‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 66 sur 96 · IT · texte numérisé non relu

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24 janvier 1848.

Le mot iVOpposition conservatrice nous revient de toutes parts comme un signal adopté dans tous les arrondissements par tous les électeurs indépendants et modérés.

On nous écrit de Villefranche, 18 janvier 1848 :

« Ai)rcs une lutte qui a duré trois jours, M. dcMortemart. » candidat de TOPPOSITION CONSERVATRICE, a élc » nommé député, à une majorité de 106 voix, contre M. » Pevré. candidat du ministère,

» La marche rétrofjrade et inintelligente du ministère a » amené C(» résultai, qui a une grande poi*tée, comme indi— » quant Popinion de la Friuice. C'est un succès au point de » vue de l'opinion que vous soutenez, car M. de Morlemart D est dans les opinions (I'opposition conservatrice dont vous » êtes Torgane.

*» Le discours si vrai et si modéré de J/. Mesnard a l)eau^ » coup aidé a ce succès,

)> Le combat a clé entre les conservateurs immobiles qui »> adopliMit |)our drapeau n>«, n'en, rien^ et ceux qui veu- » lent le profères et une meilleure administration.

» Continuez votre polémique, vous êtes dans le vrai; cet »■ événement sitjnificatif vous donne raison. »

Les mémos iidhésjons. les mêmes en(*ouragemcnts à persisl«»r dans la ligne de Topposilion c(mservatrice nous airivenl de tous les poinis de la France. Il faut que le sentiment de la gravité de la situation et Tinquiétude de Pavonir aient t'ait de hien grands progrès pour transformer

L'OPPOSmON CONSERVATRICE. 441

ainsi Pabonné d'ordinaire [>assif en correspondant actif. Ce ne sont plus des lorteurs muets que nous avons, ce sont des adhi^rents animas qui prennent In parole.

Ainsi de Morlaix 'Finistère), on nous <>erit pour nous envoyer les diverses professions de foi qui reeommandent aux élect«'ui*s :

M. liouei-Villaumez, capitaine de vaisseau ;

M. Leziart, ancien sous-pri^fet de Morlaix, n^eemment r<^vo<pi<^ ;

M. fie Kerhorre, membre du conseil général du Finistère, maire de ta \ilfe de Sainl-Pol-<le-Léon et cultivateur.

On ntius ronsultc pour sav«)ir sur lequel de ces trois candidats doit |H»rter le choix des électeurs qui ont nrl)oré le dra|MN'ui de Toppositio?! co?(servatiiicb.

Notre réponse sera iKirfaitcment simple.

Nous répondrons : — Sur c«»lui des candidats dont le caractèn* et la situation prés4*nteront le plus de garanties, et qui hésitera le moins à se prononcer sur cette question :

Volrrcz-vous aver le cabinet ?

Volt»rez-vous contn» f

Oui.

Qui ne i-hcrchera pas a s'ysoustrain» par la porte dérobée i\o (pii'|(|uc équivoipie. ou par Timmenst^ ]H>rte ouverte des pi'iirralilcs évasi vcs.

T«ius n«»s VdMix sont pour rolui de ces candidats qui viendra s(* ptarrr nvsol liment sous le dra|ieau ctins<Tvateur que MM. D.irbhiy et I)esm*»usscaux de (Hvrt^ ont enlevé à la majorité unnisterielle. muetti* et int^M'dite.

7 ftfvrifr lB4fl.

l/opposition conservatrice, .son nom riiidique, est celle situation extrême, mais pas.««agëre. faite aux amis indepi^ndants du piiuvoir qui. ayant ]NTdu toute espt*rance de dissiper .son a\cuglement. renoncent ii en subir plus long-

Icmps la responsabilité, et finissent par en décliner hautement la solidarilé.

Ct* fut la situation que prirent, vers la fin de la Restaurntion, M. (le Chateaubriand et, à sa suite, tous les amis dévoués, mais éclaires, de la royauté, qui pressentaient le dénouement de 18)Î0. et qui voulaient le prévenir.

Ce fut la situation que prit le Journal des Débats ; cette situation l'a relevé d'un lonj? abaissement, et l'a providentiellement sauvé. Sans elle, il filt allé où sont allés le Drapeau blanc, la Quotidienne, et tant d'autres feuilles dont les noms sont oubliés.

Nous sommes dans l'opposition, nous ne sommes pas de Topposilion.

Pour ôtre de Topposition, il faudrait que nous partageassions ses illusions.

Or, nous ne les partageons pas.

L'opposition a, <lans les réformes électorales et dans l'agitation publique, une confiance h laquelle notre esprit positif persiste il demeurer inaccessible.

Sans douUs il est facile dVIarpir la base électorale et de rendre la réprésentation nationale plus sincère : sans doute, il est facile de diminuer le nombre des fonctionnaires-députés qui grossissent la majorité ministérielle et de rendre la n^présentation parlementaire plus indépendante.

Cela fait, on aura, il est vrai, changé les spectateurs et les acteurs, mais aura-t-on changé la pièce, aura-t-on donné à notre gouvernement, qui erre en tous sens, un but et une voie. cVst-à-<lire une politique de laquelle il ne soit jamais tenté (U» s écarter? Aura-t-<m substitué ë un appareil administratif compliqué, imparfait, arriéré, vermoulu, créé pour d'autres temi>s et pour d'autres nécessités, un mécanisme à la fois plus simple et plus puissant ? Aura-t-on établi entre le contribuable et le gouvernement les rapports nouveaux. I(»s rapports nécessaires, dont on ne semble pas [)lus se dout(»r encore que Ton ne se doutait au sièi'le diM-nier des mii'acles de puissance et de vitesse que devait réaliser [ilus tard la" vapeur utilisée?

L'OPPOSITION CONSERVATHICE. ii3

Ce scmil nssurémcnt un t^vénfmont hrurcux que le renvorspment ilii rnbini't aciuel. qui fiijl inimlcr chtiquo Jour |iliis linul \o flot lie In ([^siffcdion cl du (k<ciiur.i(;cmcnt l'iirmi ['<'u\ i|iii ^Inicnl li- i>his isiiK'JTOiiu'nl .ittiuli^s au (;<iuviTiii'iiifiil .K-tiii'l, le (lut tics rosM-iitiiiicnls implnriihlcs <■! ili's ivsiM'rniicc.s r^iu'liiinnnirps jinniii «'l'us qui n'KrrlIojit, II'* uns l;i ri'piil)lii[ui'. iioyéi- dans le sang, les autres la legitirnilé. eiipinnt .ses fautes dans IV.\il.

Il ne faiil |>;is s'aliii>er, ce no serait qu'une trêve, eo no serait qu'un iijrmriiement; ce ne serait pas assei.

I.e ^iiiiverni'nient, l'est-it-dire la [xilitique et j'admlnistralion, a liesnin d'Otre ramené il des termes |ilus simples.

V.'i>i Cl- i|ite r<i|)piisitiiiii ne parait pas <'om[>nmdre très dislitu'tenieiil.

In vai>seau sans lest est rimai^e de l'iipitosilinn : un vnissciiM sans v.iîles un sans eimiliuslilile est l'image du pouvoir '.

Telle est ratlernnlivc â laquelle nous paraissons COD-

Oii de (lotler au Rré des vapues M des vents;

Ou de demeurer inmi<il>iles l«in du |>i>rt.

C'est de relie alternative qu'il est urt;ent de sortir,

Ci>ninii-ni?

Qui douTiern à riip])iisi(iitn le liut qui lui manque?

(,>iii diinnera au ]><iuvuir la fune de lever hinere f

l.a e>t Imile la qiiesliim de l'avenir !

I.rs liaMi|uets |H-uvent liiiT de sa l'iriH'ur l'upininn pul.li.pie:

l.'.ipiiiioii pul>lii|ue |ieul, dans les eolli-ces eleel oraux, enlever la niajorilf au pnivenienu-nt |K)ur In domuT à l'op- (msili.in;

l,'ii|il)iisiliiin. qui a eu le |>ouvftir en IftW, et qui n'a pas su le fi.ird.T. piiit !■■ ^>■^•.ai^ir en ISTiO ; mais le (Miuvoir porte un nnin tr<>inpeiir, qui a InmijHy hien des pn-siimplixns.

I.e pouvoir n'est c|ii'nn inslnimenl n»\ mains des ministres euiuuK- li- sable aui mains du guerrier, l'arain.- aux

moins du laboureur, la truelle aux mains du maron, le coni[)as aux mains du géomètre, le pinceau aux mains du peintre, le riseau fiux mains du statuaire, la plume aux mains de récrivain, le gouvernail aux mains <Iu pilote.

Voici ce (juc nous ne saurioits trop souvent rapf)cler à tous c(»s grands enfants qui, se souvenant de riiistoire comme d'un conte de fées, croient que le pouvoir est une baguette magicjue dont il suffit de s'empai*er pour «Mre en état d'accomplir des prodiges.

Quel est Tandutieux qui ne se persuade p«'is, de ncilre temps, que le pouvoir n Vxigt» ni apprentissage, ni savoir, ni fécondité d'iilées, ni fermeté de caractère, que le pouvuir enfin tient lieu de tout ?

Erreur trop commune? c[ue la France expie chèrement !

Le pouvoir vaut ce que vaut Phomme qui le tient.

Nous ne devons pas nous le dissimuler, ce qui nous mantpie, ce qui mancpie au gouvernement, aussi bien ipia Popposition, à l'opposition aussi bien qu^au gouvernement, ce sont des honunes ; cVst plus que cela, c*est un homme ; c'est j)lus (jue cela encore, c'est l'homme !

C'est l'homme (pii saura rendre Texercice du pouvoir assez simple pour le rendn» à ses successeurs facile et léger.

Si cet honune. si ces hommes du pouvoir nouveau existent parmi nous, que leur aptitude se révèle donc, ou par leui-s travaux dans l'administration, ou par leurs disi*ours 5 la tribune, ou par leui^ écrits dans la presse.

Mais s'ils n'existent pas, l'agitation politique dos liancpiets, la réforme électorale et parlementaire feront-elles qu'ils existent?

Il nN»si pas toujours facile de faire sortir le lion de son antre, le renard «le son terrier, lorsqu'ils sont dedans, mais, lorsqu'ils sont d(»lu)rs, ii plus forte raison tous les eflbris seraient-ils vains.

I/agitati«»n politicjue, les réformes électorales nous ont toujours trniivés neutres «Mitre ctîux qui s'en exagèrent le» avantap's et «'eux «pu' s'en «•xagèrt'nt les dangers.

Elles ne nous effraient ni ne nous rassuivnt.

I.a lilxTti^ ;) plus ilVlcnilui^ <[Uf ilo profuiiiU'ur : un pu lr.>uv)' vile li; fond.

Cl- n't'sl [lits lii fiberlt* i|iii osl (laiifïfivuso, cV-st l'ivrcsso qu'elle duiiiie il <'0u\ i[iii eii videiil pnvijHltimmeiit la

IMII|K>.

Tiiiile lilu-rli' esl moiiDcèc <le pi'-rtr |mr l'cxri'S, l.irsi|u'i>lle lui piis é[é pittisltH- pur rii)ilJiitiiiii.

Diinnez à in Itus.sie, niii!> |in'|>iiriilii>ii, In liltiTU' de la |ire<-M' li'llt' ipi'ello e\tsU> eu Kriutee, lii Kussio m iibusera.

Diiiiiiez-iiiiiis lu liherlé <)'<iss<i('iiitiiiii U-Ile iju'elle exble <'U Au^ilelerre, el nmis eu .ihuM-nui^. m iimis ]>;issi)iis sans traiihlliiiu ilii ivjjiiutMle l;i [irnliiliiliun » riiit|i[irtiilii)it de» lueetiiips.

IM-<e (jiie hi lilierlé de l.i jnesse ii nmservé l'iu-liuil ijuelle exeivait vins la He.-.liuiiiili.m ? IM-ie i|ue eello iifti'iii tio s'i'sl )i;is e un m osée pur l'usiicc lik-ii plus eue.iro .pr.'pu.n.l.us:'

Si iiiiiis n\i<itis des iiiinistres îiilelliKOiils, pn'-vuyuuts, l<iii> Ivurs elli>i-ts leiiilNiieilI il nous iujlif r t;mdue1tenu'ut à ImUes eelle> des liliertés ipi'JI nous resle ene..n- a aetpu'rir DU il i-iiiiipleler, aliii qu'il n'y eu eiU plus une sciilu doiU iKiiis pui->siiinsj;uu.iis id>ii>er.

Au lieu de 11I.1. <ni.- r.iiit-il>? Ils reiMHisseut uvcuuleuienl le> ref..ruie. .loui il> di-MJii.-ul li.Wi-r de l..iis leurs \<ru\ la nKilurile: il» pr<>tiilH-ul ;u'liilniirenieu| leslKui<|uelsd<>iU ils util eniiiuieiiee jiiir dmilier l'eveuiple.

1,'u.iiiil le i,'<iu\ernt'iii<-iil uuni suiipriuie. par ta vi-ilt'iico iiu p;u' l.i lui. vf> in.iture>l,iti<in->, ipiaixl il aura rejit'ivule lo lu.il. U' e..rp> MM-i.d i-n -cr.i-t-il |ilii-. >aiii ■*

Ou t .it:Jlati..ii est TiH-liee. i.u ell.- esl iv>-lle :

Si elle ,-■.[ f... lice. p..iir<|u<>i l.i rendre réelle ?

Si fil.- r-i réelle, pourquoi ajîir i-..uune si elle etiiit f.i.lie.-r

Les liamiuels ii'eii>seiit pas ir..u\i- de si>us<'ripleurs: \n ief,.nui> |inltlii|ue> lie se fu.->eiit |i,i> n'le\ee>du j)r-iriiid dl--|.'.lll d.<il- lequel i-lles rl.lielil l'Uldiee> . si l<- e^duiicl

eût su mettre à profit, pour la grandeur nationale et le bien-étrô populaire, huit années do paix et de durée !

Tout ce qui croupit finit par exhaler des miasmes qui attirent ce qui est vénéneux.

Par la stagnation prolongée d'une politique sans courants s'expliquent les soixante-dix banqueta qui ont eu lieu, et le progrès qu'ont fait au sein même de la majorité les idées de reforme électorale et parlementaire.

Ce que nous déplorons dans cette résurrection des réformes enterrées, c'est qu'elles détournent les esprits de réformes plus efficaces, mais aussi plus dilliciles : — Réforme financière, réforme économique, réforme administrative.

A ces réformes fécondes, on le sait, toutes nos sympathies, toutes nos prédilections.

OITIilISME : OPPOSITION.

30 décembre 1847.

La journée a été mauvaise pour le cabinet : ses quatre candidats h la vice-présidence ont passé au premier tour de SCI uliii ; tout prétexte lui manquera donc de rejeter la rc\sponsal)ilité de ses fautes, de ses hésitations ou de ses concessions sur sa majorité. De telles victoires équivalent pr(\squeàdes défaites. Si le ministère n^est pas ferme dans ses desseins, s'il ne met pas sa conduite en parfait accord avec ses principes, le Journal des Débais n'en pourra plus accuser le défaut de discipline de la majorité.

Non)l)rc des votans, 355.

M. Delessert 195

M. Billault "® { 160

M. Lacave-Laplagne ... 50 i

Total égal 355

D'après ce décompte, la majorité compacte, la miJoriM héroY(]ue personnifiée dans son type le plus parfait, dans son plus digne vétéran, M.«Delcssert, serait représentée par 195 voix.

L'opposition de toutes nuances, y compris la nuance nouvelle désignée sous le nom d'Opposition œnservatrice^ la- (luelle a poilé ses voix sur M. Lacave-Laplagne, serait re« présenlêe par le chiffre de 160.

Si ce décompte est exact, la majorité relative du minia-

1ère soraît de 33 voix, en admettant que eelle proportion ne soit pas modifiée par le concours des 104 absents.

Dans les circonstances où nous sommes, qui j)ouvont ^Iro décisives pour l'avenir, il importe que toutes les situations se dessinent, que toutes les convictions se manifestent, que toutes les dissidences s'ajournent, que toutes les nunncvs sViïaccnt, qu'il n'y ait plus (|ue deux couleui's et deux drapeaux :

Optinn'sme !

Opposition I

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