lesseps en ont franchi l'accès), nous n'en* voyons encore que de moindres. Nous vous le demandons ; où donc sont dans la presse et le barreau, au sein des conseils généraux, des conseils spéciaux et des congrès, les hommes d'avenir qui se sont révélés par l'éclat et le retentissement de leur parole, l'élévation et la justesse de leuis idées, la persévérance de leurs efforts et de leur volonté ? Montrez-nous un seul de ces hommes, et si une seule de nos lois s'oppose à ce qu'il arrive au pouvoir pour y faire prévaloir ses idées, cette loi, nous vous le jurons, n'aura pas désormais d'adver** saires plus déclarés que nous et plus opiniâtres.

Vous parlez de la m stérilité d'une impuissante agitation."» Celte agitation, que nous nous efforçons, en effet, de créer, demeurât-elle vaine, que vous seriez assez mal fondés à vous en railler. Qu'a donc produit votre agitation depuis quinze années? — La loi contre les associations, les lois de septembre sur la presse, etc.. qui sont bien plus vos œu^Tcs qu'elles ne sont colles du pouvoir. Notre agitation, à nous, qui ne date pas d'hier, n eût-elle fait ({ue de préparer, de faciliter le grand acte de l'amnistie, dont le président du conseil du fi février 1836 n'avait pas osé prendre Tinitiative,

doni la majorité et ses journaux ne voulaient pas en mai 1836, celte agitation, avouez-le, eût encore été moins impuissante et plus féconde que la vôtre, à moins que vous ne comptiez pour rien l'msistance que nous avons mise à obtenir qu'on ouvrît toute grande à vos amis, à vos malheureuses victimes la porte des prisons où les avait jetés vos déclamations, vos théories, vos illusions, Pémeute, le meurtre, les barricades, les journées d'avril et de juin. Nous n'avons pas tout dit.

11 août lft46.

Nous avons dit ce que nous pensions d'une politique qui n'aurait pas d'autre but que la résistance. Il faut résister aux factions qui vous défient quand elles s'arment de fusils et qu'elles descendent sur la place publique, ou quand elles s'arment de poignards et s'enveloppent dans l'ombre pour y braver ou pour y miner les institutions; il faut résister aux partis qui prennent pour de la force leur audace, quand ils troublent la sécurité publique, quand ils insultent ce qui doit être respecté, quand ils ébranlent ce qui doit être maintenu, quand ils pervertissent les esprits, quand ils égarent l'opinion, quand ils s'abusent jusqu'à croire qu'ils intimideront le pouvoir , quand la fièvre qu'ils entretiennent donne la soif du sang,^ le délire de l'attentat et du meurtre ; il faut résister c^ la presse quand elle déborde en injures, en diffamations, en menaces , quand elle foule aux pieds la responsabilité ministérielle pour découvrir l'inviolabilité royale, quand elle livre à'Ia publicité comminatoire le secret des délibérations du jury et les noms des jurés, quand elle fait solder par des souscriptions qu'elle ouvre, les amendes qu'elle a encourues, quand les arrêts qui la condamnent et la doivent réprimer sont ainsi affaiblis, éludés ou tournés en dérision ; il faut résister enfin à toutes les passions mauvaises, h toutes les erreurs dangereuses, à toutes les prétentions illicites de la société en fermentation,

à toutes les entreprises de la force brutale ; il y faut insister, même au péril de sa vie, quand on est dépositaire du pouvoir, conseiller de la couronne ; mais là doit s'arrêter la résistance. La résistance est plus qu'un moyen, c'est un devoir, mais ce n'est pas un but. Il arrive enûn un jour où la force et l'habileté du gouvernement consistent à résister non plus à ses adversaires vaincus, mais à ceux de ses amis victorieux qui, ne voyant rien au delà, rien au dessus de la résistance, veulent qu'il l'exagère ! Le jour du désarmement des partis est-il venu parmi nous? Vous le niez et nous l'afGrmons, qui se' trompe?

Vous dites :

tt La Presse demande qu'il soit fait des coficessions. Il ^ n'est ni raisonnable, ni moral, ni courageux, ni utile » de concéder autre chose que ce qui est légitime, naturel y» et équitable. Il faut donc un critérium pour distinguer 1» les concessions qu'il convient de faire de celles qu'il faut » savoir refuser. »

Nous reprenons et nous disons qu'une telle réponse n'en est pas une ; que ce n'est qu'un de ces lieux communs, qu'une de ces fins de non recevoir libellés à l'usage des derniers clers de la presse ministérielle.

S'il fallait autre chose que du tact politique, du bon sens, de la fermeté de caractère, de la prudence pour décider de ce qui est légitime, nature], équitable, dans les vœux du pays exprimés par l'opposition, si vous ne pouviez faire un pas en avant sans être précédé d'un critérium^ dites-nous où vous le prendriez ? Où avez-vous pris le critérium d'après lequel vous avez abaissé, après 18^, l'âge des dépu* tés de 40 à 30 ans, le cens d'éligibilité de 1,000 è 500 fr., l'âge des électeurs de 30 à 25 ans, le cens électoral de 300 à 200 fr., aboli le double vote, substitué au mode de renouvellement (le la Chambre élective par cinquième le mode de renouvellement intégral, supprimé l'hérédité de la pairie, donné aux membres des deux Chambres le droit d'initiative, engagé l'avenir en écrivant dans la Charte que la censure ne pourrait jamais être rétablie , soumis à la réé-

lection les députés promus à des fonctions salariées, déposé dans la loi le germe du système des incompatibilités, etc. ? Pourquoi 200 fr. d'impôt plutôt que 300 francs? Pourquoi 25 ans plutôt que 30 ou 21 ? Pourquoi avoir exclu les préfets de la Chambre des députés quand vous les admettiez dans la Chambre des pairs? Pourquoi les avocats-généraux, les substituts du procureur-général, le substitut du procureur du roi, peuvent-ils être élus dans le même ressort où la loi, au contraire, a déclaré leurs chefs immédiats inéligibles, de telle sorte que le substitut du procureur du roi d'un arrondissement ne saurait succéder à son supérieur sans être immédiatement considéré par la Chambre des députés comme démissionnaire? Faites-nous donc connaître le critérium auquel sont dues ces savantes dispositions de la loi.

Vous ajout<?z :

« La Presse demande des réformes. Il n'y a pas de ré- » forme possible sans un type quelconque auquel on se * propose de ramener une institution. »

Cette objection est de la force de celle qui précède sur l'absolue nécessité d'un critérium. Où donc est le type qui a servi à mouler la loi du 19 avril 1831, celle du 29 décembre de la même année, celle du 9 septembre 1835, etc., etc.? Le jour où le gouvernement jugera à propos d'appeler la deuxième partie de la liste du jury h concourir à l'élection des députés, il ne le pourra donc pas s'il n'a point un typeJ Et ce type, où le rherchcra-t-il, où le trouvera-t-il ? Même objection s'il veut jamais étendre la disposition écrite dans l'article 64 de la loi du 19 avril 1&31. Même objection s'il croit utile de réformer ce qu'a de vicieux le système actuel des annonces judiciaires ; môme objection encore s'il finit par se convaincre que l'unité de taxe des letlres est la seule base solide d'une réforme postale ; même objection, enfin, s'il lente un jour de faire sortir de ses quatre lourds volumes sur la réforme hypothécaire une tentative d'organisation du crédit foncier. Pour chacune de ces réformes,

il lui faudra un type quelconque : point de types, 'pdnt de réformes.

Nous le demandons à nos lecteurs, sous les yeux desquels nous avons fait passer les objections que nous opposent ces grands architectes, qui ne voient en nous que des maçons, des « tailleurs de pierre, » est-ce là une argumentation sérieuse? c Un gouvernement doit subordonner tous ses efforts à une » doctrine politique qui serve de phare et qui illumine le » but vers lequel tendent les nations ; » eh bien ! dites-nous donc quelle est la doctrine politique que vous défendez, afin que nous sachions où vous nous conduisez et ce que nous devons penser et attendre de ces mots de M. Guizot : € Toutes les politiques vous promettront le progrés, la po- » litique conservatrice seule vous le donnera, » de ces mots, qu'à partir de ce jour nous inscrivons, pour y demeurer, au-dessous du titre de la Presse. Aucun espace n'aura jamais été plus utilement occupé. M. Guizot est un trop illustre historien, un écrivain trop expert, un trop grand orateur pour s'être solennellement servi au hasard et à deux reprises du mot de « progrès, » sans s'être bien rendu compte et du sens et de la portée de ce mot dans sa bouche. Apparemment ce mot, prononcé par M. le ministre des affaires étrangères devant ses électeurs assemblés» en présence de la France attentive, le lendemain d'élections générales, la veille de l'ouverture d'une législature nouvelle, veut dire quelque chose ; que veut-il dire ? Dites-le.

Est-ce que vous n'auriez pas dans la parole de M. Guizot autant de confiance que nous ? 11 a dit que nie gouvernement devait s'appliquer à développer dans la société tous les germes de prospérité, de perfectionnemment, de grandeur. » Nous pensons, nous vouions penser que ce qu'il a promis il le tiendra. SU eût pensé qu'il n'y eût rien à faire, M. Guizot l'eût déclaré ; dès qu'il a dit le contraire, c'est qu'il le croit.

En fait de réformes électorales, parlementaires ci autres à l'ordre du jour de la presse d'opposition, personne ne pousse plus loin que nous l'incrédulité. Nous ne croyons pas

qu'il suffise d'inscrire comme électeurs des contribuables très souvent ne jsachant pas écrire leur bulletin, pour les transformer en citoyens éclairés; nous ne croyons pas davantage qu'il suffise d'abolir le cens d'éligibilité ou d'étendre le cercle des incompatibilités pour grossir le très petit nombre des députés instruits, laborieux, indépendants, prenant au sérieux leurs fonctions de législateur, mus par un seul sentiment : celui de la chose publique ; nous ne croyons pas que nos institutions fassent obstacle à l'entrée dans le Parlement ou à l'arrivée au pouvoir d'un seul homme éminent. Ce que nous croyons, c'est qu'en fait de lois nouvelles, il y en aurait une plus pressée à faire qu'une autre loi électorale, ce serait une bonne loi, la loi fondamentale qui nous manque, sur l'instruction publique. La concurrence que l'on redoute comme conséquence de l'adoption du principe de la liberté de l'enseignement pourrait être facilement réduite à l'impuissance de nuire par une bonne loi sur la nécessité de laquelle tous les esprits paraissaient d'accord jusqu'en 1836, et dont on ne s'occupe pas plus maintenant que si elle n'était pas encore à faire. Ce que nous croyons, c'est qu'il en sera de la plupart des lois politiques que réclame l'opposition ce qu'il en a été de la loi du 12 septembre 1830 sur la réélection des députés promus à des fonctions salariées, loi qui, dans l'application, a trompé toutes les espérances que le principe avait fait naîtie; mais de ce que nous avons l'horreur du vide, le mépris des mots creux, nous n'en concluons point qu'il n'y ait cependant pas des satisfactions plus apparentes que réelles qu'il soit habile et prudent de donner à l'opposition.

Alors que le ministère annoncerait l'intention, dans le cours de la législature nouvelle où il va entrer, d'admettre la deuxième parlie de la liste du jury, d'étendre le nombre des incompatibilités, où serait le grand risque et le grand mal? Sa majorité en serait peut-être grossie de tous ceux des députés 'de l'opposition qui cherchent un pont pour passer honorablement du côté du gouvernement; mais certainement elle n'en serait pas amoindrie. Alors que le mi-

nisière, pour ôter à Popposition un prétexte d'hypocrites clameurs sur la corruption de la presse, et la déconsidération de la magistrature, et pour bien montrer qu'il n'a pas voulu faire de l'insertion des annonces judiciaires dans les journaux de département un moyen d'influence illicite, instituerait par ressort de cour royale ou par département, soit 26, soit 86 répertoires d'annonces qui rendraient la publicité légale infiniment plus économique et plus avantageuse et substitueraient à un système vicieux un système meilleur, où serait l'objection ? L'objection, ce serait de paraître céder à l'opposition. Cette objection, nous l'avouons, est sans valeur à nos yeux. Céder à l'opposition quand elle a raison, lui résister (luand elle a tort, nous a toujours paru le meilleur moyen de Taffaiblir et de la vaincre. Voilà comment nous comprenons les devoirs d'un gouvernement d'ordre et de progrès, de paix et de liberté, qui prend au sérieux ces quatre mots, et en fait les quatre pierres angulaires de sa politique. . •

Cela fait, ou cela convenu, le terrain parlementaire serait déblayé d'autant, et l'on pourrait enfin se mettre à l'étude et à l'accomplissement de ce que nous appelons les vraies réformes, des seules qui nous paraissent fécondes ; nous voulons parler des réformes administratives, économiques et fiscales. Est-ce à son bili de réforme demandé par Wilkes en 1776, et voté le 5 juin 1832, après cinquante-six ans d'attente, que l'Angleterre doit d'avoir conquis dans Punivers entier la suprématie qu'elle y exerce et le premier rang qu'elle occupe parmi les nations de premier ordre ? Non, cette suprématie, cette grandeur, elle les doit, avant tout, à la juste et féconde pensée de son acte de navigation, à ses institutions de crédit qui ont contribué si puissamment à donner à son industrie et à son commerce l'essor qui leur a servi h s'emparer de tous les marchés du monde. L'Anglais est le peuple qui a le mieux compris que la valeur d'une pièce de monnaie existait moins en raison de son poids que de la vitesse imprimée à sa circulation sous toutes les formes. Nous avons emprunté à la Grande-Bre-

tagne quelques-unes des institutions qui protègent chez elle la liberté ; le temps n'est-il pas venu maintenant de lui emprunter celles auxquelles elle est redevable de sa richesse et de sa puissance ? Voudrions-nous donc nous condamner nous-mêmes à perpétuité à user dans de stériles débats les forces et les facultés dont nous avons été si généreusement doués? Voilà trente ans que nous piétinons péniblement dans l'ornière des questions constitutionnelles, n'est-ce donc pas assez ?

18 août 1816.

La division du parti conservateur en deux fractions, l'une qui pense qu'il n'y a rien de mieux à faire que ce qu'on a fait depuis six ans, et de persister dans l'immobilité; l'autre qui pense que le moment est venu de recueillir les fruits de la stabilité, et de se mettre en mouvement; cette division est un fait qui n'est contesté aujourd'hui par personne. Chacune de ces deux fractions a, dans la presse, des écrivains qui la représentent.

Des deux parts, ces écrivains sont unanimes sur la nécessité de mettre la royauté et la dynastie, la paix et l'ordre à l'abri de toute entreprise violente ou détournée, attaque ou manœuvre, témérité ou concession (|ui serait de nature à porter atteinte à nos institutions, à en compromettre la durée et l'avenir, h rendre enfin aux partis la force qu'ils ont perdue et que les lois ont acquise. Mais où ces écrivains diffèrent, c'est sur la question de savoir si le moyen le plus sûr de conserver ce (pji existe, de l'affermir, de le glorifier, c'est de se renfermer étroitement dans une stabilité oisive et stérile, ou d'en sortir prudemment pour entrer dans les voies d'une stabilité laborieuse et féconde.

On sait à laquelle des deux fractions du parti conservateur nous appartenons et avons toujours appartenu. En 1836, il y avait au sein de la majorité, qui s'appelait alors le parti de la résistance, quelques généreux dissidents qui appe-

laient de leurs vœux une amnistie ; nous étions avec eux contre le plus grand nombre. Seuls dans toute la presse, sous le ministère du 22 février et sous le ministère duGseptembre, nous insistions pour que le pouvoir s'élevât audessus des partis par ce grand acte qui a fait vi\Te le ministère du 15 avril, qui Ta illustré, et que M. le duc d'Orléans a caractérisé dans son testament comme l'histoire elle-même le jugera. Serons-nous moins heureux en 1846, après dix années (raffermissement du pouvoir et des institutions que nous ne le fûmes en 1837 ? Notre voix, qui, à cette époque, réussit à se faire entendre, sera-t-elle étouffée sous le bruit que font les écrivains qui représentent, dans le parti conservateur, Toplimisme et l'immobilité, qui nient le mouvement, qui nient le progrès?

a Leur intelligence, disent-ils, se refuse à comprendre le » progrès sans un but duquel on se rapproche, et la déca^ » dmce sans un but duquel on s'éloigne. »

Nous avons déjà fait justice de cette ïin de non-recevoir, dont les clercs ministériels ont tant abusé qu'il n'est plus permis de Tinvoquer quand on a le moindre respect de la cause que Ton défend.

a Toutes les politiques vous promettront le progrès, la » politique conservatrice seule vous le donnera, » a dit H. Guizot.

Ou le progrès est un mot vide de sens, et, dans ce caSt M. le ministre des affaires étrangères s'est raillé de la France, ou le progrès est un mot qui a une signitication, et alors, que signifie-t-il ?

Choisissez entre l'une et l'autre de ces deux alternatives, mais, afin que nous sachions comment vous comprend le progrès^ dites-nous donc quel est votre but ?

En avcz-vous un ? Est-ce un mystère ?

Expliquez-vous ; dussiez-vous nous répondre que l'immobilité n'a pas de but ; que l'avantage qu'elle possède, c*cst précisément de n'en avoir pas besoin, puisque, par cela seul qu'elle existe, elle est arrivée.

Quant à nous, qui pensons que l'immobilité prolongée

LE raOGRÈS. 155

étal la mort, que le mouvement c'est la vie, qu'il n'y a pas dde vie sans mouvement, nous allons vous dire quel est notra bmi^ afin que vous sachiez ce que nous appelons le pro^ gréi, et ce que nous appellerions la décadence.

Notre but : — c'esl la UIktIc s'arr^lanl là juste où commence la violence : cVst Pégalité s^inrôtant là juste où elle fui obstacle à Tessor de toutes les supériorités légitimes ; e''esi Téquité la plus stricte dans la répartition, entre tous, des fonctions publifiues et dos avantages sociaux dont le pouvoir est le dispensateur.

La liberté la plus grande avec le pouvoir le plus fort ; tels sont les termes du problème dont nous avons toujours poursuivi la solution, et que nous sommes moins disposés que Jamais à abandonner.

Si vous n'étendez pas les libertés en même temps que VOUS affermissez le pouvoir, la pente vous conduit à Parbi- Mire ; si vous ne fortifiez pas le iK)uvoir en même temps l|ae vous étendez les libertés, la pente vous conduit à Ta-

Fortifier le pouvoir d'une main, et de Paulre simultanément étendre les lilKTtés, voilà comment nous coniprenons le progrés.

Si vous ne trouvez pas que lo pouvoir soit assez fort, demandez-nous tout (*e qui devra ajouter à sa force et è son prestige, nous vous raccMirdcrons : mais, à notre tour, nous TOUS demanderons do ne pas persister dnns une immobilité perpendiculaire comme le pie au-d<'ssus de l'abîme.

Nous écrivons poin* un grand nombre de lecteurs dont BOUS tenons à être compris sans elfort. FtM'inettez-nous donc d'empnmter nos comparaisons et nos images à un ordre d'idées moins nébuleux que le votre.

Pendant longtemps toutes les routes se sont ouvertes dViprès ce princi|M» : trouver la distance la plus courte d'un point à un autre. AujounThui. l'exiMTienee et la science (»nt ajppris que ce qu'il fallait clitTclier |)our iM'oiioniiser la force et obtenir la vitesse, ce n était pas le parcours le moins long, c'étaient les (lentes les plus faibles.

C'est ainsi que nous comprenons la liberté et régalité,ces deux grandes routes de la civilisation moderne.

Ce que nous cherchons^ ce n'est pas la distance la moins longue, c'est la pente la plus insensible, celle qui fait arriver au but le plus vite et le plus sûrement.

C'est là ce qui nous dislingue de l'opposition.

L'opposition impatiente aspire après la liberté absolue ; confiants dans l'avenir, nous nous contentons de la liberté progressive, mais nous boulons la liberté et l'égalité aux mômes conditions que nous voulons l'ordre et la paix. La liberté et Tégalité sont notre but. Tout ce qui nous rapproche sans choc, sans danger, est pour nous le progrès; tout ce qui nous en éloignerait sans nécessité, sans équivalent, serait poumons la décadence.

Allongez le parcours autant qu'il le faudfa pour aplanir les pentes, mais ne restez pas désœuvrés et immobiles ; marchez, si vous voulez qu'on vous suive; marchez, si vous ne voulez pas qu'on vous devance.

Ce que nous venons de dire est-il assez clair?

Comme vous, nous pensons que « les hommes n'ont pas

besoin d'une révélation nouvelle ; o comme vous, nous sommes persuadés que « les conséquences des principes du « christianisme suffiront jusqu'à la consommation des sîë- « des à la bonne conduite des peuples. »

Mais vous vous abusez étrangement si vous croyez vous soustraire aux légitimes exigences de votre temps au moyen de phrases évasivcs telles que celles-ci : « Le but que nous ï> concevons aux sociétés nVst donc pas autre que celui » que le christianisme leur assigne, et la politique est pour » nous une science appliquant avec discernement et prét caution les vérités morales aux affaires humaines. »

On vous dira : Eh bien ! appliquez donc.

Quelle est la vérité morale (jui s'oppose à ce que la deuxième partie de la list^ du jury, qui devait former l'une des dispositions de la loi de 1831, y soit rétablie ? Quelle est la vérité morale (lui s'oppose à ce qu'il y ait dans la Charte un nombre moin? grand de fonctionnaires éloignés de leurs

fonctions et ne les remplissant pas? Quelle est la vérité morale qui s'oppose à ce que vous réduisiez un effectif militaire qui est un contresens politique et un obstacle financier à la réduction de Pimpôt du sel, à la péréquation de l'impôt foncier par voie de dégrèvement, à l'abolition des octrois, à l'adoption de la taxe à 20 centimes des lettres, à la suppression du timbre sur les imprimés, impôt illibéral qui ne se défend que par des raisons qui le condamnent, et à diverses autres mesures économiques non moins utiles ? Quelle est la véîité morale qui s'oppose à ce que vous n'abandonniez pas insoucieusement l'Algérie à (arbitraire, Ix Pineapacité et à toutes les surprises de l'avenir ? Quelle est la vérité morale qui s'oppose à ce que vous réduisiez l'intérêt de la rente 5 0/0 ? Quelle est la vérité morale qui s'oppose enfin à ce que vous fassiez les affaires humaines autrement qu'au jour le jour, sous le coup de la nécessité, et emportés par le flux ? Est-ce donc trop exiger que de se borner à demander :

La liberté et l'égalité progressives ;

La suppression de dépenses absurdes ou exagérées ;

La révision d'impôts nuisibles, injustes ou exorbitants;

La préférence donnée aux plus capables et aux plus intègres dans le choix des emplois ;

L'affermissement du pouvoir par ses œuvres encore plus que par les lois.

Si vous trouvez que ce soit excessif, dites-le; mais si vous ne trouvez pas que ce soit exagéré, faites-le; faitesle sans vous arrêter h la question de savoir comment ces mesures devront être qualifiées. Que ce ne soit pas du gouvernement, que ce ne soit que de l'administration, que ce ne soit pas du progrès tel que vous le comprenez, peu nous importe ; donnez-nous la chose, nous ne chicanerons pas sur le mot.

En résumé, qu'est-ce que nous demandons au ministère? Nous lui demandons ce qui aura pour but et pour effet de prolonger son existence, de la justifier, de l'honorer ; nous lui demandons de faire un pas, un seul pas en avant, qui

prouve qu'il n'est pas vrai que le parti conservaleursoitune abom^;» qui prouve, au contraire, que c'est un parti de gouvernement doué d'initiative en même temps que de prudence, comme, à une autre époque, le ministère du 15 avril 1837 sut glorifier la résistance par l'amnistie, rendre à la royauté sa plus belle prérogative et faire acte de force en même temps que de magnanimité.

^ 25 mars 1847.

Quel sera le langage, quelle sera la conduite, quel sera le vote des conservateurs progressistes, des conservateurs inir partiaux^ que la feuille ministérielle conspue tous les matins? C'est ce que l'on était impatient de connaître. Mais, au lieu de M. Blanqui, c'est M. Crémieux qui a ouvert la discussion. M. Crémieux est un avocat de beaucoup de talent incontestablement, mais il est à la tribune ce qu'il est au barreau : il plaide. C'est Tavocat d'une cause, ce n'en est pas le soldat. Sa parole n'engage pas la lutte, ne passionne pas rassemblée. Elle ne crée pas l'intérêt, elle le suspend. Aussi n'a-t-elle connnencé à s'animcrqu'après que MM. Crémieux et Pelta^au-Villeneuvc ont eu fait place à M. Odilon Barrot, dont le discours, nous devons le dire, a relevé la question, (jui s était abaissée et amoindrie dans les détails minutieux de la proposition de M. Duvergier de Hauranne. Qu*iinporte que le cens soit abaissé de quelques francs, le nombre des électeui^s des petits collèges accru, le nombre des députés des grandes villes augmenté, là n'est pas la question. On sait bien que la proposition ne sera pas prise en considération ; on .sjiit bien surtout que si, contre toute attente, cela arrivait, elle n'en serait pas beaucoup plus avancée, car elle aurait encore deux redoutables épreuves à subir, celle de la commission et celle du scrutin, deux épreuves où il est certain (ju elle succomberait.

Où est l'intérêt de ce débat ? Nous allons le dire. Il est dans la question de savoir si les élections générales qui ont

ea lieu n'ont apporté aucun changement dans l'esprit du cabinet et dans Tesprit de la majorité ; il est dans la question de savoir si le Journal des Débats a été au-dessus ou au-dessous de la vérité, quand il a évalué dédaigneusecbent à a une vingtaine de membres les conservateurs prétendus » qui ne se placent dans les 7'angs de la majêiHtéque pour la » livrer à Vennemi; » il est dans la question de savoir si le Journal des Débats a eu raison de les railler ou a eu tort de les flétrir; il est dans la question de savoir s'ils seront fidèles aux sentiments qu'ils ont exprimés dans leurs professions de foi, s'ils auront jusqu'au bout la fermeté de leurs convictions dans le cas où le cabinet persisterait à se renfermer dans la réserve qui vaut ce matin à M. le ministre de l'intérieur les félicitations les plus enthousiastes du Journal des Débats.

U est impossible que M. Guizot ait complètement oublié l'engagement solennel qu'il a pris, Ieâldoûtl846, au banquet de Lisieux.

Il faut que M. Guizot renie ses paroles ou qu'il les explique.

Il les expliquera, nous n'en douions pas.

M. Duchâtel a parlé du « progrès faux et du progrès vrai, » Nous admettons la distinction. Comme lui et avec lui, nous sommes contre le « progrès faux^y> contre les réformes prématurées et subversives ; mais nous sommes fque ne pouvonsnous ajouter comme lui et avec lui I) pour le a progrès vrai^^ c'est-à-dire pour les réformes successives qui vont au devant des concessions tardives. Toute concession tardive est funeste, car ce n'est plus de la prudence, c'est de la faiblesse ; or, jamais la faiblesse n'a conjuré aucun danger; loin de là, elle Ta toujours aggravé. C'est le péril, plus l'humiliation.

Mais, par ces mots de progrès vrai, que faut-il entendre? Quels sont les actes du ministère de sept ans, dont M. Duchâtel fait partie, qui puissent sei*vir h les expliquer et h les justifier? Quelle réforme le ministère a-t-il opérée ? Quel abus a-l-il détruit ? Quelle économie a-t-il apportée dans

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nos finances? De quel impôt a-t-il su alléger le poids sans en aiïaiblir le produit ? De quelles améliorations nos lois ou nos mœurs lui sont-elles redevables ?

Certes, M. Duehàtel n'a pas prononcé au hasard les mots de progrès vrai. Qu'on lui en demande le sens, il le donnera ; c'est une question que les conservateurs progressistes ne sauraient se dispenser de poser nettement demain au ministère avant le vote.

S'il est vrai, ce que nous nions, que la situation de nos finances soit telle qu'elle ne permette d'entreprendre aucune de ces réfornu»s fiscales tant de fois ajournées, ni la réforme postale, ni la réduction de l'impôtdu sel, ni la suppression du timbre sur les imprimés, n'est-ce pas le moment ou jamais, non, on ne le demande point au ministère, de faire aujourd'hui même à la loi de 1831 la très modeste addition qu'elle réclame, mais du moins de promettre solennellement qu'avant la fin de la législature le gouvernement en aura pris l'initiative ?

Sans doute, ce serait peu de chose, car ce ne serait après tout que ce qu'avait proposé en 1831 M. le comte de Montalivet, alors ministre de l'intérieur, mais ce serait un pas de fait dans la voie de cette « politique ferme et sage » que M. Guizot a si bien caractérisée, et de laquelle nous persistons à penser qu'il ne voudra pas s'écarter.

Ce ne serait pas une concession que le ministre ferait à M. Duvergier de Hauranne et à l'opposition, ce serait une satisfaction qu'il donnerait à la raison publique qui la ré« clame ; se serait une satisfaction qu'il donnerait à des coD-> servateurs fermes et sincères, bien que progressistes 6l impartiaux^ dont il serait profondément impolitique de ne pas prendre en considération les engagements, les scnipulei ou les tendances.

26 mars 1847.

La tribune, aujourd'hui, n*a porté bonheur h personne;

c'est qu'aussi personne n'était dans le vrai, et ne pouvait y être. On ne crée pas arbitrairement des questions de cabinet ; les (jueslions de cabinet se posent naturellement et ne s'imposent pas tyranniquement. Le vote de l'adresse, le vole des fonds secrets, sont des questions de cabinet, parce que ce sont des questions de confiance, non des questions de contrainte. Lorsqu'un ministère sur des lois d'affaires a subi plusieurs échecs successifs qui l'ont affaibli, et qui peuvent faire croire qu'il n'exerce plus sur la majorité l'ascendant nécessaire pour la diriger et la conduire, on comprend parfaitement qu'il élève une de ces lois è la hauteur d'une question de confiance. Ce qu'il ne ferait pas, la force des choses le ferait d'elle-même. Mais ce qu'on ne comprend pas, ce qu'on ne saurait comprendre, c'est qu'au début d'une législature, le lendemain du vote de l'adresse, un ministre fasse, non pas du vote d'une proposition, mais de la prise en considération, une question, de cabinet. Qu'est-ce donc que la prise en considération d'une proposition? C'en est purement et simplement le renvoi à une commission, laquelle est chargée de l'étudier et a tout pouvoir de l'amender, de l'ajourner, même de la rejeter, commission, notez bien cela, nommée par la majorité. Poser une question de cabinet sur la prise en considération d'une proposition législative émanée de l'initiative individuelle, c'est donc évidemment, sinon commettre un non-sens parlementaire, exercer une contrainte nîorale ; c'est placer abusivement la majorité dans Tétroitealternative ou de renverser le cabinet qu'elle appuyait, ou de se dépouiller elle-même de ses propres mains de son droit d'examen et d'amendement. Une question mal posée est une question qu'on peut redresser, mais que l'on ne peut pas résoudre. Ainsi s'explique comment M. Blanqui, qui a la parole alerte, limpide, facile, n'a fait qu'un discours embarrassé. 11 voulait aiguillonner le cabinet, le forcer à marcher en avant, mais il ne voulait pas le renverser. Que faire? Voter la prise en considération? si elle était admise, c'était la chute du ministère, et c'est ce que ne voulait pas M. Blanqui. Repousser la prise en consi-

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