LE PARTI CONSERVATEUR ET LE PARTI FAISEUR
15 mai 1847.
Par les petites choses on peut juger des grandes!
Quand nous nous plaignons que la France n'ait pas d'alliés dont la fidélité lui soit garantie par la communauté et la solidarité dlntéréts, on nous répond : Si vous croyei qu'il dépend d'un gouvernement de choisir entre telle ou telle alliance, vous vous faites là d'étranges illusions; nous voudrions bien vous voir au département des affaires étrangères, vous ne tarderiez pas à changer d'avis el de langage !
Quand nous nous plaignons que Ton gaspille l'argent de telle sorte qu'il fait ensuite défaut à beaucoup de dépenses utiles, on nous répond : Vous vous trompez fort si vous pensez qu'il suflit, pour prévenir et réprimer les dilapn dations, de le vouloir fermement; quelques mois d'expérience ne tarderaient pas è vous faire revenir de cette erreur!
Quand nous nous plaignons que l'on ne fait rien, rien, rien ; qne toutes les choses sont abandonnées è oUes-mfmes, sans direction, sans impulsion, sans émulation, qu'aucune question n'est approfondie, que la plus petite difficulté s'élève à la hauteur d'une invincible objection, on nous répond : Il est très facile de critiquer, mais sî vous étiez k
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il faut être ou avoir été miQislre pour se faire une juste idée de toutes les difficultés de l'art de gouverner; à en juger, en effet, par ce qu'on voit, elles seraient telles qu\>n ne devrait plus dire le Pouvoir; on devrait dire Tlmpuis* sance !
Laissons donc à l'écart les questions où notre compétence est niée ; laissons-nous persuader que le cabinet du 29 octobre 1840 est le meilleur des ministères possibles; que la grande politique n'est tenue qu'h l)riller par d'éloquents discours et qu'à garder à tout prix la majorité. Si le parti conservateur ne fait rien, croyons qu'il n'y a rien à faire; que le parti faiseur qui prétend le contraire s'abuse ; que sa présomption qui s'explique par son inexpérience l'égaré. Bornons-nous donc à parler de ce que nous avons pratiqué, parlons de journaux.
Une des constantes préoccupations du parti conservateur a été d'avoir un journal dont il ne dépendit pas et qui dépendit de lui.
Bien que Tappui du Journal des Débats n'ait manqué à aucun des ministères qui se sont succédés depuis 1830, bien qu'il ne se soit jamais séi)aré de la majorité sur aucune question fondamentale, sur aucune question de cabinet, bien (ju on ne pût lui adresser le reproche fondé d'exagérer l'indépendance ou de s'isoler par l'initiative de ses idées, pas une seule occasion de lui susciter une concurrença plus ou moins redoutable (telle est la gratitude des partis!) ne s'est présentée que le parti conservateur ne se soit empressé de la saisir, de l'encourager, de la patronner, de 5'efforcer enfin de la faire vivre !
Vains efforts ! La Paix, le Journal de Paris, la Charte de
4830, le Journal général de France, le Messager^ le Gfobe,
VEpoque ont tous successivement disparu après avoir ea-
glouti des sommes considérables puisées h toutes les cais-
. ses, prélevées sous toutes les formes.
I«e parti conservateur n'a pcis été plus heureux en fait de revues qu'en fait de journaux. Tous ses essais, depuis la publication de la lievne du Progrès socia/ jusqu'à la résur-