I/ABUS ET LA FIN DES DISCOURS
23 janvier 1843.
L'abus des discours m.irque la fin prockiiiiio, tr6s prochaine des discours. On j)oul diiH? avec plus de vérilc dos discoui*s ce (ju'on a dit des rois : Ils s'en vont î Oui, los disi-mirs s'en vont. M. Guizol les a frappés mortellement au cœur: ce sont des idoles auxquelles on ne cn^il plus! Comment y croire, (|uandon voit à (|uel point le talent de parole le plus éniinent, incontestahle'ment, est insuffisant à suppléer le l)on sens, la justesse des idées, la fermeté de caractère, la sincérité des ci'liviclions. l'entente des affaires. Nul. de notre temps, n'a élevé plus haut que M. Guizot rélo(|ueneo de la trihune ; nul ne l'aura fait t(»mlMT plus bas. Il a détruit la foi qu'on se plaisait à mettre en elle. Assez de temps et trop de tenq)s a été perdu en tournois oratoires; ce ne sont plus des discours (|u*il faut, ce sont des actes que le pays demande, que demande elle-même la Chambre des députes.
Vo\ez avec quelle attention profonde, avec quelle faveur man|uée ont été écoulés M. Darblay, qui n'a prononcé que peu de piirules, il est vrai, vi^Miureu.sement accentuées, et M. I)e>mousst'auv de Gi\ré, ijui. bien ({u'il ait occ*upê longtemps la tribune, a été mieux écouté encore à la fin de son discours qu'au (onnnencemenl ! C'est que leurs di.s(*ours étaient des actes I
Certrs, M. Darblay n'est pas un orateur, n'en a pas la
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prétention ; mais los termes simples et vivement sentis daAs lesquels il est venu iinnoncer ii la tribune qu'il se séparait du eahinel. qu'il voterait cunlre le pnjet d'adresse, ont im[)ro>sionné la Ciiamiire, i*«int émue plus que nous ne saurions le décrire.
Pendant que parlait ce conservateur non suspect, ce conserva leur (pii a laissé déjà loin derrière lui Tàge des enlrainemeuts, ce conservateur désintéressé (|ui n'a rien k demander au pouvoir que le bien du |)ays, nous regardions M. Guizot, assis sur son banc, Tair abattu, et nous nous di* sions : A quoi d<>nc sert la magniticence des mots (]uand elle ne cache pas mieux l'indijîence des idées ; à quoi sert IVIoipience sans convictions? Mieux valent des convictions sans éloquence.
Ce que MM, Dufaure et Passy avaient fait deux ans avanl nous. .MM. D.irblay et Desmousseaux de Givré Pont fait aujourd'hui, un an après nous. Ils sont entrés résolument dans Topposition cons<*rvatrice. ou plutôt ils sont sortis des rangs de la majoriié ministériellt>, emportant avec eux le drapeau du véritable parti conservateur.
CVst 4V (ju'a parfaitement expliqué, avec autant de raison que d'oprit, de modération que de fermeté, M. Des* moussc«iu\ de (livré, dans son disermrs, auquel le succès aurait dnnné l'importance d'un événement, s'il ne Pavait méritée par lui-même, par l'étendue de ses aperçus et par la sagesse de ses avertissements.
Il y a longtemps qu'on a dit de M. Guizot :
« Il maxime ses pratiques, mais il ne pratique pas ses » maximes. »
M Guizot a des maximes pour toutes les circonstances* comme les empiri(|ues ont des baumes pour toutes les douleurs.
I> Mitez M. Guiz»l. sous le e »up de sept dt*mentis bieo compte> qui lui ont éle donnes dans les deux Chambres :
Démenti de M. le comte Mole;
* Démenti de M. Hippolyle Passy ; *
Démenti de M. Pelet (de la Lozère) ;
Démenti de M. le comte d'Argout;
Démenti de M. Dufaure :
Démenti de M. Lacave-Laplagne ;
Démenti réitéré de M. Tliiei's;
Ecoutez M. Guizot disant hypocritement :
« Rien ne me fera sortir, quant aux noms, quant aux dates, quant aux faits spéciaux, de la réserve que je me suis imposée, parce que je la regarde comme mon devoir. »
Le devoir de M. Guizot lui permettait donc d'exhumer, le 17 juin 1847, d'une correspondance toute confidentielle, une lettre entièrement privée, vieille de neuf ans, datée du 25 juillet 1838, de racheter à un tiers ou de la lui déix)ber, et de venir la lire h la tribune î
La voix qui Ta interrompu en lui jetant ces mots implacables : dVous n^avez pas toujours été si scrupuleux! » n'était qu'un écho de la conscience publique. Aussi M. Lherbette a-t-il pu, sans être rappelé à Tordre, prononcer ces paroles que nous reproduisons d'après le Moniteur :
it M. LHERBETTE : J'ul VU le Turtufc do religion sur un antro théâtn avant de voir sur le thOiltrc politique le Tartufe do probité. ( R4.^1ainitioD an centre. — Approbation à gauche.)
» QUELQUES VOIX AU CENTRE : A lordrc !
» M. LE ritKSiDEKT : (.'est uiie mnximc générale qui ne «^applique à personne ; autrement, je rappellerais l'orateur à l'ordre.
D M. LiiEKHETTE : Elle .>':ipp'.iqne à qui peut eu provoquer Tapplicft* lion par les gestes que je ^i«;n:lle. Pourquoi donc ce qu'il a pu dire, M. )• ministre ne puuvait-il Técrire? C'est qu'il ne voulait pas laisser traces de cet acte, c'est qu'il sentait la culpabilité de cet acte (Agitation.) »
OÙ allons-nous ainsi?
24 janvier 1 843.
Il ne devrait ptis plus ^tre permis de f«il>ri<|uer do la fausse léf^Mlitè que de fabriquer de la fausse luoiinaie. Telle a tnujnurs elé iiolre opinion, el nous y persistons.
En France, nn supporte inipati(*minent tout (*e(|ui heurte réj:alité, mais on supporte plus <|ue patiemment, presque indifféremment, ce qui \iole la légalité, ce qui blesse la liberté.
En Angleterre, i* est le ennlraire qui a lieu.
La U*;.:ali!é y est serupuleuM*ment observée; aussi le resperi de la loi y (>st-il unanime et profond. On y a ndmirabltMncnt compris que. pour ipie le peuple respeetAt la loî| il fallait que le piuvernemcnt fût le premier à la res|)ecter.
La liberté y est lar«^M*ment comprise et pratiquée; aussi le pou\«»ir > »*st-il fort et le> institutions ify sont-elles pas mi>e> en «pie>li«»n. Le pn.-^'rés j rst b'iit, mais il y est assure.
Quand donc enfin roiMprendrt»ns-nous qua moins de sui)primer tribune p.irlcuK'ntaire et presse.' |HTindique, Té- (pjilibn* sM-ial v\i^v que le pouvoir pèse autant que la 11* berte, l.i liberté autant qut» U* pouvoir? Veut-4in <pie (a IIlM>rte soit ^Tandi* el durable? 11 faut (|ue le pouvoir soit fort 4*1 res|)ecte. Veut-4in que le |>ouvoir soit r>rl el rospeo* té ? 11 faut que la liberté soit grande el dursible.