‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 28 sur 96 · L AMBITION D£ M. EMILE DE GIRARDIN. S · texte numérisé non relu

L AMBITION D£ M. EMILE DE GIRARDIN. S

31 junvîer 1850.

Est-il vrai que M. Emile de Girardin ait ambitionné la K>lace de « Ministre dirigeant et centralisateur ? »

Telle est la question que nous adresse V Opinion publique^ ^n ajoutant la sommation qui suit :

« La place qu'a prise la Presse dans Popposilion ne lui ^ permet pas, ce nous semble, de garder plus longtemps le ^ silence sur un fait articulé aussi nettement. M. de Girar- ^ din doit au public des explications; il comprendra qu'on '•i doit aujourd'hui, en France, avoir le courage de son am- '^ bition et de son opinion. »

Nous répondons à VOpinion publique :

M. de Girardin a fait bien plus encore que d'aspirer aux fonctions de ministre dirigeant, il a eu l'audace de s'y pré* parer I

11 serait nommé ce soir ministre dirigeant, que l'exposé de ses idées poun^ait paraître demain matin dans le Moniteur. Cet exposé es( tout prêt : il indique avec précision les moyejis d'exécution et les hommes les plus capables d'en assurer le succès.

C'est de la présomption I dira~t-on ; nous répondrons : c'est de la conscience. Oui, c'est de la conscience, car nous nous ferions scrupule de porter le plus léger coup à la masure qui s'écroule, si nous n'avions pas commencé par tracer le plan et réunir les matériaux destinés h la remplacer par une construction neuve et solide. Ce n'est pas aveuglément que nous attaquons. Nous savons nettement ce que nous voulons. Serait-ce là un tort? Serions-nous donc condamnés à ressembler à tous ces gens, unis par la peur, qui ne savent aucun ce qu'ils veulent, à peine ce qu'ils ne veulent pas?

M. de Girardin peut avouer hautement son ambition, «

son ambition n'est pas une ambition vul^^aire; il aimerait mieux cent fois n'être jamais ministre, que de Tôtre comme le furent MM. Thiers et Guizot, comme l'ont été et le sont MM. Barrot frères. Il souhaite une autre destinée que celle d'être changé, sous le nom de ministie, en idole de pierre, en statue de l'Impuissance, adorée par un peuple de solliciteurs superstitieux. 11 souhaite une autre tâche que celle de dispenser des places et d'accorder des audiences. Il souhaite un autre triomphe que celui d'habiter passagèrement un immense hôtel, de s'étaler monnrchiquement au théâtre, dans des loges d'avanl-scène, et de recevoir sur le budget 48,000 fr. de traitement. Le triomphe qu'il souhaite, c'est le triomphe laborieux de toutes les idées justes, sans distinction et sans exclusion d'origine; c'est la réforme de tous les abus invétérés ; c'est la simplifîcation de tous les rouages compliqués, imparfaits, dispendieux; c'esll'entièrc abolition du paupérisme; c'est la réalisation des vœux d'Henri IV et de Napoléon, empereur; c'est, enfin, le complément du suffrage universel^ complément qu'il nomme ainsi : le bien-être universel.

Le bien-être universel!. . . Si vous dites que c'est là une utopie, nous vous répondrons que c'est là une nécessité, et que la civilisation est placée, aujourd'hui, dans cette étroite alternative, ou de franchir cet obstacle, ou de toiiiber dans rabtme.

Non, le bien-être universel, Paisance générale n'est pas une utopie ; non, le paupérisme n'est pas une nécessité ; il n'existe pas dans la nature, il n'y a pas de raison absolue pour qu'il se perpétue dans la société. Le paupérisme n a pas Dieu pour auteur; il a pour causes: l'ignorance de l'homme, l'imperfection des sociétés.

Vous qui vous dites pieux, cessez donc de calomnier et de blasphémer la Providence divine, en vous déchargeant sur elle d'une responsabilité qui doit retomber tout entière sur l'imprévoyance humaine !

Si H. de Girardin, sans autre mérite et sans plus de pré-

notre place, aux prises avec cent obstacles et mille résistances, vous verriez qu'il est moins aisé d'agir!

Quand nous disons : tout est, sinon à réformer, du moins à réviser; le pouvoir, avec les doubles exigences de la centralisation et du régime représentatif, est un faix trop lourd à porter sur les épaules de neuf ministres ; Punique moyen de suffire à la tâche gouvernementale, c'est de diviser et de subdiviser le bloc, c'est de répartir autrement le travail, c'est d'ajouter à la responsabilité ministérielle un second degré ; le budget est mal établi, de là le désordre de nos finances et notre mauvais système de travaux publics, lequel énerve et restreint notre crédit, quand un bon système de travaux publics aurait au contraire pour effet de le fortifier et de l'étendre ; si nous ne nous hâtons pas de prendre un parti énergique relativement à la colonisation de l'Algérie, nos possessions d'Afrique peuvent un jour mettre en péril notre indépendance nationale ; les dépenses du département de la guerre ne devraient pas excéder deux cent millions ; confiée à des mains fermes, habiles, économes, notre marine devrait être la base la plus solide de la durée de la paix, le lien indissoluble rattachant le Continent à la France, le principal élément d'une vaste confédération maritime formée entre toutes les puissances intéressées, sous peine de déchéance politique, industrielle et commerciale, à ce qu'aucune atteinte grave soit jamais portée au principe de la liberté des mers ; la politique de l'avenir ne saurait être la môme que celle du passé, à l'époque où la navigation à vapeur, les chemins de fer et la liberté de la presse n'existaient pas, où les machines, la bouille et le coton ne jouaient encore dans le monde aucun rôle important; quand nous nous exprimons ainsi, on nous répend : Utopies! utopies! erreurs! erreurs! on nous taxe de petits esprits, qui méconnaissent la grandeur de la politique, qui la font descendre de ses hautes régions à des détails subalternes, indignes de sa majesté!

Soit.

Les professeurs d'histoire ont raison et nous avons tort*

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