‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 69 sur 96 · PARTI · texte numérisé non relu

PARTI

Nous persistons h penser et h déclarer que le gouvernement n'a i)as la liberté de choisir entre d(»ux partis à prendre ; le seul qui s'offre à lui est celui (jui est impérieusement dicté par la situation des choses, telle que Timprô— voyance et l'inhabileté ministérielles l'ont faite. Si le gouvernement refusait sa sanction à rengagement ^ratifie « pars. A. R. M. le duc d'Aumale, s'il trompait le a fermées- » poir >^ du prince, nous connaissons trop bien ce «fu'il y a de noble susceptibilité dans le cœur des fils du roi pimr avoir le plus léger doute sur la conduite que liemlra sans hésiter S. A. R. M. le duc d'Aumale: nous sommes certains qu'il ne voudrait pas conserver un seul instant les fonctions de gouverneiH'-général de l'Algérie sous le poids d'un tel désaveu î Ce qu'a fait M. Guizot, qui n'a pas dépose'^ son l>ortefeuille sur *a tribune, le jour où In Chambre des dt^ putes, à l'unam'mité. n»fusait de ratifier le traité du 20 décembre ISiO.S. A. R. M. le duc d'Aumale ne le feniit |kis. ne pourrait pas le faire. Il y a des chos<»s qu'un ministre de soixante ans peut accepter, mais qu'un prince de trente ans ne saurait subir. Le cabinet est donc placé dans celte niternalive étroite : ou d'approuver l'engagement pris par M. le t^énéral «le Lamoi icicre et ratifié par S. A. R. M. le duc d'Aumale. ou d'accepter la démissitm du prince de ses foncii»iw lie gouverneur- f,'énérol de l'Algérie.

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Si le gouvernement approuve l'engagement contracté, à quoi se réduit, dans ce cas, cet événement auquel le Jwir^ nnl des Débats s'est empressé de prêter de si vastes propor- (ioiis? Où donc est la grande différence entre Abd-el-Kader parcounmt la plaine de la MoulouYa, se retirant dans le (lésiMi, el Ahd-el-Kader établi soit à Alexandrie, soit à Saiiil-Jean-irAore, sous la protection toute-puissante de iKn^'iotorre ?

Il importe de ne pas perdre de vue les faits : oii Abd-el- Kn(l(T pouvait s'enfuir, ou il ne le pouvait pas. S'il pouvait s\Mifuir, il a pu traiter ; il a traité, donc il n'a pas été pris ihoimour do la France est alors engagé par la double parole \\m a ôlé donnée et ratiliée. S'il ne pouvait pas s'enfuir, ni M. le général de Lamoricière ni S. A. R. M. le duc d'Aumale no (lovaient accepter de condition, car c'était abandonna inconsidérément tout l'avantage de leur situation. Si nous avons tort, si le dilemme laisse une issue ouverte, que le Journal des Débats en profite pour s'y retrancher.

Mais si le cabinet trompe le a ferme espoir » du prince, sV no sanctionne pas la ratification, donnée, s'il préfère aocoptor la démission de S. A'. R. M. le duc d'Aumale dm ' fonctions de gouverneur-général de l'Algérie, quatre mois auront suffi pour faire éclater la vérité de nos prévisions;

M. le duc d'Aumale paraît n'avoir pas douté un seul instant que le gouvernement français n'envoyai Abd-et* Kador on Orient, suivant l'engagement pris d'abord par M. le général de Lamoricière, et ensuite par lui-méOMi. La prouve, c'est le texte de la dépêche suivante répandue on Afrique par ses ordres :

Le gnuvertieur-général û MM. tes généraux commandaniê tupérimn,

« Oron, lo 25 déœmbn 1847, tîs hearei du tOAtia* i> Alxl oUKiider a fait sa aoumisMon à la France ; •

» Battu par les Marocains ^ abandonné par la plupart des siens, qril V s'<^taient réfugiés sur notra tanriioire, il Uehalt de gagner le sod pw to

» payA des Bcni-Snas.^en ; mais, cerné par les cavaliers du géDéral de Lj M moricitTc, il a dû pc rendre et est arrivé à Nemoar» le 23.

» II vient d'arrivor à Orun avec nni, pour être dirigé sur Marseille, au » onlrcrt «lu gouvernement, qui l'knvkrra es orient.

n Ri'pandcz iinmédiatomont cette grande nouvelle. »

6 janvier iai8.

Op iiuiis iissure que W f^'oiivernemenl, qui n'avait pa oncdro pris de p.irli sur r(i[)pr()iKition, soit à donner, soit , refusiM*, à hi cjipiliihilion cpii reconnaît à AM-ol— Kador l droit <lo se rendre, à son rlioix. h Alexandrie ou h Saint Jean-d'Acrt», ^'esl décidé (mi faveur de la ratification. CVs le résultat (pie nous avions prévu : il n'y en avait pas d'au tre possihie. Non pas que, rigoureusi^nent, le souverain lu fût maître de ratifier l'enj^aj^'enienl contracté, mais parce qu'il était certain que S. A. W. M. le duc d'Aumalc n( conserverait pas, sous le coup d'un desaveu, ses fonctions (le f,M)uverneur-yénéral de rAlpérie.

P.^sez donc les consécpiences (l(» ce désaveu :

S. A. R. M. le duc d'Aumalo donnant sa démission dos fonctions de ^M)u\erneur-{,'énéral de l'Algérie, et revcnanl à Paris (pialre mois après avoir quitté Paris pour se rendre à Aliter!

Le prenn(M' acte du roi, apn\s avoir nommé son fils à ce poste important, étant de le placer dans une situation impossible il garder Iionorahlemenl î

La parole d'un (ils de France solennellement donnée, cl n'ayant aucune valeur aux yeux des Arabes, aux yeux de TEurope tj»ut entière !

Mais alors, s'il n*\ a\ait qu'un seul parti à prendre, celui que nous avons indique et celui qu'on a pris, pourquoi donc .M. le président du conseil n'a-t-il pas tenu tout do suit(i dans son hun^au un lan{;age ferme et convenable ? Pour(|uoi M. Guizot s'est-il exprimé en des termes qui seni* hlaient faire [)résaf:er un désa\ eu plutôt (ju'une confirmation V Si l'esprit de décision est la première qualité d'un

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gouvernement, on peut affirmer qu'elle manque complètemont au nùtro. Quelque parti tardif qu^ait pris, en effet, io cahinot, il a trahi le secret de ses irrésolutions; les paroles (1(^ M. (luizot sont acquises à la publicité : si moelleusement qu*il les enveloppe dans une dépêche, elles n^en frapperont pas moins, comme un trait ennemi, au cœur du prince.

Des nn'nistres habiles et prévoyants if'eussent pas nommé S. A. U. M. le duc d'Aumale au gouvernement de PAlgérie p<ir les raisons que nous avons déjà indiquées; mais, Payant fait, (les ministres fermes n'eussent pas balancé un seul instant h prendre sur eux la responsabilité tout entière de cette nomination, en déclarant tout de suite qu'ils donnaient leur sanction à rengagement contracté par M. le lieutenant-général de Lamoricière et ratifié piir S. A. R. M. le duo d'Aumale.

Ni habileté avant,

Ni fermeté après.

7 janvier 1848.

Nous n'avons pas de bonheur : nous sommes attaqués, ce matin, h la fois par le NcUional^ parce que nous insistons pour (]ue la parole donnée par S. A. R. M. le duc d'Aumale soii respectée, et par le Moniteur de VArmée^ parce que nous avons apprécié, sans exagération, la soumission d'Abel-Kader ; parce que nous n'avons vu ilans cette soumission (prun dênoùment pacifique dont on pouvait se féliciteTi niais non pas un fait d'armes dont on dût se glorifier*

Le National s exprime ainsi :

a Et voyez ce qui résulte déjà des engagements pris par » M. irAumale : ne voilà-t-il pas la Presse qui veut enchal» » ner le gouvernement à la parole de ce gouverneur- gè» » néral ? Il ne saurait accepter, nous dit-on, un désaveu. 0 Pouniuoi donc, s'il vous platt ? M. Bugeaud, qui a voulo » faire, pendant trois ans, l'expédition de la Kabylie,ei qoi

» s'on éliiil vanté tout hnut, a bien courbé sa volonté de- » viuit colle (les Chambres! »

Ndus commencerons d'abord par faire ohser\'er au A'fl- //o«r// ([lie sa comparaison n'est pas juste; on ne saurait comparer une expédition projetée à un fait accompli, une opinion qui nVngaye <|ue celui qui Ta conçue à une parole (jtjnnce «'i un ti<M's, et sur la(|uelle celui-ci a dû compter. Knsuile, nous ajouterons que Texemple de M. lo maréchal Buf^'oaud, invojjué par le Xatiunal, loin d'afTaiblir ce que nous avons dit, ne fait au contraire que le fortifier. O"'^vnns-nous dit? — Nous avons dit qu'il était mof^alcment impossible (|ue S. A. U. M. le duc d'Aumale conservAt les fondions de gouverneur-général de l'Algérie, si la ratification donnée par lui avec tant de solennité et d'éclat ne l'ece\ait pas la sanction ministérielle. C'est tout au plii.s si le prince pourra les C(»nserver ai>rès les hésitations inqualiliahles trahies j)ar M. le président du conseil dans U^s bureaux de la Chambre des députés ? En elFet, quels sont les précédents que M. le maréchal Hiigeaud a créés ? Rappelons-Ics sonunaircment. M. le maréchal BugeaucI s'était hautement piuiioncé en faveur du système de la colonisalion militaire. liicn (ju'en secret le ministère n'approuvât pas ce système, il n'en avait pas moins présenté un projet de loi jxirtant demande d'un crédit de trois millions destinés à rétablissement de camps (Kjricolrs.CQlic idée n'étant pas favorablement accueillie dans la Chambre, que fait le ministère, dont on connatl la fermeté ? Il s'explique, dans la séance du 10 juin I8i7, en ces termes :

u L(» gouvernement ne peut expli(pier sa pensée sur les » moyens de coloniser (fue (piand le rapp<»rl de la commis- » sion sera mis en <liscussion. Ce n'est pas avant la discus- » sion (fue le gouvernenuMit peut se proxo.nce» sur les » moyens (pi'il se propose d'em|)loyer ; il faut qu'il s'éclaikb » par la discussion ; (luanl à présent, ses explications se— » raient prématiréks. »

Ai)rès s'être expliqué en ces termes dans la séance du jeudi 10 juin, il relire, le vendredi 1 1 juin, le projet de loi des

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camps agricoles, eseaniotant ainsi la discussion qui devait, selon lui-môme, Péglairer !

La veille, le 9 juin, M. Gûizot, interpellé par M. Dufaure sur Texpédilion de Kabylie, avait répondu en balbutiant :

u On (lit (lue le ^gouvernement a dit non^ et que M. le » mariVhal Bugeaud a dit oui; que c^ est M, le maréchal » Ihigcaud qui a fait sa volonté; messieurs, cela n^est pas » cract. »

Voyant ([u^il nVst pas mieux soutenu par le cabinet, que fait M. le maréchal Bugeaud, dont nous ne pouvons quo l()uer en cette circonstance PhonoraNe susceptibilité? — Il (Icnne sans hésiter h«> démission des fonctions de gouverneur-général de TAlgérie, et quitte Alger pour revenir à Kxciileuil, sans même vouloir passer par Paris. Et cepcnilant M. le maréchal Bugeaud n*avait pas môme été désa-; voué, il n'avait été qu'abandonné, il n'avait pas même été abandonné ; seulement il n'avait pas été soutenu par le niinislère. La conduite de M. le maréchal Bugeaud a été, en celle circonstance, ce qu'elle devait être, et l'on sait qu'en lui rendant cette justice nous ne sommes pas suspects-d*un excès de bienveillance.

Lors<]ue de tels précédents existent, peut-on un seul instant mettre en doute que S. A. R. M. le duc d'Aumale veuille sVn écarter? Supposer le nouveau gouvemeur-général moins susceptible, sur une question de dignité persnnnelic, que son prédécesseur, ce serait faire ii\Jure au caractère et aux sentiments du jeune prince. Aussi n'avonsnous eu besoin que de mettre la main sur notre propre' cduir et de le (Consulter pour affirmer que si la parole ralH liée par S. A. R. M. le duc d'Aumalo n'était pas tenue, 4e ministère n'aurait qu'à se préparer è choisir un autre gouverneur.

Nous ne discutons pas sur la question de juivoir si le prince n'a pas été trop prompt à s'engager; c'est là une (juestion h vider entre lui et le cabinet, dans le secret de leur (Correspondance; nous nous bornons à dire que la conséquence rigoureu.se du choix qu'on a fait d'un fils de

France pour Tinvestir du gouvernement général de TAIgérie esl l'obligation impérieuse de respecler religieusement la parole solennelle (lu'il a donnée.

Que le XationaL dont les sympathies nionarcliîques sont au moins suspectes, soit, à cet égard, d'un autre avis que la Presse, rien de plus simple à expliquer; nous n'en sommes venus, nous, à foire une opposition déclarée au cabinet, que parce ipie nous avons la conviction et le pressentiment que, par son inaction, son impixîvoyanee , son défaut absolu d'initiative et d'idées, ses indécisions, ses dilapidations, sa détestable administration, son optimisme aveugle, il compromet gravement l'avenir et (conduit à sa perte le gouvernement dont noussouhaitonsTafTemiissement cl la glorification. Mi»ins sincèrement monai*chi(iues, nous serions plus complaisamment ministériels. C'est parce que nous aimons l'ordre, quo nous aiujonsle progrès: c'est paître nous voulons sérieusement le progrès ([ue nous nous sommes séparés violemment du cabinet le jour où ses propres aveux sont venus nous apprendre que le grand mot de progrès n'avait été au bout de sa ligne ([u'une amorce électorale.

Mais est-ce quand nous plaidons ainsi contre le National et contre les irrésolutions ministérielles la nécessité de faire hoimeuv à la parole d'un tils du roi ({ue nous devrions être exposés à lire dans un journal officiel, entretenu par le ministère de la guerre, des lignes à notre adresse telles que celles-ci :

« Il faut être bien étranger à nos instincts nationaux, il » faut sentir couler dans ses veines bien |)eu de ce sang » généreux <]ui nous fil donner i)ar l'Iiiurope le nom do » peuple liéroïtjue, pour n'avoir ï)as salué avec la Franco » entière l'arrivée d'Alxl-el-Kader à Toulon. »»

L*hérnï()ue porte-drapeau (pie M. Heaudoin, le gérant du Moniteur de iArmev, pour opposera nos a instincts natio^ miu.r »' les sien.s î

Ci'oil-on que rannêe accueillera, sans les réduire à leur juste \aleur. des exagérations aussi emplialiquenienl ex- »»»'imées :

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