‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 19 sur 96 · RIEN ! RIEN ! RIEN · texte numérisé non relu

RIEN ! RIEN ! RIEN

II ne clépomlra pas de nous cpiVIlos n'y donieuront que peu (le temps !

Le jour où le miiu'stère voudra qu'elles soient effacées, il n'aura qu'à rétracter le démenli qu'il a donné aux déclaralions de Lisieux ; il n'aura qu'à se dépouiller de cet optimisme qui le conduit à sa perle, et qui nous menace des plus difficiles épreuves; il n'aura ([u'à^s'airranchir du joug sous lequel le tiennent immobile et courbé les quarante ou cinquante conservateurs-ultra qui ont mis leur point d'honneur à tenir en échec les quarante ou cinquante conservateurs qui, pressentant la réaction, la voudraient prévenir par le progiès.

Quand la pente est savamment graduée, il n'est pas de sommet d'où l'on ne puisse descendre sans danger, ou que l'on ne puisse gravir sans diflicullé.

Il y a des conservateurs (pii ne voient pas le danger dans la chute, mais qui le voient dans la pente; il y a des conservateurs qui ne le voient pas dans la pente, mais qui le voient dans la chute.

Lesquels ont raison ?

Sous la Restauration aussi, il y avait deux catégories de conservateurs; ceux qui passaient pour les plus prudents, les plus dévoués, les plus fermes, étaient ceux qui ne voulaient à aucun prix de M. Casimir Périer; ceux qui passaient pour téméraires, suspects, faibles, étaient ceux qui voyaient un péril dans le choix de M. de Polignac,

Lesquels ont eu tort ?

Il faut n'avoir pas d'yeux pour ne pas voir que nous sommes à la merci d'un événement, moins que cela, d'un vote.

Un vote peut renverser le cabinet, une question peut le diviser, un événement peut le dissoudre.

Or, plus le cabinet renversé se sera montré opposée tout progrès judicieux, à toute exigence légitime, h toute réforme salutaire, et moins la couronne conservera de latitude dans le choix de ses nouveaux eonseillei^s.

D^un excès, il est à craindre qu^on ne tombe dans un autre.

Parce que, pendant Irop longtemps, on n'aura obstinément voulu toucher à rien, on voudra ensuite inconsidérément louchera tout.

Tant mieux, s'écrient les janissaires du cabinet, caraloi*s, si nous sommes tombés par l'excès de Pimmobilité, l'excès contraire nous relèvera. C'est le jeu des majorités. Ce serait • bien, messieurs, si, à ce jeu-là, on ne perdait pas les trônes et Ton ne risquait pas sa télé.

Ce sera réternelle gloire de sir Robert Peel d'avoir compris (ju'il y avait pour son parti, et pour son pays, une politique plus intelligente que celle qui consistait à opposer alternativement les tories aux wighs, à les condamner, ceuxci aussi bien que ceux-là, ceux-là aussi bien que ceux-ci, à Tœuvre machinale de tourner à perpétuité en sens contraire.

« Que fait-on? qxCa-t-on fait? que veut-on faire? Hien; TSi toujours rien, rien sous toutes les formes ! ^^ Ces paroles ne sont pas de nous ; elles sont d'un membre de la majorité qui ne s'est pas séparé du cabinet sur le vote auquel la proposition de M. Duvergier de Hauranne a donné lieu; qui s'est levé avec les ministres contre la prise en considération de la proposition de M. de Rémusat ; qui, hier encore, a voté les fonds secrets ; elles sont de M. Desmousseaux de Givré ; c'est assez dire que, si elles sont franches, elles ne sont pas suspectes, et moins elles sont suspectes, plus elles sont graves.

Le ministère a dû courber la léle et garder le silence.

Que pouvait-il répondre?

Depuis sept ans qu'il existe, de quelle amélioration a-l-il pris riiiiliativeV A quelle réforme a-t-il attaché son nom? Quel abus a-t-il supprimé, seulement réprimé? Quel problème a-t-il résolu ? Quelle institution a-t-il fondée ? Quelle autorité a-t-il ajoutée au pouvoir ; quel prestige, quelle force lui a-t-il donnés ?

11 existe depuis sept années, et la plus simple des mesu-

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rcs, la conversion des rentes, sans cesse promise et sans cesse ajournée, est aujourd'hui plus éloignée qu'en 1835, il y a douze ans, sous la présidence de M. le duc de Broglie I

Il existe depuis sept années, et, lorsque l'occupation armée de l'Algérie peut mettre en péril l'indépendance nationale, nous en sommes, en fait de colonisation, après avoir dépensé plus d'un milliard, enlevé à notre population sa fleur, ses hommes d'élite, les plus sains, les plus robustes, pour les envoyer dévorer en Afrique par la fièvre et la nostalgie ; nous en sommes.... où cela ? A discuter le projet de loi sur les camps agricoles I

Il existe depuis sept années, et depuis sept années, en temps de paix, le budget de la guerre n'a pas cessé de s'accroître ; il dépasse un million par jour : trois cent soixantecinq millions par an I

Il existe depuis sept années, et pas une session ne s'est signalée par une de ces mesures habiles qui savent alléger le poids qui pèse sur les contribuables sans diminuer le revenu public. Vingt départemens souffrent de l'inégale répartition de l'impôt et attendent impatiemment la péréquation qui leur est promise tous les ans par voie de dégrèvement. La loi sur le cadastre est encore à présenter ! La loi sur les pensions, mal conçue, est tombée de rapport en rapport. La loi sur les sucres est à refaire. La réduction du prix du sel n'aura pas lieu. La loi sur la liberté de l'enseignement n'est toujours qu'une promesse de la Charte. La réforme postale est menacée d'avoir le sort de la réforme électorale; le ministère, qui la trouvait inopportune en 1841, en 1842, en 1843, en 1844, en 1845, va la trouver bien plus inopportune encore en 1847. 11 n'y avait qu'une loi qui pût assurer l'exécution des chemins de fer : c'était celle qui eût adjugé les travaux h l'Industrie et réservé l'exploitation à l'Etat. Or, celte loi, c'est précisément la seule dont on se soit gardé. On est tombé dans tous les syslè/nes les plus faux, les plus compliqués, les plus contradictoires. Tantôt on les a amalgamés tous entre eux, et tantôt on les a opposés les uns aux autres. C'est le chaos ! C'estla tour de Babel 1 Aussi,

aujourd'hui, no sail-on C(»mni(»iU s'en tirer ot venir en aide aux conipaj^nies dont les aclioniiaires se refusent (IVfFcetuer les versements e\i{^'il)les; on n'ose pas les eonfisquer. On ne; sait (pie faire. On attend que le mal s'aggrave assez pour n'avoir plus a se donner la peine d'y ehereher un reuïède efticace. Où l'immohilité règne, rajournemenl gouverne.

Qu'un événement éclate en Kurope, et la Franee encore une fois sera prise au dépourvu ; la pénible épreuve p«ir la- (pjelle elle a passé en 1850, trop lût oubliée, ne lui aura rien appris ! Qu'avez-v(»us fait pour vous assurer des alliances moins précaires? h quoi vous servirait votre armée toute seule à lutter contre toutes les armées du continent? A quoi vous servirait votre marin** isolée aux prises avec la marine britannique? Telle est votre eoniiance dans la Providence, (|ue, de peur de l'insulter sans doute, vous ne prenez pas même la peine ch» xous, poser ces (piestions. C'est bon d'avoir foi dans les dt^stinées de la France; mais encore, pour que le ciel vous ai(l(», faut-il s'aider soi-ménje.*Or, encore une fois, qu'avcz-vous fjîil ?

Uien ! rien! rien !... Craignez cpie ces mots d'un de vos amis les plus fervents, I(»s ])lus dévoues, après nous avoir servi (Pépigraphe, ne se changent bientôt en épitaphe sur votre tombe.

La France si* lasse de votre» innn,)bilité,et la majorité sVn in(|uiète.

(^est vainement que vt)us tenteriez désormais de leur faire prenche le change en donnant à votre immobilité le nom de stabilité.

f.a stabilité est fécondi» :

ï/immobilité est stérile.

La preuNc (jue vos sept années de durée n'ont été que riuunobililé. c'est (pTclles n'ont pas fait éelore un seul germe, ni nulrir un^^eul h'uit.

Si c'eût été de la stabilité, lïous nVussions pas vu, sous un ministère de sept ans, (Ws membres de la majorité exprimer à la tribune des craintes sur le payement du semestre,

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