L'AMBITION DE M. EMILE DE GIRARDIN
temps gaspillé ; c'est l'iiulorilé diviî^ée quand il faudrait la concentrer, et le travail concentré quand il faudrait le diviser; c'est l'absence de la responsabilité eiïeclive et le triomphe de la responsabilité illusoire.
Tant que cet appareil ministériel subsistera, il faut que la France le sache, elle n'aura ni politique extérieure, ni administration intérieure, ni force, ni richesse; ses finances demeureront embarrassées ; son agriculture étouffera sous l'impôt : son industrie manquera d'essor ; son commerce, au lieu de s'étendre, se restreindra ; aucun abus invétéré no disparaîtra ; aucune réforme féconde ne s'accomplira. M. de Broglie succédera à M. de Tocqueville, M. Thiers succédera à M. Dufaure, rien ne sera changé, comme rien n'a changé quand M. Ledru-Rollin a succédé à M. Duchàtel et M. do Lamartine à M. Guizot.
Tous les ministres qui se succéderont ainsi continueront à tourner dans le cirque parlementaire comme des chevaux de manège ; ils s'useront sans rien faire. Si ! ils feront des commissions.
Le pouvoir, c'est l'unité. Où l'unité est exclue, la pensée est absente. L'unité n'existe pas. Avant tout, il importerait de la constituer et de l'organiser. Qui s'en occupe? Qui donc y songe ? Imaginez un individu changeant sans cesse de chapeaux, et vous aurez une idée exacte du gouvernement français changeant sans cesse de ministres. Sous les chapeaux les plus variés , c'est toujours la même tête : une têle de commis ; or, si cette télé manque d'idées, estce le changement de chapeaux qui lui donnera des idées?
La preuve que nous avons raison dans l'opinion que nous soutenons, c'est que le seul ministre qui, depuis 1814, ait laissé des traces profondes de son passage, a été M. de Villèle, parce qu'il était sorti de l'ornière, parce qu'il avait établi l'unité, parce qu'enfin il avait constitué son cabinet à l'instar des cabinets britanniques. H était à la fois premier ministre et ministre des finances.
De votre ministère des affaires étrangères, nous ne ferions rien ; c'est un dépaitement que la tribune et la presse
230 tM9.
ont rendu inulile. Il nVsl plus bon qu a créer des compliquons et des tiraillements. II y aurait à la fois économie cl avantage à le supprimer. Des consuls-généraux chargés d'affaires, des télégraphes électriques et des congrès : c'est tout ce que demande la politique de la paix.
De votre ministère de la guerre, (jue ferions-nous, si vous ne saviez que répondre à ces deux questions : Premièrement, est-ce sur les peuples ou sur les gouvernements que vous voulez prendre votre point d'appui ? Deuxièmement, quel est le système d'alliances que vous désirez nouer ?
Puisque vous disposez si facilement des portefeuilles, donnez-nous celui de ministre secrétaire d*Elat, sans autre désignation. C'est le titre qu'avait sous lempire le duc de Bassano. Puis, réunissez dans la même main toutes les branches de dépenses, comme sont aujourd'hui centralisées dans la même main toutes les branches des recettes, et vous ne tarderez pas à voir (juclle influence peut exercer sur la valeur dos hommes tel instrument substitué à tel autre. Rien ne .«^erail bouleversé, rien ne serait détruit ; cependant vous seriez étonné vous-même qu'en changeant si peu de chos4\ un si grand effet soit prcnluit. Tel violon se vend vingt-cinq mille francs et tel autre vingt-cinq francs. Tel navire a une vi(<»sse ((ue .tel autre ne peut atteindre avec une puissance égale en apparence. Telle chaudière éclate à une pression à laquelle résiste telle autre chaudière.
Alors la Fi'ance aurait u,ne pensée ; alors elle aurait un but vei-s leciuel C4»nvergeraient toutes ses forces, toutes ses ressources, toutes ses facultés; alors l'unité se ferait dans sa politique: alors elle n'errerait plus en sens contraires: alors, sous prétexte d'influence, elle ne s'immiscerait plus inconsidérément dans des questions où il est sans exemple qu'on ait jamais eu raison d'intervenir.