‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 38 sur 96 · LE MINISTÈRE ACTUEL · texte numérisé non relu

LE MINISTÈRE ACTUEL

bres M. Cunin-Gridaine, dont la retraite paraît certaine, M. Jayr, dont l'inconsisUince a dépassé tout ce qu'on pouvait imaginer, même de la part d'un ministre malgré lui; MM. Trézel et de Montebello, qui semblent n'avoir été choisis que pour faire regretter MM. l'amiral de Mackau et le général Moline de Saint-Yon, qu'y gagnerait-il ? Par qui, d'ailleurs, les remplacerait-on ? Les hommes de quelque importance à la porte desquels on a frappé vainement, les 8 et 9 mai 1847, Pouvrironl-ils après l'avoir tenue fermée? Cela est peu probable; mais se ravisassent-ils que cela ne suffirait pas pour apporter à la situation politique le changement qu'elle réclame impérieusement.

La situation politique, la situation ministérielle, qu'on ne l'oublie pas, est ce que l'ont faite le discours du 24 mars de M. Duchi\tel, le discours du 26 mars de M. Guizot. 11 faut qu'on soit aussi léger, aussi irréfléchi, aussi imprévoyant qu'on l'est en France pour n'avoir pas mesuré tout de suite la portée d'un pareil acte.

De deux choses l'une : ou cet acte aura pour conséquence la chute du cabinet, qui ne saurait avoir lieu trop tôt; ou il aura pourconséquence plus grave de rendre au chapitre VIII de l'ouvrage de M. Guizot : des moyens de gouvernement et d'opposition dans l'état actuel de la FRANCE, le même intérêt que si ces pages venaient d'être écrites. Nous n'en citerons que le premier feuillet :

a CH?st, de notre temps, la prétention de chaque minis- » tère d'être non seulement le seul bon , mais le dernier » possible.

» Le régime représentatif a cependant pour objet, tout le » monde en convient, de prévenir les grandes secousses » politiques, en réduisant à des questions ministérielle» les » divers systèmes de guuvernement. 11 enrégimente les » partis, les discipline, les cantonne, et place le trône au- '» dessus de leurs combats.

» Bien fous seraient les peuples qui ne sentiraient pas » cet immense avantage de telles institutions et ne se hâte-

NE SAURAIT SUBSISTER. m

» raient pas dVn profiter. Rien n'est plus douloureux qu'an » changement de dynastie. »

Ces lignes doivent ^tre profondément méditi^^s par tous les esprits sérieux. Nous, qui re^farduns attentivement, sans rancune et sans peur , tout ce qui se passe autour cl audessous de nous, nous voyons que, pour jh^u qu'on persiste h demeuHM* dans Tinipasse où Ton sVst fourvoyé, il ne restera bientôt plus de |>lace pour les opinions intermédiaires enire les optimistes et l«»s réformistes. Ce qui gagne de nombreux partisans ch la réforme, 'ce ne sont pas les discours pron«»ncés par MM. Duver^ier de ilauranne et Léon de Maleville au hanfpiet du Cli<^teau-Rouge; non, au contraire; mais ce sont «les ordn*s du jour motivés conune (vlui auquel M. de Moriiy a atta(*lié son nom ; (*c sont des séances déplorables comme (*<*llcs (pii ont man|ué les quatre derniers mois de celte si^ssion. Quand on voit une majorité porter ii ce point raveup:lcment ou Tabnégation, Tœil in» quiet clien'lie involontairem<*nt une issue , et Ton se dit : Mieux vaut encon» une réforme ave*» ses risqm'S, qu'une n*volution avec S4»s owbs.

Vous vem»z «pie «e minist«T4' , si Ton n'y prend garde, finira par arracher M. de Genoude au ridicule qu'avait Jeté sur lui le mot de réforme n*pété a t(»ut propos et hors de pn»p()S.

lieportez-vous aux causes d<* la chute du Directoire et de riiimpjre. Cctti* double chute, conmient M. Guisot r<*\plifIue-(-il 1 Par ces mots : L'ot bli de i.% rtA^ic.E.

Quelle leeonî quel averli>S4'mcntî La leçon sera-t-clle fM'rdue? l/a\erlisMMiient sera-t-il niécuiuui?

Voulez-vous \nus faire «le la giavjlt* de la situation une idée exact**':* — Li>ez «•«• «pii Miit : « Cvlmt un gouverne^ » wrnt roi/c à drs intcMs imliriilurls r( inraijahie de s'en »' tlistrairr imiir i rillrr tm.r intnrtsthi /.rtf/.t. Pi'ofnndéwient » r wprnniis, ars rhrfs lu* s'nrnipaictit (fuc (TcM^r-m^meS— " Lu t'ninrt' si'uh' ttiiit o?//*/iVc... »

Si ce <|U(* v< us \etit z (1(* lire n'c>t f-as la fieintuit» fidèle et sans e\a^ér«itiun de et* qut* n< u> av>ins si<us les yeui, il

n'y a pas lieu de s'y arrôter; mais si, au contraire, ce jugement porté sur le Directoire par M. Guizot s'applique avec non moins de vérité au ministère dont il est l'âme, que doit-on penser de ces dernières lignes : « Le Directoire » tomba méprisé et délaissé de la France, à qui il n'avait » jamais songé. »

Qui oserait soutenir que « la France n-est pas oubliée ? » Que tout n'est pas sacrifié au désir d'acquérir la majorité et de la ^^arder? Du surplus, qui s'en occupe, qui en prend le plus léger souci ?

« Traiter avec les masses, c^est le grand ressort du pou- » voir. » A cet égard , nous sommes pleinement de l'avis de M. Guizot ; mais pour cela que fait-on , qu'a-t-on fait? Là question est posée nettement, il faut y répondre catégoriquement. Le Journal des Débats ne saurait garder plus longtemps le silence sans paraître condamner, par ce mutisme expressif, le ministère plus sévèrement encore que nous ne le condanmons en lui faisant l'application des paroles dont M. Guizot ne contestera pas l'autorité, puisque ce sont les siennes.

Résumons-nous. Le ministère actuel ne saurait subsister parce qu'il a prouvé qu'il ne saurait changer d'esprit. La prolongation de son existence est devenue un danger sérieux. N'attendons pas qu'il soit trop tard pour le reconnaître. Quant h l'objection tirée de la difficulté de former un nouveau cabinet, il serait inutile de nous y arrêter; n'a-telle pas d'avance été réfutée par M. Guizot?

lis HOMMES.

•• Si un homme Min lent qui. j^r U m-uIc «tiiHlrlcrlftf do inn ci'nlf. comprenne le» hennins de» )K;uple« et Mit i'iliahle d'y rc|M>ii<lre |>!ir le pouvoir, que ert horoiiM M »'lnqulîjtc pa» «le» ■»»« inbltHMi. Fan*»c«. Il !<•• domptefA} •incircA, Il n'en fvrâ un Instrument. ••

Cl 17. >T lies Motjftu fie gouvernement»

23 juillet 1817.

Trois opinions sont en prôsencr :

a Toiichor il un vieil edilice e.st toujoiii^s un acle témé- » raire donl il esl r^iin' (iu\»n n'iiil pas ii se repentir; or, le » nnni.Ntère du ^J nciohre ISIO tvsl un viril éflilire (|u^îl a » déjii êlé ii**M*z iliflicilf. au ni.is de mai lSi7, de ninin- » lenirdehoul ; peu s'en <*>! fallu (pTil ne séertuilAt, car si » le temps, au lieu d'être au Immu, avait été à la pluie et » au hruuillard , imp(»s>il)ilite de transmettre par le télé- » i^Maphe il MM. Ja>r et Tn-zel Tinj »netii>n ii laquelle ils ne w se snnt rendus «pi'a leur voriis defnuiant : al«»rs, c'en » était fait du ministère! •> — Ain-^i raisunnenl les ininislèriels par pn>iiiun. immo|>ilf< p;ir earaetère, «praiieune passion n'erhaulTr. «pi'aiirune sympathie n'attire, qu*aueune illusiiin n'e;;ar«' . et cpietTraie au contraire tout chan- (;ement quelconcpie, ^i petit «pi'il soit.

« Le ciliinet actuel d it rrunir et centraliser sur une » seule tiM»' r.uli »n v{ la rr^p ins il.jlite du pouviûr; le ca- » hinet d<iit avoir un pn-nidrul M-.itahle, un président ©i-

» nistrc réel, et ce premier minisire ne saurait être que » M. Guizot. M. Duchètel nVst qu'un adroit discoureur, » M. Guizot seul est un grand orateur. De tous ses col- » lègues, sans exception, qui a jamais approché de la hau- » leur à laquelle il sVsl élevé dans toutes les discussions » où rexislence ministérielle a été sérieusement mise en » question, et où il a fallu la défendre contre MM. Barrot, » Bcrryer, Lamartine et Thiers? Sa magnifique parole n'a » pas d(* rivales ; en tout cas, aucune ne lui est supérieure. » Deux fois M. Thiers, ministre des affaires étrangères, a » été président du conseil ; si M. Guizot, ministre des af- » faires étrangères pendant sept ans, se relirait sans que » cette égalité entre les situations ait été établie, ce serait » une ingratitude et une faute. » — Ainsi s'expriment bruyamment à haute voix les amis particuliers de M. le ministre des affaires étrangères, plus zélés que nombreux, mais se multipliant par l'activité : 20 se multipliant par 10, et faisant autant de bruit que 200.

tt La seule combinaison raisonnable serait celle qui aurait » pour effet de renouveler le cabinet en faisant h M. Guizot » une situation à l'écart, en appelant M.Duchfttel au minis- » 1ère des finances avec la présidence du conseil. Ce qu'il » nous faucfrait, ce serait un ministère d'affaires. 11 est ma- » nifcste (jue c'est par le désordre financier et la mauvaise » administration que nous nous affaiblissons. Le dedans est » bien plus important que le dehors. Le meilleur ministre » des affairesé(rang(T<»s serait celui (pii ferait le moins parler » de lui et d<)nt on n(» s\)CCup(Tait pas plus qu'au Ixm » ienïps dt» MM. Sébastiani et de Rigny. M. Guizot est eom- » promettant. Quelles (»nt été, dans le passé, les épreuves » les plus périlleuses (lu'ait eues à traverser le ministère du » 29 octobre? Ne sont-<'e pas les deux votes relatifs au » droit de visite et ii rindcnmité Pritchard? D'où nous » viennent les dangers qui nous menacent dans l'avenir, » avenir très prochain ? NVst-H'c pas de la conclusion de ces » mariages dont M. (luizot a dit pompeusement que c'était

le plus grand fait de notre politique depuis dix-sept ans.

» parce que c'était le seul que la France eût accompli en » agissant isolément? » — Ainsi se parlent timidement à voix basse les momlires du rentre que leurs sympathies^ font incliner vers M. le ministre de Tintérieur, plus nombreux que zélés, plus réservés que dévoués : 100 sVigitant moins que 10.

Ce fidèle exposé suffit pour expliquer comment, au sein de la majorité , Popinion d'une minorité est sur le point de prévaloir.

De M. DurhAtel à M. fiuizot , nous en convenons, il y a toute la disliince de TlKunnie utile à l'homme illustre; à ce titre, la présidence du conseil revient de droit à M. Guizot; mais on s\'d)usc étranj^cinonl si Ton croit sincèrement que cette présidence» purement nominale aura pour elTet de le doter miraculeusement de l'aptitude aux affaires qui lui manque si ahsohunent , et de lui donner une influence plus grande que eelh» qu'il exerce actuellement sur les décisions du conseil. Au contraire, précisément parce que M. Duchâlel ne sera pas le premier ministre de nom, il tiendra plus que jamais à l'être de fait et s'arrangera en conséquence pour avnir toujours la majorité assurée d'avance h Pavis (pi'il émettra. M. (iuizot sera donc constamment en miiiorité. Le plus {j:rave travers doM. (îuizot, c'est Pexcès de son (»ptimisme (pii exclut en lui toute prévoyance, toute prudence, qui le fait doimer léle baissée dans toutes les dif!i<Miltès cjui surgissent, et prendre si .souvent recueil pour le port. La pré>id«*nee du conseil ne fera pas de M. (iuizol un meilleur pilote: loin de diminuer l'aveuglement de cet opliuii>me dangereux, elle l'augmentera plus tôt. M. Duclu'ltcl li' sait et le dit; il ajoute : A «pioi la présidence du conseil a-l-<'ll(» servi à .M. Thiers? — A le perdre deux fois : en fcMier iKiG et en mars 1840. Les conséquences de ce rai»proceinent se tiivnl d'elles-mêmes.

Si M. I)uchi*itel a raivin, M. d'Haussonville a nécessairement tt»rt. Les ami> fahati«pies de .M. (iuizot auxipiels la Hevuc df'S Dnix-Mouflcf; a servi d'écho le pousseraient donc h sa |>erte, et ne sauveraient pas le cabinet.

Le cabinet peut-il être sauvé ? — Nous ne le croyons pas. M. Guizot, au retour de M. Duchâlcl, aura beau partir pour le Val-Richer afin d'y rédiger son programme, il n'en rapportera jamais qu'un vain prospectus, qu'un brillant article de Revue, qu'une nouvelle édition de son fameux discours du 2 fioût 1846 aux électeurs de Lisieux, qu'un morceau d'éloquence, enfin; — c'est un professeur, c'est un écrivain, c'est un penseur, c'est un publiciste, c'est un historien, c'est un artiste, c'est un orateur, c'est tout, excepté un administrateur, un organisateur, un créateur, un homme d'État. M. Guizot s'est révélé tout entier dans ces mots : « La fai- » blesse des convictions fait celle des conduites. » M. Guizot a des idées générales, mais il n'a pas d'idées qui lui appartiennent en propre. De là son impuissance ailleurs qu'à la tribune. M. Guizot croit qu'il suffit d'amoindrir les choses pour les rendre plus faciles, de leur ôter toute grandeur pour les rendre pratiques; c'est là une erreur profonde. Telle petite entreprise est souvent plus chimérique qu'une très grande. On court toujours moins de risques à être fort que faible, grand (lue petit, courageux que timide, supérieur que médiocre. La loi du 28 juin 1833, sur l'enseignement primaire, l'a bien prouvé; elle a eu l>eau se faire aussi modeste que possible, elle n'en a pas été pour cela moins illusoire, elle n'en a pas rencontré dans Tapplication moins de résistances et do méc unptes; au contraire. Le ministceorateur des classes moyennes a pour les idées moyennes une prédilection marquée; idées moyennes :— idées mixtes, alliage de principes opposés ; idées moyennes : — idées sans vigueur qui restent à moitié du trajet, faute de la force d'impulsion nécessaire pour atteindre au but; idées moyennes : — idées neutres, ni virilité, ni fécondité.

Il n'y a donc rien à attendre du futur programme do Lizieux. Alors que M. Guizot y encadrerait la réforme postale rejetée par la majorité, la réduction de l'impôt du sel votée malgré le cabinet : ce no seraient plus que des idées d'emprunt, des pièces grossières mises à un manteau troué, des -'^nnessions tardives. Or, les concessions tardives sont des

cendres éteintes qui n'ont pas le pouvoir d'échauffer ce qui est froid, de réchauffer ce qui est refroidi.

Ou nous nous trompons fort, ou le cabinet actuel, reconnaissant lui-même sa propre impuissance, ne se présentera pas devant les Chambres, dont le retour toujours trop prompt le fora reculer au moment décisif ; ou s'il s'y présente, ce sera pour expier sa présomption. Quelque asservie qu'on la suppose, il est impossible que la majorité ne finisse point par comprendre les dangers sérieux que ferait naître une plus longue résistance de sa part à fermer les 3eux à la lumière et à l'évidence, quand le pays a les siens tous grands ouverts. Le gouvernement représentatif est un mécanisme où trois roues sont mises en mouvement. L'une d'elles ne peut s'arrêter isolément sans risquer de briser les deux autres. Mais, quand la majorité, dans la Chambre élective, opère h contresens de l'opinioH publique, le danger est bien plus grand encore. En effet, supposons que la loi électorale de 1831 ne soit plus, par suile de l'excès de la centralisation et de Vabus des influences^ qu'un docile instrument aux mains d'un ministère exercé, qu'un clavier assoupli sous des doigts habiles et rendant fidèlement tous les sons notés, qu'arrivora-t-il ? Parce qu'il plaira à cette majorité factice de se déclarer satisfaite, le pays devra-t-il se décia^ rer content? Parce qu'il jouira de l'apparence du gouvernement représentatif, devrîi-t-il renoncer ii en posséder jamais la réalité ? Qu'on y songe : du moment où l'opinion saine, éclairée, modérée, mais indépendante du pays, ne serait plus la source où s'alimenterait la majorité, il arriverait infailliblen)ent ce qui arrive à la chaudière d'une machine à vapeur, lorsque l'eau consommée avant que la flamme soit éteinte ne laisse plus attachée aux parois de la chaudière qu'une croûte desséchée : l'explosion est imminente.

Vainement M. Guizot se flatte d'échapper à la difficulté de la rédaction de son programme et à la gravité de la situation par la gravité des événements extérieurs. Il croiC que ces événements rendront nécessaire sa présence aux

aflFaires. Il s'abuse, il se trompe ! Ces événements prochains achèveront, au contraire, de déchirer le voile entr'ouvert; ils feront apparaître dans toute leur étendue les dangers de cet optimisme qui laisse la France à découvert, sans force et sans appuis, toujours placée dans Félroite alternative d'une faiblesse ou d'une folie. Ce qui a eu lieu à la fin d'octobre 1840 pourrait fort bien se renouveler en octobre ou en novembre 1847. Nous avons applaudi à la conclusion des mariages espagnols, mais toujours sous la réserve que ce serait l'aiguille qui servirait h passer d'une voie sur l'autre, h laisser en arrière la politique de la fausse entente cordiale, pour suivre la politique vraie de la solidarité continentale.

Il ne faut pas se le dissimuler, l'héritage que laissera le cabinet du 29 octobre 1840 sera peu désirable :

Une alliance rompue, l'alliance anglaise, et pas d'alliances qui l'aient remplacée ;

Une administration affaiblie par les abus, déconsidérée par les mauvais choix ;

Des finances compliquées, désordonnées, énervées;

Des travaux de toutes parts commencés, nulle part terminés ;

La colonisation de l'Algérie à l'état de projet de loi escamoté ;

Une marine insuffisante, parce qu'elle est isolée ;

Une armée qui est un poids et qui n'est pas une force ;

Une diplomatie improvisée, sans lumières, sans prestige, sans autorité;

Des ornières, pas de traditions.

Mais plus le fossé sera large et périlleux, et plus le pays sera disposé à y jeter un pont et h tenir compte de leur dévouement h ceux <iui accepteront de se mettre h l'œuvre. Plus le mal sera grand et manifeste, et plus, nous aimons à l'espérer, il rendra facile sinon la tAche, du moins la composition d'un nouveau cabinet; il modérera les prétentions excessives, il effacera les prétentions injustes, il ennoblira l'oubli de soi-même et rapprochera ce qui se tenait éloigné

plutôt par rivalité de positions que par dissentiment d'opinions.

Nous convenons avec le Journal des Débats que \c pays n'a pas beaucoup « d'hommes de rechange ; » mais h qui la faute? Est-ce h notre pays, est-ce à notre temps? Ne calomnions ni notre temps ni notre pays. La France produit amplement le contingent d'honmies nécessaire au recrute- . ment de sa politique : seulement, le gouvernement les emploie mal. Il les fait généraux avant de les faire colonels. C'est le moyen de n'avoir ni colonels ni généraux. Aussi est-ce ce qui nous arrive. Il en serait autrement si le travail était divisé comme il devrait Télre, si la responsabilité ministérielle qui n'admet qu'un degré en avait deux, si l'on multipliait assez les directions générales pour qu'elles formassent une pépinière abondante d'Iuîmmes expérimentés et éprouvés parmi lesquels il n'y aurait qu'à choisir les plus capables, en tenant cjmpte à la fois et de l'autorité acquise, et de la fermeté de caractère, et de la facilité d'éloculion. Un succès de tribune, un talent de parole, môme éminent, ne devraient pas suffire pour faire arriver de plain-pied au ministère un pan* ou un député. Autre chose est de conduire les affaires avec vigueur, ou d'en parler avec éclat. Sans doute il est juste de faire à la parole sa part, mais cette part, pour être légitime, ne doit pas être exclusive; autrement, on n'a pas un gi)uvernement, on a un spectacle, et le plus cher des spectacles ! Ce n'est pas évaluer à un trop haut prix que de porter à deux milliards au moins ce que la France a payé, depuis le triomphe de la Coalition, pour avoir la satifaction d'entendre successivement M. Thiers et M. (iuizot faire, en qualité de ministres, de grands discours sans proportion avec les actes d'une politique sans grandeur.

La stérilité de nos hommes d'État lient encore à une autre cause, sur lacpiellc il ne serait pas inutile de dire quelques mot3. Généralement, ils sont trop* enclins à penser que la politi(iue s'apprend sans letudicr; que les questions, imur être résolues, n'eut pas l)esoin d'être approfondies;

que les solutions se trouvent sans qu'on les cherche ;' que discuter vaut mieux que méditer ; que gouverner c'est improviser. Aux afTîiires, dès qu'ils y sont, le courant les emporte ; ils ont h donner des audiences et des signatures sans nombre ; ils ont à compter avec une multitude d'exigences et de prétentions (ju'ils croient devoir ménager ; il leur faut

• assister aux séances des Chambres; il leur faut se tenir constamment prêts à la discussion ; l'élévation de leur position leur impose encore d'autres devoirs qui, pour paraître frivoles, n'en sont pas moins impérieux ; à peine si des ministres laborieux et consciencieux ont un peu de temps à donner au repos; ils n'en ont aucun à donner à la méditation. N'eût-elle pas d'autre cause, que leur stérilité s'ex-

* pliquerait par l'épuisement. Cet épuisement s'explique de lui-même.

Mais plus cet épuisement a élé grand et plus ce devrait être un motif, sinon un devoir, pour les hommes qui ont cessé d'être ministres et qui n'ont pas irrévocablement renoncé à le devenir de nouveau, de ne rien négliger pour le réparer. Ce serait le moment de se livrer, dans le recueillement, h Texamen de questions que la politique trouv.e plus facile de dédaigner que d'approfondir ; de passer au crible les vérités et les erreurs qui ont cours ; d'interroger les livres, les écrits qui se publient, pour y chercher ou des idées ou des hommes; de demander h la science, à la théorie, ce que le temps est venu de faire passer dans l'application, de mûrir les réformes utiles, de s'approvisionner enfin de munitions de gouvenicment. Faute de celte précaution, qu'arrive-t-il? On entre au pouvoir sans direction, on en sort sans expérience, car IVxpérience ne profite qu'à la réflexion.

Aussi que de travaux excellents qui ne portent aucun fruit ! Que de boimes idées qui sèchent dans les livres, comme le froment mis au grenier, et qui, confiées au sillon, eussent produit des épis ! Que de lunn'ères s'éteignent étouffées I Que d'hommes s'ignorent faute d'émulation ! L'émulation fait les hommes. Mais où est parmi nous l'émulation? L'intrigue est partout, l'émidalion nulle part. Et nous nous élon-

nons de la rnrclé des hommes de valeur I Pour rallier une armée débandée, que faut-il? — Un homme. Pour donner à un régiment le courage invincible qui a souvent décidé du sort d'une bataille, que faut-il? — Un homme. Pour illustrer un règne, que faut-il? — Un homme. Pour mettre à leur place les honunes capables et pour en faire éclorc, que faut-il? Un honune supérieur, un seuLsuflit! L^âme de Napoléon visitait le corps de tous ceux qui le servaient. Ainsi s'expliijue comment ils se surpassèrent, et comment plus lard ce (pii, en eux^ avait été gloire ou force devint énigme.

{jn nn'nistre qui serait tombé du pouvoir et que Ton saurait attentif, dans sa retraite, a suivre tous les travaux de quel(|ue valeur, s'approvisionnant de matériaux, s'appliquant à iléniéler les honïnies d'avenir, les classant dans sa pensée pour en faire les ouvriers de son œuvre, un tel hunnne ne tarderait pas à ranimer Témulation qu'un souffle peut éteindre, (ju'un souffle aussi suffit pour rallumer!

Pour que les hommes se distinguent, il faut qu'ils sentent un regard bienveillant qui s'abaisse sur eux. L'indifférence égoïste qui se traduit par ces mots : « L'oubli du pays » est une ombre qui étouffe tout ce qu'elle couvre.

La France ne manque pas d'hommes ; mais un homme lui manque.

Si M.Giiizol croit être cet homme, qu'il soit élevé au plus tôt il la présidence du conseil : chaque heure de retard est un malheur public ; mais qu'il sache bien que si son im*puissance n\ste la même, la responsabilité en retombera tout entière sur lui seul, et qu'il ne de\Ta pas s'en prendra à la faiblesse de nos institutions. 11 lui est interdit d'oublier ses propres paroles :

« Si \m homme sunient qui, par la seule supériorité de » son génie, comprenne les besoins des peuples et soil ca- » pable d'y répondre par le pouvoir, que cet homme ne » s'inquiète pas des assemblées. Fausses, il les domptera; » sincères, il en fera son instnnnent. »

•i Sou.s le systbmc représentatif, la formation da roinist^^o doit être l'organisation complbte et forte do l'opinion qui prévaut dans les Chambres et le pays. Nulle influence importante qui émane de cette opinion ou agit sur elle ne doit demeurer en dehors... Ainsi so forment, dans les pays libres, les ministères qui gouverncnt et qui répondent h tous les besoins dout ils dérivent, et les font sûremotnt prévaloir. Autrement conçus, ils ne sont plus qu'une mince agrégation d'individus isolés, qui s'affaiblissent eux-mêmes en y entrant, au lieu de fortifier, par leur élévation, l'opinion ob ils ont puisé la vie, qui ne mettent en commun qu'nne influence douteuse, précaire, et renconti-ent bientôt des adversaires dans leurs alliés naturels, des obstacles là oii ils devraient trouver l'appui, m

cuiroT. Des Moyens de gouvernement.

26 juillet 1847.

En France, l'idée qui se présente nalurellemenl h Tesprit des hommes politiques qui ont vu sombrer au pouvoir les rivaux dont ils sont appelés à recueillir l'héritage ministériel n'est pas de chercher h faire autrement, mais de chercher h faire mieux la même chose, à «jouer mieux le môme » air, » selon l'expiTSsion de M. Thiers.

Aussi une chute est-elle toujours le prélude d'une autre chute qui n'est jamais la dernière.

Cette succession d'échecs n'a encoi^e servi d'enseignement à personne, transformé aucune présomption.

Au lieu de chercher dans la force de résistance des choses pour découvrir le moyen de vaincre les causes de cette impuissance, on trouve plus simple de l'attribuer à la faiblesse relative des hommes; il faut s'entendi'e, relative à

celle dont on se croit doué. C'est en effet ce qu'il y a de plus simple, m.ns non ce qu'il y a de plus sage, ainsi quo Tal teste roxpérience.

On se dit : quand je serai au pouvoir, je gouvernerai; on ne se dit pas : comment m'y prendrai-je pour gouverner?

C'est là, cependant, ce qu'on devrait se dire.

Que font, stimulées par la concurrence, les industries dont le progrès constant est le plus rapide? Se bornentelles à déployer plus d'application et de vigilance ? Non ; c'est en cherchant sans cesse h faire autrement qu'elles arrivent sans fin h faire mieux. Dès qu'une roule a été frayée*, elles n'ont qu'une pensée : en trouver une qui ne le suit pas encore.

On croit qu'assimiler le gouvernement à l'industrie, c'est abaisser le gouvernement; on se trompe; ce serait plutôt abaisser l'industrie, car l'industrie est en progrès, et le gouvernement est en retard.

Après tout, en France, aujourd'hui, qu'est-ce que c'est que le gouvernement?

Point d'illusions, point de grands mots.

C'est l'art de faire voler annuellement par la majorité quinze cents millions d'impôts. Ce devrait être l'art de les bien employer.

La royauté élue n'est héréditaire qu'h la condition de se légitimer par s:i nécessité. La royauté était un droit qui se tnnismeltoit au profit d'une famille; ce n'est plus qu'uoe garantie instituée dans l'intérêt de la société. Le plus solide appui des trônes, autrefois, c'était la force; aujourd'hui, c'est la confiance. Il importa? de ne pas l'oublier I

L'ari^^locralie de naissance sans la fortune est un levier sans poids.

L'aristocratie de fortune sans le mérite est un poids sans levier.

Légalité des classes n'existe pas, mais l'égalité des individus (^xiste, car toute aptitude reconnue, toute capacité relative possède la faculté de se produire et de s'élever.

L'égalité, c'est donc l'aristocratie illimitée, car c'est le rè-

gne des supériorités de nature et la déchéance des supériorités de convention.

Ce serait sans doute s'abuser que d'espérer qu'on puisse jamais supprimer les classes pauvres et souffrantes ; mais le pauvre peut devenir riche, l'inconnu célèbre.

C'est au pau\Te et à l'inconnu à ennoblir leur origine.

La lil)erté n'est plus une question de principe, ce n'est plus qu'une question de limite. Le temps saura l'élargir; le désordre seul pourrait la restreindre.

La France veut fermement le maintien de l'ordre.

La gouverner est une œuvre qui peut se passer plus facilement de génie que de bon sens ; mais si l'œuvre est simple, d'où vient donc que, confiée aux plus habiles, les plus habiles y aient échoué?

Il doit y avoir à cela une cause ; il y en a une en effet.

Le travail (jui aboutit aux niinistres est morcelé, il n'est pas divisé.

Imaginez donc une vaste manufacture où n'aurait pas encore pénétré le principe de la division du travail, ce pi'incipe réformateur et fécond auquel l'industrie doit d'avoir miraculeusement résolu des problèmes qui avaient longtemps i)aru insolubles : — Ce qu'elle vend dix francs en s'cnrichissant lui coûterait plus de cent francs à fabriquer.

Notre édifice politique ressemble à un immense bâtiment composé de plusieurs élages, où l'architecte n'aurait oublié qu'une seule chose : l'escalier.

Les commis ne sont pas des instruments mis en mouvement par les ministres ; ce sont les ministres qui sont des instruments mis en mouvement par les commis.

La France est gouvernée par des commis, et elle s'étonne de n'éU'c pas mieux gouvernée. Ce dont il faudrait s'étonner, c'est qu'elle le fût bien.

Celle paralysie donl elle souffre est le produit de la centralisation bureaucratique, aggravée par le régime représentatif.

Les ministres n'ont qu'u;ie pensée : — le discours qu'ils auront h prononcer pour assurer le succès d'un vote.

Les commis n'ont qirun but : — fermer l'accès des bureaux il l'esprit de réforme et d'innovation; l'empêcher à tout prix de se faire jour ; aussi ne déploient-ils d'activité que lorsqu'il s'agit de lui faire la guerre.

Or, sans l'esprit de réforme et d'innovation, où en serait l'industrie ?— Elle en serait où en est aujourd'hui en France le gouvernement.

Quelle est la réforme, si simple qu'elle fût, quelle est Pamélioration, si incontestable qu'elle pût être, qui n'aient pas commencé par rencontrer pour adversaires opiniâtres les ministres, dont le devoir, au contraire, eût été de prendre l'initiative?

El comment combattent-ils les réformes qui présentent le moins de doutes et d'objections, avec quels arguments?

Ils n'étudient pas les questions. Des notes leur sont remises, ils les apprennent, et montent intrépidement à la tribune, munis de force tableaux, états, statistiques, etc., tous pavés destinés à écraser l'idée, à l'étouffer avec préméditation.

Les ministres sont les avocats de leurs bureaux ; rien de plus.

Et comment en serait-il autrement? Où les ministres prendraient-ils le temps d'apprendre tout ce qu'il serait nécessaire qu'ils sussent par eux-mêmes?

Pendant la session, la culture de la majorité les absorbe tout entiers.

Après la session, le besoin de repos se fait sentir.

Avant d'arriver aux affaires ? — Mais, ou ils sont avocats, et il faut (|u'ils plaident ; ou ils exercent une autre profession, et, dans le doute, ils ne veulent pas la délaisser; où ils sont grands propriétaires, et ils ont leur fortune à administrer; ou ils sont écrivains, et ils font des livres.

Entre le départ et le retour? — Mais aux ministres qui ressent de Tétre, aucune position n'est faite. Ils ne descendent pas, ils tombent. Il y a quatre ans, une loi h Peffet d'instituer des ministres d'État fut présentée; elle eut pour rapporteur M. Dumon ; mais, conçue dans un esprit étroit et

exclusif, elle est resiée h l'étal de rapport aluindonné. Col abandon fut une faiblesse et une faute.

De deux choses l'une :

Ou il faudra abolir Ij centralisation administrative, afin do donner aux ministres le temps de se recueillir et d'étudier les grandes questions qu'ils ne sauraient résoudre s;ins les avoir suffisanniient méditées, ou il faudra changer profondément un mode de travadqui aboutit forcément à Unipuissance ministérielle.

Ce (ju'a de rigoureux cette allemalive n'est pas contesté.

M. le comte d'Haussonville, dans le récent article de la Hevue des Do u.r-3I ondes, oii il disait que a le cabinet seniit » fort compromis s'il abordait les débats de l'adresse 1848 w comme il a abordé ceux de cette année, » où il exposiiit très bien comment neuf ministres ne sauraient suffire à l'immensité de la lAche que font peser sur eux la centralisation administrative et les exigences parlementaires, M. lo comte dHaussonville pro[)ose (raugmenter le nombre des nn'nistres, d'imiter ce (pii existe en Angleterre, où le calunet de loni J.ihn Hussell est composé de seize iuenibr(\s.

Le remède serait ineflicace, nous le craignons; il aggraverait plutôt le mal (|u'il ne ratlénuerait.

Il ne faut pas comparer la France à l'Anglolerre.

Kn AnghHerre, une aristocratie puissante et pas do centralisation :

Kn France, une centralisaliî»n puissante et pas d'ari.slocratie :

En Angleterre, un système municipal aussi fort qu'il est faible en France :

Kn Angleterre, beaucoup de bon sens et peu d'ospril ;

En France, beaucoup d'esprit et peu de bon sens.

Augmenter le nombic (Ws départements niinîslériols, va serait morceler encore plus h» travail, ce no serait pas le diviser.

Morct'ler, c'est briser en morceaux, couper en Iruncons, séparer en fragments;

Diviser, c'est créei* des unités.

L'unilé est ce qui, p«irlie cPun tout, constitue par soimôme un entier, à un degré inférieur.

Le régiment (jui fait partie deParmée, le bataillon qui fait partie du régiment, la compagnie qui fait partie du bataillon, sont (les unités.

Augmenter le nombre des départements ministériels, ce ne serait pas simplifier les rouages administratifs, ce serait les compliquer; ce ne serait pas diminuer la perte de temps, ce serait la grossir ; ce serait accroître encore le noml)re des rivalités, des dissentiments, des tiraillements, des hésitations, des discussions ; ce serait affaiblir le pouvoir et non le fortifier.

Les départements ministériels sont au pouvoir ce que les doigts sont à la main. Le nombre n'en saurait varier arbitrairement. Le croire et le prétendre est une erreur dangereuse qu'il importe de combatre. Un doigt de moins, un doigt de trop, sont également une difformité.

Le pouvoir n'est rien, s'il n'est pas la représentation, l'expression d'une pensée commune.

Nous n'avons déjà que trop de ministres tirant en sens divers et parfois en sens contraires.

De là le gaspillage de ressources précieuses, de là les inconséquences, les tergiversations d'une politique essayant d'effacer la lionte d'une faiblesse par le danger d'une témérité, ayant toutes les prétentions et ne sachant en soutenir aucune.

Mieux vaudrait n'en avoir qu'une seule et la faire prévaloir.

Un ministre des affaires étrangères, dans aucune circonstance, ne devrait prendre une plume d'une main sans tenir de l'autre une balance exacte p' ur y vérifier ce que pèsent le crédit, l'année, la marine de son pays.

Dès qu'il agit isolément sans s'être ainsi préalablement et rigoureusement rendu compte de tout ce qu'il peut oser et de tout ce qu'il doit craindre, il laisse voir qu'il est au dessous (le sa tâche.

Il ne suflit pas de mettre de la fermeté dans la rédacUon

de SCS dépêches, il fauts-ôlrc assuré les moyens d'aller jus qu'au hou!, autrement on s'expose à se trouver toujours placé entre « une faiblesse ou une folie. »

Il n'y a pas de grande politique sans une idée, de gouvcrnenitMit prépondérant sans un système.

Ou peut augmenter le nombre des départements ministériels de deux ou de quatre départements nouveaux ; ministère des cultes, ministère des colonies; on peut le doubler même, si on lèvent, les choses n'en iront pas sensiblement^ plus mal, mais s'imaginer qu'elles en iront mieux, c'est s'abuser.

Ce qu'il y aurait à faire, il y a plus de dix ans que nous l'avons dit, ce serait de créer une responsabilité de second degré.

Par la créatioii d'une responsabilité de second degré, nous entcndms la création de directions générales sur une grande échelle. Dans ce système, les directeurs généraux seraient au ministre ce que sont les colonels au lieutenant-général suus les ordres ducpiel ils sont placés.

Chaque département ministériel compterait autant de directeurs généraux qu'il serait susceptible de se diviser en unités distinctes

L'unilé, c'est la simplification, c'est la puissance du levier appliquée à Tévolulion des hommes et des idées.

Indépendanniicnl de cet avantage de faire sortir le mouvement de riininobilité, connue le statuaire fait sortir la sl.itue du bloc, la multiplication rationnelle du nombre des directions générales aurait encore un autre avantage, ce serait de. fornier une abondante pépinière d'administrateurs exiiérimeutés, paimi lesquels la couronne pourrait recruter des ministres qui ne Si;ient pas obligés, comme nous en avons le spectacle sous les yeux, de prendre pour précepteurs et pour guides leurs chefs de division.

Il n'y a pas assez de positions secondaires; il y a trop de positions dj preniier ordre. Qui le nierait aurait oublié ce qu'il a vu au m >is de mai 18i7, quand le cabinet actuel a pris la résolution de renverser trois de ses membres. Quelle

LES GHOBES. Wi

difficulté le cabinet nVt-il pas eue à se recruter, et comment s'est-t-il recruté? Au hasard; en se confiant à l'incon* nu, ou à peu près. L'existence du ministère n'eût pas été à la merci d'un nuage pouvant intercepter les signaux télégraphiques, s'il avait eu à choisir trois ministres pai*mi quarante ou cinquante directeurs généraux habiles et actifs, ayant passé par la double épreuve et des affaires et de la tribune.

Mais pour que cette idée, que nous avons déjà exposée ail-* leurs avec plus de méthode et d'étendue, portât ses fruits, il ne faudrait pas, il est VTai, que les nouvelles directions générales crevées se transformassent en lieux de refuge pour les servilités intrigantes, en lits de repos pour les dévoûments sans capacité.

Los meilleures choses ne sont bonnes qu'à la condition de les préserver de l'abus. Chauffée à un certain degré, ce n'est plus la vitesse, c'est la mort que donne la machine à vapeur. Si on érige en doctrine ce qui existe malheureusement en fait parmi nous, si l'on érige en doctrine qu'on abusera de tout, il est inutile de songer à sauver rien. Il n'y a plus qu'à se résigner et qu'à attendre le jour alors inévitable d'une révolution nouvelle. Il y a peu de révolutions sans excès, il n'y a pas de révolutions sans causes. Toutes les révolutions ne se justifient pas, mais toutes s'expliquent.

Les hommes qui sont aujourd'hui en position de prétendre au pouvoir sont comptés : ils sont connus. Là où M. Thiers et M. Guizot ont échoué, nul ne réussira s'il ne s'y lircnd autrement et s'il se propose seulement de faire mieux. 11 ne faut pas se faire, à cet égard, les illusions que se firent en 1839, peut-être de très bonne foi,, MM. Thiers et Guizot, qu'en tout cas ils surent habilement faire partager au pays, lorsqu'ils prirent le commandement de l'opposition sous le nom de Coalition, et s'offrirent en ces termes au corps élootoral :

a Tant que le cabinet subsistera, toutes choses resteront » ou seront remises en suspens et en question ; la dignité » et la sécurité du pays chancelleront également... »

Au bout des mêmes illusions seraient les mêmes déceptions. Non, on ne ferait pas mieux ; donc, il faut faire atirtrement,

II faut faire ce qu'indique avec raison M. Guîzot; il faut que le cabinet qui sera appelé à remplacer le ministère actuel vise plus haut et plus loin qu^à s^assurer la majorité dans les Chambres ; il faut qu^il vise a se concilier aussi la majorité dans le pays : il faut qu'il réponde k tous les besoins légitimes dérisoirement ajournés ; il ne faut pas qu'il soit une mince agrégation d'individus isolés, s'affaiblissant eux-mêmes en y entrant ; il faut enfin qu'il ait des convictions et des idées.

• ToQt room le peuple! rinon tont pab lall »

27jiimeCl847.

Les idées s'expriment par des mots, mais les mots vent exprimer des idées.

Quatre mots ont la prétention d'être les quatre angles de PédiGce politique au frontispice duquel est écrit : JvoBkt

Ces quatre mots sont : •

LA paix; l'ordrb;

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