‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 68 sur 96 · ABD-EI-KADER · texte numérisé non relu

ABD-EI-KADER

1" janvier ia48.

Que répétions-nous depuis six ans en toute occasion? Nous (lisions que c'était h dessein ({U'on avait j^randi Al>dcl-Kador, alin de motiver devant les Chambres dos demandes de crédit véritablement folles, et devant Tannée des avancements véritablement scandaleux : que Téniir ne «lisposait ([ue d'une poif^née d'hommes h la poui'suite desquels il suftirail de mettre un escadron vigoureusement monté, au lieu de faire marcher lourdement de lourdes colonnes d'infanterie; que rien ne serait plus facile, enJin, le j.>ur où on le voudrait sincèrement, que de S'cmparer d'Abd-eU Kader, que de le forcer à mettre bas les armes. Celte opinion était celle (pie nous avions entendu professer cent fois à M. le général Hugeaud, avant qu'il eût été appelé à remplacer le maréchal Vallé(» au gouvernement général de l'Algérie. Les faits vitMinent de prouver (jue cette opinion <>tail juste, car il a sufli <rune <lémonstration un peu vigoun^use des troupes d'Abd-er-llahman, de cet cnq^tTeurque cependant on avait toujours dépoint comme si faible, manquant d'autorité et privé de ressources, pour faire en <|uelquos mois ce (|ue nous, la France, la grande nation, le peuple héroïque, n'avions pas fait en plusieurs années.

Pla<*é dans cette alternati\e extrême, ou de livrer sa t^lc aux mains de rempcn^ur de Maroc, où de se jeter dans nos bras, cpii s'étaient déjà si pénéreus<»ment ouverts à Bou- Maza, Abd-el-Kad(M' n'a [jas hésité : il sVsl rendu h S. A. R.

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M. le duc (rAumnle, au camp de Nemours. Nous apprenons r|uVinlmr(iuô le 25 dd^cembrc, à Oran, sur la frégate à va-pour VAsmodée^ il est arrivé à Toulon sous la conduite de M. le liiMitonant-coIonel de Beaufort, officier d'ordonnance (le S. A. U. M. le duc d'Aumale.

Si pou glorieuse qu'eût été cette prise tardive, encore irost-elle p<is due h nos armes ! C'est un fait accablant pour lo oahinot, car tout prétexte va lui être enlevé^pour entretenir il Alger une armée de cent mille hommes, et ajourner plus longtemps la question de la colonisation sérieuse et sinoèro.

Alxl-i'l-Kader prisonnier, une récolte suffisante, nulle (!'n)ou(o. aucun trouble, une majorité compacte, considérablo... décidément, l'année commence mal pour le cabinet, dont roxistence est gravement menacée par son impuissance, (juo chaque jour rend ainsi plus manifeste.

Los cabinets forts vivent par les œuvres qu'ils accomplissent, les cabinets faibles ne subsistent que par les prétextes qu'ils imaginent.

s Jimrier 1848.

Nous n'avons rien à rétracter de ce que nous avons éerii h la h<^te en apprenant l'arrivée d'Abd-el-Xader fc Toulon. Après avoir lu les rapports officiels, plus ferm^ ment encore qu'avant d'en avoir pris connaissance, nooi refusons hautement d'accorder à ce dénoûment, qui a (rnlné en longueur pendant tant d'années, l'importanoe d'un événement. Nous sommes, nous l'avouons, moins modestes que le Journal des Demis quand il s'agit de la puis* stinco et de la gloire de notre pays, et nous ne triomphons pas humblement de si peu. Où donc est la gloire pour la France d'avoir été tenue en échec pendant si longtemps par lo fils de Sid-<'1-Hadj-Mahiddin, par un jeune marabout <le vingt-<]uatre ans, sans eipérience de la guerre et sans armée, qui a eu tout à créer, tout à improviser* régiments

et discipline, matériel et ressources, lorsque rien ne nous manquait, ni rexpérience, ni Targent. ni les arnu*s, ni los soldats, ni les ofliciors ? Où donc est la gloire pour la France de n'avoir réussi, après avoir versé tant de sanj^ et dôpcnsé un milliard, qu'à faire mettre en doute par TEuropc, non pas Tadmirahle courage dos troupes, mais Thabileté île nos généraux? Où donc est la gloire pour la France que tant d'expéditions aient lini, non comme une guerre, par une bataille, mais comme une chasse, par une battue ?

Le Journal des Débats est ivre de joie de la défaite d*Alxlel-Kader. Tant de joie de sa part nous navre de tiislesse. Nous nous disons : Pour qu'un tel résultat cause une telle ivresse aux hommes qui nous gouvernent, il faut ou que nous soyons bien dégénérés depuis Irente ans, ou qu'ils n\nient pas en eux le moindre sentiment de la grandeur nationale !

La défaite d\Vl)d-<0-Kadcr, par Abd-er-Rahman . un triomphe pour la France!... 0 mânes de Louis XIV ol do Napoléon, pardonn(»z-leur !

Que ne font- ils donc chanter un Te Deum à Notre-Dame î Que n't.rdonnent-ils d.inc Tinterruption du deuil dans Ic-^ quel est plongé la famille royale? Que n'illuminent-ils clone les édilicos publics ? Que ne commandent-ils donc aux plorieux canons <los Invalides, aux canons de Montenotte, de Castiglione, d'Arcnlo. de Uivoli.deMonlebello, de Marrn^o, d'riin, (rAuslcrlilz, d'iéna, d'Eylau, de Friediand. de Wagram. de Smol(Mî>k, do la Moscowa. de Luizen, etc., etc.. de saluer, par une s;ilve relcnlis<anle. la nouvelle de l'arrivée d'AIxl-cl-Kiidrr ï\ Tuuhin ?

L'article du Journal drs Dvhats c>{ tout un po<»mc: il se termine par ce chanl :

« Tel a élé h» ré>nllal du traité de Tanger. Au lieu J*ac- » câbler rempcn»ur après la bataille d'Isly, la France l'a » épargné ; au lieu de le ruiner « pour payer notre gloire. « > connue on di>ai( alors, la France lui a laisser S4^s Irt*— » Sors, et ces trésors niais ont plus tervi dans les caisses I l\MMl-<M--Haliman qu'ils ne l'anmienl fail dans les nûtn\N.

ADD-EL-KADER iS3

• c;ir ilh ont soido riiniii-f qui a clinssp l'omir du Maroo. » .N.jus imiiviiins niva^jcr Icmpiri' et dolntiior l'empereur, » niiii.s iiv.ins niiru\ niuiô lo [inilfprrtiniliv Alxl-t-l-Kadcr, u f|iii l'iaii Miti f'iiiu-itii cumiiu' Iv ihMic. N-uis nviims luttu v r('rn[H-j'i-ur ii l.sly. et il nous ri'dnulfnt. Nous lui .tvioss n iimiitiv ili- Ut ii.iiliiincf n\iri-s I.- Irailt- di' TniiRiT, Pl il se

• li.iil il nous. Crslcn lui iii-|iii';iiU ('i'tlojiist<< mesure de » ri>iili:ini'<' el do rNiiiili'. i|iit :i Mut dVni|iir<' sur les mu-

• suliiNiiis. (]ut' nuire di|il<imiiiii' ii Iriomiilié ou Mnruc. Od '■ fHmsrrhiil de nous dilirr de IVniiiereur: un «herehail k « n-ii-- f;iijv pein- de Mm lioslililé. de s;i iH'ilidie : nota

■■ «c.iHN ,-;, j,„i „ll„i,ir.' sinr,;;: S-I <n'./».-nifl.-H .(r/irC. On

'■ niiu> ;i~Mir;iit l.i ytierre ivius MHiinii-s en \m\ avec le

• M.M-,.r. .■( Alid-.'!-K;..i.Tr>[i. T. uLnl ->

Cei iiiiiili' |ii-i.uie <\w II' J'i'iniiil ili-s Milita, dans son rnlfi<<ijsi;i~jne proiupl a s'enll.itiiniei'. n'a |>as lui'nie pris le

leni|>- de lii-i' |['> tle|).^rli.'. ..fli.irlI.'S : s'il se flH d'UUH- ccllo

poine. il nU vu d,<n-> l.i di'|><^<'lie du IJeulenanl {jenéral de l.;itti..rii i.ir. ;uhr>-,--r a S. A. H. M. le (lue irAimiale, et date.- .1.' Siili-M h,in.,-.l-e[-nu^is-.iiii. le 10 den-nd.re 1847, (ine. d.ui-> la jourrx'e ili' Ji'uili '.I. <leu\ eav.ilicrs de Mulcf- AUi-'-i-lt.ilituaTi.n.ii.iiliijip'.i-u-ii AlHl-'-l-Ka.lerune lettre d.iiK I.njUi'lli' rriii|ii'n'iir ei'i'iiail a l'eiiiir " 711 ' s'il roulait >■ mur II /■■•:, il S'-i'iil Innlé nussi liiru •]u^il li- pourrait dé- I» fir.-r. <|ue se> l'.nalii'r^ el ses r.i]ila^>ins sei"iirnt ndmls " ii.iu-> l'-s lr<'U|>i'% ni.M'oiMine';, c|u<' la pipulaliiii de la » .liii.i iiTruail il.'> leiTes. rir.; que s'il refusuil eos pro- ' |>i-.i[inii>. le < litniiii du ileserl eiail libre el i|u'il le pou-

\.iil,t roiiiiiH ni nnu> n\iin> eu « Vullniini- sinrrrf, la COOn ,..nih:n 'l'f.iv .. ,\r Muley.MHU.T-ltalini.in ! Il il fallu

I r<[ii'il M' d<'> iilji a la ;;u<-iTe. •(u'ori la lui fil ànulranro;

il a r.illij. |> ur .lu il >e de. id.U a j.uiser dans ses efflres, i[u'il fut iiii-ii.u->' ju»|u<- MM' s-m II line |i;ir l'audaec d'Abdel-kid.'!-. Il' Uau de%..ûuii-iii: l'alliaiuv sineére ! l'active i-.(.>|H-iati<-ii! C lunie ii-iu> dev i:is iMrc ree.inn.ii-sanls k Muley-Alxl-ei-ItaluiMU de ne s'èlre pas laisse paisîtilcmenl

ravir sa courfnne et ses trésors, peiit-t^lre môme décapî 1er, de sVtre ontin défendu quand on l'attaquait !

Si J eniir a refuse avee fierté la posiiion qui lui était ofTorlc à Fez. s'il a voulu jnuer désespérément sa dernière partie et livrer vaillamment sa dernière bataille avant de se résigner à prendre le ehemin du désert, c'est à l'empereur, c'est à cet excellent allié (pi'il nous en faut rendre grâces î Grftces lui en soient donc rendues !

Mais veut-i>n une autre preuve de l'attention avee laquelle le Journal des Débats a lu les rapports oflicieis ? la vi»ici :

JOCKN'AL DES DlÎBATS. S. A. B. LE DUO D*AUSIALE.

u Apriv* avoir lu :ii:onîivoineiît le» mpports o» reste cinivuincu qu\4W-t/ A'»ii/fr ne /: >uiiiir pj< «V-

a L riiiir a (Kjur lui robscurité, uu pays ditHcilc sillonoé de sentiers inc<.i:inus de iioi éclaircur«; la fuite

r/i:.ipprr. » [ lui était facile. »

De ces deux veinions, latiuelle faut-il croire? laquelle est la vraie? Ksl-ce celle de S.A. R. M. le duc d'Aumale ? est-ce celle du Journal ths Débats ?

Si la version du Journal des Débats est celle qu'il faut adnielire, comment alors expliquer que la soumission d'AI>del-Kader n'ait pas eu lieu sans condition au<rune? Comment explitpier ces mois du rapport de M. le lieutenantgénéral de Lanioricière : « Jk'tais oblitjé de prendre des enn.gagrnients, je les ai pris, et j'ai le ferme espoir que Votre » Altesse Hoyale el le ^gouvernement les ratifiero.nt si » l'émir se confie à ma part/le... J'ai uni<juement promis cl » stipulé (]ue l'émir et sa famille seraient tous portés à » Alexandrie (»u i\ Sainl-.lean-d'Acre. Ce sont les deux seuls » lieux que j'ai indiqués, c'élaienl ceux(|u'il désignait dans

» sa DEMANDE QUE j'aI ACCEPTÉE. »

H faut choisir : ou, selon la vtM'sion de S. A. R. M. le duc d'Aumale, la fuite pom- Abd-el-Kader était facile, el alors S'expliquent naturellement les conditions offertes par le prince et acceptées par M. le général de Lamoriciére ; mais dans ce cas la France ne doit h Muley-AI)(l-er-Uliaman absolument aucune reconnaissance, ou, selon la vei^ion du

ABD-EL-KADER. il»

Joiininl des livbats, Alxl-ol-Kiidcr tw poiivnil pas rrliappcr, l'i <l;uis II' ras la l'iiiiiUn'U' du nriiéral de I.iiiimrirkVt.' srniit itii'M-iisiiMc, lar i-llt> aurait prive iiK-nnsidi-ri'-iticiil la France dune iiriasiiiii do faire siiil un acio de justiiH', siiil un acia ili- niaviiaiiiiniU^.

Anjiiiinriiiii. la Kraiici' iiV^t plus Ithro : à moins df pre»dn- cxciiiplc snr rindi).'no nindiiili- de l'AnKlolcrrc ; à moins d'imiter la déloyauté )>riIannii)uo Irompaiil la conliance de Naiiiiliiiii il Imrd du Rr^lèiophon. ce que nous no ffrons eertaiiieiiieni pas. la Franee csl idili^n-e de loiiir tVngafteiiunl pris par l<' p-neral di' l,am>rieière. et RtTinË I) par S, A. 11. ^1. I.- due dAumali'. La Kraiiie ni' peut hésiter un M'iil irislaut ; la Frain-e ne peut mt'ItIV dans linc lialanee d'un cMi- M<n h<>nrii-ur. de l'autre riMo la liberté dAl>.I-.'l-Kad.T. >'il pei>isle à vouloir se rondn- soïl h Alevali.lrie. s..i( a Saint-Jear.-d'A. re.

Mais .jiji- l'iA-cniir >e nridi' a Sainl-JeainlAerc ou quil \htm.- a l'aris nlei^iier It-u-Maiia dans l'omhre de m» salins el .lanv j.- fon.l de n»-. nihunes. ee ^u- nous av.ms iljt et ee <pii e\. ile les raill.ii.s du J«uni,il .//'J DélmU tlVn •«■ra |iav i]i..in> uai — Les diriiiultes sérieuses pour le luini-lere ,■! )i..ui- U- priiir.- ijui na jias eraint d'aeepplw

lom.le r.>|...n-alulil,- tirnuei.t de .umm.'iieer en Al-

p-ii.-, ear Mi.ijni.-n.iiii l'iml.'-i-, n iiiiiii->lorielli> iif {MUm

T t< W iii.^t.'i ii.< !i ' . Ji H1T1I I ti ;i {.••■.■'H-nnir |:u[ Ir HriK'rnl da La- » t.c ]i- •■.:■■, M.; ,|;ri,.'.ra1 poiiv'iuriir-fC'ii.'Tkl 'le l'AIgMl,

. II:... Vc./n-WV.llf .

r-l,.- .. .„nmi..i,.., . U Kr..,^;. Ki.t.loppé

5 janvier 1848.

M. le présidonl du conseil, interpellé sur rengagement pris par M. le lieulenanl-général de LaInoriei^re et ratifié par S. A. R. M. le duc d'Aumale, de porter soit à Alexandrie, soil à Sainl-Jean-d'Acre, Abd-el-Kader et sa famille, M. le président du conseil a répondu :

a L'insertion du rapport de S. A. R. M. le duc d'Aumale » n-implique pas l'approbation de Varrangement conclu avec » Abd-(*I-Kader. . . Sur le fond de la question, je ré^ervc » mon opinion, lb gouyernehent k'a pas encore pris de

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