‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 70 sur 96 · ABD-EL-KADER · texte numérisé non relu

ABD-EL-KADER

« Le 1*^ janvier 1848, Paris apprend qu'Abd-el-Kader est » au pouvoir de la France. La nouvelle semble voler dans » i'air. Le nom d^Abd-el-Kader court de bouche en bouche, y> et des lieux publies va rapidement aux salons, aux aie* » iiers, au mansardes.

» Kst-ee donc là un événement national i est-ce donc là » une victoire ?

» Oui, la reddition d'Abd-el-Kader est un événement na^ » tional; oui, sa chute est une victoire. S'il ne fallait voir » (ions la démarche de Tex-émir* qu'un accident militaire, » le peuple de France n'aurait pas exprimé son étonnement » et sa joie avec cette élociuence qui n'échappe à personne, » et d(mt la fouie a le secret. »

r4'est par de telles exagérations qu'on manque toujours reflet qu'on veut produire !

La soumission d'Abd-el-Kader «un événement national 1 9 Otie soumission n'eût jamais reçu un tel nom, si, depuis le triiilé de la Tafna, nous n'avions pas semblé prendre à tAche (le tout faire pour grandir le Jeune marabout.

Avec de telles considérations, saves-vous ce qu'on fail? On entretient Abd-el-Kader dans les prétentions qu'il a de ressembler à Napoléon, et de le recommencer ; on fait nattro en lui la pensée qu'Alexandrie ou Saint-Jean-d'Acre ne sera pour lui que ce que fut pour l'empereur Itle d'Elbe.

On (Tée une difficulté de plus à la sanction ministérielle de la parole du prince I

8 JAnvîer 1848.

Le National ne veut pas absolument que les ministres donnent leur sanction h la ratification par S. A. R. M. le duc d'Aumale de l'engagement pris par M. le lieutenant» général de Lamoricière.

Le National va au-delà de notre pensée, et l'exagère quand il s'exprime ainsi :

a ... Dès qu'il s'agit de la parole d'un fils de France^ il fout » tout sacrifier, tout immoler. Il a commis une faute, il foui

« que la France lendosso cl la payo. Il a manqué sa ses de- » voirs. il faut <|uo la France en porte la peine. Ce n'est pas

» lui (lui doit en recevoir le cliA liment, c'est sur nous fjue » ce cliAtiment doit retomber. »

Telle est précisément la question qui est à résoudre :

La France a-l-<'lle plus gagner ii maintenir les purules données à Abd-el-Kader qu'à les retirer?

Nous n'hésitons pas à répondre que la France a plus i\ gagner à les respecter <|u'â les violi»r.

D'abord parce (|u'aux yeux de l'Europe monarchique, ce serait un manipie de fni ;

Ensuite parce (jue.i)«»ur l'Angleterre, ce sA*ail cflacer, en quelque sorte, de son histoire, la tache de sa conduite envers l'enqKMcur Nap; iléon allant chercher un refuge sur la croisièie anglaise, et écrivant au prince régenl d'Angleterre a ... Je viens, connue Thémistoch». m'asseoir au U*\vr » l)rilaiuii<|ue. .le me mets sous la protection de ses hûs, » (pie je réclame de Votre Altes.'^e Royale, comme du plus » puissant,, du plus constant et du plus généreux de mes » ennemis : «

Enlin. parce qu'un gouvernement qui veut être bien .servi doit loujnur.s lai>ser. s.iit ii ses généraux, soit à .ses agenls. aloi-s surtout qu'ils .sont à l'étranger, une grande latitude d'aclicju. Autrement, il n'aura jamais «lue des agents indécis, des généraux irrésolus, qui n'oseront rien prendre sur eux cl laisseront pa.sscr riuNtanl propice. C'est au gou\erncmcnt à ne faire (jue de bons choix, les meilleurs p<»ssiblés: mais ipiand il a donné sa confiance, .sa conliance l'iw bli^^e : il d<»it tenir compte des int<*nl ions en même temps (pie des actes. II e.sl dans la po.sition de riiiiinme qui a choisi, pour l'as.sister dans un duel, deux témoins dignes de toute sa ci>nliance; ce qu'ils ont décidé l'engage, el, ses susceptibilités ne fusM»nt-ell(»s pas entièrement satisfaites. (|ue le mieux (ju'il ail ii faire encore est de ivspe<*ter leur parole a Ii^^mI de la >ienn(*.

ijm il'iw r>\ infaillible '/qui donc (hins une circoiislaiRv oii il ne faut pas hésiter, est sûr de pnnîdrc toujours le

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parti le meilleur? Si M. le lieutenant-général deLamorîcièrc et S.A. R. M. le duc d'Aumale, placés sur les lieux mêmes de la capitulation, ont fait ce qu'ils ont fait, accepté co qu'ils ont accepté, promis ce qu'ils ont promis, assurément c^esl qu'ils ont cru qu'ils ne pouvaient exiger davantage.

Se fussent-ils trompés que nous persistons à croire que la France n'aurait encore qu'à gagner aux yeux de l'Eur()i)e en poussant le scrupule d'une parole échangée Jusqu'à préférer de subir les conséquences d'une erreur.

Mais est-il donc impossible, avec quelque habileté, d'àmoner Témir h changer de résolution et à demander de rester en France ? ^ous croyons que cela n'est nullement impossible, et nous puisons cette conviction dans la lettre quAbd-el-Kader, à son arrivée à Toulon, s'est empressé d'écrire h S. M. le roi des Français.

Dans cette lettre, marquée au sceau d'une résignatiott pleine de noblesse et d'une reconnaissance pleine de dignité pour Taccueil qui lui a été fait en France, Abd-el-Kader ne dit pas un seul mot des réserves mises à sa soumission ; il ne parle ni d'Alexandrie ni de SaintJean-d'Acre.

L émir ninsistant pas sur l'accomplissement de cette condition et consentant à rester en France, toute difficalté tlisparatt sur les termes de la ratificatiQn, du moins quant aux craintes que l'Angleterre inspire au NatianaL

On lit dans le Moniteur parisien :

«S.A. R. M. le ducd'Aumaie, gouverneur-général de » TAl^'érie, a proposé à M. le ministre de la guerre de Cure » rentœr en France deux régiments d'infanterie et un ré- » giment de cavalerie, actuellement employés en Algérie.

» Le roi, de l'avis du conseil des ministres, a approuvé » cette proposition. »

Il faut es|)érer que ce n'est là qu'un premier pas, el que leffectif de notre année d'Afrique subira une diminution

plus considérable. Le gouvernement, qui a la prétcnlii>n de voir un grand triomplie dans la soumission d'Abd-el-Kader, serait inconséquent s'il ne retranchait que 4,000 hommes des 100,000 hommes employés en Afrique, el Alxi-el- Kader lui-môme pourrait s'offenser de n'être estimé qu'à la la valeur de trois régiments.

27 janvier 1848.

Nous recevons de Toulon deux lettres qui e\ priment le même sentiment sur la conduite tenue envers Abd-el- Kader :

a Toulon, 19 janvier.

» Je ne veux pns, je ne peux pas quitter celte ville, où j*ifi pa^sé 0104 jour.4, sans vous exprimer les sentiments de tristesfo et de honte qn« m*ont iiis^iiré.s les traitements vraiment sanvngcs dn gouvcmeoncnt français û l\''<]rnrd d'Abd-el-Knder et des personnes dévouées qui root librement ^uivi.

» Le premier mouvement, le bon mouvement exprimé par la marine et fin chef à Toulon nviiit été conveimMe et digne ; mnis les ordre» de Pari-* pont venus le rép\imer, et, pour ainsi dire, le désavouer. »

n Toulon, 20 janvier.

» Kouii nvouA nssi.sté à ce triste si)cctncle d'un pouvoir civilisé se moutriint plu:( sMuviige (^ue lu barbarie. Les deux resM)rtâ de la tragtVlîc cla«fiique, la terreur et la j»»/iV, «uit été rcmplaci'-fi parla maladrcft^cetln pear, dan» co drame qui >»• joiio devant la France, où l'on joMC la France, pour mieux dire, a\ec i<a vieille renonnn*''0 déloyauté politique, de chevaleresque générosité.

h C'qK'n<lant, un nc\v \iont de se produin* qui pent cncoru attêoaer reflfct de ci'4 tri-'^tes initéci'd(.'utn. Lundi dernier 17 du courant, le» prisonniers du fort Malltoii'iquet ont été conduits nu fort Lamaigne. «le voadraia bien bii^svr à Tînitiative du ministère Thonnenr de cette meanre, mais l'anxiété nianiffstée ici sur la nunté d'AUl-el-Kader, c'est'à-dire la peur encore, ii été t-uns doitto Tunique mobile de cotte déci»ioQ. D'où qu^elle \ieiine pourtant, elle sera la bien- venue pnur tous le^ cœurs qui gardent encore un p»*u de eo noble sang frutivî^'"''

» C*V>«t l:i. «>an< d()u;<', un ln'nnMix rftour sur ce qui a ét^ fait d*oJieox et de «itupiib* : inalbeureu*-i'ni( iit, ce n'en {H-'Ut Otre la radiation. La tranaluliuu lie i'tniir au f"it l.anial;:uo, it le< cin-on? tancer qui l'ont oeoomnojT'ii'e, ont utit à notre loyauté, dun» la pensée de cet bomn'.e, une taohe

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