‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 61 sur 96 · L ÉLECTION DE DIEPPE · texte numérisé non relu

L ÉLECTION DE DIEPPE

cession, iiiiiis un arle d'inilliilive. Concession faite à une majorité cxi{;j:eante, l'amnistie nVùt été qu'un acte vulgaire sans importance et sans valeur; l'initiative pris.e par le ministère du 15 avril, contre le gré d'une majorité pusillanime, c'était Tavénemenl d'une politique nouvelle qui se fùl élevée haut et fût allée loin sans la coalitron. Tout le mal (jue la coalition a fait à la France, on ne le sait pas encore !

Après les élections générales dernières, où le mot «progrès, » artislement brodé de la main de MM. Guizol et Duchàtel sur le drapeau des candidats ministériels, avait rallié à eux beaucoup de suffrages indécis, bercé les déHanccs, découragé les partis, divisé l'opposition, après ces élections et avant les banquets réformistes, il y eut un moment où le ministère du 29 octobre tint dans ses mains tout l'avenir du vrai parti conservateur, où il put, à peu de frais, se grandir et se populariser. Admirable occasion! Le pays n'était ni impatient, ni exigeant, ni défiant. Il demandait seulement (|ue M. Guizol ne désavouAt pas à la tribune les paroles (ju'^ii avait prononcées à Lisieux, et lui tînt assez de compte» de sa confiance pour ne la pas faire dégénérer en crédulité ridicule ! Ce moment, MM. Guizot et Duchàtel ne suicnt pas le coniprendre, ne surent pas le saisir. Le succès les é))louit au lieu de les éclairer, il les affaiblit au lieu de les fortifier, il les égara au lieu de les inspirer! Tout faux succès se reconnaît toujours à la rapidité de Tivresse qu'il donne.

\ ainement, k la session prochaine, MM. Duchâtcl et Gui' zol tenteraient de rétracter et d'expliquer leurs discours des 24 et 26 mars 1847; vainement ils viendraient détacher de leurs propres mains deux pierres de la voûte électorale, à la<iuellc ils ont si spuvent déclaré qu'on ne saurait toucher sans ébranler tout Tédifiee politique : vainement ils présentcM'aient les niémes ivformes éeonomi(|ues qu'ils ont combattues connue mettant en péril le Trésor public, alors que la situation linancière sous M. Lacave-Laplagne élaît infiniment meilleure que sous M. Dumon; vainement ils se

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feraient les plagiaires des idées qu^ils ont superbement traitées de chimériques, alors qu'elles étaient exposées par nous ; Vtiinement ils accepteraient la qualité de contrefacteurs du cabinet progressiste dont ils ont tant raillé le futur président, efforts inutiles! il n'est plus au pouvoir de MM. Guizot et DuchAlel de tromper aucune crédulité et de ranimer des illusions éteintes, leur secret leur est échappé. Toute réforme émanée d'eux portera désormais le sceau de la concession arrachée à l'inertie par la peur.

Concession!... C'était précisément à celte extrémité humiliante et funeste que nous voulions que le pouvoir échappât par l'initiative. Mais on aurait eu bien tort de nous écouter. Nous n'étions que de faux conservateurs !

Les vrais conservateurs sont ceux qui ont si bien fait déjà, que ce n'est plus que par exception que l'on consent h porter la santé du roi !

Les vrais conservateurs sont ceux qui feront si bien, qu'aux futures élections générales l'opinion qui triomphera certainement sera cette même opinion (pie M. Reybaud défendait avec tant d'ardeur en 1831 î

Ce ne sera pas le progrès, ce sera la réaction.

Voilh ce qu'on aura gagné à arrêter le mouvement, alors qu'on aurait pu le régler !

LTJJiGl ION DU SECOND ARRONDISSEMENT DE PARIS.

9 décembre 1847.

Los journaux minisléricls, dont la verve railleuse ne larit pas lorsqu'il s'agit des banquets réformistes, et dont les colonnes sont encore aujourd'hui tout émaillées de sarcasmes conlre le banquet d'Amiens, gardent le silence le plus profond, et par cela même le plus significatif, sur le résultat du scrutin qui a eu lieu dans le plus riche des arrondissements de Paris, dans le deuxième, celui qui fut longtemps représenté à la Chambre des députés par M. Jacques Lefebvre, ce type du conservateur réfractaire à toute idée de progrés.

Est-(*e donc que les journaux ministériels trouveraient tout simple que pas un seul des douze noms portés sur la liste de M. Duchàtel ne soit sorti ni au premier ni même au second tour de scrutin ? Est-ce donc que les journaux ministériels trouveraient tout simple qu^au premier tour (le scrutin onze des noms portés sur la liste de l'opposition soient victorieusement sortis, y compris le nom de M. Goudchaux, dont les rapports étroits avec le National n'élaiont ignorés d'aucun électeur? Est-ce donc que les journaux ministériels trouveraient tout simple que M. Dailly, porté en télé de la liste de M. Duchùtel, et sommé, en vain,

par le National do s'oxpJiquor sur ce fameux projet de loi des relais olTerl moyennant 1,200,000 fr., soit arrivé à n'avoir que 235 voix, alors que le candidat de Popposîtion, M. Flon, réunissait 1 ,219 suffrages ?

Si les journaux ministériels trouvent tout cela simple, il n'est pas inutile qu'ils le déclarent. Quant h nous, nous ne pouvons qu'approuver les électeurs ecmservateurs du second arrondissement, qui, dans le désir de donner au gouvernement un avertissement salutaire, ont voté en celle circonstance avec l'opposition. 11 est dos opérations qui, pour être douloureuses, n'en sont pas pour cela moins bienfaisantes; l'opération de la cataracte est de ce nombre. Avec un pouvoir affligé de celte infirmité, ([ue faire ? C'est ainsi que nous approuverions que le choix de tous les députés conservateurs qui ont gardé (juelquc indépendance se portât, pour la présidence de la Chambre des députés, sur M. Dupin ou M. Dufaure. Si l'opposition avait quelque tact, afin d'assurer la nomination de Tun ou de Taulre de ces deux candidats, elle renoncerait celte année à se faire compter vainement une seule fois de plus sur le nom de M. Odilon Barrol. A quoi sert celte démonstration? A rendre plus facile et plus certaine la nomination du candidat ministériel. Cette année, conmie les années précédentes, M. Sauzet sera indubitablement élu et élu au premier tenir, si l'opposition ne va pas aux conservateurs indépendants et clairvoyants, comme ceux-ci sont allés à elle sans hésiter dans l'élection du deuxième arrondissement. Peut-être, au contraire, en suivant cet exemj)le, l'opposition assurerail-elle la nomination soit de M. Du])in soit de M. Dufaure? Ce serait, nous n'hésitons pas a le diie, ui» utile averlissement donné h la royauté.'

Qui pourrait avecrais(m blAmer la royauté de rester fidèle h ses minisires? Qui pi>urrail, avcM* justice, l'accuser d'aveuglement si rien ne vienl l'éclairer? Le roi a un cabinet: ce cabinet a la majorité, que veut-on (jue fasse le roi ? Qu'il change son cabiuel? Mais alt»rs c'est le r(»i r|ue Ton constituerait ainsi juge de la majorité, et «luelle garantie, en ce

ciLs. lui doiineniil-on (|uc l<i majorité suivrait le nouveau minislÎM'o qui serait formé ? Le roi n'a donc rien de mieux à faire (jue ce qu'il fait : — attendre de la majorité un vole ou au moins un avertissement. Aux yeux de tous les hommes impartiaux et sensés qui trouvent la situation actuelle mauvaise, (|ui la trouvent dan{*ereuse, ee n'est pas sur le roi, mais sur la majorité cpie retombe et que doit retomber, en effet , toute la responsabilité de celte situation. Si celte situation ne change pas, et si, conmie il y a lieu de le craindre, les élections générales prochaines nous jettent avec violence sur une pente rapide, ce n'est pas la royauté de 18*30 qu'il en faudra accuser, mais la majorité de 1840.

L'avenir de nos institutions, peut-être même celui de la monarchie, sont aux mains de cinquante députés tirés CD deux sens contraires : retenus par la peur de l'opposition, poussés par la crainte de roptimisme.il dépend de ces cinquante députés ou de maintenir la majorité sous le drapeau de M. de Morny, ou delà déplacer en l'attirant vers le côté du ctMitre gauche (jue représente M. Dufaure. Qu'ils y songent î

L'art de descendre par degrés n'a été imaginé que pour échapper au danger de se précipiter du faîte.

La situation est extrêmement tendue ; c'est là une vérité (pii n'est contestée par aucun esprit attentif et sérieux. Qui la défeiidra, si ce n'est pas la majorité? Et comment défendre celle situati(m? N^ut-il mieux attendre ou prévenir le vole qui suivra la discussion de l'adresse ? Si on attend ce vole, des deux parts on s'animera et on ira au-delà du but. La majorité, (|ui a la fm de la session s'est déclan^e satisfaite, craindra de se démentir; après avoir soutenu le ministère, elle ne voudra pas le flétrir sur une question de conduite intérieure : elle ne voudra pas davantage le faire tomber sur une question de politique extérieure ; elle l'appuiera donc systématiquement encore une fois contre sa conscience et contre l'évidence, à tout prix et à tout risque. Si au contraire on va au devant du vole de l'adresse par un vole, ou qu'on s'enlen<le sur la formation du bureau de la Chambre,

m 1847. - L'ÉLECTION DU SECOND

on ménage le pcissé en môme temps qu'on préserve l'avenir, on n'irrite «nucime situation, aucune opinion, aucune susceptibilité, et Ton glisse entre les deux extrêmes. Mais, diton, si M. Sauzel, le candidat ministériel, n'est pas nommé, le cabinet n'aura plus qu'à se retirer. Sails doute, et c'est là ce que nous désirons. Loin de le dissimuler, nous le disons hautement. Aussi longtemps qu'il nous a été permis d'espérer que le ministère sortirait de son apafhic autrement que pour tomber dans l'inconséquence, nous l'avons sincèrement soutenu ; mais du jour où celte espérance opiniAlre nous a été arrogamment enlevée, nous l'avons ouvertement abandonné, appelant sa retraite de toute la ferveur de nos vœux. Si nous l'avons abandonné, c'est que nous sommes sincèrement attachés à nos institutions et aux libertés dont le maintien de Tordre est la plus solide garantie: c'est que nous ne sommes pas de ceux (|ui de l'excès du mal attendent le bien ou le triomphe d(» leur cause! Nous comprenons parfaitement que le National et Vl'nion monarchique, loin do souhaiter la chute du ministère Guizot'-Hébert, se félicitent de sa durée. Ce nn'nistère joue manifestement leur jeu; il fait pour eux ce qu'il a fait pour M. de Rothschild, concessionnaire (lu chemin de fer du Nord. Il prépare le lit de la voie de telle sorte, qu'ils n'aient plus que les rails à poser et le matériel à fournir. Aussi croyons-nous pouvoir assurer que le National, qui, en apparence, trouve tout mal, est au Tond du cœnr plus sincèrement satisfait que M. de Momy, qui. en apparence, trouve tout bien.

A la Hn de la session, le ministère battu par ses propres troupes sur toutes les questions d'à iïa ires, réduit pour se recruter h contraindre un ambassadeur et un préfet de choisir entre la perte de leurs fonctions ou l'acceptation d'un portefeuilh» partout C(»lporté et partout refusé; h la fin de In session, le ministère était plus qu'ébriinlé, on l'avoue, mais on ajoute : les banquets réformistes l'ont ralTenni.

Oui. cola est vrai, Tagitation électorale qui a commencé au Chfttcnu-Rougc et qui ne parait pas encore près de fl- ^•- n profilé au ministère, a relié le faisceau presque brisé

(lo s«i majorité; m«iis ce que le ministère a gagné en solidité, le ^gouvernement Ta perdu. Voilà ec qu'on ne saurait nier. La royauté est déeôuverte. L'habitude se contracte et se gagne insensiblement de confcmdre dans la même pensée la durée du ministère et celle de la dynastie. Pourquir(»nque a des yeux qui s'ouvrent à la lumière et ne se ferment pas à Pévidence, il est certain que nous sommes sur un pie au dessus d'un gouffre.

Certes, la situation de 1829 était grave, extrême; celle où nous sommes ne Test pas moins, car il y a un péril plus certain encore (pie l'aveuglement de la royauté, c'est Tasservissemi^nt de la niiijorité. La royauté peut être tirée de son aveuglement par Fabandon de la majorité, mais quelle probabilité y a-l-il que la royauté se décide jamais è punir la majorité d'un excès de complaisance?

On alïirnu^ il est vrai, (|ue la majorité n'est pas asservie ; mais si elle ne Test pas, d'où vient donc qu'elle demeure rivée à un optimisme (jui laisse tout désorganiser et dér)i.)ir. à une apathie qui perd un temps précieux, à une pnidigalilé (pii gaspille toutes nos ressources, à une imprévoyance qui nous livre h la merci de tous les événements, de (pielque côté qu'ils éclatent, à la nécessité de les accepter conmie autant de^ nouveaux faits accomplis? D'où vient donc qu'elle tient deux langages qui se contredisent, l'un officiel, Pautre intime; qu'elle déplore ce qu'elle vote et qu'elle vote ce qu'elle blâme?

10 décembre 1817.

Le Journal des Débats n'a pas son pareil dans l'art d^exécuter, avec la plus exquise légèreté, une pirouette impossible. Quel aplomb! quelle agilité! quelle grâce! Sous ce rapport, (!(mvenons-en, il laisse bien loin derrière lui les danseurs les plus célèbi*es de l'Académie royale de musi- (pie : ce ne sont, mis k ses côtés, que des papillons en bottes fortes.

Ingénus que nous étions ! Nous avions cm que ce qui s^étdit passé dans le deuxième arrondissement pour assurer la nomination de M. Berger à Texclusion de M. DaîUy, ou de tout autre candidat ministériel, était grave. Rien ne l'était moins. Rien n'est plus simple que de voir des conservateurs, riches banquiers, agents de change, grands capitalistes, gros propriétaires, voter, de concert avec l'opposi-* tion, pour M. Goudchaux^ le financier du A'^of tono/ / Rien de plus simple que de mettre la couronne dans la nécessité impérieuse de subir forcément, inévitablement, le candidat qu'elle avait opiniâtrement refusé de nommer, alors qu'il avait été désigné à son choix par la majorité d'un collège électoral aussi important que celui du deuxième arrondissement de Paris ! Rien de plus simple que cette violence légale faite à la signature du roi; car le roi n'a que le choix entre ces deux partis : ou de se résigner, ou de dissoudre le conseil municipal, ce qui entraînerait la réélection des orne autres maires de Paris! Rien, cnfm, de plus simple; du moins le Jouimal des Débats le trouve-t-il ainsi.

Lisez :

a Nous prenons, quant à nous, notre échec très philoso- » phiqucment. M. Berger était déjà le député du 2* arron- » dissement; il en sera le maire; car nous ne doutons pas

» que le gouvernement ne s'exécute sans difficulté et sans

i> retard, et qu'il ne prenne tout simplement les premiers y> noms qui se trouvent stir la liste pour composer la nou- » velle mairie. M. Berger, M. Baroche ou M. Flon, très peu » importe que ce soil Tun ou l'autre de ces messieurs qui » ait l'honneur de ceindre l'écharpe municipale. Il est juste » que la capitale soit représentée par ses illustrations^ a comme on dil. »>

On n'est pas plus charmant! On n'est pas plus dégagé I On n est pas railleur de meilleur goût ! On ne porte pas plus haut les talons rouges !

Nous convenons volonliers que M. Berger, ancien maire du deuxième arrondissement, où il a donné à la cause de l'ordre des gages d'un dévoûment trop promptement oi|v

blié, n'est pas une très haute illustration, non; ce n'est ni un grand orateur, ni un grand écrivain, ni un grand jurisconsulte, ni un grand artiste ; mais si on compare M. Berger, an<*icn avoué, h M. Dailly, maître de la poste aux chevaux de Paris, on tnKivcra qu'à illustration égale, M. Berger, aux éIc<»lions générales dernières, a eu Thonneur d'une double iionn'nntion, h Paris et à Thiers, tandis que M. Dailly a été constannncnt repoussé par les électeurs devant lesquels il s'est présenté, bien qu'il se fût alTublé d'opinions qu'il a ensuite trouvé plus commtKle de quitter. Cette différence entre les deux illustrations est-elle donc absolument sans > a leur?

En vérité, en vérité, le Journal de$ Débats, qui n'a pas trouvé, dans tout le deuxième arrondissement, d'autre illustration que celle <le .M. Dailly à placer en tête «le sa liste, n\i pas bonne grAce h se montrer si .sup<*rbement dédaigneux (]uand il parle des « iUustrafions de la capitale ! »

.Mais il y a un en.s<Mgnement utile à tirer de ce scrutin, qui im|H)se au (*hoix du roi la nomination de ce même maire «le Paris qu'un ministère trop exclu.sif avait eu le tort de lui faire répu<lier : — c'est rin<*onvénient, c'c*st le danger qu'il y a pour un gouvernement de s'amoindrir dans un parti, moins que cela encore, dans une coterie. A force d'être exclusifs, on ne tarde guère à n'avoir plus avec soi que les serviles, et qui dit serviles dit ingrats, et les plus lestes à vous abandonner aux Jours d'épreuves. Que le ministère tombe, ainsi qm* le bruit en c(»urt. et la vérité de ces paro» 1(*s ne sera pns longue à se vérifier pour lui. Ce n\>st pas d'aujourd'hui «pie nous tenons ce langage: nous l'avons toujours t(*ini. Kn toute (N*casion, nous avons toujours engagé le gou\ernement à s'affranchir de la domination de tout parti ev*lusif: nous avons loujiiurs insisté |Niur qu'on se gardent d'isoler la royauté au milieu du pays. Im rai^m durable n'est jnmais du cAté où siég«» l'esprit d'exclusion et de coterie.

M. BtTgiT. sincèrement attaché à la dynastie et aux iii8>titulions de IKiU. était maire du deuxième ammtlissenienl ;

ce fui une faute que de Texclure pour lui préférer un candidat qui n'était que le septième après lui sur la liste présentée à la si{?nature du roi. Cette faute aujourd'hui s'expie; puisse cette expiation n'être suivie d'aucune plus grave ! Puisse cette expiation servir d'utile jenseignement ! Mais à (juoi servent les leçons du passé? qui mieux que M. Guizot a décrit les causes de la chute de l'Empire et de renipereur Napoléon ?

Ces paroles ne sauraient lui être trop souvent rappelées :

a Buonnparte Jui-niénie est tombé. Serait-ce qu'il avait » alors moins d'individus à sa suite, qu'il traitait moins » bien ses serviteurs ou ne savait plus se faire des amis ? » Non, certes ; jama/s homme ne fut entouré d*un tel cortège i> (V intérêts individuels ; jamais homme n'eut plus de moyens » et plus d'art pour séduire et engager les hommes; mais, » à son tow\ il avait oublié la France; à son tour^ il avait y> perdu de vue les masses et séparé ses affaires des leurs. Il » ne puisait pluSy dans les sentiments et les intérêts publics^ » ses premiers moyens de gouvernement. Tous les senti- » ments, tous les intérêts personnels qui l'environnaient fu-- » rent impuissants à le sauver.

» Le public, la nation, le pays, c'est donc là qu'est la » force, là (ju'on peut la prendre. Traiter avec les masses^ » c'est le grand ressort du pouvoir, d

Oui, c'est ainsi qu'on tombe, et cela est juste; heureux encore quand on ne paye que par la perte du pouvoir l'oubli du pays !

Mais voyez à quoi conduit cet esprit d'exclusion qui amoindrit le gouvernement aux proportions d'une coterie ! — Il vous conduit, par le chemin de Tisolement, à la faiblesse et à l'humiliation.

Direz- vous rjue ce nVst pas pour le cabinet une humiliation et une défaite que d'avoir refoulé la royauté dans une impasse d'où elle ne peut plus sortir, que de l'avoir maladroitement poussée à cette extrémité qui la condamne è subir la loi qui lui est faite? Direz-vous que ce n'est pas une faiblesse et un défi que le vote du conseil nmuicipal de

la Seine en faveur de In réforme électorale ? Gommeul ! M. Napoléon Duchàtel, préfet de la Haute-Garonne, frère de M. le ministre de Tintérieur, s'oppose véhémentement, à Toulouse, à l'expression par le conseil général de tout vœu en faveur d'une réforme électorale ; il déclare .qu'un tel vœu sérail contraire à la Charte et <^i la loi, il le déclare aux applaudissements de toute la presse ministérielle, yoi/nia/ des Débuts en tête ; et M. Tanneguy-DuchAlel, ministre d'État au déparlement de Pintérieur, garde le silence et courbe la tête devant le vœu du conseil-général de la Seine! Des deux frères, lecpiel a tort, le(|uel a raison? Qu'appelez-vous donc « les principes conservateurs, » si vous combattez à Toulouse ce (jue vous tolérez à Paris, si vous n'avez de règle de conduite (pic celle-ci : — Résister arrogammenl aux faibles, céder humblement aux forts, être brave avec les poltrons, poltron avec les braves? Ce jeu peut mener loin !

Au moins faudrait-il avoir le courage de son intolérance, sinon pour la justifier, du moins pour l'ennoblir; mais ce courap*, on ne l'a même pas. Ainsi, on destitue M. Drouyn de ïJuiys, (jui fait de l'opposition muette, et on n'ose pas toucher à des fonctionnaires amovibles que nous ne voulons [)as nonnner. et qui sont loin de renfermer dans le silence leur opposition systématique! Épuiser toutes les exclusions de personnes et d'idées, tomber d'inconséqueneea en iïH'onscquences, de contradictions en contradictions, voilii donc par quelles grandes œuvres se sera signalée cette j^Tande politique conservatrice que nous avons eu l'impardonnable tort de vouloir faire sortir de l'esprit de coterie après sept années de stagnation.

Où allons-nous ainsi ?

Nous marchons sur les traces de la Suisse, où le parti conservateur, (jui avait la minorité, a si bien fait que c'est aujourd'hui le parti radical qui règne et qui gouverne souverainement.

L'esprit de coterie ne marche jamais seul bien longtemps; il est toujours suivi de l'esprit de réaction.

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