RIEN ! RIEN ! RIEN I
comme aux mauvais jours de 1831 ; nous n'eussions pas vu la Banque de France acheter à Londres des lingots à terme et vendre ses rentes à l'empereur Nicolas, de peur d'exercer sur les cours de Paris une trop forte dépression ; nous ne verrions pas les ministres se faire de la gravité de la situation un motif ou un prétexte pour s'opposer à tout et n'entreprendre « rien^ rien^ rien. »
Ce ne sera pas en vainque ces mots auront été prononcés à la tribune ; ce ne sera pas en vain qu'ils auront pris ici la place ^aissée vide par les paroles de Lisieux. Déjà le déclin de l'immobilité a commencé. Il faut, ou que le ministère se relève, ou qu'il se retire ; fidèles à notre politique, qui ne s'est jamais démentie, nous ne souhaitons pas qu'il se retire ; nous souhaitons qu'il se relève et qu'enfin il comprenne que, par la ra.ison qu'il n'y a pas d'immobilité sans réaction, il n'y a pas de stabilité sans progrès.
Le National a raison ; on ne crée pas un parti avec des épigraphes ; aussi n'avons-nous pas la prétention d'en créer un. Nous voudrions seulement que la majorité répondît à l'attente du pays, et, dans ce désir, nous avons pris acte, d'abord avec confiance, d'un engagement solennel, ensuite avec regret, d'un aveu accal)lant. Ajoutons que ces trois mots prononcés à la tribune mRien^ n'en, ne?!,» par un des membres de la m.njorilé les plus fermes, dont le vole, en aucune circonstance, n'a jamais fait défaut au cabinet, sont moins une épigraphe qu'une sentence, non dans ce sens qu'ils sont une maxime, mais dans ce sens qu'ils sont une condamnation de l'inertie ministérielle.
De deux choses l'une :
Ou le cabinet du 'i9 octobre reconnaîtra la nécessité de se relever aux yeux de la majorité humiliée de son impuisance, ou il persistera dans la funeste habitude qu'il a contractée de tout ajourner, de ne rien résoudre, de ne rien prévoir, de ne rien étudier, de ne rien préparer; s'il sort de
cette immobilité, qui ôte au pouvoir tout empire, tout près* tige, nous aurons atteint notre but, nous aurons sauvé la majorité de la déconsidération dont elle commence déjà à s'apercevoir qu'elle est menacée; si, au contraire, le ministère dédaigne Tes avertissements qui lui ont été donnés, non seulement dans ce journal, mais à la tribune, il en montrera la justesse, il en justifiera la sévérité si bien que l'isolement ne tardera pas à se faire autour de lui, car il est des vérités dont le rapide courant a bientôt vaincu les forces qui s'obstinent h le remonter.
Changer les choses sans changer les hommes, telle a été pendant toute la durée de la dernière législature notre règle de conduite ; et s'il nous faut l'abandonner, cène sera qu'après avoir vainement mis tout en œuvre, infructueusement tout essayé. C'est un témoignage que nous tenons à pouvoir nous rendre h nous-mêmes.
On changerait les hommes qu'on ne changerait pas les choses, dit le National, Cela peut être, et nous sommes loin d'avoir là-dessus une conviction qui nous permette de contredire la sienne. Mais où nous différons d'opinion avec le National^ c'est qu'il semble faire remonter jusqu'à la personne du roi la cause de cette immobilité ciésespéranle qui trahit une impuissance manifeste. La main sur la cotis^ cience, nous croyons que si, en changeant les hommes, les choses ne changeaient pas, il serait juste de ne s'en prendre qu a la stérilité du pays, et non pas à la résistance de la couronne.
Ceux qui rendent ainsi le roi responsable de la conduite de ses ministres méconnaissent la vérité encore plus que la Constitution qui règle les formes de notre gouvemenoent. D'abord, le roi a intérêt à choisir les ministres les plus capables ; ensuite, il ne peut les choisir (pie dans l'étendue du cercle que lui trace la majorité. Où sont donc, dans l'élenduede ce cercle, les hommes supérieurs que le roi ait laissés h I'éc4irt? Si \o National peut en citer un seul, qu'il le nomme, et nous passerons condanmation sur tout ce que nous vt»nons de dire. \/*\ couronne, en appelant suci*essive-