‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 39 sur 96 · LA LIBERTÉ ; L'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ ; L'ÉGALITÉ

Ces mots expriment-ils des idées, ou serveni^b seule* ment de noms ir quatre figures allégoriques?

C'est ce qu'il importe de rechercher.

Il ne suffit pas de dire : le parti conservateur veut la pab. Tordre, la liberté, I'égalité ; tous les régimes qui se sont succédés en France depuis un demi-siècle, tous les partis ont tenu ce même langage. Napoléon, durant tout son règne, n'a laissé échapper aucune occasion de proclamer que la Paix était l'objet de ses vœux les plus chers. Le 25 JaiUel 1830, la Restauration déclarait encore que les ordonnanoee qu'elle venait de signer n'étaient qu'un retour à la Charte

et n'avaient pas pour but a de changer nos institutions, mais » de les consolider, de les rendre plus immuables. »

Vouloir la Paix, POrdre, la Liberté, l'Égalité, c'est vouloir ce qui doit les rendre durables.

La Paix qui ne repose pas sur la solidarité des intérêts, qui seule fait la solidité des alliances, est une paix précaire et dispendieuse; ce n'est pas la paix, c'est une trêve. Malheur au pays qui s'endort sur la foi de cette erreur de noms!

L'Ordre qui n'est fondé que sur l'intimidation légale et la force armée est un ordre fragile et qui n'existe qu'en apparence ; ce n'est pas l'ordre, c'est la compression ; au bout de la compression est l'explosion. Malheur au gouvernement qui confie exclusivement son avenir à la fidélité de son armée, à la vigilance de sa gendarmerie, è la rigueur des lois !

La Lilx*rté *qui ne doit qu'à la défaite du pouvoir les triomjAes, quels qu'ils soient, qu'elle a remportés, la liJ)crté qui n'est pas l'accord du droit et du fait marquant Je progrès du temps, la maturité de la raison, l'âge de la nuijorité politique accompli pour une nation, est une liberté fugitive, suspecte et ombrageuse, menaçante et menacée; ce n'est pas la liberté : c'est une bataille perdue, c'est une revanche à prendre, c>st une réacJion ; ce n'est pas un germe. Malheur au pouvoir qui se souvient qu'il a été vaincu et qui n'a accepté la liberté que comme une capitulation !

L'Égalité, qui n'est pas l'aristocratie intellectuelle, la légitimité par le travail de toute élévation, l'égalité qui procède par l'abaissement de ce qui est au-dessus de son niveau, au lieu de procéder par l'exhaussement de ce qui est audessous, qui agite la lie du vase et l'attire du fond à la surface, décourage la capacité et encourage la présomption, affaiblit ce qui est fort au lieu de fortifier ce qui est faible, appauNTit les riches sans enrichir les pauvres, fait le sol à son image par l'excès jilu morcellement, entretient l'envie et éteint l'émulation, est une égalité funeste ; ce n'est pas l'éga-

LES IDEES. 2d9

lité, c'est la décadence. Malheur à la société qui se laisse glisser sur cette pente !

a Les révolutions sont les idées d'une époque (1), » a dit un grand historien qui est un grand orateur et qui fut un grand poète ; interrogeons donc sans illusion comme sans dénigrement ce passé que nous avons vu naître, dont le laborieux enfantement dura trois grandes journées, dont le berceau fut une barricade, dont le premier pas restera marqué par la Charte du 7 août 1830 !

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