ET LE PARTI FAISEUR
prier pour le rédiger. Quoi de plus facile, en effet, que de mettre des étiquettes sur un sac, sur des tiroirs ou des cartons, c^est aussi facile que de faire de grandes phrases où Ton vous dit : « Toutes les politiques vous promettront le » progrès, la politique conservatrice seule vous le don- » nera. »
S'il était possible d'éprouver à ce sujet le plus léger embarras, il suffirait pour en sortir d'extraire des dernières circulaires électorales les promesses faites, les engagements pris, les vœux énoncés, les économies, les mesures, les réformes qu'on se proposait alors de réclamer solennellement.
L'énuméralion en serait longue, mais peu variée.
Le parti faiseur, qui puise dans le sentiment de sa valeur Pindifférence contre laquelle viennent s'émousser tous les traits de l'ironie, le paiii faiseur, auquel ce journal sert d'organe, ne fait pas plus de cas de la politique de programme et de nomenclature que de la politique de prospectus et de discours, sous les grands mots de laquelle il n'y a « rien, rien, rien. »
De même que ce qui fait la solidité d'une voûte, c'est l'étroite solidarité de toutes les pierres entre elles ; de même ce qui fait la solidité d'un gouvernement, c'est l'étroite solidarité de toutes ses dispositions politiques, administratives, économiques, fiscales. Aucune ne devrait jamais contredire l'autre ; toutes devraient se lier entre elles, se prêter un mutuel appui, concourir à un but commun, émaner d'une même pensée. C'est précisément ce qui n'a pas lieu et ce qui nous donne des craintes sérieuses sur la durée de notre édifice politique, lézardé de toutes parts et chancelant sur ses fondations.
Toute réfonne, si petite qu'elle soit, doit faire partie d'un plan d'ensemble, au risque d'être une perturbation, non une amélioration.
Rendons notre pensée sensible par un exemple, et prenons cet exemple dans deux propositions que !a Chambre des députés est sur lo point de discuter.
Nous voulons parler de la réduction de l'impôt sur le sel, et de Tadoption de la taxe uniforme des lettres à 20 centimes.
La question n-esl pas d1nscrire<'es deux reformes au frontispice d'un programme, rien de plus facile; la cpiestion est desavoir qui les accomplira : sera-<'e le cabinet actuel, cédant à contre-cœur à une nécessité parlementaire, ou serace un ministère nouveau, laborieux, fermement animé du désir de faire et de bien faire, se rendant exactement compte, sans illusions comme sans craintes, de toute l'étendue de sa tîU'Iie, de toutes les difficultés de son œuvre, et puisant la force d en venir à bout dans cet ardent amour de la chose publi(]ue, ou dans cette vive aspiration vers la postérité, qui seuls font les bons règnes et les grands ministres ?
Accomplies par le ministère actuel, ces deux mesures isolées, ces deux hors-d'œuvre aggraveraient la mauvaise situation de nos finances, et creuseraient plus profondément encore le goulFre du déficit. 1/incurie du ministère, son impuissance, dont il a la conscience, le condamnent à combattre à outrance tout dégrèvement (rimpôl, toute réforme, tout changement, quels qu'ils soient. Il y a des généraux inhabiles ou malheureux qu'il ne faut jamais presser do livrer bataille; il ne faut pas demander à la faiblesse d'être la force, h l'immobilité d'être le mouvement, au gaspillage d'être l'écononne, à l'insouciance d'élre la prévoyance, 5 la stérilité d'être la fécondité, à l'égoYsme d'être le patriotisme !
La taxe de consi)mmation sur les s<'ls est portée au budget de 1848 pour 71 millions et demi L; le produit brut des pî>stcs y ligure pour juès de 52 millions 2?; touchez donc à deux branch(»s d<» receltes aussi im[)ortantes. si vous ivavez
il) Si'ls. 'Ailiuini-trniioti des «louancs) 58,153,000 .
Si'ls. (Ailiiiiiiistrutiuii Ucs coiitributiouâ imli- ' 71,527,000
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2 PnMluît des po>tcs lu ut 51,944,000 ( ,- m,
IViien-'Oi d..'i« iKJstc* 34,716,667 j *'»-*''
ET LE PARTI FAISEUR. 2il
pas de vues d'ensemble, si vous ne savez pas d'avance où vous trouverez, soit des suppressions de dépenses, soit des augmentations de produits équivalentes aux dégrèvements opérés, ces dégrèvements ne dussent-ils constituer qu'une perle temporaire de revenu !
Vouloir faire marcher en avant un ministère sans idées, autant vaudrait entreprendre de faire remorquer un convoi par une locomotive sans combustible I Ainsi s'explique l'i- Baction du cabinet. Il ne se meut pas uniquement parce qu'il ne peut pas se mouvoir, et notre tort, tort que nous avouons en toute loyauté , a été d'attribuer h l'esprit de résistance ce qui, de sa part, n'était que le fait de l'impuissance.
Il ne faut pas se faire d'illusion ; or, c'en serait une que d'attendre* du ministère qu'il accomplît la plus petite réforme, aussi bien dans l'ordre économique que dans l'ordre politique, pas plus dans la session prochaine que dans celleci, qui va finir. Tant que le ministère vivra, rien ne sera changé, rien ne sera tenté, et peut-être est-ce à souhaiter; car il y aurait lieu de craindre qu'il n'arrivât, pour les réformes dont l'accomplissement lui serait imposé, ce qui est arrivé pour les chemins de fer.
La France voulait des chemins de fer; il s'en faisait de toutes parts, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Amérique; la France avait raison d'en vouloir. Sous le coup de cette volonté et de cette nécessité impérieuses, qu'a fait le ministère? Avant de se décider en faveur d'un système • d'exécution et d'exploitation, s'est-il emparé de la question pour l'étudier dans tous ses développements, dans toutes ses applications, pour la creuser; en a-t-il mesuré la profondeur, l'élévation et l'étendue ; a-t-il cherché à se rendre compte de toute la portée de cette révolution pacifique dans les divers rapports des peuples chez eux et entre eux, au point de vue de hîur politique, de leur industrie, de leur commerce? Non ; il a été d'une idée à l'autre, sans s'arrêtera aucune, adoptant alternativement tous les systèmes opposés, flottant au çré de la majorité et subordonnant i'in-
v. Ifi
térc>t général à des cunsidérations locales ou individuelles, ne s'onquérant même pas si la France, en entreprenant à la fois tant de travaux, n'outrepassait pas ses ressources disponibles, n'aventurait pas son crédit, ne s'affaiblissait pas, ne s'exposait pas une crise financière déjà fort grave ot qui peut encore le devenir infiniment plus?
La France, s'étant mise la dernière à l'œuvre, aurait pu, aurait dû profiler de l'expérience cicquise par les autres pays qui Tavaient devancée dans l'établissement des chemins de fer; mais, pour cela, il eût fallu un ministère vigilant, laborieux, ayant et la fécondité qui conçoit, et la fermeté qui exécute; or, c'est précisément le ministère qui nous manque.
On a cru qu'il suffisait de voler des chemins de fer pour en avoir, et l'on en a volé aveuglément. Aujourd'hui, quel mécomple! quels embarras! comment faire pour en sortir? Sera-ce le ministre qui a créé ces embarras qui les vaincra ? Il n'esl guère permis de Tespérer.
Avanl loul, ce qu'un gouvernement, ce qu'un ministère, ce qu'un parli doivent savoir, c'est ce qu'ils veulent, c'est vers quel but ils tendent. H ne suffit pas de proclamer, comme le font le ministère et le parli conservateur, à tout propos, qu'on veut la paix et Tordre. A quel prix, à quelles conditions? La paix avec l'honneur. Tordre avec la liberté, ne sont pas la même chose que Tor<lre saiLS la liberté et la paix sans Thonneur.
C'est pourcpioi tout progranmie ne peut jamais qu'être vague ou incompicl. S'il se tient dans le vague, comme le discours de Lisicux, on voil à quoi cola engage ! S'il veut ôlre précis, c'est moins encore. Jugez donc sans appel du mérile d'un livre et du génie de Tauteur sur une table des matières! La lablc des malièrcs pourrait être un modèle de méthode, et le livre n'avoir aucune valeur; le livre pourrait être un chef-(T(ru\re.rl la lable des matières n'ofirii* aucun attrait.
Quand on est viaimcnl à la hauleur du pouvoir, on n'en détaille pas le menu, ("e serait l'abaisser et s'abaisser soi-