RIEN! RIEN! RIEN
ment dans ses conseils M. Laffitle et M. Périer, M. le comte Mole et M. le duc de Broglie, M. Thiers et M. Guizot, a fait tout ce qu'elle devait, tout ce qu'elle pouvait faire. Elle a épuisé son droit, accompli son devoir, déchargé sa responsabilité. On ne pouvait rien lui demander de plus, car tout ce qu'on pouvait lui demander, (Jle l'a fait.
Mettre ainsi à tort, sur le compte de la résistance royale, rincapacité ministérielle, c'est se faire à la fois le compère et le complice de plus d'un ministre qui ne demandent pas mieux que de laisser croire que, s'ils ne font rien, c'est qu'une auguste volonté les paralyse^ S'ils ne font rien, qu'on le sache bien, la faute en esta eux seuls; c'estqu'ils manquent d'initiative et de fermeté ; c'est qu'ils n'ont pas la fécondité d'esprit qui conçoit, la vigueur de caractère qui triomphe des difficultés d'exécution ; c'est que le travail est un poids qui les écrase et les condame h l'impuissance parce qu'ils ne savent pas le diviser.
Ah ! si nous avions été certains qu'en changeant les hommes les choses changeassent, s'améliorassent, il y a longtemps que nous fussions pTissé du côté des hommes qui nous eussent donné cette certitude, siégeassent-ils sur les bancs de l'opposition ; mais le doute à cet égard est justement ce qui nous a toujours retenu dans les rangs du parti conservateur. On ne désespère pas facilement de deux hommes aussi heureusement doués que MM. Guizot et Duchâtel ! Certes, ce n'est ni le talent ni le savoir qui leur manquent. Que leur manque-t-il donc? Ce que nous cherchons à leur donner en les aiguillonnant : ce feu sacré qui purifie tout, cet amour du pays sans lequel on ne fait rien de grand, on ne fonde rien do durable.
LA BÉVOLUTION PRÉVUE.
9 mai 1847.
Le Journal des Débats rompt le silence pour dire : a Nous x> ne répondrons pas en ce moment aux attaques outra- » géantes et insensées que de prétendus conservateurs di- » rigent contre le ministère, qui a défendu depuis sept » ans, avec tant de courage et de GRANDEUR, la politique » conservatrice ! »
Son article, tout entier à notre adresse, se termine par ces mots : a Qu'ils aillent dans Popposition 1 Nous ne leur » reprocherons qu'une chose, c'est d'y aller trop tard. Ils » auraient dû s'apercevoir plus tôt qu'il y a et qu'il y aura » toujoui-s un abîme entre le parti faiseur et le parti con^ » servateur. »
Voilà ce que le Journal des Débats appelle ne pas répondre à nos attaques! S'il avait voulu y répondre, qu'aurait-il donc pu ajouter de plus net, de plus énergique, de plus dédaigneux, qui dise plus de choses en moins de mots?
Nous traiter avec celte dureté, en vérité, de la part dq Journal d'fs Débats, qui nous djit la magnifique positioa que nous lui avons faite, c'est manquer de reconnaissance, c'est nous traiter aussi rigoureusement qu'il traitait M.Guizot quand il lui disait, à Pépoque de la coalition : t Vous
B aurez peut-être encore notre concours, mais vous n'aurez > plus notre estime ! »
Trois journaux donnaient, à difTércnts degrés, leur concours au ministère : l'un, le Globe-Époque, a été enseveli à nos frais; l'autre, la Presse, depuis la séance du 26 mars 1847, dans laquelle M. Guizot a rétracté à la tribune son discours de Lisieux du 2 août 1846, s'est retiré sous sa lente ; le Journal des Débats, demeuré seul, est donc aujourd'hui on possession d'un véritable monopole. Nous lui avons cédé tout entier l'empire que nous partagions ^vec lui. GrAcc à nous, il règne et gouverne maintenant tout seul ; ce n'est pas bien de nous savoir si peu de gré d'une abnégation dont il a profité. A la vérité, il est des circonstances où la sécheresse des sentiments s'explique par Pardeur dos convictions. Soit! Nous le comprenons si bien que nous ne lui en garderons aucune rancune.
Le temps nous manque aujourd'hui pour disserter longuement sur les vrais et les prétendus conservateurs. Nous n'eu dirons donc que quelques mots.
Les prétendus conservateurs sont ceux qui sacrifieraient un gouvernement pour sauver un cabinet ; les vrais conservateurs sont ceux qui n'hésitent pas à sacrifier un cabinet pour sauver un gouvernement.
A laquelle de ces deux catégories de conservateurs appartient le Journal des Débats ? Est-ce à la première, estce à la seconde ? Nous nous bornons à poser la question. La décider pour le Journal des Débats, ce sera la décider pour la Presse.
Voilà dix ans que nous défondons pied à pied ce que nous croyons être les vrais principes de gouvernement; nous les avons défendus contre MM. Guizot ctDuchâtel eux-mêmes, alors qu'ils les attaquaient avec passion, à la suite, non pas seulement de M. Thiers, mais encore de MM. Odilon Barrot et Berryer. Nous ne sommes donc pas suspects; mais c'est précisément parce que nous avons donné de la sincérité de nos opinions aulant et pout-élro plus de preuves que qui que ce soit, que nous nous croyons le droit de nous expri-
mer en toute franchise. Que l'ordre ou la paix suit menacé, et l'ordre et la paix seront toujours assurés de nous trouver de leur côté, ainsi que nous l'avons prouvé, en 1840, en résistant dans des circonstances où le Journal des Débats lâchait pied. Aux jours de lutte et de péril, le gouvernement peut compter que nous serons les premiers au feu, les derniers à la retraite. Mais n'v a-t-il donc de dévoûments sincères et efficaces que les dévoûments aveugles? Ne peuton défendre une politique sans la défendre avec des illusions, des exagérations et une emphase qui donneraient l'envie de tomber dans l'excès contraire ?
Oui, sans doute, la politique qui a maintenu l'ordre et la paix, depuis 1830, a rendu de réels services au pays ; mais il n'en faut pas à tout propos et hors de propos exalter démesurément la « GRANDEUR, » car c'est vous exposer à ce qu'on vous demande en (juoi donc consiste cette grandeur, en quels actes se résume-t-clle. qu'a-t-elle produit? Nous connaissons votre réponse, car elle est stéréotypée ; la voici : 0 Vous nous demandez ce (pie la politique de conser\'ation » a produit? Nous répondons : Elle a produit l'ordre et la » paix. » Soit; mais veuillez donc compléter votre réponse, et nous dire ce qu'ont produit Poi'dre et la paix ?
L'ordre? — Un budget des dépenses toujours croissant et qui déjà dépasse (luinze cent millions.
La paix ? — Une armée qui nous ruine, qui éloigne de nous nos alliés naturels, et s'oppose à ce que nous ayons une marine puissante qui attirerait et rallierait étroitement h nous le conlincnt, dont rAnglcterre est forcément Pennemie.
De cela, vous pouvez être satisfaits et fiers, et trouverque c'est assez; nous sommes, nous, plus exigeants et moins humbles; nous croyons (pje dix-sept ans d'ordre et de paix auraient pu et dû produire d'autres fruits.
Que disons-nous, dix-sept ans d'ordre et de paix? c'est trente-deux ans de paix et d'ordre que nous devrions dire!
Si des hommes tels que Louis XIV, Napoléon, Sully, Col-
bert, Turgot avaient eu ainsi quinze années de paix et d'ordre, que n'eussent-ils pas entrepris, que n'eussent-ils pas fait, quel éclat n'eussenl-ils pas jeté sur cette période de temps ?
En vérité, en vérité, dans l'intérêt de la politique de conservation, que nous continuerons de défendre tout en attaquant le ministère qui la compromet, abstenez-vous d'en célébrer la grandeur!
Des églises délabrées;
Des écoles communales sans air et sans clarté ;
Des instituteurs primaires recevant 200 fr.par an de traitement ;
De vastes et profondes ornières pompeusement décorées du nom de chemins vicinaux ;
Des routes départementales dont nos enfants ne verront pas l'achèvement ;
Des tronçons de chemins de fer ;
Des canaux sans liens entre eux, dont le commerce ne peut pas se servir ;
Des poii-s maritimes en mauvais état;
Des chantiers sans approvisionnements ;
Des arî>enaux remplis de fusils et de munitions qui semblent n'avoir été fabriqués que pour attester la supériorité sur nous de rAngleterrc ;
Des fortifications sans rapport avec la constitution de nos années ;
Des colonies en décadence ;
Des razzias et dei bulletins en Algérie ;
Des sinécures sans nombre, en môme temps qu'une infinité d'emplois mal rétribués;
Des dépenses utiles que vous ne pouvez pas faire, d'inutiles dépenses que vous n'osez pas supprimer ;
Des hommes sans idées dans toutes les positions où il faudrait des hommes d'initiative ;
Des impôts excessifs et que vous ne pDUvez réduire, des impôts inégaux que vous ne pouvez niveler ;
Des abus partout;
Des administrations où la médiucrilé cl le mauvais vouloir régnent souverainement, où rémulatioQ el io zèle sont systématiquement étouffés;
Des discours, beaucoup de discours, et point d'actes ;
Des traités que Ton conclut et qu'on ne peut ratifier;
Des expéditions dont il faut payer la gloire ;
Des mariages dont on dit avec orgueil que « c'est V unique » grande chose que la France ait faite à elle seule depuis » dijc-sept ans, » et dont le résultat est de vous faire monter sur un sommet pour vous faire tomber plus bas et rendre la chute plus dangereuse :
Ce sont là des faits qu'on ne peut nier. Sont-ce donc lè des résultats dont on ait le droit d'être si lier en regardant son pays, ce pays qui, si on le voulait bien, pourrait ôtre si riche, si puissant, si glorieux, et servir d'exemple à tous les peuples comme à tous les gouvecnéments?
Oui, vous avez raison; il y a un abîme entre le par/i conservateur et \c parti faiseur ; un abîme profond. Malheur à vous conune à nous, si on ne le remplit pas, car au fond de cet abîme il y a une révolution terrible.
Le parti faiseur veut la prévenir;
Le parti conservateur préfère, laltendrc.
Vaut-il mieux l'attendre, vaut-il mieux la prévenir?
Toute la question est là.
17 mai lft47.
Il faut être juste, le Journal des Débats n^a pas toujours été d'avis que le moins que faisait un cabinet c'était le mieux; il ne peut que nous savoir gré de rappeler ce qu'il écrivait en 18i9 :
a Le ministère du 8 août, on le cherche, on ne letrotive » plus; il a disparu, il s'est affaissé sous sa propre faiblesse.
» Le ministère se repose. Il fait une ordonnance sur les » bouchers, une aut^e sur V Académie de médecine, une autre » sur l'habit vert-ponune des jeunes pairs ; il médite un ré-
^ glement pour les élèves diplomates, et attend que Dieu » change les cœurs. Pour comble de ridicule, il essaie d'éri-
> ger ses incertitudes et ses faiblesses en système, le sys- » téme de Vinaction^ bien imaginé vraiment sous un régime » aussi laborieux que le régime représentatif.
» Le ministère, ne pouvant ni avancer ni reculer, con-
> Iraint de rester sans mouvement, s'est affaissé de douleur » et de lassitude, comme ces factionnaires qui succombent » à une immobilité prolongée.
• Qu'aperçoit-on dans les hautes régions administrati^ves ? » Rien, absolument rien. Le rien que le ministère vantait de » mettre dans sa conduite est passé dans son personnel.
» Le cabinet reste tel qu'il était quant aux opinions et aux » projets; il est plus faible seulement. »
En vérité, ne dirait-on pas que ces lignes, imprimées il y a dix-huit ans, ont été écrites ce malin ? 11 n'y a qu'une date à changer ; au lieu de 8 août 1829, il n'y a qu'à mettre 17 mai 1847. Le langage que tenait en 1829 le Journal des Débats est mot pour mot le même langage que la Presse tient en 1847. Lorsqu'on songe que le cabinet du 8 août 1829 est celui dont la responsabilité ministérielle n'a pas suffi pour couvrir l'inviolabilité royale, ce rapprochement si frappant fait faire les réflexions les plus graves.
30 juin 1847.
Pourquoi le tairions-nous? — Le sentiment que nous éprouvons est celui d'un découragement profond. Et comment n'éprouverions-nous pas ce sentiment? Voilà douze ans que nous nous consumons en inutiles efforts dans le désir de tirer le pays de l'ornière où il souffre de rester 1 Voilà douze ans que nous marchons armés d'un aiguillon à la suite du pouvoir, essayant de vaincre son opiniâtre immobilité et de ie pousser, si lentement qu'il veuille marcher, jusqu'au fond du sillon. Triste labeur I Vaine espérance! Dix ans se sont écoulés depuis la retraite du 6 septembre