I/ÉLECTION DE DIEPPE
18 novembre 1847.
Tous les journaux de l'opposition systématique triomplient de l'élection de Dieppe. Ils s'en réjouissent ; nous nous en attristons, car nous y voyons la confirmation de toutes nos craintes. Quatre réélections ont eu lieu pour cause de décès. Ont été nommés: —A Paris, M. Malgaigne, (Tune opposition déclarée, qui Pa emporté sur M. Bertrand, d'une opposition suspecte, en remplacement de M. Ganneron; à Toulouse, M. Pages (de l'Ariége), en remplacement de M. Cabanis; à Florac, M. Daudé, en remplacement du t^'énêral Meynadier; à Dieppe, M. Osniont,en remplacement de M. le marquis de Chasselou|>-Laubat. Ces quatre nominations appartiennent toutes à Topposition. Si les députés souniisj à la réélection pour cause d'avancement ou de promotion à des fonctions publiques ont été renommés, rien de plus facile à expli(iuer. Le ministère ne choisit que ceux dont il est certain que la réélection est dix fois assurée, il fait patienter les autres. Ces réélections, triées etpréparées avec Soin, n atténuent donc aucunement le sens politique de celles qui ont fortuitement lieu par suite de décès. Nul doute (jue les élections générales qui auront lieu à l'expiration de cette législature nVntraînent d'un seul bond le pays, justement mécontent d'une majorité complaisamment satisfaite, beaucoup au-delà des limites que la prudence cons(ûllait de reculer spontanément, graduellement. C'était
ils 1849.
le moyen d'empocher qu'on ne les dépassât brusquement, violemment; c'était le moyen de faire sortir le gouvernement de la voie des concessions tardives pour le faire entrer dans la voie de l'initiative, qui est aux réformes ce que le paratonnerre est h la foudre, les attirant pour les diriger. L'initiative, c'est la liberté de faire ou de s'abstenir. Pour les gouvernements comme pour les partis, pour les ministres qui dirigent comme pour les généraux qui commandent, dans les résolutions de la \îc publique comme dans les déterminations de la vie privée, l'exercice de l'jnitiative n'a qu'un moment, moment propice et fugitif qu'on ne saurait trop se garder de 'laisser jamais échapper, car ce n'est pas même chose, il s'en Faut, d'ac-^ cepter la bataille ou de la livrer, d'éviter J'écueil ou de s'y heurter, de paraître généreux ou de se montrer faible, de régler les conditions ou de les recevoir. Ce dont hier on vous aurait su gré, demain on ne vous en tiendra nul compte, parce qu'entre l'initiative et les concessions ne s'écoulAt-il qu'une minute, cette minute est un siècle; n'y eût-il qu'un pas, ce pas est un abîme I
L'initiative a marqué tous les grands règnes; il n'y a pas d'exemple d'un souverain, d'un empire ou d'une cause sauvés par des concessions. Ce qui caractérise les gouvernements faibles et aveugles, c'est qu'ils hésitent alors que la prudence voudrait cju'ils prissent délibérément les devants ; c'est qu'ils cèdent, alors que l'honneur voudrait qu'ils résistassent, alors (jue le courage seul pourrait les ai)Soudre de leur avcuglenKMit. Il importe de bien s'entendre sur le sens du mot concession. Faire une concession, c'est transiger avec une opinion (ju'on regarde comme une erreur, c'est inunoier dans sa conscience la rais(m h la force, c'est agir sans conviction sous le coup de la menace, cVsl abjurer avec humilité devant le danger, c'est, enfin, accordera regi*et ce (iu'(m ne se croit plus assez fort, ou ce qu'on ne se seiit pas assez vaillant pour refuser.
Pourquoi Tamnistie du 9 mai 18:î7 fut-elle et restera-telle un grand acte? C'est qu'elle n'a pas été un acte de eon-