M. GUIZOT ET M. DUCHATEL
11 ne fait pas un faux mouvement; il ne donne rien au hasard : C'est eli rela qu'il se distingue. Il est h la tribune ce quil esta ia tahlode whist, d'où il n chaque jour plus de peine h s\uTa<'her. Il range et compte ses arguments comme il range et complt* ses caries. Il médite tous ses traits avec autant de soinfpi'il calcule tous ses coups. Au whist, ce qu'il s'appli^iue surtout h connaître, c'est le jeu de son partner p*»ur y conformer le sien. De m(!^me à la tribune : soit qu'on riiiterpc^lle, soit (|u'on lui réponde, on est plutôt sou partner que son adversaire. Aussi sa parole n'a-t-elle jamais d'écart : elle nest pas infaillible, mais elle e>t inq)assible. Seulement, il celte partie, c'est le pruivoir qui <»st l'enjeu.
M. Guizot impatiente M. DuchAtel, (pii tmuble parfois sa sérénité. M. DuchiMel paraisse M. Guizol. d»nt il redoute, si rares qu'elles S(»i(»nl, l(»s velléités «l'éclat. Ainsi peut s'expliquer la stérilité de leur mn'un. Finalement, cette union aura nui à l'un et à l'iuitre. Si»parement, M. Guizot et .\l. Duchj^tel eussent eu chacun une valeur plus grande. Où M. Duchùtel fiU entre (»n conservant tous les avantages de s4i position, tic son talent et de son caractère, c'eût été dans uiu* nouvelle édition du cabinet du M mai. dont il aurait eu la présidence, et dans la(pielle il eût été ministre des finances. .M. bucliAtel n'a point d'imagination, mais il a l'esprit d'une rare précision. S m esprit est un mètre (pii[)rend avec la plus rigoureuse exactitude toute mesure : qu'il s'agisse d'un homme ou d'une idée. M. DuchAtel n'a p«is la h'condite (pji conctût. mais il a ï\ un remanpiable degré l'intelligence qui eonq)ivnd : il n'a |>«')s l'initiative cjui entreprend, mais il a le dis4'ernement ipii api)lique. (i'esl incontestableUK'nl. en ee teuq)S-ci «le diseltt' d'houunes politicjues, h» prenuer des seeonds. S'ulement, a>ec lui, il n'existe aucun mny«*n de savoir jamais a (pioi s'en tenir. sur un fait (]u'il a intérêt a nier ou a deguiMM*. Il a eleve Tari des détours mensongers et des e\plirati<ins c<»nfu>es à des hauteurs jusqu'aloi*s inconnues, lisait allier la prudence à l'audace a un degré dont il a ^eld le S4*cret. Ti.ut en s'aventurant aussi l«»in qu'on peut aller dans le chemin qui n'esl
pas celui de la vérité, il ne manque jamais de se ménager une issue, a(in d'échapper au risque d'être pris par trop piteusement blotti dans un mensonge. Il est insaisissal)]e. Soit qu'il affirme, soit qu'il proteste, il y a toujours sous sa parole quelque trappe cachée par laquelle il disparaît dès qu'on le serre de trop près. C'est une sylphide.
Où la véritable place de M. Guizot avait été marquée, c'était au ministère de l'intérieur, dans le cabinet du 6 septembre, lors de la retraite de M. de Gasparin. Une grande et irréparable faute fut commise à cette époque : celle de vouloir tenir M. Guizot relégué au ministère de l'instruction publique. Les conséquences de cette faute pèsent encore lourdement sur nous. La coalition doit lui être imputée ! La coalition, qui a jeté la perturbation dans toutes les idées politiques et dans toutes les idées parlenjentaires ! La coalition, qui a imprinjé sur la vie de M. Guizot unelciche indélébile ! La coalition, qui a empêché (fue TÊlat exécutât toutes les grandes lignes de chemins de fer, lesquelles seraient depuis longtemps terminées ! La coalition, qui a donné le jour au ministère du 12 niai, trop faible pour s'élever à la hauteur de la question d'Orient, <iu'il a mal engagée, et au ministère du l®"" mars, dont le ministère du 29 octobre a été la réaction î La coalition, origine et cause de la plupart des é[)reuves fâcheuses par lesquelles nous avons passé depuis sept ans, de la plupart des complications contre lesquelles nous luttons si péniblement en ce moment! Le département de l'intérieur, tel que M. Casimir Périer avait eu le bon esprit de l'arranger pour lui, élaguant tout ce qui était administration, ne gardant que ce qui était politique, le déparlement de l'intérieur ainsi restreint, avec peu d'attributions et beaucoup de fonds secrets, était ce qui convenait le mieux à .M. (luizot qui ne brille pas par une grande aptitude auxadaires, mais qui aime |)assionnémei)t à semer l'argent autour de lui. Là, toute faiblesse comme toute témérité lui eussent été à peu près imi>ossibles ; là, son beau talent d'orateur eût pu en toute liberté se développer dans sa plénitude» et prendra tout son es.sor sans avoir h traîner