CHANGER LES CHOSES SANS CHANGER LES HOMMES
13jametl846.
Il paraît que Pattitudeque nous avons prise en faveur des électeurs contrarie l'opposition. A l'en croire, ce serait une erreur de notre part, sinon une intrigue, que de pousser à changer les choses en conservant les hommes. C'est méconnaître, déclare-t-elle avec humeur, Tesprit des gouvernements représentatifs. Nous comprenons très bien que cette conduite ne fasse pasles affaires de l'opposition, qui ne tient qu'à renverser les hommes pour se mettre à leur place et s'emparer du pouvoir. Mais si cette conduite fait les affaires du pays, cela nous suffit; nous ne nous proposons pas d'autre tâche. Ce que redoute l'opposition, c'est que le parti conservateur se recrute d'hommes fermes et indépendants, voulant que le ministère en finisse avec toutes les questions attardées, et règle nos relations avec l'Europe sur le pied où il convient qu'elles soient mises; ce que voudrait l'opposition, c'est que partout où ses candidats ne sont pas élus, la majorité ne se recrutât que de députés sans indépendance et sans fermeté. Cela est aussi facile à expliquer qu'à comprendre.
La France est un pays où l'activité des esprits est grande, où l'immobilité ne saurait se prolonger systématiquement sans provoquer une réaction infaillible. L'opposition le sait; aussi craint-elle par-dessus tout que le ministère,
sans se jeter dans des innovations irréfléchies, entre sérieusement dans la voie des réformes nécessaires. Elle est convaincue que le jour où il entrera dans cette voie, il n'y aura pas de raison pour qu'il ne dure autant qu'il a duré déjà, ce qui le conduirait Jusqu'en 1852, et cela ne fait nullement le compte des chefs de la gauche ; tandis qu'au contraire si le ministère n'est pas tiré, par une majorité plus exigeante, de la mollesse et de l'apathie dans lesquelles on lui a si souvent reproché de se complaire, sa chute inévitable ne saurait être longtemps retardée.
Or, la chute du cabinet, voila uniquement ce que veut l'opposition; mais encore une fois, qu'y gagnerait le pays? Si l'opposition renverse M. Guizot et ne veut ni de M. Thiers ni de M. Barrot, qui prendra-t-on ?
11 ne suffit pas de a clouer son pavillon au grand mât; > cela ne videra pas la difficulté. L'héroïsme ne tient pas lieu de tout. Pour former un cabinet, il faut des hommes, aussi bien que pour courir la posle il faut des chevaux.
Il arrive souvent aux gens les plus pressés de ne trouver à un relai que deux chevaux détestables ; que faire ? Les laisser, ou les prendre ?
Les prendre ; mais il faudra plus d'une heure pour franchir un myriamètre.
I Les laisser; mais ce n'est pas en demeurant qu'on arrive.
On s'emporte, on crie, et après qu'on a bien perdu son temps à crier et h s'emporter, on finit par faire atteler les deux chevaux qu'on a commencé par dédaigner.
Vous ne voulez ni de M. Thiers ni de M. Barrot ; peut-être avez-vous bien raison; mais de qui voulez-vous donc?
Avez-vous la faculté du choix? ou bien est-ce que vous vous imagineriez que les principes triomphent tout seuls? Noire conclusion est ceci : Puisque, de votre aveu, il n'est pas une seule de nos libertés sur laquelle M. Thiers n'ait mis la main, pas un seul progrès qu'il n'ait enrayé, puisqu'il a tout faussé, les principes et les consciences, puisqu'il n'y a pas de ministres de rechange, il n'y a pas à hésiter : il faut
garder M. Guizot ; mais comme la maxime de M. le minîsire des affaires étrangères est de céder à ses amis et de résister à ses adversaires, il n'y a qu'à lui choisir pour amis des députés éclairés, désintéressés, qui veuillent fermement le bien et l'honneur du pays, sa prospérité, sa considération et le progrès des idées.
Vous voulez qu'on soit logique : qu'y a-t-il de plus logique que ce qui précède ?
20 juillet 1846.
M. Duvergier de Hauranne est un vigoureux athlète , et M. Emile de Girardin, s'il s'expose à ses coups, sera bien téméraire. Gomment l'ancien député de Gastclsarrazin et de Bourganeufpourra-t-il répondre à Tembarrassante question que lui adresse à brûle-pourpoint, dans le Constitu- ItOfine/, l'ancien député de Sancerre ?
La question est posée de telle sorte que tout effort pour la tourner, l'éluder, serait vain.
Ce que M. de Girardin aurait de mieux à faire, ce serait de paraître ne pas l'avoir entendue et de garder le silence.
Ses amis devraient le lui conseiller.
Mais ce serait peine inutile ; il est-de ces hommes qui ne doutent de rien.
Eh bien ! donc, s'il le peut ou s'il Tose, qu'il réponde !
Le Constitutionnel demande à la Presse :
«c Nous demanderons au journal dont il s'agit où sont les » conservateurs fermes^ indépendants, progressifs qui, tout » en soutenant le ministère, soient disposés à lui imposer » une meilleure politique; qui, tout en restant dans les » rangs de la majorité, veuillent ou puissent lui donner les » qualités qui lui manquent. De ces conservateurs fantas- » tiques, nous en avons quelquefois entendu parler dans la » dernière Chambre ; nous ne les avons jamais vus, à moins » qu'on ne les décou\Te dans les trois ou quatre députés » qui, pour des raisons fort diverses, se sont souvent abste-
» nus sans mot dire. Nous ne pensons pas que cet acte éner- » gique de leur part ait beaucoup modéré le mouvement, » arrêté la réaction. »
La Presse répond au Constitutionnel :
Où donc était M. Duvergicr de Hauranne dans la fameuse séance du 27 janvier 1844, s'il n'a pas vu M. Emile de Gîrardin (auteur lui-même d'un amendement qui consistait à substituer aux expressions du projet d'adresse les paroles textuelles de la réponse du roi à l'adresse de la Chambre des pairs) repousser le mot flétrir^ et se lever en faveur de l'amendement de M. Âylies, qui ne fut repoussé qu'à la seconde épreuve, après une première épreuve déclarée douteuse?
Où donc était encore M. Duvergier de Hauranne dans la séance du 25 janvier 1845, s'il n'a pas vu M. Emile de Girardin voter hautement en faveur de l'amendement au projet d'adresse présenté par M. de Maloille , amendement qui consistait à exprimer le regret qu'en accordant l'indemnîté- Pritchard, la France eût concédé une réparation qui n'était pas due, amendement qui, comme le précédent du 27 janvier 1844, ne fut rejeté, le 25 j^mvier 1845, qu'à la seconde épreuve, après une première épreuve déclarée douteuse? • Le Constitutionnel n'a qu'à ouvrir sa propre collection et jeter les yeux sur son numéro du 27 janvier 1845; il y trouvera, l*"* page, 3* colonne :
Députés qui ont voté contre Vindemnité Pritchard : TÀiN-ET-GARON!fE ! L. dc Malcville. — Emile de Girardin.
La Presse^ à son tour, demande au Constitutionnel : Persistez-vous toujours à mettre les conservateurs fermes, indépendants, progressifs, au nombre des êtres fanta$tigue$f
Le Constitutionnel, nous n'en doutons pas, ne fût-ce que par loyauté, ne voudra pas laisser sans réponse cette question de la Presse,
Mais c'est assez de ces quelques mots de représailles et de railleries de journal à journal ; la question est grave et doit s'élever au-dessus de la tête de MM. Duvergicr de Hauranne et Emile de Girardin. Qu'un député de plus ou de
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moins èSiVolipoit avec, soit contre le cabinet, ce n^est pas là ce qui importe à rechercher; ce qui importe, c'est de constater qu'en 1844 et 1845, c'està peine s'il y avait une majorité ministérielle, que cette majorité n'a commencé a devenir compacte et considérable qu'à partir du jour où, premièrement, elle a reçu une satisfaction dans l'accomplissement de ce vœu émis par elle : que notre marine fût replacée sous la surveillance exclusive du pavillon national ; deuxièmement, où les questioDS délicates se sont efTacées pour aller prendre leur place parmi les faits accomplis.
Les conservateurs fermes, indépendants, progressistes, ceux dont la Presse s'honore d'être le journal, ceux qui pensent avec elle que de changer les hommes n'est pas toujours le plus sûr moyen de changer les choses, ne sont donc pas, encore une fois, des êtres aussi a fantastiques » qu'il plaît au Constitutionnel de le prétendre.
Plusieurs fois, dans le cours de la législature qui vient d'expirer, le ministère a failli se trouver en minorité. Comment a-t-il échappé à ce danger ?— De deux manières. D'abord en déployant à la tribune, il faut être juste et le reconnaître, un talent qui a élevé M. Guizot au-dessus de tous ses rivaux, forcé tous ses adversaires à l'admirer, et fait litière de toutes ces accusations ressassées dont il a dit un jour avec dignité qu'il ne leur faisait même pas l'honneur de les élever jusqu'à la hauteur de son dédain; ensuite en donnant particulièrement à ses amis l'assurance de ne rien épargner désormais pour prévenir le retour de discussions semblables à celles qu'avaient fait naître la prise de Tahiti et la convention du Maroc.
N'est-ce donc rien ?
Vienne une majorité nouvelle qui sache ce qu'elle veut, et presse le cabinet d'entrer dans la voie de toutes les réformes nécessaires, non de celles mises bruyamment à l'ordre du jour par certains journaux au milieu de l'indifférence publique, mais de celles réclamées par l'intérêt du pays, qui est loin d'avoir recueilli de la paix tous les fruits qu'elle aurait déjà dû porter; vienne cette majorité, et, sans
qu'il soit besoin de changer les ministres, les 0hoses ne tarderont pas à s'améliorer. Que de choses n'avons-nous pas à faire 1 Ne devrions-nous pas être plus riches, plus avancés, plus puissants, plus influents que nous ne le sommes? Après trente années de paix, trente années ! toutes nos roules ne sont pas encore terminées. Nos chemins vicinaux sont dans un état qui ferait douter que la France fût un grand pays supportant sans fléchir le poids d'un budget annuel de quinze cent millions. Nos canaux inachevés ne se relient pas entre eux, et la question des tarifs, qui se représente sans cesse, ne se vide jamais. Les grands centres de production et les grands centres de consommation, qu'il serait si important, si urgent de rapprocher au moyen de transports rapides et économiques, demeurent dans leur isolement, d'où ils ne sortiront que lentement et imparfaitement par l'achèvement des chemins de fer. Notre agriculture a besoin de deux choses : — d'un enseignement spécial gratuit et d'argent à bon marché ; on ne s'occupe de lui donner ni Pun ni l'autre ; des intérêts de premier ordre sont sacriflés à des objections de détails, à des scrupules de code civil ; la réforme du régime hypothécaire, sans laquelle il faut renoncer à l'espérance de voir jamais s'établir et se développer parmi nous le crédit foncier, a été enterrée sous le poids de trois gros volumes imprimés à l'imprimerie royale, par l'ordre de M. le garde-des-sceaux. Il en est ainsi de toutes les questions de réformes ; celles qu'on ne peut pas mettre en discours, on les met en livres, et l'on en reste là I C'est une manière de faire avorter les questions ; ce n'est pas une manière de les faire vivre. C^est de la semence qu'on monte de la grange au grenier, mais ce n'est pas de la semence que l'on confie au sillon. Nos octrois ont fait leur temps, leur tour est venu d'être remplacés par un impôt plus judicieux qui, en suffisant aux dépenses des communes, fasse moins obstacle au développement de certaines consommations, en tête desquelles le vin doit être mis. Nous avons une loi de recrutement qui est un poids, un anachronisme, un contresens, une perturbation, un immense danger; nous
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attendons, pour ouvrir les yeux et voir le péril, que des crises'^|fciustrielles nous Paient tardivement révélé dans toute soïi étendue, dans toute sa gravité. Il serait temps de rechercher sérieusement dans ie péle-méle de toutes les .idées émises ayant pour obj^l^^méliorer la condition des classes laborieuses, de fljtottéresser au maintien de Tordre, d'encourager chez elles des habitudes d'épargne et de prévoyance, de prévenir ou de. réprimer le paupérisme, d'arrêter la démoralisation à liBM|uelle on abandonne trop insoucieusement certaines régions de la société ; il serait temps de rechercher celles de ces idées qui sont justes et\ap|>Iicab]es, qui ne se contredisent pas, et dont l'adoption ne serait pas la négation du principe de liberté. Tout notre système d'instruction publique est à revoir et à mettre en harmonie avec no§ institutions et les besoins nouveaux que la multiplication des chemins de fer ne tardera pas à ji|l^k6 encore plus impérieux. Mais nous n'eu finirions pas sileiglp entreprenions d'énumérer ici, même trèg^mmairement et très incomplètement, toutes les améliorations que pourrait réaliser un ministère actif et capable, s'appuyant sur une majorité compacte et éclairée.
Vienne donc une majorité éclairée et bien intentionnée, et toutes les améliorations que la France réclame pourront s'accomplir sans qu'elle ait besoin de changer de ministres.
La valeur des ministres est absolue ou relative.
les ministres qui composent le cabinet du 29 octobre sont-ils les meilleurs qu'on puissent imaginer ? Assurément non. Lps circonstances et les situations étant données, sontils les meilleurs qu'on puisse choisir? Nous n'hésitons pas à répondre oui.
Le Constitutionnel et le Siècle^ nous le savons, ne sont pas de cet avis ; ils pensent que M. Thiers vaut infiniment mieux que M. Guizot ; mais cet avis est le leur exclusivement ; ni le Courrier français ni le National ne le partagent.
A défaut de MM. Thiers,et Barrol, qui marquent les dernières limites de l'opposition constitutionr'^Ue. f^*^ trouvera
m 1846. - CHANGER LES CHOSES
M. Guizot un successeur qui ne soit pas au-dessous de lui? S'il existe, qu'on le nomme. Mais c'est ce dont se sont bien gardé, et pour cause, nos contradicteurs.
La seule réponse qu'ils nous aient faite est celle-ci : Croyeivous donc que si MM. Guizot, Thiors et Barrot mouraient demain, la France n'aurait plus qu'à disparaître comme gouvernement, faute de ministres?
Cette réponse, quij[)araîtra peut-être concluante aux esprits irréfléchis, pnMivè seulement que nous n'avons pas en face de nous des contradicteurs sérieux.
Assurément non ; la France, si elle avait aujourd'hui la douleur de perdre MM. Guizot, Thiers et Barrot, ne mai^ querait pas de ministres demain, pas plus qu'elle n'a manqué de rois ou d'empereurs quand Clodomir a succédé à Clovis, Louis I*"", le Débonnaire^ h Charlemagne, Philippe DI à Saint-Louis, Henri II à François I®^ Louis XIII à Henri IV, Louis XV à Louis XIV, Louis XVIII h Napoléon !
Mais succéder au pouvoir à MM. Guizot, Thiers et Barrot, après leur mort, ce n'est pas exactement la même chose que de les remplacer, alors qu'on ne peut descendre de la tribune sans avoir h craindre qu'ils n'y montent aussitôt. C'est précisément cette expérience qu'ont faite le ministère du 15 avril 1837 et le ministère du 12 mai 1839, et qui a coûté l'existence à l'un et h l'autre.
Non, cent fois non ; à moins de mettre une hypothèse ë la place de la réalité, il n'y a pas présentement de ministère durable possible, s'il n'a à sa tête ou M. Guizot, ou M. Thiors. Toute la question se réduit donc à savoir lequel vaut mieux, à la tête du cabinet, ou de M. Guizot ou de M. Thiers?
Après la double expérience faite du 22 février 1836 et du 1®' mars 1840, nous ne comprenons même pas comment on peut faire cette question.
A nos yeux, il y autant de distance entre M. Guizot et M. Thiers qu'il y en a entre M. Guizot et M. Peel.
M. Peel est, de tous les homnu^s d'État de ce temps-ci, celui qui s'approche le plus de l'idée que nous nous faisons
d'un grand ministre dans un pays où le pouvoir se conquiert à la tribune, et où ia presse a le droit de discuter tous ses actes. M. Guizot, selon nous, est très au-dessous de M. Peel, mais il est fort au-dessus de M. Thiers.
Président du conseil deux fois, deux fois M. Thiers, au bout de quelques mois, a dû se retirer devant des difficultés qu'il n'a pas su vaincre.
Les amis de M. Thiers peuvent de ces deux retraites lui faire un titre à la popularité, les attribuer à la fermeté de ses convictions, à son profond désintéressement du pouvoir ; mais c'est h d'autres qu'à nous qui l'avons étudié qu'il faut donner ces prétendues explications.
Pour nous, l'instabilité du cabinet qu'il a présidé s'explique par Fa mobilité du caractère que nous lui connaissons.
M.. Thiers a la prétention de la grandeur, mais il n'en a pas le sentiment; c'est cette prétention qui a commencé par l'élever et fini par le perdre ; ce serait elle qui le perdrait encore, et peut-être avec lui la France, si la Providence qui l'a sauvée de tant de désastres, de tant de témérités, de tant d'aveuglements, ne continuait pas de veiller sur elle.
Renverser M. Guizot, c'est élever M. Thiers.
Toute combinaison tierce ou mixte imaginée pour échapper à celt^ inévitable alternative est impossible, car si elle n'avait pas été impossible, il y a deux circonstances qui l'eussent fait naître : ce sont les deux votes que nous avons rappelés : le vote du 27janvier 1844 et celui du 25 janvier 1845.
Or, entre M. Guizot et M. Thiers, entre l'optimisme qui sommeille et la présomption qui s'agite et trouble tous les esprits, il y a longtemps que notre choix est fait. L'optimisme a aussi des dangers, mais ce ne sont pas les plus grands. Ainsi s'explique comment, tout en étant fort loin d'approuver tous les actes du ministère du 29 octobre 1840, notre opposition s'est toujours arrêtée devant sa chute.
Les mômes circonstances se représenteraient que nous
tiendrions encore la même conduite.
124 tS4e.
Avec cette conviction profonde qui est en nouS, conviction exempte de toute passion, qu'il n'y aurait qu'à perdre à un changement d'hommes, que pouvions-nous, que devions-nous chercher? Un changement de choses.
C'est ce que nous avons fait, c'est la loche que nous nous sommes donnée, et dans laquelle nous demandons à être aidés par tous les électeurs éclairés appartenant à l'opinion conservatrice.
Entre deux candidats de cette opinion, qu'ils choisissent systématiquement sans hésiter le plus ferme fie caractère, le plus indépendant de situation, et ce changement dans les choses, si généralement désiré, si impatiemment attendu, ne tardera pas à s'accomplir par ce fait seul d'une majorité plus exigeante au sein d'une Chambre nouvelle.
CE Ql'ON APPELLE LES PRINXIPES.
15 juillet 1846.
Il y a un parti qui lutte contn» le désavantage de nVlro qu^une miiiurité au sein de la Chambre élective. Depuis plusieurs années, ce parti, dans le but de ^Tossir ses rangs et dans IVspoir de profiter de la première éventualité fa~ vonililo pour devenir la majorité et s'emparer du pouvoir, tend constamment à devemr moins exclusif. Que failes- Tous? Vous mettez tous vos efforts à le diviser, à l'amoindrir numéri(]uement et moralement, singulière façon de le servir !
Ce |Kirti marche à la suite de deux chefs, M. Thiérs et M. Barrot, qui ont rcconiui ((u'ils n'avaient de chances, quelque événement ou quelque grande faute aidant, de renverser le ministèn* actuel, qu'en s'unissanl étrnii<Mnent «'onlro lui au lieu d'agir séparément. — Que fait4's-v<Mis ? — Vous pr^*hez Contre «mix rindi>ciplinc et la révtjlte. Tous les matins, il y a dans votre jouiiial tnûs colonnes consacrées h démontrer que .M. Harrot ne dnit inspirer aucune (*ontîancc à Topposition. et que M. Thicrs n'aurait rien de plus pressé que de la trahir h* jour oîi il arriverait par elle. Aujiturd'hui m^nie. Vous allez plus loin. pui.si|U(* \nus allez jusqu'il prétendre que la gauche. m<»insM. Thiers, n'en >erait que plus forte.
Que serait la gauche, (pie ocrait l'opposition cun.stitution-
ÉK
1% tSM.
ncUe si elle perdait M. Thiers et M. Barrot ? Où puîseraiu
elle sa force pour se défendre, sa force pour attaquer? Gompte-t-elle donc dans son sein tant d'hommes éminents qu'il lui soit indifférent d'en avoir un ou deux de plus, et qu'elle puisse faire impunément de l'ostracisme? Quels Athéniens vous êtes, messieurs I Dites-nous donc, s'il vous plaît, par quels orateurs vous remplaceriez à la tribune l'ex-président du conseil du 1®' mars et l'ancien préfet de la Seine? Serait-ce par l'ancien garde-des-sceaux de 1830, par M. Dupont (del'EureJ ?
Semer la division dans l'opposition constitutionnelle, y faire le vide autour de vous, l'affaiblir par l'ostracisme, proscrire au lieu de recruter, faire de la propagande par voie d'exclusion, voilà ce que vous appelez a avoir votre place 9 marquée dans Vopposition constitutionnelle. > Gardez-la, gardcz-la bien ; vous ne la garderez Jamais assez lon^ temps au gré du ministère et de ses amis. En vérité, vov travailleriez pour lui que vous ne le seconderiez pasmleosl Auriez-vous peur que l'opposition arrivât trop tôt au pouvoir?
Vous éles convaincus, dites-vous, que la gauche parle* mcntaire a sacrifié l'intérêt de son avenir en se livrant à M. Thiers. Etait-elle donc plus forte quand elle comptait dans ses rangs M. Thiers de moins et M. Mauguin de plus?
Faire de la politique sans tenir aucun compte ni des hommes, ni des faits, ni des situations, est-ce donc là ce qu'on appelle : la politique de principes ? La belle politique pour gouverner un pays ! comme elle le mènerait loin, comme elle le ferait grand, prospère, puissant I
Mais nous ne sommes (jue do petits esprits, et la preuve de cola c'est (jue, pour nous, la valeur d'un principe se démontre par son application.
Vous dites : a Le Courrier français est un journal de » principes. La Presse est un journal d'affaires. » Nous acceptons la distinction, s'il faut entendre par un jou/'wa/ de principes, un journal fait comme le Courrier français^ qui tire h boulets rouges sur les hommes qu'il devrait défendre