‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 44 sur 96 · PAS DE CONCESSIONS : DES CONVICTIONS. 3Î · texte numérisé non relu

PAS DE CONCESSIONS : DES CONVICTIONS. 3Î

châte] ; nous croyons fermement avec M. Guizot que a la Révolution n'a pas labouré la Frtmce pour se reposer dans le giron d'un ministère endormi ; » nous croyons qu'il y a de très grandes choses h faire dans Tétat actuel du monde. Pourquoi ne pas les entreprendre, pourquoi ne pas essayer de les accomplir? De deux choses l'une : ou l'opposition suivra le gouvernement sur ce terrain, et alors la question de réforme électorale tombera dans le plus entier discrédit, ou bien l'opposition craindra de se hasarder hors de ses vieux reXranchemcnts, et alors tout l'avantage sera du côté du gouvernement ; pour lui seront toutes les sympathies des masses; et, comme l'a très bien dit M. Guizot: a Traiter » avec les masses, c'est le grand ressort du pouvoir. » Mais les masses sont au gouvernement ce qu'est le lion h l'homme qui le garde : la force physique en regard de la force morale. Celle-ci doit toujours veiller, ne jamais s'endormir. Un seul instant d'oubli serait sa perte !

Nous avons moins d'expérience, assurément, que leJour-^ nal des Débats ; nous n'avons pas, comme lui, assisté à la naissance de la République, h la triste fin du Directoire, k l'avènement du Consulat, aux deux chutes de l'Empire, an retour de l'île d'Elbe et au départ pour Sainte-Hélène; nous n'avons pas, comme lui, vécu dans l'intimité de la Restauration et d'une multitude de ministres : donc, quand il conseille des concessions, peut-être a-t-il raison; et, quand nous les combattons, peut-être avons-nous tort; mais ce tort vient de ce que nous croyons que les convictions donnent la vie aux réformes, que les concessions donnent le jour aux révolutions.

LE DROIT DIVLN.

31 juiUet 1847.

Alors qu'il serait vrai, ce que nous n'admettons pas, que ia France ne puisse avoir d'alliances solides et sincères qu'à la condition de rétablir sur le trône le droit divin des dynasties, suffirait- il de le démontrer pour rendre possible le retour de M. le duc de Bordeaux ?

Alors qu'il serait vrai, ce que nous n'admettons pas, que l'ordre dans une société ne puisse exister longtemps sans une puissante aristocratie de naissance (laquelle ne pourrait subsister sans le droit d'aînesse et le régime des substitutions) ; suffirait-il de le penser sans oser le dire pour faire rétrograder la France d'un demi-siècle? Là où la restauration et M. de Peyronnet ont échoué, qui réussirait; nous disons plus, qui oserait?

Alors qu'il serait vrai, ce que nous n'admettons pas, que pour changer la réalité des choses, il fallût préférer aux idées de la Presse les doctrines de VUnion monarchique^ suffiraitil pour faire prévaloir celles-ci de nous mettre à leur suite et de leur servir d'écho?

C'est peut-être de notre part une infériorité d'esprit, une infirmité de corps; mais, dans tout débat, nous avons besoin de sentir sous nos pieds la terre ferme des faits accom-

plis. Nous laissons voiontiersk ceux qui ont le vol de Paigie, le privilège de planer au-dessus des nues. . Les révolutions de 1789 et de 1830 ne sont plus à accomplir, et si on lesrecommonrnit, il est au moins douteux que ce fût pour reculer au lieu (ravancer, pour substituer le drapeau blanc au dra|)enu tricolore, le droit divin au droit consti* tutionnel, le principe aristocratique au principe démocra* tiffue, faire ck' VCnion monarchique le Journal des Débati d*une nouvelle édition de Tancien régime. Cela est aussi peu probable que dVspérer qu'on abandonnera le fusil et le canon pour la fronde et Tarbalete, les chemins de fer pour les messageries, les machines h va|)eur pour les machines k bras.

Nous prenons, nous, les choses telles qu'elles sont, nous n^avons pas la prétention de les inventer, ni la volonté do les détruire : nous n^avons qu'un désir, qu*un but, c'est de les rendre moins imparfaites. Si le repnK»he peut être adrcsse avec raison, il un journal, de vouloir <i mattris<T la marcfta ï> des idées et supplanter la Providenre » assun'Mnent, ce n est pas à la Presse. Il n'y a pas, sous ce rap|>ort. un Jour* nal qui ait des pnMentions plus niodestes.

Deux révolutions ont eu lien : ii la suite de la demi^^e, la branche cadette des Doiirbiins a été mist* li la place de la branche aînée, exilée pour la se(*onde fois : une ntmvello <'harte a été priM-lamée: le n'»gime n»présentatif. sans fonctionner aussi bien que eela serait |xissible,fonrtionnecepeii* dant et fonrtionne mieux, infiniment mieux, que lians la première.|)éri«Mle, qui s'est ée.»ulét» de iHl'iii IKtO.oiiàpeino une loi élertornle était promulguée qu'on en pn*sentait aussiti\t une autre : où la liberté de la presse, dix fuis .sii.spondue. n'apparaissait un moment que |N>urpré|Mirer le n^tour de ht censure ou du privilép» !

Voilà t*e que nous ne |M»iivoii.s ni ne voulons oublier.

Si le> hommes et le> faits ne sont rien, si les principes sont tout, d'où vient doue que la coun»nne de Louis \IV, après .s'être tiTnie sous Louis XV, soit allée nmler lians le s«ing S4IIIS l'eeluifaud de Louis XVI? Comment explique-4-

on les différences qui marquent le règne d'Henri IV de celui de Louis XIII, le règne de Louis XIV de celui de Louis XV? Le principe n'avait pas changé, Péclal fut-il le même? Si les hommes et les faits ne sont rien, si les principes sont tout, d'où vient donc que ceux-ci n'aient pas suffi pour protéger et préserver la Restauration? Sans doute il est des positions qui sont des avantages, des principes qui sont des forces ; ce n'est pas nous qui le nierons, pas plus que nous ne nierons qu'il soit plus facile de descendre le cours d'un fleuve que de le remonter, de se rendre, par exemple, de Rouen au Havre par la Seine que du Havre à Rouen ; mais enfin, quand on est au Havre on n'est pas à Rouen. Il ne s'agit pas alore d'aller en aval, il s'agit de naviguer en amont.

De 1815 à 1830, vous descendiez de Rouen au Havre, vous aviez le courant pour vous ;

De 1830 à 1847, nous remontons du Havre à Rouen ; nous avons le courant contre nous ; ,

Soit.

Mais prenez garde à ce que vous dites : s'il est plus facile de naviguer le vent en poupe, qu'avec le vent en proue ; s'il est plus facile de gouverner quand on a pour soi les principes qu'alors qu'on a contre soi les résistances, si cela est vrai, si cela est incontestable, bien incapables étaient donc vos pilotes et vos hommes d'État, nous pourrions même dire : bien coupables î

Mais la vraie sagesse est celle qui avertit ; ce n'est pas celle qui récrimine. S'arrêter à regarder le passé, c'est tourner le dos à l'avenir.

Toute chose a ses avantages et ses inconvénients. Si la valeur elle-même a ses prodiges, elle a aussi ses périls.

Nous acceptons le régime représentatif tel qu'il est issu de la révolution de 1830, précisément parce que nous n'avons pas la prétention « de supplanter la Providence. » Nous inclinons respectueusement la tête sous ses arrêts.

Maintenant est-il vrai de dire que sous ce régime, la France soit condamnée a à l'anarchie, à l'impuissance, à la violence, » ai la mort? » Nous le nions. Est-il vrai de dire que la

France doive renoncer « h ses alliances naturelles ? » Nous le nions. Esl-il juste de lui imputer a l'oppression de Pes- » prit par la matière, de Pinlelligence par Tintérôl, dç » l'ordre social par l'organisation disciplinaire ? » Nous copions les expressions de V Union monarchique. Ce qu''\\ peuty avoir de vrai dans ce reproche n'apparlient-il pas moins au pays où nous sommes nés qu'au temps où nous vivons? N'est-ce pas plutôt la faute du siècle que celle de la France?

Cette tendance contre laquelle V Union monarchique s'élève sans mesure est-elle exclusivement nationale, n'est-elle pas universelle, ne règne-l-elle pas en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, dans l'Ancien «t le Nouveau-Monde?

11 n'y a pas de grand règne qui n'ait*eu ses taches et ses contresens, ses jours de faiblesse et d'inconséquence ; il n'y a pas de régime (jui n'ait ses imperfections et ses abus. Le nôtre recèle assurément beaucoup de graves abus, mais on peut en diminuer le nombre, en atténuer la gravité ; le nôtre laisse encore beaucoup à désirer sous le rapport de la perfection, et nous n'entendons ici parler que de ce\\fi dont il serait susceptible; il est faible comme tout ce qui vient de naître, compliqué comme tout mécanisme qui vient d'être inventé; mais moins compliqué, il sera plus puissant, sa force s'accroîtra en raison de toutes les résistances supprimées, de tous les frottements évités.

Ce régime est-il tout ce qu'il doit être? Ne peut-on le rendre moins imparfait? A ce sujet nous n'avons aucun doute, et quand nous en exprimons la conviction, nous ne pensons pas que l'illusion nous égare.

Vienne le ministre de ce règne, comme Henri IV a eu Sully, Louis XUI Richelieu, Louis XIV Colberl, et la France n'aura à envier au passé ni gloire ni grandeur; son alliance sera recherchée par toutes les puissances dont elle deviendra le lien en même temps que la garantie ; son rôle sera celui (l'arbitre de la paix; son crédit sera le levier qui lui servira à tenir le monde en équilibre. Mille diflicultés s'applaniront. De toutes parts surgiront des forces inconnues. •

La fondation du régime représentatif peut ôtre comparée à

rétablissement d'un chemin de fer qui, tour à tour est obligé de percer une montagne et de franchir un fleuve; ici, de baisser le terrain, de creuser une tranchée, de bâtir un long ttmner, là, d'élever le terrain, de former un remblai, de construire un audacieux viaduc. De môme que la rapidité et .réconomie ne s'obtiennent qu'en vainquant ainsi les obsta- .,-^les, tout en tenant compte des pentes et des courbes, de même la liberté et l'égalité ne sauraient non plus s'obtenir sans vaincre des obstacles différents, mais égaux, tout en tenant compte de pentes et de courbes non moins nécessaires à ménager. Le génie de l'homme a surmonté les premiers de ces obst<icIes, il saura surmonter aussi les seconds. Que faut-il à la France? Elle a un roi habile et prudent qui, quoi qu'on en dise, n'oppose de résistance à aucun progrès ; il lui faudrait un grand ministre; M. Guizot aurait pu l'être! A cette admirable locomotive, le feu, le feu sacré de la patrie, seul a manqué. Mais parce qu'une locomotive est trop faible, ou bien parce que le combustible se fait attendre, faut-il condamner et briser le chemin de fer qui n'en est pas responsable ?

1" août 1847.

Le droit divin est renié par VUnion monarchique^ et traité de a vieille argutie. » L'aristocratie de naissance n'est pas plus ménagée : a Une question de cette nature peut remuer » beaucoup de vanités et allumer beaucoup de passions ; le » problème moderne est au-dessus d'une discussion qui ne » se résout que par {{es jacqueries,.. Est-ce qu'en présence » d'une situation aussi violente, aussi désespérée que celle où » nous nous trouvons, il est permis ë des politiques de venir » proposer le droit d^ainesse et des substitutions ? Est-ce » qu'il ne suffit pas de l'hérédité commune à tous, pour ser- »- vir d'aliment aux haines insensées ? »

Ainsi s'exprime textuellement VUnion monarchique.

Donc :

Plus de droit divin, — vieille argutie :

Plus d'aristocratie, —jacquerie;

Plus de droit d'aînesse, — amichronisme :

Plus de substitutions, — immense péril !

Toutes choses dont l'abandon simplifie assez la question. mais en fait naître une autre.

Cette autre, c'est celle-ci ; Pourcpioi S. A. R. le duc Bordeaux sur le trône plutôt que S. M. Louis-Philippe ? 0 viendrait y représentera, le duc de Bordeaux? A qw source puiserait-il « ces principes qui portent en eui- » mes la génération du bien et qui sont appelés à sauvef » société ? »

Mais, avant d'aller plus loin, commençons par faire Tavea de notre indignité. Il y a de grandes et profondes définitioiis à la hauteur desquelles la médiocrité de notre esprit n'atteint pas ; (|ue V Union monarchique nous le pardonne ! Noos n'avons guère que l'intelligence bornée de rou\Tier qui ajuste un écrou.

Exemple : cette définition, très profonde oertainemeni et que sans doute Montesquieu ne désavouerait pas : t Pour » nous, il nous suffit du droit propre à chaque corps de na- » tion, dérivant de la nature des choses pour arriver à Pin- D violabilité des lois qui constituent la société. >

L'Un ton monarchique nous obUgera de vouloir bien nous expliquer ce que cette grande phrase veut dire. En attendant, nous nous bornerons à répondre seulement à celles de ses propositions qui sont exprimées en termes assez clairs pour que nous les comprenions.

Mais commençons d^abord par vider le défi que VL'ni4m monarchique nous porte en ces termes :

« La Presse prononce le mot de dt.^asties. Que signi6e » ce Tnot pour elle? Veut-elle nous le dire? Nous len dé- » lions I »

A cette intimidante question, voici notre modeste réponse :

Pour nous, dynastie signifie : — hérédité du trône, garan* tie par ces deux principes constitutionnels :

Inviolabilité royale :

Responsabilité ministérielle.

Ces principes, nous le reconnaissons volontiers, et nous l'avons déclaré maintes fois, n'ont pas été observés en 1830: mais les peuples ne sont pas tenus à être plus conséquents et plus infaillibles que les rois. Plus d'une fois, la raison la emporté sur la force, mais aussi la force Ta souvent emporté (Sur la raison.

S'il était possible dempécher la révolution de 1830, pourquoi VUnion monarchique et ses amis ne Tont-ils pas empêchée? Nul, sans contredit, n'y était plus intéressé. S'ils ne l'ont pas prévenue ou réprimée, c-est assurément parce que cela n'a pas été en leur pouvoir. 11 y a donc des événements que la force des honmies est impuissante à arrêter!

La révolution de 1830 une fois accomplie, qu'elle ait eu lieu par un motif ou par un autre, qu'y avait-il h faire? L'accepter. C'est ce que nous avons fait. Empêcher que laveuj^lonuMît d'une majorité asservie ne mette le pays à une troisième épreuve dont il serait à craindi'e qu'il ne sortit pas sans la teindre de sang, c'est i\ quoi nous mettons tous nos cfTorts. Ces efTorts, soit dit en passant, sont tels, qu'ils nous donnent le droit de prétendre (fue nous sommes plus conservateurs <|ue ceux qui nous en contestent le nom.

DYNASTIE : Hérédité du trône en vertu de rinviolabililé royale garantie par la responsabilité ministérielle: voilii donc à quoi se réduit notre définition; mais, ainsi entendue, l'hérédité n'est plus un principe, c'est un fait.

Soit.

Principe ou fait, nous ne distinguons pas. A quoi bon?

Les publicistes qui niaient, de 1815 à 1830, que la souveraineté du |)euple fût un principe, ont-ils empêché quVIle ne fût un fait?

A tort ou à raison, nous voyons, soit que nous regardions dans le passé, soit que nous regardions dans le présent, soit que nous jetions les yeux en AngleteiTC ou en Hussie, nous voyons que. dans les grandes l>alances qui s'appelleni les destinées du monde, un i)rinci|)e vaincu pèse moins qu'uo fait victorieux.

Dans les faits victorieux, nous voyons la volonté de Dieu qui s'accomplit ; dans les principes vaincus, nous voyons la raison de riiomme punie dans son orgueil.

Les faits sont des décrets divins ;

Les principes sont des conventions ou des explications, parfois des eci*eurs humaines.

Que V Union monarchique appelle cela, si elle veut, du fatalisme, nous n'en continuerons pas moins d'appeler cela de la soumission.

Est-ce à diie pour cela qu'on ne doive rien faire pour combattie ce (jui paraît une erreur ou conjurer ce qui doit devenir un péril ? A cette fausse interprétation de notre pensée qui la ferait tomber dans une exagération, nous répondrons par notre conduite. Sommes-nous de ceux qui ne reconnaissent d'autre divinité, encetempsetencepays, que la Temporisation, et qui lui font des sacrifices journaliers pour se la rendre propice? Sommes-nous de ceux qui s'endorment quand il faudrait veiller ou qui enseignent que le pouvoir n'a d'autre fonction que d'assister immobile au passage des générations et à l'ajournement de toutes les questions? Non, assurément. Nous croyons fermement, au contraire, que, pour être aidé du ciel quelque peu, il faut s'aider beaucoup et nous le répétons sans cesse.

Autre question de VUnion monarchique :

« La Presse sait-elle, dans son système, un moyen de » faire la France grande , fière, heureuse, indépendante et » gouvernée? »

Réponse :

L'humanité est le grand-li\Te que la Providence tient dans ses mains. Chaque nation est une page de ce livre.

Eh bien ! expliquez-nous donc comment il se fait que des livres traversent des siècles, passent à la postérité, tandis que d'autres sont tombés dans l'oubli sans avoir vécu môme un seul jour ?

Nous, (jui ne sommes que des ignorants, nous nous expliquons ce fait ainsi : ^

Si l'inmiortalité des livres a sa cause dans le génie de l'é-

crivain, pourquoi la grandeur des nations n^aurait-elle pas aussi sa cause dans le génie de ses rois ou de ses ministres? Si cette explication est fausse, que VUnion monarchique^ pour nous confondre, nous cite donc un grand siècle sans grands hommes, un grand règne sans grand roi ou sans grand ministre !

Ce ne sont point, dira-t-on peut-ôtre, le^ grands hommes qui font les grands siècles, les grands rois (jui font les grands règnes ; ce sont les grands règnes qui fonl les grands rois, les grands siècles qui font les grands hommes... Pourquoi donc alors tous les siècles et tous les règnes ne sont-ils pas pareils?

Pourquoi (nous copions VUnion monarchique) « cette ma- » gnifique unité de la monarchie, conçue dans Tinlérét du » peuple entier, et non point dans Tinlérét exclusif d'une » aristocratie de naissance, (jui s'était réalisée de Charle- » magne h Louis XIV, r> pourquoi celte magnifique unité » est-elle tombée tout à coup en ruines de Louis XIV à Louis XVI?

Nous constatons ingénuement ce fait, dont nous demandons la raison à VUnion monarchiqxœ. Nous en avons bien le droit, puisqu'elle nous demande de lui dire pourquoi Napoléon est tombé? Quand VUnion monarchique nous aura expliqué p:)urquoi Louis XVI a péri sur l'échafaud, a notre tour, nous lui expliquerons pourquoi Napoléon est mort à Sainte-Hélène.

S'il n'est pas vrai que ce soit « l'Europe (jui ait renversé » Napoléon du Irône après l'avoir vaincu,» s'il faut chercher la cause de sa chute dans le fait de son usurpation, a violation des lois de la politique, lois que les honunes ne fonl » pas, mais que fait la nature des choses, » jusqu'où faut-ii remonter pour trouver la causé de la chute de Charles X , qui, régnant en vertu du principe de la légitimité, n'avait conséquemment pas violé « ces lois que les hommes ne fonl » pas. mais (jue fait la nature des choses? »

Des ignoranLs, des rustres qui ne connaissent rien à « ces

n lois que fait la nature dos clioses, » répondraient tout bôlement :

Napoléon est tombé sous le poids de ses fautes immenses comme ses ambitions ; Charles X est tombé sous le poids de ses fautes mesurées h Télendue bornée de son esprit. Sans les victoires de V'illaviciosa et de Denain, remportées par Vendôme et Villars, peut être Louis XlV'n'cût-il pas eu de couronne à léguer à son arrière petit-fils Louis XV I Ce qui a soustrait Louis XIV à la responsabilité de ses fautes, ce n'est pas la force miraculeuse d'un principe, c'est le poids victotorieux de deux épées !

Deux épées !... Peut-être pour sauver Napoléon ne lui en a-t-il manqué qu'une seule plus fidèle ! Peut-être pour sauver Charles X ne lui en a-t-il aussi manqué qu'une qui ne fût pas celle du duc de Raguse î

3 août 1847.

Que faut-il pour éterniser une discussion? De Pesprit et de l'érudition. Que faut-il pour Pabréger ? Du bon sens et de la boime foi.

B;>n sens et bonne foi, ce sont là nos seules armes et tout le secret de rinlluence exercée par la Presse sur la raison de ses lecteurs attentifs.

Si le bon sens et la bonne foi sont d'excellents auxiliaires, nous en convenons, ce sont d'incommodes adversaires; mais ce n'est pas nous cpii avons provoqué VUnion monar' chique, c'est elle qui est venue .se jeter entre le Journal des Débats et nous. Elle n'est donc pas fondée à se plaindre.

Continuons d'aller droit au fait.

VCnion monarchique parle de a blanc-sei^g » qu'elle attendait de nous et qui n'est pas encore venul Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce (|ue nous avons le pouvoir d'affranchir nos conlradicteui*s du respect des lois? Au sui^plus, (luelque sévères que soient les lois (jui réagissent la presse, il est juste de reconnaître qu'elles ne font pas obstacle aux

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discussions approfondies qui, par cela même qu'elles sont approfondies, cessent d'être passionnées et laissent à l'écart toutes récriminations violentes et toutes dangereuses provocations.

Donc, point de faux prétexte, point d'allégation hypocrite.

Nous avions humblement demandé h VUnion monarchique de nous traduire en termes clairs et précis cette définition trop abstraite pour un aussi gros bon sens que le nôtre :

a Pour nous, il nous suffit du droit propre à chaque corps » de nation, dérivant de la nature des choses, pour arriver » à l'inviolabilité des lois qui constituent la société. »

La traduction est conçue en termes passablement dédaigneux, mais qu'importe! La Raison nous garde de la Susceptibilité; celle-ci a assez à faire avec la Vanité pour qu'il ne lui reste pas le temps de servir deux maîtres à la fois : la Vanité et La Raison.

Voici cette traduction :

a Vous ne comprenez donc pas qu'il y a une nature de » choses (jui fait le droit ! <iue la nature des choses a son ex- » pression dans une foule de conditions qui constituent un » assemblage d'hommes et de familles à l'état de nation ! » Vous ne comprenez pas qu'il y a de ces conditions qui dé- » terminent nalurellenient une constitution de monarchie » ou une coiislituli.m de république! Vous ne comprenez » pas qu'une nation ainsi naturellement constituée en ré- » publi(iue ou en monarchie reçoit de cette nature des cAo- » ses un droit d'être (]ui implique l'inviolabilité de ses lois! » Vous ne comprenez pas que TefTort tenté pour rompre la )» marche et la continuité des lois, constitutions d'une na- » tion, est un attentat contre la vie même de cette nation ! » Vous ne comprenez pas (jue, j)ar exemple, la tentative » de changer la républicjue en monarchie et la monarchie » en république, dans une nation régulièrement et natu- » rellement constituée, est un crime social au premier » chef! »

Ce sont là de grands mots qui ne reposent sur rien de solide. Si nous ne le démontrons pas clairement, ce sera VUnion monarchique qui aura raison, et la Presse qui aura tort.

Toute forme de gouvernement, quelle qu'elle soit, s'appuie sur des institutions et est protégée par des lois qui constituent une force de résistance. A un jour donné, pourquoi cet appui se cbange-t-il en abîme, pourquoi cette protection cesse-t-elle d'ôtrp efficace, pourquoi cette force de résistance est-elle vaincue? C'est qu'il est au sein des empires, au sein des sociétés, un volcan plus terrible dans ses éruptions que le Vésuve et l'Etna ; ses flammes sont des révolutions, et ses laves des gouvernements éteints. Ce volcan s'appelle l'Abus î Gouvernement républicain, gouvernement monarchique, gouvernement despotique, il n'y a pas de gouvernement que ce volcan n'ait couvert de cendres ! Interrogez leurs ruines, ouvrez l'histoire, et à chacune de ses pages vous y verrez la « nature des choses » vaincue par Vabus des c/ioses.' Ainsi l'empire de la Force détruit par l'excès de l'Arbitraire î La République tombant sous l'Anarchie ! La Monarchie expiant l'oubli de ses devoirs par la perte de ses droits!

Il n'est pas au pouvoir de la « nature des choses de créer » aucun droit d'être qui implique l'inviolabilité des lois ! » Dix-neuf siècles sont là pour donner raison à la Presse contre VUnion monarchique. Si la « nature des choses t» avait cette puissance que lui attribue VUnion monarchique^ l'histoire ne serait qu'une longue énigme. La « nature des cho~ » ses ne fait le droit » qu'à la condition expresse que le droit ne dégénérera pas en abus. Par l'abus sVxpliquenl toutes les révolutions, toutes les réactions, tous les essais et toutes les modifications de gouvernement, et enfin le régime qui s'est proposé d'abriter sous la responsabilité ministérielle rinviolabilité royale. Par l'abus s'explique comment tour à tour, en tous temps et en tous lieux, la république a succédé à la mcmarchie, la monarchie à la république, la dictature à la guerre civile, la guerre civile à la

dictature, l'hérédité du trône à la souveraineté du peuple, la souverninelé du peuple à Thérédité du trône.

Un peuple élani donné : la meilleure forme de gouvernement est celle où l'abus de celte forme rencontrera dans les mœurs de ce peuple les obstacles les plus difficiles et les plus longs h vaincre. Nous n'avons pas, quant à nous, d'autres raisons de décision et de préférence,

La Monarchie a vécu en France plus de siècles que la République n'y a duré d'années. C'est un fait. Que VUnion monarchique érige ce fait en principe sous le nom de Légitimité, qu'elle le transforme en droit sous le nom de Dynastie, nous ne nous y opposons pas ; mais de ce que la chose aura changé de nom, aura-t-elle pour cela changé de nature et acquis une force telle que l'hérédité du trône n'ait plus jamais rien h redouter de la souveraineté du peuple?

Là est toute la question.

Quant à nous, VUnion monarchique nous permettra de considérer comme oiseux tout débat qui se prolongera il sur ce point, à moins qu'elle ne nous démontre qu'un principe vaincu est plus fort qu'un fait victorieux.

Qu'importe (|ue la souveraineté du peuple ne soit qu'un fait et non un principe, si cette souveraineté a le pouvoir de déposc»r des rois, de briser des trônes, de dicter des lois, d'imposer des Chailes, de livrer des batailles, de gagner des victoires, de conquérir des États, de fonder des empires!

Fait incontestable ou principe contesté, elle est! Mais, diton, les gouvernements d'alluvion issus du torrent populaire n'ont pas de durée. Quand cela serait vrai pour le passé, qui oserait répondre de l'avenir? Et qui peut mesurer l'avenir sur le passé? Comme la vapeur a changé toutes le» conditions de rinduslrie, la liberté de la presse changera toutes les conditions de la politique. Ne faut-il pas que celles-ci soient déjà profondénjent changées pour (|ue les partisans déclarés de la légitimité traitent le droit divin do « vieille argutie? f>

VUnion monarchique n'accepte pas notre définition du mot ; dynastie.

LE DROIT NVIN. $48

Voici son objection :

« Si c'est un fait, un fait le détruit! Donc il n>st rien. »

Nous ri^pliquons :

Est-ce qu'il y a en politique un principe qui n'ait pas son principe contraire?

Exemples :

Droit divin. — Souveraineté populaire.

Hérédité. — Élection.

Monarchie. — République.

Aristocratie. — Démocratie.

Prérogative royale. — Omnipotence parlementaire.

Etc., etc.

A notre tour nous disons :

Le principe proclamé est détruit par le [>rincipe contraire! D(mc, il nVst rien.

Après tout, qu'est-ce que le gouvernement représentatif? C'est une transaction entre deux princif^es opposés, une conciliation de deux faits : pour sauver du naufrage l'inviolabilité royale*, on a créé la responsabilité ministérielle. Pour garder le manteau, on a livré le corps. .Mais il ne faul pas s'abuser : le jour où la responsabilité des ministres a été proclamée connue un gage, la souveraineté du peuple a été implicitement reconnue par ceux-lh mêmes qui la niaient.

Qu'est-ce enfin que des principes qui ne si»nt pas plus forts que ties faits? Q" en faut-il penser? Sont-ce réellement des principes, on ne sont-ce réellement que des faits tiéguisés .sous un autre nom ?

Est-on curieux de savoir commtMit ïl'nion monarchique explique la révolution de 1789 et la condamnation h mort de Louis XVI ?

u Cette m.igiiiliquc unité de la monaiihie, conçue dans » rintérét lUi peuple entier, qui sVtait réaliM»e de Charle- » magne h Lf»uisXIV, nVst toml»ée en ruines, de Louis XIV »• à Loui.s XV. que parce (|u\*lle a clé interrompue par Pin- » VtLNion d'une politique de c.»ur, pei*sonniriee dans le duc- " d'Orléans: politique i\r re.Mtioii contre les mille ans de

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» monarchie populaire, que raveuplement furieux des par- » lis n'a pas su distinguer des erreui^ toutes modernes » d'une faction prîncière souillée de crimes.

» Louis XVI n'a péri que parce que la politique de la mo- » narchie, interrompue par le régent, a suscité, a allumé » des passions frénétiques qui se sont attaquées h tort et à » travers à tout ce qu'elles ont rencontré devant elles, ne » sachant pas distinguer l'œuvre de la royauté séculaire de » la réaction de quelques roués, et rendant le roi victime » d'une politique perverse, contre laquelle il avait, nous le » confessons, manqué de génie. »

Et l'Union monarchique^ en écrivant ces lignes, ne s'est pas aperçu qu'elle se condamnait elle-même !

Ce principe qu'elle exalte n'a pas la force de résister à un seul homme I

« Mille ans de monarchie populaire » ne sont pas à l'épreuve de huit îmnées de régence !

C'est VUnion monarchique qui le constate, qui le déclare, qui le proclame, et VUnion monarchique voudrait nous faire partiïger sa foi et son admiration!

Vain effort ! Si VUnion monarchique veut y réussir, il faut ou que ses rédacteurs suppriment l'histoire ou qu'ils l'écrivent autrement. Ce n'est pas par de tels arguments, nous l'en prévenons, que VUnion monarchique noifs convertira, dût-elle encore faussement nous accuser de glorifier la force, alors que nous ne faisons que nous y soumettre ; ce que font, au surplus les rois déchus, non moins docilement que les peuples asservis.

Non; nous ne glorifions pas la Force; Seulement, quand elle a triomphé, nous lui demandons de se légitimer en s'associant la Justice et la Raison, en se faisant absoudre par la Générosité !

C'est ainsi que nous comprenons le litre de Conservateur.

Conserver : — c'est-à-dire concourir au maintien d'un gouvernement en ne négligeant rien de ce qui est susceptible de l'améliorer.

Précisément parce que nous n'avons pas de foi supersli-

tieuse dans la « nature des choses^ » nous avons de Vabus des choses une crainte exlrôme qui nous lient constamment l'œil ouvert !

Ainsi s'explique la place que la Presse occupe entre l'Union monarchique et le Jouirai des Débats, h égale distance de Topposition qui s'abuse, et de l'optimisme qui s'aveugle. «

Dans le cours d'un demi-siècle, la France a changé dix fois de formes ou de chefs de gouvernement.

Mis quatre fois h Téprcuve, le principe au culte duquel s'est vouée V Un ion monarchiques quatre fois.failH : en 1793, en 1814, en 1815, en 1830.

Le Journal des Débats n'a pas été plus heureux. L'appui qu'il a donné à tous les gouvernements n'en a sauvé aucun.

Voilà ce que nous ne saurions oublier î Aussi soutenant un gouvernement de fait, l'exhorlons-nous chaque jour à s'élever au rang d'un gouvernement de droit.

Pour un gouvernement de fait, quel est le moyen de s'élever au rang d'un gouvernement de droit? — C'est de se légitimer par ses œuvres, c'est de ne laisser à l'écart aucun concours utile, aucun mérite réel, c'est de développer la supériorité par l'émulation, c'est de se garder de tout excès, c'est de réprimer tout abus, c'est d'atteindre h la popularité sans la poursuivre, c'est de puiser la force dans la justice, c'est de chercher la durée dans la grandeur, c'est de concilier le progrès avec la stabilité, c'est surtout et enfin de ne tomber ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux fautes qui tôt ou tard s'expient :

Flatter le peuple,

L'oublier !

5 août 1847.

V Union monarchique dit que la Presse «vaincue sur le terrain des principes se sauve sur le terrain des /ai7s.» Ceci est une forfanterie d'abord; un jeu de mots ensuite. S'il est des faits qui ne peuvent se justifier, il est aussi des principes

qui ne peuvent se défendre. II ne faut pas oublier que le mal comme le bien est un principe. Encore une fois, principes ou faits, qu'importe I S'il est de bons principes, il en est de mauvais ; s'il est des faits fâcheux, il en est de glorieux! Tel fait est une expiation méritée, tel autre est une réparation tardive. Les principes, s'ils ont leurs avantages, ont aussi leurs dangers : ces dangers, casont les illusions qu'ils donnent, qu'ils entretiennent. Plus d'une royauté fût restée debout si elle ne se fût pas cru infaillible et inviolable.

Est-il donc beaucoup de trônes en Europe que le principe monarchique ail mis à l'abri ou de révolutions, ou d'usurpations plus ou moins sanglantes? C'çst une revue que nous ne voulons pas passer. Nous ne voulons pas demander à beaucoup de télés couronnées si c'est en vertu d'un principe ou d'un fait qu'elles régnent? L'histoire est là qui nous épargne un tel interrogatoire. C'est précisément parce que nous sommes contre l'anarchie que nous sommes pour les gouvernements de fait, sous cette réserve que si la force les a fondés, ils demanderont h la raison de les accepter, à la justice et à la lil>erté de les affermir. Nous ne pousserons pas plus loin cette discussion. Wnion monarchique n'a-telle pas passé dans notre camp et abandonné son drapeau du moment où elle a déclaré que pour elle le deoit divw n'était plus qu'une «vieille argutie?»

VUnion monarchique était le drapeau d'un parti, oe n'est plus maintenant que le journal d'une préférence.

5 août 1847.

La Gazette de France vient en ces termes au secours de VUnion monarchique :

a La Presse dit qu'un fait vainqueur est plus fort qu'un » princii>e vaincu. C'est précisément ce que nous nions. Les » faits qui se croient vainqueurs n'ont qu'une force passagère > el illusoire; les principes vrais, quoique paraissant vain-

» eus, ne cessent pas de régner dans les intelligences, car » sans eux la société n'existerait pas. Ainsi on a vu que la mo- » narchie, quand elle a été détruite en France, s'est refaite » par le travail constant des idées, des intérêts et desévé- » nements. La révolution a tué Louis XVI et proscrit sa dy- » nastie. Qu'est-il arrivé? La royauté est revenue par le di- » rectoire et le consulat; une fois rétablie par Bonaparte, elle » a ramoné Thérédilé, et cette hérédité, rétablie d'abord en » faveur do la famille de Napoléon, qu'on appelait la qua- » triéme dynastie^ a rappelé l'héritier véritable. »

Oui ; mais qu'est devenu l'héritier véritable?

Un fait quatre fois vainqueur en quarante ans n'est-il pas bien près de s élever h la hauteur d'un principe? un principaijuatre fois vaincu en quarante ans n'est-il pas bien près de tomber au rang d'un fait?

7 tout 1847.

C'est vainement que VUnion monarchique se débat; du jour où elle a qualifié le droit divin do a vieille argutie, » elle sVst placée dans la mémo position, exactement, que celle où serait le National s'il ne défondait pas mieux la souvorainotc du peuple. Vaisseau à voiles qui n'aurait plus de mAts î Sloamor qui n'aurait plus de chaudière!

Tous SOS efforts pour nous faire tomber à sa suite dans des définitions abstraites, dans des distinctions subtiles, dans des redites fastidieuses, tians dos controverses d'écoles, lesquelles controverses n'ont jamais empêché une révolution ni sauvé un trône, tous ses efforts seront perdus.

Résumé do V Union monarchique :

« Le droit divin appliqué à la politique est le droit d'être, » propre à chaque peuple. ^

Soit.

De là sorte, voila le droit divin démocratisé ! Voilà le droit divin naturalisé citoyen des Etats-Unis d'Amérique !

Aucune objection de notre part. On va du Havre à New- York en quatorze jours.

La Gazette de France, qui s'est empressée de venir au secours de V Union monarchique, nous donne des armes pour la combattre.

Ce sont d'abord ces belles paroles de Pie IX qu'elle cite :

« Je ne connais rien de plus révolutionnaire que les abus; » ce sont eux qui détruisent les sociétés. »

Ces paroles sont Péclalante confirmation des nôtres, sur Vabus des choses opposé à la nature des choses invoquée par VUnion monarchique.

CVst ensuite cette profonde pensée de Montesquieu également citée par la Gazette de France :

« Si le hasard d'une bataille, c'est à dire une cause parti- » culiére, a ruiné un Étal, il y a une cause générale qui » faisait que cet État devait périr par une bataille. »

Cette pensée n'esljias seulement vraie appliquée aux batailles et aux États; elle est également \Taie appliquée aux révolutions et aux souverains ; on peut dire également :

Si le hasard d'une révolution, c'est à dire une cause particulière a renversé un trône, changé une dynastie, modifié une forme de gouvernement, il y a une cause générale q\ïi faisait que cette dynastie ou cette forme de gouvernement devait périr par une révolution.

Restera à chercher la cause générale!

Comparer, — connue le fait la Gazette de France, et comme Pavait fait avant elle VUnion monarchique, — les révolulions, ces grandes batailles de Vabus de^ choses contre la nature des choses, aux crimes et délits punis par la loi, c'est trahir une indigence d'arguments peu propre h donner une haute opinion de la grandeur de la cause dont on a entrepris la défense.

Contre le meurtre et le vol, il y a des lois partout où il y a une sfK'iélé organisée; mais contre les abus du pouvoir, contre ses excès, qu'y ii-t-il ? — Il y a la responsabilité ministérielle dans les gouvernements représentatifs; mais si Ton veut que cette garantie soit eflicace, c'est à dire si l'on

veut qu'elle couvre l'inviolabilité royale au moment du danger, il faut que cette responsabilité ait été sérieuse, il ne faut pas qu'elle ail été illusoire.

En 1830, nous le reconnaissons et nous l'avons toujours reconnu, les ministres signataires des ordonnances du 25 juillet eussent dû seuls en porter la responsabilité ; mais si cette responsabilité ne sVst pas arrêtée à eux et s'est élevée plus haut que leurs tôles, qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve-t-il contre nous que les principes, ceux-là mêmes qui paraissent les moins attaquables, doivent inspirer une confiance absolue?

Aussi qu'ensei|;?n()ns-nous?

Nous enseignons aux gouvernements qu'ils ne sont institués ni dans l'intérêt exclusif d'une famille ni dans l'intérêt exclusif d'une classe, mais dans l'intérêt de tous, intérêt qu'ils ne sauraient oublier ou méconnaître sans danger.

Telle est notre manière d'être monarchiques et conseiTateurs. Nous croyons que ce n'est pas la moins bonne.

Les révolutions ne sont pas beaucoup à craindre ]h où le peuple a plus à y perdre qu'à y gagner; mais il en serait autrement là où il aurait plus à y gagner qu'à y perdre.

Aimer le peuple.

L'éclairer I

Hors de ces deux conditions, désormais, en France, que tout gouvernement en soit bien ctmvaincu.

Ni grandeur.

Ni durée !

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