‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 43 sur 96 · PAS DE CONCESSIONS : DES CONVICTIONS · texte numérisé non relu

PAS DE CONCESSIONS : DES CONVICTIONS

D des concessions qui sont des capitulations de principes. D C'est qu'il n'y a pas d'exemple que les concessions aient D jamais sauvé une cause perdue. » Non, point de politique de concessions, nous n'en voulons pas ; mais une politique de convictions : voilà ce que nous voulons, ce que nous avons toujours voulu.

Si le ministère actuel croit qu'il n'est pas juste que tout juré soit électeur, comme tout électeur est juré ; si le ministère croit qu'il n'y a pas dans la Chambre des députés un trop grand nombre de fonctionnaires publics, s'il ne croit pas que la « limite » (1) soit dépassée, il ne faut pas qu'il laisse entamer la majorité qui le soutient ; si le ministère croit que le système militaire en vigueur dans l'Algérie est le meilleur, il faut qu'il y persiste, il faut qu'il le défende, il faut qu'il le démontre, il ne faut pas qu'il l'abandonne; si le ministère croit que l'adoption de la taxe des lettres à 20 centimes est à la fois moins équitable et moins avantageuse que la conservation des zones, il faut qu'il ait le courbge de son opinion ; si le ministère croit que la réduction de l'impôt du sel ne sera ni économiquement, ni politiquement une bonne mesure, il faut qu'il se garde de tomber dans l'erreor commise en 1831, par M. Thiers, la réduction de l'impôt sur les bpissons, erreur qui a coûté 30 mil- . ions de perte annuelle au Trésor, près d'un milliard en capital ; si le ministère croit que la dépense de PefTectif militaire ne saurait être considérablement réduite, ilfautqu'il la maintienne ; si le ministère croit que son système politique est bon, il ne faut pas qu'il en change, etc., etc., etc.; dût-il plutôt se retirer! Encore une fois, pas de concessions, mais des convictions. Les concessions sont aux convictions ce qu'est la cendre éteinte au charbon ardent, sans lequel la vapeur n'existerait pas.

Les réformes, pour être fécondes, les réformes, pour n'être pas sans danger, veulent qu'on croie en elles. Qui les nie a raison de s'en défier î

(1) Expression do M. Duchàtel.

Nous avons foi dans les idées, nous avons confiance dans Pesprit d'initiative ; nous avons fait la remarque qu'en tout temps la peur avait moissonné plus de victimes et causé plus de désastres que l'audace ; la mollesse nous alarme, la vigueur nous rassure. Ainsi s'explique comment, tout en nous proposant le môme but que le Journal des Débats^ nous différons sur les moyens de l'atteindre.

« L'opposition — dit le Journal des Débats — n'est cyu'une » ligue impuissante et découragée de tous les partis, une » cohue de critiques sans vigueur et sans idée, dont les ef- » forts même ont abouti h quoi? A deux vieilles proposii> tions sur la réforme électorale et sur la réforme parle- » mentaire. » Nous ne disons pas le contraire, mais nous disons : si l'opposition est si faible, le gouvernement n'en est que plus impardonnable de ne pas être fort ; si l'opposition n'a pas d'idées, cela m? justifie pas le gouvernement d'en manquer, et de se condamner volontairement à la lutte de l'indigence contre la misère.

La politique que nous comprenons est la politique d'initiative et de diversion. « Ce que j'admire dans Christophe » Colomb, dit ïurgot, ce n'est pas d'avoir découvert le nou- » veau monde, mais d'être parti pour le chercher sur la foi » d'une idée. » Nous sommes comme Turgot, et ce qu'il admire est aussi ce que nous admirons.

N'y a-t-il donc pas de notre temps de grandes choses à entreprendre? M. Duchâtel répond non (1) ; mais M. Guizot répond oui (2). Nous sommes our M. Guizot contre M. Du-

M. DTJCUATEL. M. GUIZOT.

a Le gouvernement n'est pas «r Vous avez de vous -mOmes une trop condamné au métier d'inven- petite idée; vous n'ôtes pas seulement apteur ; ce n'est pas la tâche d'un pelés is correspondre avec vos fonctionnai» gouvernement. Inventer des res et h mettre des gendarmes en mouve- 8yî?tèmes , les jeter dans le ment; vous avez droit de concevoir de pays, con(juérir pour ces sys- grands desseins, d^accompiir de grandes chotèmes ra?»cntiment do l'opi- «f.s, de parler enfin à Vimagination de* nion générale, ce n'est pas là pmples aussi bien que de veiller à la suie devoir, ce n'est pas là la reté de leurs intérêts. La révolution n'a fonction du gouvernement. » pas labouré la France pour se reposer dans Moniteur^ 29 fnai 1846. le giron d'un ministère ekdobmi. »

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