‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 62 sur 96 · LE DANGER DES TEMPORISAÏÏONS · texte numérisé non relu

LE DANGER DES TEMPORISAÏÏONS

23 décembre 1847.

Les deux projets de loi réduisant la Uixc des lettres et Pimpôt du sel, dont le discours de la couronne doit décidément annoncer la présentation, sont l'œuvre collective de MM. Dunion et Duchàtel. On sait que M. Duchâtel a les plus hautes prétentions financières : il les porte jusqu^à dédaigner le ministère des finances comme au-dessous de lui. U sera donc curieux de voir le sceau qu'il aura imprimé à ces deux concessions si péniblement arrachées à l'apathie ministérielle pour se les approprier. M. Duchàtel a des notions, mais il n'a pas de convictions. Le doute explique son impuissance.

En 1836, M. Duchâtel était ministre des finances ; en 1836, un droit do 49 fr. ;30 c. pesait sur le sucre des Antilles et de la Guyane; en 1K)3G, la sucrerie de betteraves n'était assujettie à aucun droit ; elle avait déjà pris de gi*ands dé— vel()p[)enicnts. mais elle était loin encore d'avoir atteint le degré de p(M"feclionnement auquel sa fabrication est parvenue. Nos colonies, inijuiètes et menacées, insistaient pour que le gouvernement statuât sur la rivalité des deux sucres. Le mouKMit est venu de [)rendre un parti.

liéduire le droit de 49 fr. îK) il 27 fr. 50, et l'asseoir sans distinction sur le sucre colonial et sur le sucre indigène : telle était la solution (|ue nous proposiops, solution qui

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faisait disparattrc naturellement le sucre de betterave, et donnait à notre marine Pessor nécessaire. A Padoption de cette solution, on objecta que ce serait porter une grave atteinte à Pune des branches du revenu public. En vain nous soutînmes que la réduction du droit è la moitié dour blcrait la consommation, — le sucre étranger étant là pour empêcher de s^élever le prix du sucre colonial. Ce que nous afTirmiôns, M. DuchÀtel le nia, et, au lieu de la solution la plus simple, la plus avantageuse au Trésor, la plus avantageuse à notre pavillon, la plus avantageuse au consommateur, on préféra se jeter dans cette série de complications sans fin, d'expédients sans nombre, qui n'ont fait qu'aggraver la question. Aujourd'hui, que faire? On est moins avancé qu'en 1836.

Prohit)era-t-on la fabrication du sucre de betteraves?

Limitera-t-on les quantités de sucre indigène faiinquét

Après avoir si longtemps protégé le sucre de betteravw contre le sucre colonial par l'exemption de toute taxe, surtaxera-t-on à son tour, au pro6t du sucre colonial, k * sucre de betteraves?

Telles sont les trois scrutions entre lesquelles flotte It ministère, ne sachant laquelle choisir, laquelle repoumr, ainsi que le montre asseï clairement la lettre suivante de M. le président du conseil, adressée b une commissioii des sucres :

t Fiirii, 8 a^OMDbn 1847.

> Messieurs, » J'ai lu avec toute Patlention qu'il mérite le Mémoire » (|ue vous avei rédigé sur la question des sucres* Le foiH » vemement en apprécie l'importance comme les difBcoItte. » Je me félicite de voir, messieurs, que vous avei rende » justice aux e/fortSj fnalkeureuiemeni ôi/riicfiieicâr,qtf'lie » déjà tentés pour la faire résoudre dans le sens qui faii fie* » raissait le plus favorable aux intérêts généraux du pafi. » Quoique les propositions qu'il avait soumises aux Cham- » bres n'aient pas été accueillies, il n'en persistera pas » moins è rechercher les moyens d'apporter un remède è

» la situation dont vous êtes justement préoccupés. Je » prendrai donc connaissance, avec le plus vif inlérôl, des » conclusions qui doivent compléter votre travail, et, quoi- » que la question rentre plus spécialement dans le domaine » de MM. les ministres du commerce et des finances, les » avantages d'une prompte solution sont trop évidents, à » mes yeux, pour que mon département ne s'empresse de » concourir aux éludes qui peuvent la faciliter.

» Recevez, messieui's, les assurances de ma considéra- Tt tion très distinguée.

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