LA POLITIQUE DES RÉVOLUTIONS
2 février 1848.
Le Journal des Débats est toujours le même I C'est Pimmuabililé dans la mobilité : c'est Topim'àtreté dans l^inconsé(f uonre. Demandez donc à la girouette de ne pcis tourner h tous les vents! Lo Journal des Débats devrait ajouter à son titre celui-ci : Feuille du lendemain.
11 n'y a pas quinzt* jours, le 14 janvier 1848, dans un article sur la séance de la Chambre des pairs, le Journal des Débats sVxprirnait ainsi :
a 11 y a en Italie tout un parti dont les idées vont au-delà » dos réformes, et qui veut des changements qui ne peu- » vent s'accomplir qu'au prix d'une révolution. Le gouver^ » nemeni français ne peut s-associer à ce parti. »
Aujourd'hui i février I8S8. quel langage diflcrent à Toceasion des nouvelles de Païenne, auxquelles le Journal des Débats consacre trois colonnes :
f Païenne persiste à demander la Constitution de 1812 » et la <*onv'.r;iti m inunédiate du Parlement. Nous ne sa- » vous p;is (pielle a f»u être la résolution du gouvernement >» napoiil.-iin : mais les lettres (|ue nous recevons nous font n ciaindn* (pic si i'» n ne se hâte pas de donner prompte et )• cnlirrv satisfartian à l'opininn publique, des événements ^) pjivo ne vieiuienl compliquer une situation déjà fort " diliieii(\
' Deux mois plus tôt. des mesures semblables auraient
LA POLmOUE DES RÉVOLUTIOiNS. 5M
* excité Venthousiasme général ; après PinsurrectioD, elles i> n'ont provciqué qu'un refus net et ferme qu'on lira plus » loin. Le Piirlemenl convi)qué à Palcrme, l'îincienne Con- 0 stiUilion adaptée au temps actuel, tel est Vultimatum » dont les insurgés ne veulent pas se départir. Ils comptent » probablement sur un soulèvement général en Sicile.
» Tous les hommes éclairés et considérables paraissent » s'être réunis pour demander au roi de faire à son peuple » les co>cEssio>s LES PLi:s LARGES. Parmi ceux qui travail- » lent le plus h épargner par ce moyen au pays les hor- » reurs d'une guerre civile, on cite particulièrement le mar- » quis de Pietracatella, président du conseil des ministres, » et le duc de Serra-Gapriola, ambassadeur de Naples à » Paris. »
On romaniuera que ceux qui sont le plus opposés systémali(|nrnïent aux réformes opportunes sont toujours ceux qui résistent le m« ins dignement aux concessions tardives. CVst la t(»ulf» la politique du Journal des débats ! Résister aussi longtemps qu'un peut, ne céder que lorsqu'on ne peut plus résister, telle e>t sa loi de conduite. Une telle politi(|ue n'est pas la politi(|ue du progrès, c'est la^ politique des i*évolutiiins.
Kn face de rinsurrection, que fait le Journal des Dé- 6rt/."çy II demande •• 711/» l'nn se hâte de donner prompte eten^ tiere satisfaction à l'opiniim puhlitme, »
En France, cnmnie il n'y a pas d'insurrection, que faille Joiinuil des Dehats ? 11 combat tout prcjel de réforme, toute exlon>i(»n du nombre des électeurs et du nombre des inconqtatibiliiés (pii xTait de nature à doimer àroi)inion publique uix* garantit» deviMiue nécessaire; mais vienne un Soulèvement grave, le Jtmrnal des Débats serait le premiiT a recLinier ees refermes, lidèle à ses principes : acr» rder (juand il siTail e lurageux de refuser, refuser quand il st*niit )ii udeiit d'aceorder.
Kl eei'cnd.int tel est rein()ire di» la vérité, que le Joiii*nai des Ihltats ree<.iiii«ili inv il'>ntain*ment qu'en fait de réformes, la <pi**slion du moment l'emporte souvent sur la
question du fond, c Deux mois plus tôt^ diuU, des mesures
» semblables auraient excité Venthousiasme général ! »
Précieux nvcu ! rapprochement qui parie hautement de lui-mt^mc !
L-n an plus tôt aussi, on mars 1847, si le ministère du 29 octobre 1840 eût pris l'initiative de ladjonetion des capacités et Textonsion des incompatibilités dans une ju>te limite, ces mesures eussent excité Kenthousiasme général, adernii le cabinet, satisfait lopinion publique, calmé les impatients, divisé les partis, popularisé le pouvoir !
Qui insistait pour que le cabinet se donnât ce mérite ?
La Presse. •
Qui insistait pour que le cabinet se retranchât dans le dédain de la plus arrogante immobilité ?
Le Journal des Débats.
A M. ODILON EAIIOT.
Mardi matin, 8 février 1B48.
Monsieur ol honorable collègue,
La minorité, mise hier au pied du mur par M. le ministre de rihtérieur. se laiss<Ta~l-elle aplatir (telle chose, tel mol) par i/»i coup <tr majorité ?
Ou la majorité, expiant son imprudence, sera-t-elle dissoute par un coup dt* minorité ?
Tellt» e>t l'alternative.
Il e.st (les circonstances graves On discuter cVsl hésiter, où il faut af;:ir et non délibérer, où les soldats n*ont qu^à suivre les chefs.
D'un jour, d'une heure, d'une minute dépend la perte ou le ^'ain d'une bataille.
Toute victoire remportée est due a une faute dont oo sait (>rnnter.
Le miiiistère, en mars 1817, a laissé échapper une admirable* occasion dv i)o(»uIariser le pouvoir î
I/oppi»>ition f<Ta-t-elle la même faute? laissera-t-cUe échapper une admirable occasion de se relever d'une longue et triste impuissance ?
Il ost impossible, si le paragraphe de Padresse (1) est voté et si vous donnez votre démission (et comment vous abstenir (io faire ce qu'a fait M. Berr^er en 1844 ?), que Topposition loul entière n- imite pas votre exemple.
Je n'en excepte ni M. Thiere, ni M. de Rcmusat, ni M. Dufaure.
Cet acte de résolution unanime efîacerail dans Topposilion toutes les nuances; il effacerait toutes les contradictions, toutes les inconséquences.
Quelque parti que prenne Topposition, le mien est arrêté ; immédiatement après le vote du paragraphe, je donnerai ma démission.
Je n^ai ni le désir ni la crainte d-être tout seul.