‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 47 sur 96 · M. GUIZOT ET M. DUCHATEL. 3S · texte numérisé non relu

M. GUIZOT ET M. DUCHATEL. 3S

lourdement le poids des traités de visile, de l'indemnité Pritcbard, des mariages espagnols , etc. Mettre un grand orateur h la tôte du ministère des affaires étrangères, c'est vouloir y attirer la foudre. L'expérience, trois fois renouvelée : au 22 février, au l*** mars, au 29 octobre, l'a assex hautement attesté.

Par ce qui précède, nous croyons avoir montré que nous connaissons bien M. Duchàtel et M. Guizot, et que, si nous n'ignorons pas les côtés par lesquels ils sont faibles, nous n'hésitons pas à rendre justice aux qualités par lesquelles ils sont forts. A la hauteur d'où nous jugeons les hommes et les choses, les petites rancunes ne sauraient atteindre jusqu'à nous. On doit maintenant en avoir la certitude par la preuve .

iUl.

LES BAXQUPn^ REFORMISTES.

2 août 1847.

Aucun journal n'a moins que la Presse de scepticisme poliliquo; m^iis on rien, du moins volontairement, elle ne confond la foi avec la supcrslilion, la vérité avec Terreur.

Nous croyons fermement cpie les gouvernements ont été mis au monde pour la grandeur, la moralisation et le bien- Olre des peuples ; nous voulons qu'ils accomplissent leur lâche. M. (iuizot croyait autrefois que « traiter avec les » masses, c'est le grand ressort du pouvoir; » il ne le croit plus ; mais nous, nous le croyons toujours, et plus fermement aujourd'hui que jamais.

L'Opposition pense (pie ce qu'il y a de grave dans la situation actuelle a pour cause « l'extinction de toute vie » publique, de toute salutaire et légale agitation. » C'est là, suivant nous, une illusion, plus qu'une illusion, une méprise.

Nous comprenons autrement la vie publique. Les agitalions légales, les manifestations i)olitiques, les banquets^ qu'ils aient lii*u à MAcon dans une vaste plaine, ou è Paris au ChAtcau-Houge. nous ne craignons pas de Pavouer, on est accoutumé à ce (|ue nous n'ayons jamais de réticences et à ce (fue nous ne portiims jamais de masque. ont louj »urs été peu de notre goût. F-e Veau froid ne nous (ninptc pas au nombre de ses grands prêtres, pas

plus que les illumina lions officielles et les feux d'artifices pério(li(jues ne nous comptent au nombre de leurs chantres ohthousiaslt'S ! C'est un lyrisme auquel se refuse notre opiniAtre et prosaïque raison. Mais la presse est un grand concert où chaque journal, à moins qu'il ne fasse double emploi, a sa partie qu'il doit exécuter. Nous ne serions, pas ce que nous sommes, nous n'occuperions pas la place que nous occupons, si nous tenions le môme langage que le Joiniial des Débats^ ou si nous avions les mômes idées que le Siècle ou tout autre journal. Ces journaux ont leur mission; nous avons la nôtre, dont nous nous efforçons de nous acquitter le moins mal possible.

Nous sommes également opposés à l'apathie dans le gouvernement et à Tagilalion dans le pays, sous quelque prétexte qu'on veuille justifier cette apathie, st)us quelque grand mot qu'on essaie de décorer celte agitation.

Dans noire dictionnaire inédit, Vie publique se traduit ainsi : Activité féconde d'un gouvernement h la hauteur de sa tâche. Démocratie aspirant constamment à s'élever par les voies régulières de l'instruction et du travail. Orgueil populaire satisfait, émulation individuelle entretenue par le sentiment de la grandeur nationale qui fait de la chose publique la chose de chacun, môme des plus tièdes et des plus égoïstes.

Qu'un ministère se trouve enfin parmi noua qui entreprenne tout ce qui se peut accomplir de grand, qui sache parler aux masses le langage de la paix et des nobles sacrifices, comme Napoléon savait parler à ses soldats le langage de la guerre et des héroïcpies privations, et l'on verra si, pour ranimer en France la vie publique, dans les plus petites bourgades comme h Paris, au sein de la multitude comme au cœur du citoyen, il est besoin, une fois Pan, d'allumer des lampions à la porte des ministères et aux croisées d(»s préfectures! Il n est, à notre avis, qu'une bonne manière de faire souvenir h un pays qu'il s'est insurgé, que de la tôle et des mains d'un roi la couronne et le sceptre sont tombés sous les pieds d'un peuple, c'est de rendre ce

peuple heureux et meilleur, c'est de s'en occuper tous les jours, à toute heure, sans relâche et avec amour; c'est, gouvernement, de mettre son ambition à élever le niveau de Tégalité, en élevant, pour les moins bien partagés par la société, le minimum de l'instruction et du bien-être I

Le moyen d'accomplir cette tâche, que les optimistes, c'est-à-dire les impuissants, traiteront d'utopie, ce n'est pas de manger et de boire à la santé des malheureux qui n'ont ni pain ni vin, ce n'est pas de diminuer le non^bre des journées de travail, ce n'est pas môme d'abaisser le cens électoral et de grandir les petits collèges, c'est de donner à la France pour la gouverner des hommes qui aient des idées en remplacement d'hommes qui n'en ont pas, d'hommes qui aiment le pouvoir poijr lui. non pour eux !

10 novembre 1847.

Avions-nous tort de répéter que plus on agiterait dans des banquets la question de réforme électorale et moins on la ferait avancer ? Ce qui vient de se passer au banquet réformiste de Lille ne nous donne-t-il pas pleinement raison?

Un banquet réformiste avait été organisé à Lille, auquel devaient assister MM. Odilon Barrot, Pierron, Lherbelte. Lestihoudois, Dolespaul, Gauthier de Rumilly, BeauiQont (de la Somme], Creton, Ledru-Kollin, députés, d'anciens députés, des membres de la cour royale de Douai, etc., etc. Le premier toast porté devait être : A la reforme électorale et parlementaire ; mais M. Odihm Barrot ayant insisté pour qu'on y ajoutât : .1 la vérité et àla sincérité de nos institutions (le juillet tSoO, et celte proposition ayant été écartée, le refus de M. Odilon Barrot et de tous les députés dont les noms précèdent, \\ IVxception de M. Ledru-Rollin, d'assister à ce banquet, la transformé en une manifestation purement radicale dont M. Ledru-Rolliri est devenu le principal personnage, et dont le journal la Réforme triomphe ce malin avec une joie déliranle, que Je contraste du silence pro-

fond ganlt^ par le Xalional fiiil ro!4>nrlir rncnre d'une nunifTP plus ôclalaiito.

Crotl-on «[uc re unit en mcniii^nnt nos insliliiliniut ol en clivisfliil rDppoMiliun iju'on dt'pliKt'ni b iii.ijorilô ot qu'on rt'iivfrM'ia le oiihini'l ? Crojl-ini tpic cp suit on rcss(>iTan( la iniijiirili- t'I [■!) <iiri.Tmi.s.s»nt Icciiliinol qn\mmûrir.-ila r^for^ m<* l'Iccttirjilo, si niiKli^réi' mi si rmlii'tilo qu'ini l.i suppose t

N'iius nmis huninns à poser ros doux questions nu A'afiiA nal. qui pn-tond qni- nnus m- vonlons ni dos réformes politiques ni dos roformos sociides. et rehi pnree que nouA on)yon!> qu'il est d'utiles, do grnndos, de TiVondes r^romteA qn'<in peut aeenmplir siins tonibor diins h République ou d:ins le I> liai an stère.

1 1 nntnohrt 184T.

Le Jnuniitl des Débats ne vnil. d;ins le iKuiqnot rt>formi9l« de l.ille. (pi'iin sujet do raillerio, (pi'uno •MViisitin d'exercer sn verve ironique eiintn- M. Odilon Ikirn>l et les députés qui ont insisté pour iin|ininer n eello nianifosl.il ion politique une si^'rulîenlinn e\('li)>ivenient eitnstilulionnello. La IM'usée est jieul-élre liinlîvo. inai'^ elle n'eu est pas tiKHDS louiiiile. Niin> \o\onsd:iiis eesliiinquets. où l'un refuse <lr porter h siiili- roviile. iiutrt- iliose f[u une >eissiiin entre la )(ancliedyn.-i'>liqueet l;i (:;nielie 'iiii hiisse ;in\ lois i|esc|v-

lendire ii interpréter jite ees loi^ lui défendent d!itrticu-

ler: iion> y Voyons, nous, le (.'onne d'une situation qu'un iiii'ideiit ^n^il pour rendre iiitiiiînient pave: n'esl-ee pas déjà un fuit on lui-niénn- Dès j-ntsr que la préseneo d'un premier pre>ident de eour mvido a un kinquel n-furmiste? 1.0 Jour, s'il devait jamais .irri\er. oji rindéj>rndnneo de la majorité eleetorale et |iarleiiientaire M'raît devenue leilcnienl ^us|>o^■lo ii l.i majorité du pays que eello-ei n'y crwrail plus, eo jour-là, malheur aux ministres '|ui>ennenla>sei aveugles pour se rmiro irii'.«| on-aWes derrioro les foa- S4>s dos fortilti-ali"n<'. les |iiili>nneltes des réftiinenls et let epigramnies du Jonmnl drs Dt>niU!

L'aveuglement de la majorité asservie mène au même abîme que l'aveuglement de la royauté abusée.

Quant à nous, nous préférons de beaucoup entendre M. Odilon Barrot applaudi que sifflé. De tels sifQets sont de sinistre augure.

Quimporle que la Réforme recule, si la Révolution avance I

12 novembre 1B47.

Il importe que Popinion s'éclaire ; pour qu'elle s'éclaire, il faut que toutes les situations se dessinent et que la lumière se fasse.

Nous publions donc les paroles prononcées au banquet de Lille par les deux présidents, le président démissionnaire, M. Saint-Léger, et le président improvisé, M. Bonte-Pollet. Nous empruntons ces deux discours au moniteur officiel du banquet radical, au journal la Réforme :

a M. SAL>T-LÉGER, président dubanquet : Messieurs, je ré- » clame votre indulgence. La présidence du banquet, où » m'ont placé les circonstances, devient une position exees- » sivement grave. En acceptant les fonctions de président, » je les ai acceptées comme un honneur, et aussi croyant » qu'il ne surviendrait ^ucun conflit.

» Au moment d'entrer en séance, MM. les députés ont » demandé que le toast à la réforme électorale et parlement » taire^ conçu en ces termes dans le programme que vous » avez sous les yeux, fût ainsi expliqué : .1 la réforme élec- » torale et parlementaire et a la sincérité et a la vérité » des iNSTiTi tio.ns CONQUISES EN JUILLET. (Voix nombrcuscs : » Non! non! ce n'est pas la peine!) Ce dernier membre de » phrase, cependant, n'est (|ue le complément de ce que » nous voulons tous. Non! non! le programme!) La corn- » mission des toasts a demandé à MM. les députés, à l'una- » nimité, que le programme fût maintenu dans toute son • intégrité. (Oui! oui! bravo!) Messieurs les députés, «> subordonnant leur adhésion à cette formule nouvelle,

)> ont déclaré qu^ils ne pouvaient s'asseoir au milieu de D nous. Ils ne veulent pas autre chose que le programme, » en réalité, et ils veulent, ce que nous voulons tous, la ré- » forme avec le gouvernement représentatif. (De toutes " parts : Le programme ! le programme !)

» Le programme est cela, en effet, et messieurs les dépu- » lés ne demandent pas autre chose. (Si ! si I Le program- " me ! le programme ! S'ils ne le veulent pas, qu'ils par- » tent! — Pas de concessions I)

T> Messieurs, il ne me reste plus qu'un mot k vous dire : ï> Je résigne mes fonctions (Non I non !), parce que je pense ») que vous ne voudriez pas me faire jouer un rôle tout à » fait contraire à mes opinions, et parce que je ne puis me » rendre Torgane d'opinions qui ne sont pas les miennes. »

» M. le président descend de la tribune et sort de la salle » au milieu d'un grand tumulte ; il est suivi par une vingy> taine de convives environ.

» Après quelques minutes de confusion, M. Huré, sous- » cripteur et avocat de Douai, monte à la tribune et par- » vient h se faire écouter.

» M. HURÉ : Messieurs, quand nous sommes venus dans » cette assemblée, une seule pensée nous guidait, celle de ï) la réforme (oui ! oui î) ; mais, si Ton vient demander des » actes de foi individuels, je crois que, pour rester fidèles » à notre but, nous ne devons pas les accepter. (Non! non!) » J'aurais trouvé bon que messieurs les députés vinssent » développer, chacun de leur côté, h cette tribune, leuropiï) nion sur la réforme ; nous les aurions écoutés avec calï> me, religion, respect ; mais il y aurait imprudence grave » à demander à chacun son acte de foi politique.

T> Pour réaliser le but qui nous amène tous ici, je propo- » serai donc à rassemblée de faire dire à ces messieurs que, T> s'ils veulent nous faire l'honneur de venir, ils n'enteni> dront qu'un seul toast, celui ri la réforme électorale et » parlementaire. (Eh bien î soit !)

» En attendant, je vous proposerai de vouloir bien dé-

D corner la présidence à un homme connu de nous tous, à » M. Bonte-Pollel. » (Oui! oui!)

» M. Bonle-Pollet, membre du conseil municipal de Lille, » est élu président par acclamation.

» M. le président monte à la tribune. (Vifs applaudissc- « ments.) « Messieurs, par une circonstances imprévue, je » me trouve porté à cette tribune. (Tant mieux! tant )' mieux î) Mais c'est à la condition qu'une démarche nou- >> velle sera faite auprès de Messieurs les députés, en leur » disant (jue l'on ne portera (jue le toast à la réforme élec- » torale et parlementaire.

ï> VOIX NOMBREUSES : Ils sout partis I ils sont partis I

» (Une commission de quatre membres du comité estenï) suite envoyée par M. le président auprès de M. Ledru- I) Roilin pour Piiiviler à venir assister les patriotes de Lille » dans leurs manifestations, et afin qu'il puisse développer » le toast qui lui a été assigné dans le programme.)

» Après un discours de M. Iluré, M. le président monte à » la tribune.

M M. DONTE-poLLET, président : Messieurs, toujours dans » Pordre et lii légalité, nous devons suivre l'ordre du pro- » gramme.

« Le toast qui venait immédiatement après celui que ï) vous avez si vivement applaudi était celui-ci : Au nou^ » veau développement de la vie politique. Le député qui de- T> vait le porter est absent. Il a été entraîné. (Rires nom- » breux.) Nous ne Pavons pas enfin...

» UNE voix : Il sVst dérobé. (Hilarité générale.)

>> Si, parmi nous, quelcju'un veut le développer?

)> Personne ne se présentant, je passe au toast: A Vindér> pendanre des nations, qui devait être porté par M. Roger, r> député de Dunkerque ; mais, il y a deux jours, M. Roger » a écrit à voire commission qu'il était malade cl qu'il ne » pourrait assister à votre banquet.

» Le toast : A la probité politique devait être porté par M. » Lherbetle, député. Cet honorable député a vivement re- » gretlé de ne pas être ici, parce qu'il n'a pas voulu faire

LES BANQUETS BEFORIOSTES. 381

9 affront h ses collègues. S'il n'avait écouté que son propre » mouvement, a-t-il dil, il serait resté au milieu de vous; D mais il n'a pas cru pouvoir agir autrement.

» Le loast: A V indépendance (iesé/ec^etirs devait être porté D par M. Lestiboudois. (Murmures significatifs et siftlants.)

D Messieurs, quelque chose d'inconvenant s'est passé tout » h l'heure : on a sifflé. On peut être mécontent, mais il » faut être digne, et surtout ne pas siffler les absents. (Oui, » oui! bravo!)

» Le toast: Ala presse libérale et indépendante devait être '> porté i^ar M. Degeorge, rédacteur en chef du Progrès du Pas-de-Calais, Il est absent. (Ah ! ab !} Si quelqu'un veut le » remplacer...

» (Plusieurs vqîx : M. Delel)ecque I M. Delebecque !) " '

D M. Delebecque monte à la tribune. »

Après ce discours, le président appelle MM. Crémieux et Greton, désignés pour porter deux toasts. MM. Crémieux et Creton sont absents. Le nom de M. Creton est couvert par une explosion d'hilarité. Le développement du toast : Ala souveraineté du peuple ! porté par M. Ledru-Rollin, remplit trois colonnes du journal la Réforme. Si l'on en croit cette feuille, ce discours a été interrompu à chaque mot par des applaudissements frénétiques.

Nous ne sommes que trop disposés à le croire, à le craindre, pourrions-nous dire.

Ainsi s'est terminé ce banquet, au bruit d'une triple salve d'applaudissements, d'abord pour M. Ledru-Roilin, et en» suite pour le président improvisé.

Nous ne savons si ce banquet, auquel assistait un Dombre considérable de convives, donné ddns une ville aussi populeuse et aussi riche que le chef-lieu du département du Nord, mérite le nom d'événement politique, mais c'est, à coup sûr, un enseignement pour tous les partis et pour le gouvernement. En profiteront-ils?

13 Dovembra 1847.

On peut se railler de nous ; le National peut dire iroDîquemenl que « la Presse est une feuille conservatrice qui se donne les apparences dos plus généreuses sympathies pour les classes laborieuses, mais qui, en réalité, ne veut ni des réformes politiques ni des réformes sociales ; » de son c6té, le ministère peut nous Irai 1er dédaigneusement « d'esprits » inquiets et chimériques ; » nous avons pour nousjes faits, qui viennent chaque jour, sur toutes les questions, donner raison à nos prévisions, h nos idées, à nos opinions.

Il y a huit mois, en mars 1847, lorsque nous pressions le cabinet de rester fidèle aux engagements de Lisieux, à Pépigiaphe de la Presse^ avions-nous tort? Si nous avions tort, d'où vient donc que le cabinet, après nous avoir arrogamment rejetés dans les rangs de l'opposition, n'a plus, en ce moment, qu'une pensée, celle d'entasser projets de* loi sur projets de loi, réformes sur réformes, afin de faire mentir notre nouvelle épigraphe : Rien, rien, rien?

Lorsque, dans la Presse du 7 novembre 1847, nous nous exprimions en ces termes : « Ce n'est pas en portant des » toasts à la réforme électorale ; c'est encore moins en refu- » sant de porter des toasts au roi qu'on déplacera la majo- » rite parlementaire, et qu'on forcera le cabinet de se reti- » rer pour faire place h des ministres s'acquittant avec » moins d'insouciance et de dédain de cette tAche labo- » rieuse qui s'appelle l'exercice du pouvoir, » avions-nous tort? Si nous avions tort, d'où vient donc qu'aujourd'hui les banquets réformistes ne sont plus qu'un sauve-qui-peut où les absents sont siffles et persifflés?

Ne sonl-ce pas là des avertissements, et, s'ils ne suffisent pas, lesquels vous faut-il donc pour vous tirer de votre insouciance et de votre aveuglement?

LES BANQUETS RÉFOBMISTES. 36S

27 décembre 1B47 .

Qui, Tun des premiers, a donné IVxempIe et le signal des banquets politiques?

M. Guizot.

Qui a provoqué à la tribune, par un imprudent défi, les manifestations réformistes?

M. Duehàtel.

Qui . par une immobilité hautaine, par une insouciance coupal>le, prolongée pendant huit années, a isolé le pouvoir. désafTectionné le pays et donné aux esprits les plus patients cette agitation dont on a commencé yyar se railler et dont on finit par sVfTrayer?

Le cabinet du 29 œtobre 1840.

De quoi le Journal des Débats, ce journal qui a résolu ce double problème : de régner sans abonnés et de gouverner sans idées, de quoi le Joumal des Débats s'étonne-t-il donc ce matin?

II recueille ce qu'il a semé.

Les majorités, trop longtemps s^itisfaitcs. réveillent en sursaut les f>opulalions mé<*()ntentes.

Les réformes, maladroitement ajournées, amènent infructueusement les concessions tardives.

Les résistances outn^es aboutissent aux entraînements funestes.

Qui a résisté aveuglément cédera inévitablmnenl. Le moyen pour les gMiivernenicnts. pour ceux-là surtout s«r lesquels s exen*e la double action de la tribune et de la presse, le moyen d'cchîi[»f»cr â cette extrémité toujours dangereuse, c'est de la pre\enir par la vigilance et rinitiative. en se tenant soigneusement en gardi' contre les illu-» sions de roptiniisme. en n attendant jamais ce moment suprême où le:» vieux légitimes se cbangent en cris iropè» rieux.

Ce n>st pas trop s'avancer que de dire que le Jounml

des Débats on est pour le moins tiu 300^ article contre les banquets réformistes ; celui de ce jour s'élève jusqu'aux plus hautes régions du lyrisme, et se termine par ces mots d'une simplicité qui rappelle celle de M. le vicomte d'Arlincourl :

« Il n'y a pas de milieu : ou les banquets réformistes se- » ront une grande leçon pour la France, ou ils seront pour D elle un grand malheur! ou le spectacle d'anarchie dont » nous sommes les témoins depuis (]uatre mois sera le » commencement d'une nouvelle ère de courage et de dé- » voûment pour les amis de Tordre, ou ce sera le commeti* » cément d'une grande victoire pour les amis du désordre! » Les passions révolutioimaires ont eu l'audace de se dé- » ployer sous nos yeux sans provocation, sans prétexte, » dans un temps calme et paisible. Si nous sommes faibles. » que n'oseront-elles pas? Si nous sommes fermes e( que » nous les refoulions dans l'abîme, que deviendra leur » preslige? O"^'! espoir leur reslera-t-il de séduire, de » tromper, d'intimider la France? Marehez sur le fantAme. » il s'évanouira; fuyez, il va grandir juscpi'au ciel! »

Traduit en langage plus clair, cela veut din» qu'après un paragraphe éminemment pastoral sur t le bonheur de la » Suisse qui a été troublé, » paragraphe d'une fraîcheur de coloris telle qu'on en croirait les expressions empruntées à la i)lume de Salonion Gcssner, le poète de Zurich, l'auteur de Daphnis, le dis<v>urs d(» la couroime renfermera un paragraphe foudroyant contre les banquets réformistes ; cela veut dire -«lu'il faut s'attendre soit à une loi qui les prohibera, soit à des ordonnances qui. malgré les déclarations ministérielles ac(juis(»s au débat législatif, interpréteront et étendront le texte de la loi du 10 avril 1834, laquelle interdit les associations de plus de vingt personnes, alors même que ces associations seraient partagées en sections d'un nombre moindre, et qu'elles ne se réimiraient pas tous les jours ou à des jours manjués.

Si on interdit les l)an(|uets politiques, par la même raison on devra interdire les réunions préparatoires où les candi-

LES BANQUETS RÉFORIOSTES. 385

dats à la (iépjutation sont appelés à s^cxpliquer devant les électeurs dont ils sollicitent le suffrage.

Gela sera prudent, car les optimistes soumis à la réélection auront tout à gagner à garder le silence.

C'est ainsi que nous marchons en avant dans le chemin de la liberté! En 1835, nous avons reculé en arrière des lois de 18^ et de 1819! N'osant rétablir la censure préventive sur les journaux, nous avons profité de celte occasion pour la rétablir sur les vignettes et sur les pièces de théâtre. En 1848, nous rétrograderons encore sur la loi de 1834! Bien! très bien ! ne faut-il pas que ces paroles se justi6ent : <t Toutes les politi(iues vous promettront le progrès, la po- D litique conservatrice seule vous le donnera? » Ne faui-il pas que nous nous formions à l'apprentissage de toutes les Iit)ertés? Pourquoi donc rAngIcterre et l'Amérique , qui sont désarmées, qui ne consacrent pas 365 millions par an, un million par jour, à entretenir en temps de^paix une force publique ruineuse, seraient-elles des nations privilégiées et pourraient-elles avoir sans inconvénient d'immenses meetings, quand nous ne saurions, nous, avoir sans danger de modestes banquets?

Mais le Journal des Débats l'a dit : c'est que, s'ils ne soDt pas pour la France une grande leçon, les banquets réformistes seront pour elle « un grand malheur. »

Eh ! pourquoi donc tout à coup tant de peur succédant à' tant de satisfaction ?

Si depuis huit années que le Journal des Débais gou* verne sous les noms de MM. Guizot et Duchâtel, si depuis huit années qu'il a le pouvoir dans les mains, il en a fait le meilleur, le plus utile, le plus noble usage, qu'à-t-il donc à craindre des banquets réformistes?

Ou le pays est conteût ou il no l'est pas;: s'il est content, s'il a lieu de l'être, les banquets réformistes sont sans danger; ce n'est qu'une vaine agitation qui tombera vite dans le ridicule, le discrédit, le vide et le silence; s'il est mécontent, s'il a lieu de l'être, s'il se trouve mal gouverné,^mal administré, s'il se voit avec anxiété livré sans prévoyance à

see 1949.

la merci de tous les événements, aux terribles conséquences de deux mauvaises récolles qui peuvent être consécu* tives, à renvahissemcnt souterrain du communisme, aux déplorables tergiversations d^une politique sans système et sans force, au gaspillage de ses revenus; si partout, sur terre comme sur mer, politiquement et commercialement, il se sent impuissant et inférieur, dans ce cas, ce n'est pas dans les banquets réformistes qu^est le danger, il est dans l'inhabileté du pouvoir, dans la présence aux affaires des amis du Journal des Débats^ qui s^imaginent que parce que leur vanité est satisfaite Porgueil de la France n'a rien à envier, que son activité doit se régler sur l'inertie d'une bureaucratie sans émulation, que l'on peut impunément choisir pour leur donner toutes les positions, toutes les fonctions les plus élevées, les moins capables et les plus serviles.

Tels hommes, telle administration; telle administration, tel gouvernement : tel gouvernemeni, tel pays. Il n'est pas do petit peuple sous un grand gouvernement, il n'est pas sous un gouvernement faible de peuple fort.

Voyez à quelle hauteur se sont élevés l'Angleterre, les Etats-Unis, la Prusse, la Russie î Voyez de quelle hauteur est descendue la France, autrefois la première nation dans le monde! Aujourd'hui de quel poids pèsé-t-elle? quelle influence exerce-l-elle en Europe?

On dit improprement la décadence des nations; c'est la décadence des gouvernenjents qu'on devrait «lire; une nation ne déchoii jninais que parce que son gouvernement s'est man<pié à lui-même.

Notre décadence est visible : partout et en tout elle se révèle : — au dehors , par l'incorporation de Cracovie, au mépris des traités que cependant ifous subissons; par les engagements étroits que l'Angleterre nous a forcés de prendre, et (jui nous ont empêchés de tirer du bombardement de Tanger autre chose qu'une vaine gloire dont nous avons chèrement payé les frais, etc.: — au dedans, par l'exagération de nos tarifs de douanes, qui atteste l'infériorité rela-

live de nolr«>ngrirullurr ot de nosincluslrtes; |)ar la cherté de notre mariRp marchande ; par 1» Irnipur «luo nous apportons il riichôvomcnt ilo Inus les Iravaiix que nous rnlr^ pn'nons; par la mauvaise nssîclU- «le mis impAls; par le poi<ls des ciinrijes pubti<iuos Pl dt's emprunts Ityjiutliécairvs, sous lesquels sutx'umlM' la priiprjotê foricitrre. t-te., gIc.

Quand on dit eelii aux ministres <|ui ont la cunliance et l'apixii du Journal drs Dèhals. quu font-ils? — S'ils dc vous prennent en pitié . ils vous tournent en dérision ; peu s'en faudriiil, s'ils en avaient le dntil. <|u'ils ne vous fissent enfermer comme atteints <ridié nation mentale parce que vous avez l'idée fixe de In f,Tandeur de votre pays, parce que vous sentez tout ee qu'il )Hiun-itil ^Ire entre des mains rcmws .cl bnliiles. et que vous soufTi'ez de tout ce qu'il n'est pas !

Que piirlei-vous. dans le Journal rfci Pébats, des pafrsiuiis r(>vulutionniiirfs qui ont eu l'atiilaiM- de se déployer sous vos yeux? \'uus ûles niinistn's et ininistrcs <lepui8 huit ans : si ee que vous aflirmet est vrai , <|ui vous a cm- |>£cliés de faire ce ([u*il tdliiil p<iur qu'elles ne se déployassent |»as? si vous avet été faibles, h qui la faute? s'il suffit, comme Vous le pn-tendei, d'Wre fermes pour refouler CCS passions révulutionnaires dans l'alilme. où donc est l'obstacle qui VOUS arn^te? si v.ius n'avez qu'il marcher sur ce que Vous ap]M'lei le fanlùmi'. |K>ur ([u'il s'i'ranouissf. eoiQment iivez-viius liésilé. iMRunent tanlez-vous un wul instiit)t, ciinunent vnus e\piisez-\'ou3 ii le laîsirr grandir jutqu'aii ciel'.'

Mais niin, vous le savez bien, ee sont la de grandes jihrsses, bonnes. ti'Ut au plus, à intimider tes timides, ii faire peur aui ]ieureii\. Quiind v.ius nuivz mis !■■'> i'err>niii>tes k la diéle. pruliiU' les tihinlN. iiitenlil li<> di^ ours pmcioncés ailleurs que d-in> l'eiieiinle léKi--<lative. qu'iiuii-x-MiUs lait? Vous aurez con)|iriiiio l'a^iitaii >n. mais vous ne l'.iurez pas supprimée! Vous aurez repen-ule le iiH-r«iilei)leinenl. mais Vous n'en aurez |>as (k'truit le pniiei)M' '. \\i eimlraiie. vous l'uun-z aggrave! Vous n'aurez fait que de l'empirisme, el Hu

plus grossier I Vous aurez élé à la politique ce que sont à la médecine les docteurs Albert et Giraudeau Saint-Gervais!

21 janvier 1848.

Ou le ministère a le droit d'interdire les banquets,

Ou il n'a pas ce droit ;

Ou les banquets réformistes ont resserré les liens de la m<ijorilé satisfaite,

Ou ils les ont détendus;

Ou ils ont profité à Topinion conservatrice ,

Ou ils lui ont nui.

Si le ministère a le droit d'int^îrdire les banquets, comment les a-t-il tolérés pendant le cours de Tannée 1847, et ne s'avise-t-il de les défendre que le 19 janvier 1848?

Si le ministère n'a pas le droit de les interdire, sur quoi se fonde-t-il pour empêcher le banquet du 19 janvier è Paris, succédant à S(nxante-dix banquets qui ont eu lieu aux quatre points cardinaux de la France?

Si les banquets ont ébranlé la majorité et nui à Topinion conservatrice, comment M. Duchâtel, pour y mettre ordre. a-t-il attendu si tard?

Si, au contraire, les banquets n'ont fait que resserrer plus étroitement encore les liens de la majorité satisfaite et fortifier Topinion conservatrice, comment le ministère est-il assez ennemi de lui-même pour défendre ce qui le sert si bien 1

Le Journal des Débats, qui n'a guère fait que 300 articles sur les banquets réformistes, ne laissera sans doute pas ces simples questions sans réponse.

22 janvier 1848.

On sait que nous avons peu de sympathie pour les banquets et pour toutes les manifestations de ce genre.

Nous avons peu de confiance dans leur efficacité.

Nous n^ittendons rien do bon c|ue des bons gouvernements.

I/agitation détruit; elle ne fonde pas.

Mois nous haïssons l'arbitra ire.

En tout, pour tous et contre tous, le respect de la loi.

Point de préférence.

Point de caprice.

Point d'intermittence.

Si la loi existe, et si elle est claire, appliquez-la toujours de la môme manière.

Si elle est obscure et incertaine, faites-la interpréter.

Si elle n'existe pas, ne vous elTorcez pas à lui fabriquer une fausse existence au moyen de fausses interprétations ou de dispositions faussement empruntées à d'autres temps et à d'autres textes.

Il ne doit pas plus être parmis de faire de la fausse légalité que de faire de la fausse monnaie.

Ayez donc le courage de votre opinion.

Ne voulez-vous pas de banquets politiques? soyez nets; présentez une loi qui les interdise formellement.

Mais, après avoir fait de la ruse, ne venez pas faire de la violence.

La loi de 1834 ne laisse aucun doute retetivement aux banquets ; elle ne les interdit pas ; elle n'a pas voulu k» interdire (1).

II suffît, pour en être convaincu, de rappeler les citations suivantes :

Le rapporteur de cette loi, M. Martin (du Nord), disait textuellement :

(1) • Fa qu*on ne vienne pas doos dire que c*est enchaîner Im peniée^ isoler les nymputhies politiques, opprimer les iniiiorltéA. Jamais on n'a cunrundu le droit de m réunir avec la facilité de s*associcr. S« réunir^c'têi

roui

peut s*y trômiier, et les tribunaux ne sauraient s*y tromper non pîut. » iiBBvé. député^ amteitltr à la cour tit eattatUm, (Discnssioa à la Chambre des députés du prqîet da loi devenu la ki du 10 avril 1834.)

»u/oir s'éclairer et itenser ememble. S'associer, c*est vouloir se concerter ot fir. (Marques d*assentimeatd.) La diflTérence est immonsc. Le pays M

370 td4d.

« Les réunions ne doivent jamais être confondues avec » les associations. Jusqu'à présent, personne n'a pensé que » le droit de réunion eût élé atteint par Part. ,201 du Gode » pénal. Ne craignez pas qu'il le soit davantage par la loi » que nous discutons. »

Le ministre de la justice, M. Persil, ajoutait :

« Nous faisons une loi contre les associations, et non pas » une loi contre les réunions accidentelles et temporaires» »

M. Dupin, président de la Chambre, résumant la discussion, disait :

« Les conditions auxquelles il sera permis d& former, non » pas une réunion, car la loi ne s^y applique pas^ mais des » associations, etc. »

A la Chambre des pairs, le rapporteur, M. Girod (de PAin), disait également :

(( Si la déclaration surabondante de M. le ministre de la 2> justice n'est pas. la loi môme, elle en forme du moins le » commentaire officiel et inséparable ; et il nVstpasà crain- » dre qu'un tribunal en France refuse de l'entendre ainsi. »

En offet, la cour de cassation, dans l'arrêt auquel font allusion les commissaires du banquet, airét relatif à l'affaire des baptistes. constate que les réunions accidentelles et temporaires n'ont aucun des caractères des associations proscrites par l'article 281 du Code pénal et pfir la loi de 1834 ; que, d^s-l()r^!, V autorisât ion préalable de l'autonté n'est pas le moins du monde nécessaire ; que, seulement, si les réunions ont lieu en public, il est permis à l'autorité de prendre les mesures nécessaires pour maintenir ou conserver l'ordre, u mais que, dans aucun cas^ Vautorité ne peut se constituer juge de l-opportunité ou de la convenance des réunions. »

8 fôTmr 1848.

Que l'on ne dise pas que le paraf^raphe du prcjet d'adresse, dirifcj'ô rinilrc lt»s 107 iirpulés qui se sont assis à la lable des

LES BANQUETS RÉFORMISTES. Sti

bnnqucts réformistes, parce cfu'il ne qualifie ces députés ({lie lYennemis et (Taveagles, ne les flétrit pasf Oui, cela est vrai, ennemis et aveugles, ce sont les deux seuls noms qui y soient inscrits ; mais il en est un troisième que tous les hommes de cœur ne manqueraient pas d'y ajouter si, en cette circonstance, tous les députés qui ont assisté aux banquets réformistes se montraient moins susceptibles que les députés qui, après le vote de Tddresse de 1844, donnèrent leur démission et en appelèrent de la majorité de la Chambre h la majorité de leur collège.

S'ils n'eussent pas hésité, s'ils ne se fussent pas divisés, si tous les députés de la droite, au nombre de 89 ou 30, dans la séance du 27 janvier 1844, eussent chacun, montant Pun après l'autre ë la tribune, déposé leur démission, c'en était fait, ce jour-là, du ministère. Plus heureux que sage, il fol sauvé par l'irrésolution de ses adversaires, recevant le coup sans le rendre.

L'abus des discours fait perdre, même aux plus énergiques, l'habitude de l'action. On croit qu'on a tout fait quand on a tout dit. Et l'on s'étcmne que le cabinet ait duré hull années. Mais toutes les fois qu'il a été en péril, qui l'a sauvé ?— La discussion. Mais toutes les fois qu'il s'était ébranlé lui-môme par ses actes, comment s'est-il raffermi? — Pjir ses discours. Mais n'est-ce pas l'éloquence qui l'a touijoiira racheté de l'inconséquence ? Aussi M. Guizotse croit-il et se (léclare-t-il invincible. H a raison. Il le sera, en eCTei, tant qu'il ne sera pas attaqué sérieusement, tant qu'on n'eft^ ga$<era avec lui que des tournois de tribune , où tous les avantages sont de son c6té : — Majorité éprouvée ; parok sûre d'elle-même ; parole qui peut rencontrer son égale* mais qui n'en redoute pas de supérieure.

Telle est la confiance de M. Guizot dans l'art avec lequel il sait justifier toutes ses fautes, qu'il n'est pas retenu par la crainte d'en commettre. L'impunité, en effet, équivaut à Pinfaillibilité.

Nous le connaissons si bien, que du cabinet où nous écrivons ces lignes à la hAte, nous l'entendons dire dans le

sien : a La séance aujourd'nui n'a pas élé bonne ; le minis- » Ire (le rinlérieur a élé déplora bleinent lerne; ravanlago » est évidemment resté à Topposition ; qu'importe ! je le lui » enlèverai demain; demain le ministère prendra sa re- » vanche ; demain la majorité, déjà illustrée par le vote du » 25 juin 1847 et le vote du 21 janvier 1848, comptera une » victoire de plus ! demain elle aura pour trophées le double » rejet des deux anKmdements : — Ameyidement Darblay, » Amendement Sallandrouze. Le 27 janvier 1844, n'avions- » nous pas à traverser un défilé tout aussi périlleux : — le » dernier paragraphe de l'adresse de cette époque ? N'en » sommes-nous pas sortis victorieux ? Quelques démissions » isolées ont été données; voilà toutl Cela ne nous a pas » empêchés défaire les élections de 1846, et d'une majorité » douteuse de passer à une majorité compacte, satisfaite et D confiante ? Cent cinquante députés de l'opposition ne » viendront pas l'un après l'autre déposer leur démission » sur la tribune ; il faudrait pour cela un accord et une » résolution dont ils sont incapables; c'est un péril qui n'est » pas à craindra; donc c'est un péril que nqus pouvons » braver I »

C'est ainsi que raisonne le ministère dans les épreuves de ce genre ; c'est moins sur sa fermeté qu'il compte que sur l'indécision de ses adversaires. En effet, l'esprit de décision est si rare ! Cette fois, cependant, il ne serait pas impossible (jue le ministère se laissât aveugler par sa présomption. Eh bieni que ferait-il si l'opposition de toutes nuances, après le rejet de l'amendement-Darblay et le vote du dernier paragraphe de l'adresse, en appelait de la majorité parlementaire à la majorité électorale i — Alors, une seule issue lui resterait ouverte : la dissolution de la Chambre et les éloclions générales, de même que le seul parti que lui aient laissé les électeurs du deuxième arrondissement de Paris, et (ju'il a dû subir, a été de nommer pour maire de cet arrondissement M. Berger, impolitiqueroent, injurieusement éliminé, M. Berger, dont le gouvernement ne voulait absohnnent pas !

Nul doute que tous les députés démissionnaires ne fussent réélus avec enthousiasme; plus ils seraient nombreux, ci plus le succès serait certain, car plus Peffet produit serait • grantl et profond.

Voilà cependant è quelle extrémité s'expose et expose le trAne un ministère qui ne sait pas ménager la majorité, et qui ne sait pas respecter la minorité, qui abuse de l'une et qui flétrit l'autre I

M. Duchàtel n'a pas été moins imprudent lorsque, s'appuyant non sur un texte de loi, mais sur une sidpe ordonnance de police et sur des circulaires ministénelles, il est venu déclarer à la tribune que le gouvernement de 1830 était fermement résolu à empêcher les banquets que la Restauration ne s'était pas cru le droit de défendre, ainsi que Pa rappelé M. Barrot. Il est des résistances qu'il est (langoreux d'ennoblir et téméraire de provoquer, lorsque l'on ne s'appuie pas sur un droit formel. Imaginez donc un banquet politique, un défi porté à l'arbitraire par cent d^ pûtes, par vingt pairs de France, par plusieurs maires de Paris, par des membres du conseil général de la Seine, par des officiers des treize légions de la garde nationale de Paris I Imprudent que vous êtes, qui enverriez-vous pour les disperser? Devant quel tribunal les traduiriez-vous ? Quels juges trouvericz-vous pour les condamner ? Avouez-le ; si vous croyiez à la lutte, vous ne l'engageriez pas ; vous modifieriez votre paragraphe, ou vous vous rallieriezà Tameii" clément de M. Darblay, et vous auriez raison, grandement raison. Nous savons que. l'ordonnance royale qui nomme M. le maréchal Bugeaud au ministère de la guerre est toute prête, sinon signée, et que vous mettez dans cette nomination toute votre confiance ; mais, sachez-le bien, dans tm gouvernement constitutionnel, la force sans le droit n'est rien. Eût-elle l'avantage un Jour, qu'elle le perdrait le lendemain.

Vainement M. Duchàtel a essayé, en répondant à M. de Maleville, d'assumer syr les ministres toute la responsabilité du discours d'ouverture de la session. Ce n'est pas l'œuvre

de la couronne, a-t-il dit, c'est l'œuvre de ses conseillers ! Si M. Duchâlel a fait sérieusement cette réponse, cela ne prouve pas qu'il ail la mémoire longue. Est-ce que le discours (1) mis dans la bouche du roi Charles X, le SI mars 1830, élait son œuvre? Est-ce que ce discours n'était pas l'œuvre de ses ministres? Eh bien 1 la responsabilité ministérielle a-t-elle suffi à proléger rinviolabilité royale, à sauver Thérédilé du trône? Non, car la branche aînée des Bjurbons, si nous ne nous trompons pas, est reléguée dans l'exil. ^:J

Nous n'ajouterons rien à ce fait que nous venons de rappeler; nous le livrons aux méditations de M. Hébert, qui doit prendre la parole demain au commencement de la séance.

L'opposition a la victoire dans les mains ; il dépend de l'opposition de la perdre ou de la gagner. Le ministère ne s'est autant avancé que parce qu'il s'est cru assuré de la faire reculer; si elle ne recule pjis, il est perdu.

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