‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 24 sur 96 · ARTICLE DU JOURNAL DES DEBATS · texte numérisé non relu

ARTICLE DU JOURNAL DES DEBATS

5 mars 1830.

« Ce que nous avions prévu, ce que tout le monde aurait dû prévoir, Mt arrivé : les dernièrus phrases du discours de la couronne ont produit un sentiment général d'inquiétude et de douleur. Cbncun s'est demandé avec anxiété à qui elles s'adressaient. Y a-t-il des conspirateurs? Mais alors pourquoi no pas les désigner plus clairement? Pourquoi ne pas les montrer au doigt ? Les droits du roi sont-ils attaqués? Mais quels sont donc ceux de ses droits qu'on attaque? Sorait-ce le droit de nommer les ministres? Non. Vingt fois on l'a répété, il ne s'agit pas de limiter ce droit, mais d'établir comment les nécessités politiques de notre gouvernement veulent qu'il soit exercé. Pour trouver l'explication de ces fatales paroles, faudrait- il donc remonter jusqu'à la Chambre elle-même? Le ministère

(1) Ce mot: obstaclei, ainsi que celui ci : êurmouter^ «e trouvent également dans le dernier paragraphe dn discours d'ouverture de la session de \Hi8,

aurait-il voulu essayer sur la majorité TefTot des menaces? Quelle imprudence, si le ministère comj>tc s'arrôter aux paroles! Quel présage de malheur, s'il prt^tcnd aller plus loin et passer des paroles aux actions !

» Giose vraiment étrange! Certes, si l'on doit s^attendro à trouver quelque part de la clarté, c'est surtout dans le discours de la couronne, c'est surtout lorsque ce discours dénonce des manœuvres coupables et semble indiquer que les droits de la royauté sont en péril. Plus que jamais, il était nécessaire, cette année, que le ministère s'expliquât clairement. La gravité des circonstances lui on faisait un devoir. Kh bien ! le ministère a trouvé le moyen d'ôtre tout juste assez clair pour soulever mille alarmes vagues, mille craintes à la fois, pour tout/alre appréhender, par cela même qu*il menace et ne précise rien.

» Si c'est là TefTet que le ministère voulait produire, il a réussi an-delà de toute e-pjrance. »

Le 9 août 1830, cinq mois après, une dynastie nouvelle avait succédé à la dynastie ancienne, une nouvelle charte, la charte de 1830, avait remplacé l'ancienne charte, la charte de 1815.

9 février 1843.

Nous empruntons au Journal des Débats le discours suivant, prononcé, le 16 mars 1830. par M. Guizut, dafts le comité secret pour la discussion de l'adresse :

0 On a beaucoup parlé de l'état d'inquiétude et de trouble où ravénoment du ministère a jeté la France ; les ministres s'en sont défendus en disant tantôt que ce trouble n'était point naturel ni général, qu'an fond le pays était tranquille ; tantôt que si le ni ni exi:>tait, on ne pouvait le leur imputer, car ils n'avaient rien fait ; et on alléguait, on ne pouvait alléguer contre eux aucune série d'actes, aucun acte qui pût raisonnablement dtre considéré comme la cause d'une toile agitation.

» Je n'ai rien à dire, mcssicur.*, contre l'inaction en général : elle peut Htù un utile moyen de gouvernonn'nt ; lu tcmp^ seul dissipe bien des pr^ ventîons, surmonte bien des obstacles ; et je comprends que souvent le pouvoir demeure immobile et s'en remette au temps du soin de guérir certains maux de l'état social.

)i Mais, messieurs, le temps n'a pas manqué au ministère; îl existe depuis plus de sept mois ; que nous a valu son inaction? Les esprits se sontils cnlmésV les pré\entions se sont-ello-^ évanouies? sommes-uous hors de la crise où son avénenu-nt nous a% ait plongés ^

0 Evidemment non. L'anxiété publique, au coutrairc, a toi:goan Hà

LA RÉVOLUTION PREVUE. 217

croÎ8i»ant : aujourd'hui encore, la crise continue et s'aggrave ; le ministère pent parler de son inaction, mais il n'a aucun bon résultat à en produire ; elle n'a point suffi à guérir le mal que nous fuit son existence.

» C'est que ce mal, je le crains, messieurs, est plus profond, plus général que ne le supposent ceux-là même qui y croient. Ce n'est pas dans les esprits seulement que le trouble a été porté ; la sécurité publique n'a pas été seule h souffrir de l'influence du ministère : ailleurs aussi elle a jeté la plus déplorable perturbation.

9 Le pouvoir s'est-il affermi depuis sept mois ? a-t-îl été exercé énergiquement, activement, avec confiance et efficacité?

» Je ne le pense pas.

» Et ne croyez pas, messieurs, qu'en adressant au ministère cette question, je veuille lui demander s'il a exercé le pouvoir à l'exemple de ces gouvernements infatigables, insatiables, dont la dévorante activité a longtemps pesé sur la France. Une telle activité n'est point nécessaire pour que le pouvoir se déploie et s'affermisse ; il ne perd rien à savoir se reposer, laisser la société à elle-même, et ne paraître agir que lorsqu'on a vraiment besoin de lui. Cependant, pour se fortifier, pour se maintenir seulement, il faut qu'il agisse ; l'exercice lui est salutaire ; pour qu'on croie en lui, il faut qu'il sache faire sentir sa présence, même quand il n'use pas de sa force. Il faut surtout qu'il n'ait pas l'air embarrassé, incertain ; qu'il se confie en lui-même, n'élude point les occasions d'agir, et se montre toujours prêt. A ces conditions, mais à celles-là seulement, le pouvoir se relève et s'affermit.

» Ces conditions, messieurs, le ministère ne les a pas remplies. Jamais, à mon avis, le pouvoir ne s'est montré plus faible, plus chancelant, plus empressé de reculer devant les difficultés, plus agité de doutes sur luimême, sur ses moyens, sur son avenir... Interrogez le public ; on se méfie de ses intentions, et on se rit de son impuissance. Est-ce là ce qu'il devait faire de la prérogative royale?

» Ou je m'abuse fort, ou depuis sept mois le pouvoir a perdu en confiance et en énergie tout autant que le public en sécurité.

s II a perdu autre chose encore. Il ne consiste pas uniquement dans les actes positifs et matériels par lesquels il se manifeste... V autorité sur les e«pn(i, l^ascendant moral, cet afcendant qui convient si bi^ dans les jiays /ibres^ car il détermine les. volontés sans leur rien commander ; c'est là une importante partie du peuvoir, la première peut-être en efficacité comme en dignité ?

» Qu'a fait le ministère de l'autorité morale qui appartient nalarellémcnt, sans préméditation, sans travail, au gouvernement dn roi? L*a-t il habilement employée et agrnndie en l'employant? Ne l'at-il pas, au contraire, gravemertt hasardée eu la mettant aux prises avec les craintes qu'il a fait naître et les passions qu'il a suscitées ?

» Est-ce là, messieurs, ce que le ministère appelle prendre en main U

cause da pouvoir, faire pnîvaloir ses principes, Télever au^deàsua des atteintes de ses ennemis ?

.» Quelle est aujourd'hui, dnns la Chambre, la situation des hommes les plus dlEposés à former une majorité semblable, les plus étrangers à tout esprit d'opposition, a toute habitude d'opposition ? Ils *ont réâuiu à faire d« VoppoêUion ; ils en font malgré fur, par conncience; ils voudraient toujoun retttr unit au gouvernement du roi, et il faut quilt V attaquent. Let mimet «mtimenl» les animent toujourt ; ils poursuivent toujours le mémt but ; tnais ce n'«st plus par les mêmes voies qu'ils peuvent Vatteindre ; ils ont été pouués hors de leur propre voie. La perplexité qui les agite, c'est le ministère qui la leur a faite ; elle durera^ elle redoublera tant que nous aurons à fatre àjui.

9 Et cette autre portion de la Chambre, messieurs, qui, plus ombragense, plus ardente, se voue spécialement à la recherche des fautes du pouvoir et à la défense des libertés, croyez-vous qu'elle n'ait pas aussi été troublée dans sa situation ? Son rôle, le rôle de Fopposition ne se borne point, dnns le gouvernement représentatif biei) réglé, à ép!er la conduite da pouvoir, à découvrir et à proclamer ses fautes. Elle a aus«i et peutêtre pour principale mission d'indiquer, de solliciter les améliorations, les réformes que peut recevoir la société.

» IJbre du poids des affaires, l'opposition s'avance en général la pre« mière, et hardiment, dans la carrière de la civilisation. Elle en signale d'avance les bienfaits, les conquêtes possibles ; elle presse, elle somme le pouvoir de s'en saisir au profit du pays. Elle \it d'avenir et d*espéninces souvent lointaines, mais glorieuses. Comment pourrait-elle se livrer aujourd'hui à de telles pensées? Dans l'état des esprits, dans les relations actuelles de la société et de ceux qui la régissent, qui peut songer à demander des améliorations, des réformes ? La lutte seule, la lutte actoeUt nous préoccupe tous.

» Cette perturbation générale des pouvoirs publics, csite altératioo da leur état naturel et de leurs habitudes régulières, c'est là, meMienn, la mal qu'il faut aller chercher au-delà de l'agitation des esprits, et anquel il «et urgent de )>orter remède. On vous a dit que la France était tranquille, que l'ordre n'était nullement troublé ; il est vrai, l'ordre matériel n'est point troublé : tous circulent librement, paisiblement ; aucun bruit ne dérange les affaires. Le mal que je viens de signaler en exitte-t-il moins ? En est-il moins grave V Ne frappe-t-il pas, n'agite-t-il pas la pensée de tous les hommes sensés et clairvoyants ?7< est pi«i gratê fut bitm des éwuutes, plus grave que les désordres^ les tumultes mal4riel$ quicnt^ il n'y a pas longtemps, agité V Angleterre.

• De tels désordres sont d'ailleurs un avertissement qoe le pooToir ne saurait ignorer ; il faut bien, à leur explosion, qu'il s'aperçoive dn mal et se décide au remède. Pour nous, messiears, aucun avertissement de ce genre : la surface de la eodélé est tranquille^ si tranquille «m le gomvermtmmt peut fort bien être tenté d'en croire le fond parfaitement aumri tllei-eWms à Vùbri de tout périL Xos paroles, messieurs, la franchise de nos peroles,

LA RÉVOLUTION PRÊM E. 219

voilà k Mttl avertiMenMnt que le pooToir ait à recevoir parmi noui, U MuUi Toix qni te puisse élever jusqu'à lui, et dissiper ses iUosioDt. Gardons-nous d*en atténuer la force ; gardons-nous d'énerver nos expressions ; qu*elles soient re«pcctucu<CA...; mais qu'elles ne soicut pas timides et douteuses. La %'énté a déjà assez do peine à pénétrer ju^qu*au cabinet des rois ; no Vy envoyons point tuiblc et pAle, ot qu'il no boit pus plus possible de la reconnaître que du se méprendre sur lu loyauté de nos senti • ments. »

A ToiTasion du comilé socrot pour la discussion de ladresse, le Journal des Débats s'exprimait ainsi le 15 mars 1830:

t On se plaint de cette démocrntie qui coule à pleins bords, de cette ambition imatiablo dont la r.'\oluti(in a ouvert la i^ource V Mais alors, n'est-ce pas vous-mêmes, miniatrcs du n»!, qui ulinicntez^ qui excitez cette ambition ; n*e»t-co pat vous qui encouru i^cz la démocratie, lorsque vous donnez le spectable do ces arancemmts rapide»^ de ces elératinn» »ubUtê qui tiennent tout à la fois, et du gouvernement de l'Orient, uû les intrigues et la faveur font arriver do l'étut le plus i^ubulterno aux positions les plus hautes, et des temps nnar^billue^, où le caprice pupulnire va cl erclier les plus incapables et les plus furieux V... Ortfs, la Charte a formellement dëoiaré qua tous le^ Kran^nis étuinit udmis>iblc8 uux emplois publics (et c'est un de ses bienfait»), mais elle na pat dit quon pnurrait y parrentr ganê wr- «kfs et êam droite ; mai* rlle na )uu dit qu'on arricfrait auj grade* sujièrieur* avoir iHUv ptir le» hitrarrhies inférieure*, à moins do ces exci'ptious qui doivent Otre le prix des grand'« H'r\ices ou du génie ! j»

Si ces lignes étaient \ raies il y a dix-huil ans, cinq mois avant la ri'volution de 18^K), le sont-i'lles moins aujourd'hui 9 février 1818?

\'J février 181H.

L'amendement de M. Sidlandrouzi*, dêveloppi'^ par son auleur aviM* raccviît pénétrant d'un«* ronvietion'profon<le, a%'ec lucidité el simplicité, concision et fermeté, soutenu par M. Clapier |de Marseille- a\<*c talent, avec verve, défendu rhaleureusi*ment par .MM. Blantpii et Darhiay. appuyé \ivement par IIM. Thiers et de llémusat. jésuiti(]uenient coœliaUu à demi par M. de Gjulard, énipmaliquement re-

Î20 tSéH. .

poussé i\ deux reprises par M. Guizol, l'amendement de M. Sallandrouze a été rejeté.

Nombre de volans 411 — Majorité, i06.

Pour Tamendement 189

Contre SSi

Majorité absolue 33

Majorité relative 17

De eeite majorité à celle de l'an dernier, il y a déjà loin !

L'an dernier :

Amendement de MM. de Beaumont et de Maleville :

Nombre des volans 373 — Majorité, 187.

Pour l'amendement 130

Contre 243

Majorité absolue 113

Majorité relative 66

Majorité relative en 1847 66

Mjijorilé relative en 1848 . 17

17 au lieu de 66.

Mais qu'importent ces différences ! La question de l'avenir n'est plus dans les chiffres du scrutin, elle e'st dans les tendances qui dévient, dans les faits qui s^aggravenl, dans les événements qui se préparent.

Le ministère, au lieu de 17 voix de majorité relative, en aurait eu 100, que sa position n'en serait pas meilleure ni plus assurée.

Au contraire.

Lorsqu'un général est incapable de conduire une brigade, il est bien plus incapable encore de conduire une divisiiHi!

Plus vous mettez d-hommes sous ses ordres, et plus vous l'embarrassez.

C'est ce qui est arrivé à ce cabinet ; le jour où il a eu une majorité de cent voix, il a été perdu. Sa faiblesse s'est alors révélée dans toute son étendue. Son dénûment d'icMes a apparu dès qu'il n'a plus eu de prétextes sous lesquels il pût se cacher.

Transportez donc un paralytique sur un champ de course et demandez-lui de le parcourir I

LA REVOLUTION PREVTE. Kt

Si le ministère succombe, ce ne sera pas sous les attaques de ses adversaires, ce sera sous le poids de sa propre impuissance, sous le cynisme de ses palinodies.

Ce cynisme, jamais M. Guizot ne l'avait poussé plus loin qu'aujourd'hui sur la question de la réforme parlementaire.

Mais nous voulons attendre à demain que nous ayons le Moniteur^ afin de mettre en regard ses paroles de ce jour avec ses déclarations de Tan dernier, rappelées à la tribune par l'honorable M. Darblay.

Aussi bien ce soir notre lassitude est grande! Elle n'est rien cependant en comparaison de la tristesse des pressentiments sous Tcmpire desquels nous nous sommes éloignés de la Chambre, après le vote de l'adresse.

13 février 1848.

Comment ne serions-nous pas découragés et inquiets ?

Nous avions mis notre conliance dans le gouvernement représentatif, dans sa durée, dans son avenir ;

Nous avions mis nos espérances dans le parti conservateur, dans sa bonne foi et dans son bon sens ;

Nous n'avions épargné aucun effort pour grossir aux dernières élections générales les rangs de la majorité ministérielle ;

M. Guizot, qui, par l'éclat de sa parole, était parvenu à nous faire illusion sur la valeur de sa pensée ; M. Duchâtel, qui, par la médiocrité de son esprit, avait réussi à nous faire croire à la droiture de son jugement ; MM. Guizot et DuchAtel BOUS avaient dit : — Ne vous hàlez pas de nous juger, sachez attendre.

Nous avons attendu de session en session, de législature en législature.

Nous avons espéré pendant huit années.

Vaine attente !

Espoir déçu !

Quel spectacle aujourd'hui avons-nous sous les yeux ?

Le gouvernement représentatif s'affaiblissant par la durée au lieu de s'affermir, s'usant dans Timmobilité, trompant toutes les attentes légitimes, lassant toutes Jes patiences, atteignant à la caducité sans avoir donné signe de virilité !

Le parti conservateur, dont la force diminue dans la proportion où il croît en nombre, dont la discipline n'aboutit qu'à constater l'impuissance î

La majorité ministérielle, se transformant, sans le savoir ni le vouloir, en majorité révolutionnaire î

Le président du conseil, le chef du cabinet trahissant sur toutes les questions l'absence la plus complète de toutes convictions, se donnant à lui-même démentis sur démentis, ne reculant devant aucun mensonge, ne dédaignant aucun sophisme, ne cherchant, sous l'apparence d'une promesse, qu'à échapper à la réalité d'un engagement, jetant ûérement, comme nous l'avons vu hier, le manteau d'Agamemnon sur les épaules de Scapin î

Ce ministre, qui déclare illégales les manifestations politiques qu'il a provoquées par un défi et dont il a donné dix fois l'exemple, est le même qui, à la même tribune, avait dit : a Elles peuvent être graves, dangereuses même pour » fe pouvoir, mais c'est par sa faute: quaîid elles lime- » NACEXT, IL EST DANS SON TORT I Vassociation des citoyens » pour Vexercice ou la défense des droits constitutionnels « est indiquée dans la Charte, et elle ne peut rien avoir d'il- » légitime! »

Et l'assemblée tout entière ne se soulève pas contre une telle contradiction, contre une si flagrante palinodie î

Ce nn'nistre qui, sommé de s'expliquer sur la réforme parlementaire, répond : « Le ministère reconnaît que cette » question doit être examinée à fond et ridée dans le cours de » cette législature; » ce ministre est le même qui, Tan dernier, à la même tribune, avait dit de cette réforme : a Pour » mon compte, je la crois mauvaise ! »

Et la majorité paraît trouver tout simple que son chef, au

lieu de se prononcer énergiquement contre une réforme qu'il croit « mauvaise^ » ne persévère pas dans son opinion et la déserte I

Ce ministre, qui prend son air le plus ferme, le plus grave, le prus sentencieux, pour couler dans le moule de sa parole celte barre de fer : « Le ministère croirait manquer » à ses devoirs sHl prenait aujourd'hui, à cette tribune, pour » Tavenir, un engagement.,. Je dis que promettre c'est plus » que faire, car on promettant on détruit ce qui est et on ne » le remplace pas, (Très bien ! très bien !) » ce ministre est le môme qui, dans le même discours, à la même tribune, s expliquant devant la même assemblée, sur la même réforme, viole la rè^çlc qu'il vient de poser, brise la barre qu'il n'a pas encore achevé de forger, et s'exprime en ces termes : « Le ministère reconnaît que la question doit être vidée dans le cours de cette législature. » Si ce n'est pas là prendre un engagement pour l'avenir, qu'est-ce donc? Et si c'est un engagement, soyez donc sifflé maintenant pour avoir été applaudi tout h l'heure, quand vous avez dit ces paroles bonnes à répéter : « Je dis que promettre, c'est plus » que faire, car en promettant on détruit ce qui est, et on ne » le remplace pas î »

Et une assemblée politique tolère qu'on se moque ainsi d'elle, de sa mémoire et de son bon sens ; qu'on lui fasse solennellement, dans la même minute, deux déclarations dont Tune est Topposée de l'autre ! Et non seulement elle tolère un tel escamotage, c'est langage que nous voulions dire, mais elle l'applaudit, elle trouve qu' « î7 n'y a rien dfi plus net, de plus parlementaire et de plus correct ! «

Triste spectacle, dont nous sommes honteux pour notre pays; mais ce spectacle n'est pas le plus triste encore î

Le plus triste, c'est celui (jne nous donne l'opposilion.

Comment , voilîi une opposition qui s'attache pendant quatre jours à quatre mots d'un paragraphe de l'adresse ; — « Passions enif'.nie.^, entrainrments aveugles, » à quatre mots dont el!e aurait pu cruellement et dignement se venger par le elé:lain(lusil(»nee. parle mépris de l'indifférence.

voilà une opposition qui repousse ces quatre mots pendant quatre jours, qui s'en indigne comme d'une flétrissure, comme d'un acte de violence, comme li'une proscription morale, comme d'un coup de majorité extra-constilulion- -nelle, et, quand ces quatre mots sont volés, que fait-elle? — Elle prend l'héroïque résolution de s'arrêter au seuil des salons de M. Sauzet, et de ne plus approcher des marches du trône.

Qu'est-ce donc que le roi et la royauté ont h faire en celte occurrence ?

Responsabilité royale^

Inviolabilité ministérielle ;

Au lieu de :

Responsabilité ministérielle.

Inviolabilité royale.

Est-ce donc ainsi (jue i>ous comprendrons toujours en France le gouvernement constitutionnel ?

Ou il ne fallait pas faire tant de bruit pour quatre mots, ou il fallait que la minorité tout entière, sans distinction des députés qui ont assisté aux banquets et des députés qui n'y ont pris aucune part, en appelAt de la majorité parlementaire à la majorité électorah». A un coup de majonté, il n'y avait, il ne reste encore qu'une seule chose à faiix» : opposer un coup de minorité.

Au lieu de cela, sur la pente où Topposi lion paraît vouloir se placer, qui peut prévoir où elle s'arrrôlera entre ces deux écueils :

Le lidicule de manifestations impuissantes ;

La résistance violente à une légalité douteuse?

Quand le pouvoir est aux mains de ministres plus téméraires que fermes, pour allumer une révolution il suffit de la capsule d'une baïonnette inintelligente.

Bien de plus dangereux que l'incertitude sur une question où des deux parts l'on se croit également fort de son droit.

Cest sur une question douteuse de constitutionnalité que la Restauration est tombée.

Si rarlîcle 14 de la Charte de 1815 avait été plus clair; s'il n'avait pas donné lieu h deux interprétations contraires, l'une et l'autre cependant consciencieuses, il est raisonnable de penser que la révolution de 1830 n'eût pas armé la royauté contre la nation, et le peuple contre le roi.

Quand nous voyons le pouvoir retomber ainsi dans les mêmes fautes, s'exposer aux mêmes catastrophes, s'aveugler par les mômes présomptions, s'égarer par les mêmes méfiances, s'abuser par les mêmes illusions, commeilt ne serions-nous pas découragés, comment ne serions-nous pas inquiets?

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