ET DE GARDER LE POUVOIR
multitude, parce qu'il n'agit pas en vertu d'un principe qui n'ait à combattre que le principe contraire, au lieu d'avoir à lutter contre des dissentiments personnels sans nombre, des divisions d opinions à Tinfîni, des nuances politiques insaisissables ; nous vivons dans un pays où le pouvoir n'est plus dans le gouvernement, parce que ses ennemis ont tant fait qu'ils ne lui ont plus laissé les moyens d'accaparer l'intelligence, parce que les fonctions publiques ne donnent plus ni fortune, ni considération, ni prestige, et qu'au lieu de commander le respect, elles ameutent contre elles toutes les basses passions ; nous vivons dans un temps où tout est réaction, où rien n'est réforme, parce qu'aucun parti n'a du pouvoir qu'il ambitionne une idée arrêtée, parce cjue le pouvoir hn-méme n'a pas une connaissance exacte de son origine et de son but, qu'il ignore que tout l'art de gouverner réside dans le secret de se faire aimer, d'absorber à son profit toutes les supériorités, d'employer chacun selon ses facultés, de faire conduire sans violence et sans effort lo nombre par l'intelligence ; nous vivons dans un temps où il ne faut plus trop compter sur la force des soldats ni sur la puissance des lois; nous vivons dans un temps de concurrence intellectuelle et industrielle où t^)us les éléments constitutifs du j>ouvoir sont changés, où il ne se transmet plus religieusement, où il se perd et se gagne laborieusement comme la fortune, où, comme elle, il ne peut plus conserver sa prépondérance que par la concurrence et la supériorité des idées ; nous vivons dans un temps où il serait plus facile et plus sûr de se fain» obéir en se faisant considérer qu'en se fais;ml craindre, où l'on ne saurait commander avec aul(»rité si l'on n'est puissamment animé de l'amour du bien , si la royauté n'est pas le plus grand des sacrifices, la plus l.iboriruM' des fondions, si elle est accessible aux vanités puériles, aux intérêts égoïstes, aux erreurs c )mmunes. si elle n'a pas pour serviteurs p\speetueux et respectés t(»us les hommes doués d'une intelligence suj'érieure, si elle ne sait pas les unir tous dans une haute pensée d'intérêt général qui fasse taire toutes les rivalités mes-
quincs, toutes les divisions intestines; nous vivons enfin dans un pays et dans un temps où Tintérôt général est un faisceau brisé, où la supériorité est partout et nulle part, oh le gouvernement, à chaque pas, au lieu de l'avoir pour appui, la rencontre ciDmme obstacle.
De là le désordre matériel, de là le désordre moral dont on se plaint. Comment les faire cesser ? En prenant à tâche de renouer le faisceau des intérêts épars, de rallier dans un môme esprit toutes les supériorités disséminées.
Ce que ferait PeiTroi d^un grand péril, la sagesse d^an gouvernement ne le saurait-il donc exécuter? Q j^m
Que l'on essaie, on réussira *, la foule qui se presse et qui se heurte ne demande jamais qu'à suivre une direction.
Rien n'est difficile, ni d'un succès douteux, dès qu'on a les plus capables avec soi. Vouloir fermement le bien, être supérieur à ses adversaires en intelligence et en moralité : voilà quel est en notre temps tout le secret du pouvoir, tout l'art de le garder, tout l'art de le prendre !
24 octobre 1837.
Dans quinze jours , de graves incertitudes n'existeront plus sur les conséquences de la dissolution.
La France saura les noms de ses nouveaux élus.
Le gouvernement aura passé la revue de ses préfets et de son personnel administratif; il aura soumis à une décisive épreuve leur véracité, leur fidélité, leur aptitude, leur expérience ; il possédera la preuve qu'il n'a pas été abusé par des illusions dont le passé offre plus d'un mémorable et redoutable exemple.
Les partis auront donné l'exacte mesure de leurs forces militantes après sept années d'agitations et de luttes.
Beaucoup de caractères , en apparence aitiers et dédaigneux, auront prouvé qu'à l'occasion ils pouvaient fléchir sans rompre, et qu'ils ne puisaient p^is uniquement dans la rigueur de leurs principes TApreté de leurs dehors.
Par cette p*ande confession constitutionnelle qui aura précédé les opérations d'un scrutin général, certainement le ministère aura fait preuve d'une incontestable supériorité : car il aura su contraindre S4»s adversaires et ses rivaux à lui dénoncer eux-mêmes le secn»t de leurs propres faiblesses, à lui faire l'aveu de leurs anxiétés, à lui venir demander miséricorde au nom de l'amnistie . appui au nom de la conciliation.
Ost en cela ({iron peut dire que la dissolution de b chambre élective, «jue nous fûmes les premiers b conseiller, a été une mesure ministérielle dont Thabileté fait honneur au eai)inet (|ui la prise.
Ce ([u'y paf?nera le pouvoir (»n autorité , ce qu'y gagneront nos institutions en stabilité, est une autre question plus douteuse, qui ne peut être éelaircie (jue par l'avenir: car d'avoir forcé les partis de trahir leur impuissance ne servirait de rien ([u'à prolonî,'er quelque peu IVxislence d'un ministère , si le gouvernement iK»rsistait à ajourner indéfiniment la solution de tous les j;;;rands problèmes d'instruction et de moralité publiciues, de hiérarchie et de prévoyan<*e so<iaIes, d'ordre niatériel et de mieux-ôtro général , de proj^Tès a;,'ricjle et de pondération commerciale, solution réservée ii n«»tre temps, sîjus peine de perpétuelles crises, d'inévitables catastrophes.
Il ne faut pas qu'en donnant un éloge nous laissions Ja* mais oublier (jue les gouvernements périssent aussi bien par ratfaissement «pie par la lutte, (lu'ils meun»nt plus souvent qu'ils ne sont tués : «pie le plus grand péril dont ils ont il .*^e présïM'vcr, c'est U'ur propre incapacité ; la turbulence «les partis est moins à craintire que l'indolence des foncti;»nnain»s : telle est la vérité «jue ujuis ne cesserons de répeter sous toutes les fornu*s aux hommes d'Ktat qui nous p)uvernenl. (*ar nous ne summes point leurs flatteurs, mais h'urs amis : ni «us in* tifzurons pas au nombre de leui's serviteurs, mais au raiij; «h» leurs auxiliaires : jamais ils n'auront d'emiemis <h' leur rcpi»s plus ardents que n«»us. car nous savnns «pie la cunslaiice des «'IVoils a pour délassement la \aricté îles travaux: que la ptMisée (|ui plane franchit Fespac4* sjins fali^Mie. Kn approchant «les hommes ([ui gou%*ernent. nous avnUN dinouverl «pie r(»|)posilii»n tpii ne s'exerce qua rritiquer \\r réussit ipia décnurager: l'opposition systématique fsi un lit «pii fut inventé pj)ur favoriser la paresM* «'i \,iiiurr rirïsi.mnie : il endort par rin.sensibililé qu'il d ■mil', cl \ii\v le désir et \c plaisir (|u'il ùte de faire et de faire bien. Le bh'ime répété est un mauvais aiguillon;
il ne punit pas qui le mérite, il n'atteint que ceux qui le fuient ; le seul moyen d'engager des hommes de bien h faire constamment mieux, à s'occuper sans relâche et sans fatigue , c'est de les louer à propos, de* les critiquer rarement, de les stimuler toujours.
C'est l(» parti que nous avons pris : qu'on Tappelle opposition déguisée ou ministérialisme avoué, peu nous importe ; l'opposition, par la voie qu'elle suivait, ne parvenait plus à son but ; pour l'atteindre sans le déplacer, nous nous sommes frayé un modestt^ sentier, nous avons demandé h l'émulation ce que le blAme ne donnait plus.
Oui, nous aimons h le répéter, la dissolution, dans les circonstances où elle a été décidée, a été un grand acte de virilité ministérielle qui honorera Texistence politique de MM. Mole et de Monlalivel. Nous les avons xu faire, sans hésiter, la jusle part de la prérogative royale et celle de la responsabilité minislérielle ; s'adresser avec une égale confiance à la sagesse du pays et h la bonne foi de ladministration ; se servir d'anciens préfets qu'ils eussent pu écarter, et de nouvelles listes électorales qu'il leur était permis de ne pas attendre. En tout, le succès veut de l'audace, la prudence n'est que Part d'oser à propos. Le ministère, en risquant son existence, Taura sauvée ; déjà peut-être l'eût-il penlue. s'il eût craint de la compromettre. L'avantage appartient toujours à celui qui livre la bataille; l'initiative, qui est la suiKTiorilé des grands capitaines, est également celle des hommes d'Etat.
16 novembre 1837.
La plupart des députés présents h Paris ont déj;i retenu dans la salle des séances les places qu'ils désuvnt occuper pendant la session qui doit s'ouvrir. Les places sont indiquées jwir des cartes fixées à chacun des pupitres. La plupart des membres réélus ont repris leurs sièges pri»cédemment occupés ; les nouveaux, trouvant les banquettes in-
fériourcs prises, sont obligés de marquer leurs places dans les gradins supérieurs.
Il est à remarquer que les députés qui paraissent chercher k se lier à l'avenir politique de M. Thiers ont apporté un soin tout particulier à se distribuer certaines places. Tout paraît arrangé pour interdire certaines conamunica* tions et pour en faciliter d'autres qu'il y aurait lieu de croire peu favorables au ministère. Ainsi, on le voit, l'intrigue s'agite et s'assied. Chacun prend ses mesures. Pour les déjouer, le ministère n'a qu'à en prendre d'utiles au pays, et h le faire sans hésitation, hautement et largement. li n'y a que ce qui est grand qui soit simple, que ce qui est difficile qui soit sûr, que ce qui paraît hardi qui soit prudent, dans toutes les situations où l'on se trouve en face: de l'opinion publique et où il importe de la mettre de son côté.
, 17 novembre 1837.
Beaucoup de suffrages exprimés dans les dernières élections générales ont été annulés parce qu'ils étaient trop imparfaitement écrits; les noms ont été souvent dénaturés, comme par exemple celui-ci :
Chalu, député sortant, au lieu de Chastdlux.
Ceci appelle <»t commande Tattention du gouvernement. Qu'il laisse l'opposition faire de longs discours sur la reforme électorale, mais qu'il s'occupe plus efficacement de Tinstruclioii publique. La loi du £8 juin 18!)^ a laissé cent fob plus à faire (lu'cilt* n'a fait.
Tant que la France n'aura pas doté, sur son budget. Tins* tructi«in à l'égal de la Holigion. l'édilice re|)i'ésentalif n'y sera construit que sur du sable. les lois d'attributions et de libertés municipales n'y seront (jue des déceptions politiques : sans aristocratie puissante ou sans démocratie éclai" /■<r, la forme rcprést'iUalive n'est que le désordre et le gaspillage constitutioniu'llemenl et légalement organisés.
Puisque la France, connue l'Angleterre n'a {Mis d'aristo-
craUe puissante, qu'elle ait donc au moins une démocratie instruite ; qu'au nom de ses institutions, elle se décide enfin à consacrer trente millions par an à l'instruction nationale ! voilà ce que nous ne cesserons de demander ; car, à notre sens, la liberté n'est qu'un mot vide de sens, s'il ne signifie pas intelligence et savoir, s'il n'est pas moralement le libre exercice de la raison éclairée, avant d'être légalement celai de certains droits politiques.
10 téirier 1838.
Au début d'une législature, la majorité, nécessairement indécise, ne peut jamais se former que par quelques coups d'autorité justement frappés; frapper ainsi, ce fut le grand secret de la force de Casimir Périer.
Un cabinet ne saurait tolérer que son existence soit légèrement sacrifiée, non pas h des principes politiques inflexibles, mais à de simples sympathies, à des préférences personnelles ; la première obligation d'un ministère qui a la conscience des services qu'il rend et de l'utilité de son existence, c'est de l'assurer. S'il n'a pas le courage de ses convictions, quelle confiance inspireront-elles à la majorité? Quels seront ses éléments et ses liens ? Il est une abnégation, une condescendance que les convictions fortes et sincères excluent ; toute foi politique profonde est logiquement intolérante ; tout ministère qui a une volonté a une majorité; qui dit Tun, comprend l'autre. C'est surtout lorsqu'il n'y a plus de couleurs tranchées, mais seulement des nuances innombrables ; lorsqu'il n'y a plus de démarcations profondes, mais seulement des dissensions à l'infini, qu'il importe de poser des limites à cette multitude de petites considérations personnelles, de petites passions, de petites vanités, de petits intérêts qui délitent la majorité et la broient en poussière impalpable, qu'un souffle fait ensuite voler en toussons.
La tolérance peut arriver à un point où, par excès de
scrupule, ce n'est plus l'indépendance des opinions quW respecte, mais l'inlérét général qu'on trahit. Le cabinet du 15 avril a donné assez de gages à l'esprit de conciliation pour qu'il puisse oser beaucoup dans cette voie sans exciter de justes défiances ; ce n'est pas en pixxliguani les fonc^ tions publiques qu'on étend sa majorité; car pour une place qu'on donne, le moins qu'un fasse généralement, cVst un mécontent, un envieux et un ami douteux ; lorsqu'on a dévoué son existence au bien public, lorsqu'on lui sacrifie son repos et sa santé, lorsqu'on n'est mu par aucun intcrôt privé, par aucune vanité personnelle, on recrute sa majorité en imposant ses convictions.
25 octobre 1837.
Les légitimistes sont divisés en deux camps : l'un paisiblement dressé à Técart, l'autre plein d'agitations; le premier, réunissant les plus glorieux noms de la vieille Franco, et formé de tous les religieux observateurs du serment et de la foi dynastiques ; le second, composé de volontaires obscurs, disciplinés par un puissant orateur, habile tacticien, mais prêt à renoncer au commandement de son peloton parlementaire, si les élections nouvelles ne viennent pas tripler le nombre de vingt dont il était composé.
Nous ne comprenons le parti légitimiste que toujours intact et compacte ; ceux qui pensent que les intérêts d'une dynastie doivent être subordonnés à ceux du pays n'appartiennent pas à cette opinion du passé; ils peuvent bien, en raison de leurs ancêtres, de leurs relations, de leurs sympathies, d'obligations contractées, avoir été momentanément placés dans ses rangs, mais ils en sont isolés par leur esprit. De l'avis de ceux>là, la légitimité est un avantage, mais elle nVst pas un droit ; rétablissement d'une dynastie nouvelle est une difficulté, non une impossibilité. Ils se précipiteraient aux frontières pour en défendre l'accès au drapeau blanc, s'il était ramené par une invasion étran-
Si isss.
gère; ils ont profondément en eux la religion du sol, ils n'ont que le cuîte du trône !
3 juillet 1838.
Nous n'avons jamais demandé au parti légitimiste qu'une seule chose : d'être lui-même, de rester fidèle à ses principes et à ses anlécédents, de ne pas se laisser tratner à la remorque de i'inlrigue et de Tanarchie par des feuilles dont on serait tenté de croire que les rédacteurs sont atteints d'aliénation mentale. Non, nous n'avons jamais demandé au parti légitimiste d'abandonner ce qu'il appelle ses positions d'influence, de venir en aide à aucun ministère dans aucun de ses embarras administratifs , dans aucune des crises électorales. Qu'il ne prenne en toutes circonstances conseil que de ses véritables intérêts, que de sa conscience et de sa loyauté, qu'il se rende bien compte du rôle qu'une opposition moins franche que la nôtre voudrait lui faire jouer; voilà tout ce que nous lui demandons. Il n'y a pas deux consciences, une conscience. privée et une conscience publique. Servir d'appoint électoral h la coalition de toutes les passions mauvaises, de toutes les idées fausses, de toutes les opinions extrêmes, de toutes les ambitions sans aveu, est une condition politique d'abaissement indigne de tous les hommes honorables du parti légitimiste. Faire honorer en eux le principe monarchique : voilà la seule ligne de conduite qu'ils aient à suivre, la seule qui soit à la fois droite et habile, la seule que nous leur ayons jamais montrée.
15 dt^embro 1843.
Le journal légitimiste la France nous interpelle en ces ternies :
'( Le Journal des Débats a publié la lettre de monseigneur
• le duc do Bordeaux et la réponse de M. de Ch&teau- » bn<ind.
> La Presse a gardé un silence complet.
» On se demande quel a été le but de ce journal ? »
Puisque la France tient à savoir pourquoi nous avons gardé le silence, nous allons le rompre pour le lui dire et couper court à toutes fausses inlerprétations.
On le sait, ce que nous pensons nous ne craignons jamais de le dire, et ce que nous disons nous le pensons toujours ; aussi, poumons, toute situation, toute explication sont-elles simples. Bon sons et bonne foi : toute notre politique est dans ces deux mots.
Ce silence qu'on vient de troubler en essayant de le rendre mystérieux, ce silence, nous ne l'eussions pas gardé si la légitimité nous avait été plus chère que la liberté, si notre dévoûment, au lieu d^appartenir exclusivement à notre pays, s'était partagé entre lui et M. le duc de Bordeaux ; alors, les premiers, nous lui eussions respectueusement dit :
« Prince, n'allez pas en Angleterre, ou si vous y allez pour » admirer quelles richesses, quelles merveilles peut amas- » ser et créer une politique judicieuse et persévérante, pré- » voyante et positive, ne consultant jamais que l'intérêt na- « tional, ne se laissant en aucune circonstance détourner » de son but par Télan d'aucune sympathie, d'aucun res-
> sentiment, d'aucune prévention, d'aucun enthousiasme ; » nllrz-y sans bruit et sans pompe, non en prétendant qui
> craint qu'on l'oublie et qui veut se montrer, mais en ob- » servateur qui n'aspire qu'à former son esprit par l'élude ; » ne permettez pas surtout qu'un parti honorable et dé- » voué, mais suspect et peu nombreux, égaré par dlmpru-
• dents journaux, commette, en venant vous envelopper » dans son impopularité, la faute de se faire compter; la » faute plus grande encore de se faire peser ; la faute de » donner à ses ennemis l'avantage de constater son impuis- » simce, son insuffisance; la faute de niviver contre vous
> et contre lui les défiances de la bourgeoisie et les colères
86 tS48.
» du peuple ; la faute do placer ses chefs dans cette alter- » native extrême ou de paraître manquer de fidélité ou de » trahir la foi du serment ; la faute de les déconsidérer dans » Topinion et de les aiïail)lir encore dans le pays ; la faute de » vous faire perdre le preslî|;,'e do la résignation dansTcxil ; la » faute, enfin, de vous faire déchooir de la majesté du mal- » heur et tomber dans la vanité de rintrigue. Dieu seul sait D l'avenir : Prince, soyez pieux ; n'essayez pas de pénétrer » ses desseins et de devancer ses décrets ; inspirez-vous » dans le recueillement et la méditation du souvenir de vos » aïeux; puisez des exemples dans leur histoire et des le- » çons dans celle de votre famille trois fois exilée! Prince, D oixlonnezà tous ceux qui vous sont restés dévoués de ne » pas séparer leurs intérêts et les vôtres de ceux du pays; » de participer, par réieclion, h toutes ses aflaires; de les D étudier toutes sans esprit de parli, sans prévention do » personnes ; de ne négliger aucune occasion de s'instruire » et de rivaliser de lumières et de capacité avec ceux qui, » nés sans patrimoine, ou n'ayant pas de noblesse à Irans- D mettre, cherchent en eux-mêmes la fortune et Tillustra- » lion ; de se montrer partout et toujours loyaux défenseurs » de Tordre et de la liberté garantis par les lois, des prînci- » pes monarchiques et des intérêts populaires ; d'aider Icpou- » voir dans tout ce qu'il se propose d'utile, de ne le comUittro » que dans ses écarts; d'expier ainsi noblement les fautes » d'uneaulieépoque ;ewfin,den epargnerrienpourréconci- 0 lier l'avenir et le passé, et substituer à un antagonisme qui » n'est plus de notre temps l'émulation entre Tancienno » aristocratie et l'aristocratie nouvelle, entre raristocralie » de la conquête et de la naissance et l'aristocratie du tra- » vail et de rintelligence. »
Appartenant au parti légitimiste, souhaitant le retour sur le trône de la branche aînée des Bourbons, mais ne le voulant ni à la suite dHine révolution sanguinaire, ni à la suite d'une invasit>n étrangère, voilà le liuigageque nous nous fussions «•mpre.ssés iW tenir h S. A. R. M. le duc de Bordeaux.
Ce silence qu on a remarqué, nous n'eussions pas attendu
que la France nous excitât à le rompre, si le voyage de M. le duc de Bordeaux à Londiiss, au lieu d'être une faute seulement, ne nuisant qu'à lui-même et à son parti, avait offert l'ombre du plus faible danger pour nos institutions. Si nous nous sommes tus, c'est que rien n'étant menacé, ni l'ordre au dedans, ni l'ordre au dehors, ni la paix, ni la liberté, nous n'avions rien à défendre ; nous n'avions qu'à attaquer. Pourquoi ne l'avez-vous pas fait, nous demandetr-on à la fois des deux côtés opposés ?
Nous allons le dire :
Nous ne sommes pas de ceux qui, croyant à la nécessité de diviser pour gouverner, partagent la nation en trois classes :
Démocratie,
Bourgeoisie,
Noblesse ;
Excitant toujours l'une contre les deux autres, perpétuant entre elles les rivalités et les défiances.
Que ceux-ci exaltent la démocratie ; que ceux-là ne trouvent de vertus, de lumières, de courage que dans la bourgeoisie ; que d'autres, enfin, isolent la noblesse, lui fassent un dangereux point d'honneur de cet isolement, c'est la tâche dos journaux de parti, ce n'est pas la nôtre. Nous n'admettons pas, nous, de distinction entre le prolétaire qui peut s'enrichir et s'élever, le noble qui peut se ruiner etdécheoir, le bourgeois qui ne se repose que parce qu'il a travaillé. Devant nous comme devant la loi, tous les Français sont égaux, quels que soient, d'ailleurs, leurs titres et leur rang.
La liberté que nous voulons pour nous, nous la voulons pour tous.
Nous honorons toutes les opinions sincères; nous respectons tous les scrupules fondés; nous comprenons toutes les dissidences politiques.
Nous ne détestons que l'intrigue et l'hypoorisie, qui, au surplus, nous le rendent bien ; nous n'avons d'ennemis politiques que les gens qui ne sont d'un parti que pour en exagérer les mauvaises passions et en exploiter la crédu-
lité. Ceux-là, il ne faut pas s'y tromper, s'ils ne sont pas les plus nombreux, sont les plus dangereux, car ce sont les seuls qui s'agitent. Ils suppléent le nombre qui leur manque par l'activité qu'ils déploient ; ils se multiplient par eux-mêmes.
Lorsque nous avons vu douze ou quinze cents légitimistes, à la voix de quelques meneurs, de quelque faux Pierre Lhermite. s'acheminer vers Londres du fond de leur province, notre premier mouvement a été de les avertir qu'on les égarait, qu'ils allaient étourdimenl commettre une grave faute, qu'ils allaient imprudemment ranimer les souvenirs de l'émigration et les haines de la révolution, qu'ils allaient profondément blesser les sentiments du pays, qu'ils allaient de nouveau se désigner à la proscription et à l'échafaud, dans le cas où. Dieu nous en garde, le pouvoir que nous soutenons et qui les a sauvés succomberait sous le poids de sa tâche. Si nous avons gardé le silence, c'est que notre voix eût cherché vainement à se faire entendre ; la calomnie l'eût étouffée ; elle eût dit que nos conseils étaient dictés par la peur et la servilité.
Si, plus tard, nous ne nous sommes pas joints aux Journaux ministériels pour ameuter l'opinion contre les pèlerins de la légitimité, pour appeler au sein des Chambres d'irritantes interpellations, c'est que la sourde colère, la défiance et l'envie que pnn-oque, dans toutes les villes de province, tout ce qui est noble et légitmiiste. sont assez vives déjà pour qu'elles n'aient pas l^esoin qu'on les excite; c'est qu'en de«^hainant contre un parti imprudent toutes les mauvdises passions, on les déchaîne aussi contre la France; c'est que ni>lre pulitique n'a jamais été d'entretenir des démartMtinns dangereuses* d'éterniser des dissensions temporaires, mais, au oontaire. d'aider le temp^ à les effacer et a les éteindre. Aussi ne sera-ce qii'avt^c regret que nous assisttToaN aux interpellai ions annoncées, si elles ont lieu. Qirimp*>rte que M. IU»n>iT. trois ou quatre de ses cdlèf:ut*s. et un seul pair. M. île Richelieu, Siéent allés à tendres; qu'iuip«Yte ce que. la, ils ont pu entendre ou ce qu'ils ont
IMS LEGITIMISTES. 89
pu dire; s'ils se sont bornés à former des vœux, ou à prononcer des paroles contraires à la foi de leur serment ; s'ils n'ont rien écrit, rien fait que la loi condamne et punisse, qui ait troublé Tordre ou agité le pays; cela ne regarde que leurs consciences. Nous tous qui voulons être libres, sachons donc être tolérants. Le serment a Dieu pour juge. C'est un bon Juge, gardons-nous d'un excès de sévérité qui nous ferait douter de son indulgence et usurper sa place. A force d'intolérance, ne tombons pas dans l'impiété. Ne forutons pas les cœurs, ne suspectons pas les fidélités, fussent-elles suspectes ; n'ayons pas pour les autres des scrupules qu'ils n'ont pas ; ne nous défions pas de nous-mêmes et de nos divisions, de la mobilité de nos principes, et de la mollesse de nos opinions ; car s'il y avait un danger pour Pordre et pour la liberté, il serait en nous le jour où nous manquerions de fermeté et de dévoûment, en nous seuls, partisans du gouvernement actuel, et non ailleurs.
Il est des circonstances où le silence est la mesure de la force : voilà pourquoi nous l'avons gardé ; voilà pourquoi ce serait avec regret que nous verrions que la tribune n'en sût pas respecter la dignité.
Dans tous les temps, on a fait de l'intolérance et de la persécution ; hommes d'un régime nouveau, sachons donc imprimer à notre époque un caractère qui la distingue et la rende mémorable, et puisque tous les cultes sont libres, que toutes les consciences lesoient aussi. Ce dont nous croyons que Dieu se contente ne doit-il pas nous suffire ? Gouvernement représentatif et fanatisme monarchique, intolérance et discussion, sont deux choses et deux mots entre lesquels il faut choisir.
22 décembre lSi3.
Avant de parier du discours d'ouverture de la session, constatons d'abord l'accueil Csit au roi par les deux chambres solennelleiiieiit réimies. Les cris de Vive k rçit
9f> ISAA.
z'rL:r-:-\ • :.:> yr:::îije< 5^ facsaynt f enmquer par
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Belgravc-Squarc : t La conscience publique flétrit de cou- » pables manifestations. »
Nous avons dit ce que nous pensions et de la manifestation légilimislc et de celte phrase de l'adresse; nous n'avons à rélracler aucune de nos paroles, dont la séance d'au- Jourdluii a fait ressortir avec éclat toute la justesse. Lorsque nous prévînmes les légitimistes qui se rendaient à Londres, qu'ils commettaient une faute, celle d'envelopper un jeune prince dans leur impopularité; celle de se faire compter ; celle, plus grave encore, de se faire peser ; celle do donner h leunj adversaires Pavantage de constater Timpuissance, rinsuflisance de leur parti; celle de raviver contre lui les défiances de la bourgeoisie et les colères du peuple; celle de placer dans cette alternative extrême, ou de paraître manquer de fidélité ou do trahir la foi du serment ; celle, enfin, de les décÔ'nsidérer dans Topinion et de les affaiblir encore dans le pays ; n'avions-nous pas raison ? Quel a été à la chambre Teflet produit par les déclarations de MM. Bi^n-yer, de Valmy, de Larcy, do Larochejaquelein et Blin de Bjurdon? Ces déclarations ont-elles été accueillies autrement que par Fincrédulité, l'impatience, Thilarilé, le murmure et Pisolement? Ces déclarations aurontelles au dehors plus de succès, rencontreront-elles plus do syni|Kilhies ? Nous en doutons. Même l'opposition de gauche, par lorgane de Phonorable M. Bethmont, parlant au nom de la minorité de la commission, a protesté contre le parti légiliniisle, aussi bien contre ses espérances que contre Si\s souvenirs, s est hautement séparé de lui, a spontanément déclaié qu'elle avait adhéré à la pensée et à la rédaction du paragraphe. Jamais, disons-le, cause politique n'insfiira m'»ins heureusement ses défenseurs, jamais minorité ne mit sa faiblesse et son impopularité plus en évidence î Malgré ce résultat du débat, nous persistons à penser qu'il eût mieux valu encore qu'il ne s'engageât pas, qu'il ne vhil pas aggraver nos dissensions et relarder le jour de l'union dans une mémo cause de tous les hommes «{ui ont les mêmes intérêts à défendre : les intérOls de la religion,
de la famille ot (!<' la propriété ; les mêmes périls à courir en cas de révolution nouvelle : la confiscation, la proscription, Féchafaud ! Quand les trois dernières lignes du dernier paragraphe de Tadresse ne fussent pas venues donner lieu à une discussion irritante, le parti légitimiste en eût-il été plus influent, moins impopulaire dans le pays ? Quand nous nous fussions montrés plus tolérants, plus dédaigneux, en eussions-nous été moins forts? Non, nous n'aimons pas, nous Tavouons, tout ce qui rappelle , même de loin, les mauvais jours des révolutions, tout ce qui peut en ranimer les passions mal éteintes.
La situation donnée, M. BcTryer n'avait rien de mieui i faire que ee qu'il a fait, d'aller au devant de la discussion en demandant, dès Pouverture de la séance, la parole pour un fait personnel ; mais c'est vainement et péniblement qu'il a essayé de lutter contre les embarras de cette situation. Sa parole, ordinairement si vive et si hardie, était humble, traînante, sans nerf et sans vigueur; il a fait à son auditoire des concessions qui n'ont pas réussi à le désarmer et qui ont ôté toute force, nous dirions presque toute dignité à son attitude. Il a plaidé en quelque sorte les circonstances atténuantes de la cause, sans pouvoir les Mire admettre par des juges nécessairement prévenus. M. Bcrryer semblait convaincu lui-même de l'inutilité de ses efforts : aussi une interruption a-t-elle suffi pour le faire descendre brusquement de la tribune. Invité par M.Guizot k y remonter et à reprendre la suite de son discours, il a renouvelé sa tentative sans être plus heureux. Plusieurs amis politiques de M. Beiryer, (]ui ont pris la parole après lui, n'ont pas cru devoir garder les ménagements qu'il s'était imposés : ils ont soulevé des murmures, voilà tout.
La discussion n'a donc pas été bonne pour les députés qui ont réclamé contre le dernier paragraphe de l'adresse. S'il est impossible de parler mieux, avec plus d'éclat, d'élévation, de tact, de précision, de fermeté, de modératioo que M. Guizot, il faut aussi reconnaître qu'il s-est exprimé sur la souveraineté nationale en termes qui lui ont fait eiH
LES LÉGITIMISTES. d3
courir la haute approbation de M. Bethmont, un des représentants de la gauche radicale. Il ne nous a pas paru que M. Guiiot se souvînt suffisamment de la sage et juste distinction quil avait faite à la chambre des pairs en s^adressant au parti légitimiste. Peut-être a-t-il un peu trop parlé ai^ourd^hui du passé qui a précédé 1830 comme on en parlait en 1831, alors quil était de mode de déclamer contre le ^ droit divin, et de ne reconnaître rien de grand et de glorieux en France au delà de la révolution de 89? Par là, il a risqué de blesser dans ses sentiments, dans le culte de ses souvenirs et de ses traditions, cette portion, la plus considérable du parti légitimiste qui s^est toujours diontrée tranquille et amie de Pordre, qui exerce dans notre état social une influence que le gouvernement actuel n'a jamais méconnue, et qu'il s<Tait désirable d'associer à l'action de nos institutions. M. Dupin a, selon nous, commis la même foute en se jetant dans des récriminations qui ont le tort de ne rien prouver contre beaucoup de ceux auxquels on les adresse, mais qui les irritent et qui les poussent à entrer dans la voie des représailles.
De son côté, la commission, dont le langage paraissait si net et si explicite* dans le paragraphe- du projet d'adresse, a penlu de son assurance quand il s'est agi de s'expliquer. On lui avait demandé comment elle avait pu se décider à flétrir solennellement des collègues à côté desquels ses membres consentaient à rester assis, comme par le passé. On lui avait fait remarquer que si cette flétrissure était sérieu.se. elle devait impliquer logiquement l'exclusion. Vindignité de ceux auxquels il s'agissait do l'appliquer. Devant une telle conséquence , la commission a reculé.
Cela prouve mieux que tout ce que nous pouvons dire combien toutes les positions étaient faussées dans ce débat, combien on a eu tort de vouloir sortir de la réserve pleine de tact et de dignité que le roi avait su s'imposer relativement h cette affaire. Il n'y avait pas plus d'opportunité que d'utilité à perdre toute une séance en dissertations rétrospectives sur le droit divin et sur la légitimité, en glorifica-
tinns sii<pi'ili^s fit» In s-nvt*r;MnoU» nationale, en Ihéories l:ns.ink-«.s^\ïr Ir srni!''iil. T' ut iv!,t osl hors de la situation. h r< «]> ; Ti'.KV'iîîîjlijiïS do i*o tomps-ci.
La vi-riîf i>t «in*? t- nlo ooito disrussiûn mollement abanii îjijiv [\ i'i!i»-iiu*nî? p.T \c prô-iJont de la chambre, a été n:..I:ivui\u>tir-i î/. ii'iivdulto. Pin? «yae jamais nous persisî r;> .i r • (!.»i:> 1' ; ir.:- n ']iio nous iîvor.s oxprimôedèsie prvnii- T .; nr. Lviissi-z L\ k> vifille> quoslions de parti: pariv2 'a Ij FnirA i' do >e> p»^s<iL'E5 rteîlos, de ses întèrêts a^ti}:!> i : ; onriïrif ïit5 . elle von? ocouîora avec une altentîoa jîu? ^yniJ'2îîliv]•2o. et vos dèl\îls porteront plus de fraits!
L.Î >v - ■•: .:. :a ci.::r.tîv dr> dopv.ii? vienl de tînîr. Ilest i- : h u: >. .: .'i>î >:u5 I\iv. :: r. lio î.ï pr.f.nde tristesse --V . : -> .- .\.:fio .::u';- îV.i:; nus L:« ter d'en rendre
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en des termes subvei'sifs de lout ordre constitutionnel, puisqu'ils vont jusqu'à effacer de la Chai le le double principe de l'inviolabilité royale et de la responsabilité minislérielle? Voilà ce qu'on gagne à s'écarter de la modération, à faire descendre le gouvernement à l'allilude et au langage d'un parti, à donner la préférence aiix conseils d'hommes et de journaux sans indépendance. Si l'on se fût borné dans l'adresse à exprimer le dédain du pays pour de vaines et impuissantes manifestations, ce débat ne fût pas né, les mauvaises passions et les fausses doctrines de 1831 ne fussent |)as sorties de leur tombe !
En tout temps, le dévoûment qui biilia par les grandes phrases ne fui jamais celui qui brilla par les grands sacrifices. Le véritiible dévoûment attend pour s'exalter les jours d'épreuves. Ce qui le distingue du faux zèle, c'est le soin avec lequel il évite de tomber dans aucune exagération. La révolutiim a ï)éri par les Iribuns, l'empire par les flatteurs, la restauration par les courtisans. Tous les régimes, pour leur nialheur ou pour leur châtiment, ont leurs ultras.
Demain, le paragraphe du projet d'adresse de la commission sera cerlainemonl xoiè ; maisciu'arrivera-t-il? On aura inconsidérément affaibli la majorité; ou aura affaibli l'autorité législative de la ehanïbre ; car si l'expression infamante de Tiulressi» n est pas une expression vaine et exagérée, quell(» autorité aura la lui dont le vote n aura pu être validé que par le (•«•iKM/urs des députés (lue la majorité aura flétris? La dégradalinu parlementaire est une de ces basses œuvres qu'il faut laisser aux révolutions et aux régimes qui ne s >nt |)as assez forts pour se î)réserver des excès. Nous avions pour nous hi force et la raison, nous ne devions pas nous exposer à paraître faibh\s et inconséquents.
C'est par un point d'honneur exagéré (pie le cabinet s'est cru obligé de s»)Ulenir le projet delà commission; il a craint que l'ailoplion d'un ameieJement iw fût interprété comme une reliaite pairies partis; il a craint qu'ils n'en triomphasseut orgueilleusenu'nt; il a eu tort: ce qui est un acte de
raison el de modération ne saurait Jamais être un acte de faiblesse. Les interprétations des partis s'oublient et passent, mais les actes des gouvernements restent dans la mémoire des peuples.
27 janvier 1844.
Trois amendements avaient été proposés au paragraphe 10 de l'adresse ainsi conçu :
^ La conscience publique flétrit de coupables manifes- 9 talions ; notre révolution de Juillet, en punissant la viola- » tion de la foi jurée, a consacré chez nous la sainteté du » serment. »
Le premier, par M. Emile de Girardin, reproduction littérale de celte phrase du discours du trône :
« Les factions sont vaincues, et de vaines démonstra- 9 lions de leur pari ne feraient que constater leur împuîs- » sance. »
Le second, par M. Ferdinand de Lastcyrie, rédigé en cet termes :
a La raison publique a fait Justice do téméraires projets » el de vaines démonstrations. »
Le troisième, par M. Aylies, consistant simplement à remplacerle moi flétrit par le mol réprouve.
Aucun de ces trois amendemens n'a été adopté.
Vains ont été les discours el les efforts de MM. Lcdni-Rollin et Lamartine ! La commission Ta emporté ! Son prcjel et la flétrissure ont été votés à la ni<iJorité suivante :
Nombre des votants 410
Majorité absolue 206
Boules blanches 220^
Boules noires 190
Les esprits étaient calmes : les voilà exaspérés I Les vieilles haines de partis étaient amorties : les voilà qui vont
se ranimer ! La conciliation gagnait de proche en proche : nous voilà revenus d^un bond aux mauvais jours de 1831 1 Quanta la chambre, quelle sera sa position? De deux choses Tune : ou bien les députés solennellement flétris resteront dans son sein, participant, comme par le passé, à toutes ses délil>éralions et à tous ses votes ; ou bieq, comme a semblé l^nnonccr M. de Larochejacquelein dans une protestation véhémente, ils donneront leur démission. S^ils restent dans la chambre, n^y aura-t-il pas quelque chose de choquant, quelque chose dlnconciliablc avec la dignité parlementaire, à voir ces hommes flétris décider par leyr intervention du sort des lois les plus importantes ? Slls se retirent, quels souvenirs ne fera pas naître ce spectacle d^une minorité décimée par un arrêt de la majorité? El s'ils sont ensuite replacés triomphalement sur leur siège par la souveraineté des électeurs, qu'en fa udra-t-il conclure? Nous contenons les réllexions qui se pressent sous notre plume ; car, pour n'être pas les souteneurs aveugles et systématiques du cabinet, nous n'en désirons pas moins son succès et sa durée. Il y a là une situation pénible pour les hommes qui pdrt<igent nos opinions et nos idées en matière de gouvernenient. La seule consolation qui leur reste, c'est de ptiuvoir se dire qu'ils ne sont pour rien dans ce qui aiTive, vi qu'il en eût été tout autrement si leurs conseils, avaient pu prévaloir un instant sur les emportements d^un zèle sans , réflexion et d'un dévoûment sans indépendance.
29 jauvior 1841.
Les cin() députés légitimistes, MM. Berryer, de Larochejacquelein, de Valmy, de Larcy et Blin de Bourdon , qui unt accompli le pèlerinage de Belgrave-square. ont arrêté qu'ils donneraient leur démission.
N'aurait-il pas mieux valu que la commission effaçât du paragraphe le mot qui a provoqué de si déplorables récrimi-
nations et fait violence aux sentiments de beaucoup de membres de la majorité, qui n'ont pas cru cependant pouvoir se dispenser de voter avec le cabinet sur celte question, et que cette déplorable extrémité ne se produisît pas* N'aurait-il pas mieux valu que la chambre des députés imitât la sagesse du roi et se bornât à reproduire ses paroles en réponse à Tadresse de la chambre des paii-s : a Les fac- » tions seront vaincues, et du vaines démonstrations de » leur part ne feraient (pic constater leur impuissance »?
Comment la commission, composée, <?n majorité, d'hommes éclairés et modérés, n'a-l-elle pas compris qu'elle faisait à certains députés une position si fausse, si délicate, au milieu de leurs collègues, qu'il était impossible qu'ils consen- . tissent à la garder? Comment la conmiission n'a-t-elle pas compris qu'elle allait détruire en un jour et par un seul mot l'œuvre de douze années, qu'elle allait éloigner du gouvernement beaucoup d'hommes importants qui tendaient à s>n rapprocher par les élections, par les conseils généraux et Tadministration locale, beaucoup d'hommes justement considérés, appartenant au parti légitimiste par l'extraction, les liens, les traditions, les ser\ices, les titres de leurs familles. mais sincèrement ralliés au parti conservateur, sinon par la cunununauté de sentiments, du moins par l'accord d'opinions, par la môme volonté d'assurer le respect de la relij,'ion, de la famille et de la pro])riété, ])ar le même désir d'affermir r«)rdre et de concourir à la pros])érité du pays? Comment la commission n'a-t-elle pas compris qu'en provoquant une pareille extrémité, elle tournait le dos au but qu'elle se pro])osait d'atteindre, elle frappait tous les hommes bien intentionnés du parti légitimiste, faussait leur situatiim, arrêtait court le travail de dissolution qui se faisait au sein de ce |>iirti et n'aboutissait cpi-à rendre à ses meneurs, à ses brouillons, l\ ses intrigants, à ses journaux, une întluence qui déclinait visiblement cha(|ue jour et quils étaient sur le point de ]>enlre eutièrement? Comment la commission n'a-t-elle pas compris qu en agissant aussi inconsidérément, qu'en pou.ssant la majorité dans les voiei de
rinlolérauce et de TexclusioD, elle était dupe et faisait, aux élections prochaines, les affaires de l'opposition, celles de la révolution ? Comment la commission n Vt-elle pas compris qu'en frappant les députés légitimistes de la dégradation parlementaire, qu'en les obligeant à se soumettre à la réélection, elle exposait ainsi la chambre des députés à voir casser son arrêt par le corps électoral, à voir absoudre par les électeurs ceux qu'elle venait de flétrir ? Comment n'at-elle pas compris qu'il n'y avait pas à hésiter entre cette grave imprudence et la suppression d'un mot irréfléchi, suppression qui eût été promptement oubliée ? Comment eniin la commission n'a-t-elle pas compris que, précisément parce que tous les régimes précédents avaient manqué de tolérance politique, il importait que le nôtre, assez fort pour être dédaigneux, assez calme pour être généreux, se distinguât de la révolution, de l'empire , de la restauration par Texcès même de la sienne ?
Jusqu'à ce jour, s'il y avait eu des condamnations encourues par des manifestations séditieuses, ces condamnations avaient toutes été prononcées par les tribunaux en vertu des lois ; c'était un fait dont on ne pouvait disconvenir ; ces condamnations, quelquefois sévères, eussent-elles été exorbitantes, on ne pouvait en faire remonter justement la responsiibilité jusqu'au gouvernement, le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire étant essentiellement distincts et indépendants entre eux ; mais on ne saurait se dissimuler que, bien que parlementaire, la mesure d'hier est extrà-Iégale ; qu'on n'y a recouru qu'attendu le silence et 1 insuffisance de la loi. On n'a flétri politiquement que parce qu'on ne pouvait pas poursuivre judiciairement. C'est k raison de ce caractère surtout que la mesure nous a aflligés ; et si nous le disons hautement, c'est afin que la majorité y puise une leçon qui lui serve è l'avenir. Assurément, nous respectons fort le principe de la majorité, qui est la clé de voûte du gouvernement représentatif, mais c'est précisément parce ({ue nous le respectons profondément que nous voyons avec peine, au sein du parti conser-
valeur, une minorité imposer son intolérance à la ninjorité. et beaucoup d'hommes éclairés faire trop facilemont abnégation d'eux-mêmes et subir souvent une opinion qui blesse leur raison, lorsqu'il leur suffirait de se compter et démontrer un peu de fermeté pour faire prévaloir leur avis, el rappeler qu'on ne s'appuie solidement que sur ce qui résiste.
Il existe au sein du parti conservateur, dans la Chambre des députés, un petit nombre d*ultras sans autre importance que celle qu'ils se croient, improprement appelés bornes^ car les bornes scr\'ent et ne s'agitent pas ; qui s'imaginent que le coche parlementaire ne va que par eux: qui ont la prétention d'être la majorité incarnée, de la représenter exclusivement, de tout mener, pays, roi, chambres, ministres, préfets, commis, industrie, commerce; qui n'admettent pas qu'on puisse, sans trahir la cause du parti conservateur et sans se séparer du gouvernement, avoir un avis, éprouver une sympathii», exprimer un vole ou faire un choix qu'ils ne les aient dictés ; qui considèrent l'indépendance qu'on garde comme une atteinte pc»rtée à leur intolérance, comme une sorte de larcin cunimis à leur préjudice. Cette tyrannie de Pimportunilé exercée sur PiiTé- Nulution a duré assez longtemps, trop longtemps peut-élre! Sans doute il faut (ju'un parti soit discipliné, mais il ne doit se laisser conduire que par ses chefs légitimes, c est-è-dire par les hommes les plus éminents. les plus considérables. les plus S4'nsés, les plus modérés (»ntre tous ceux qui le composent; il se déconsidère lor>qu'il paraît ne penser el n'agir que pardes plénipotentiaires sans mandai, sans idées et sans talent ; il est, par exemple, des circonstances où il peut être utile qu'un i)arti se compte, se consulte et S'édaire dans une réunion préparatoire ; mais au moins fautil qu'il sache qui Pa convoipié, et ne faut-il pas <|ue ce suit la minorité qui ait la prétention, en se faisant plus grosse quelle n'est réellement, d'enchaîner les résolutions de la majorité.
Ainsi c'est une minorité dan.s la majorité qui a voulu que
le voyage de Londres fût flétri dans l'adresse, qui trouvait même que le mot était trop doux, et qu^on aurait dû*en employer un autre que nous ne voulons pas citer. En tous temps ces minorités ont toujours exercé une influence fatalc à la majorité qui les renfermait dans son sein, et au gouvernement qu^elles poussaient dans la voie de Texcès ! Les hommes sensés et modérés du parti conservateur doivent y réfléchir sérieusement. A quoi bon d'avoir dé la raison, de Pesprit, du tact, de la mesure, de la prudence, de la prévoyance, si ce n est pas pour s'en servir! A quoi bon de voir juste et de loin, si c'est pour fermer les yeux? C'est dans Tintérét du gouvernement que nous ser>'ons avec eux, c'est dans l'intérêt même de la stabilité des cabinets c]ue nous les supplions, quand ils ont une opinion arrêtée, de ne l'abandonner que pour en prendre une meilleure et non pas une moins bonne. Livrer ainsi à la merci et à la domination de quelques-uns qui s'arrogent le droit de parler au nom de tous,'le gouvernement et les ministres, ce n est pas les soutenir, c'est les abandonner, c'est à la fois trahir leur cause et son man(^at, leur intérêt et son devoir.
29 janvier 1844.
La Chambre des députés a entendu la lecture de la démission que lui ont adressée BfM. de Larochejaquelein, B'^rryer, de Valmy et de Larcy de leurs fonctions de député. Ces démissions étaient prévues; nous avons tout fait pour empêcher qu'elle ne devinssent inévitables ; c'était notre devoir : mais nous ne ferons rien pour en aggraver le fàrheux effet ; c est une tâche dont l'opposition s'acquittera malheureusement trop bien pour qu'elle ait l)esoin que nous laidions. Aux partis avec lesquels nous sommes en dissentiment d'opini(»n, nous ne devons que l'impartialité.
1" réTrierl844.
Le Journal des Débats recueille aujourd%uî ce qu'il a semé. Il a semé des orages, il a recueilli dos tempêtes. Les passions politiques étaient trop profondément assoupies : il a voulu qu'on les réveillât; on les a réveillées en sursaut ; le pays était las des récriminations de régimes à régimes, de partis à partis, de ministres en expectative à ministres au pouvoir, de coupables h complices; le pays voulait qu'on s'occu|)At un peu plus de lui et un peu moins de soi, qu'on laissât reposer le passé pour féconder l'avenir, qu'on (Il plus et qu'on dissertât moins ; le Journal des Débats ne Ta pas voulu ; il n'a pas eu de cesse qu'il n ait rendu rirrilation aux esprits et ranimé toutes les vieilles querelles de 1831. ressuscité toutes les divisions qui s'éteignaient, rétabli toutes les démarcations qui s'cflaçaient. remis en discussion ce qui, heureusement, ne se discutait plus; en vérité, le Journal des Débats n*aurait pas été sincère dans le concours qu'il prête au cabinet, il aurait voulu Tébranler, le renverser, qu'il n'aurait pas dû s'y prendre autrement î Singulière situation que la sienne! Singulière situation que la nôtre! On suspecte notre dévoùment, on ne suspecte pas le sien; or, nous le demandons : de lui. préchant Pintolérance et la flétrissure, ou de nous, plaidant jmur la prudence el la modération, qui a le mieux compris les intérêts du cabinet, qui l'a le mieux .servi? Rst-ce l'ardeur du Journal des Débats? Ksi-cc la sincérité de la Pn'.s^e? Le danger d'entrer dans la voie des violcn<*es, <-'cst i\u\m ne peut jamais prévoir ccunnieiit on en sortira; arrêté dans un sens, on est poussé dans Tautrc. et,st»it qu'on aviince. soit qu'on recule, le péril est le niémt* ; la veille (Migage le lendemain ; toui incident devient un événcincnt : toute résistance se transforme en héroYsm*»; tuute rigueur prépare une n'*<ic(ion. toute Nicti'irc une dil.»iir. S'il fut une époque où la tolérance dilt être la vertu. l;i s.'!î;cs.se du temps, assurémeni
&esi dans celui où nous vivons. Ou notre fidélité à tous a déjà failli, ou elle n'a pas encore été éprouvée. N'abusons pas de ce dernier avantage. Qui de nous peut se croire le droit de jeter h qui que ce soit la première pierre, d'être pour les autres plus scrupuleux qu'eux-mêmes? Est-ce le Journal des Débats? Sa fidélité ne s'est-elle donc jamais démentie ? Tous les régimes qu'il a successivement déclarés impérissables subsistent-ils tous simultanément? Aucun des ministères qu'il a soutenus n'a-t-il été renversé? N'a-t-il pas, tour à tour, sans en excepter un seul, injurié tous les hommes qu'il avait flattés et flatté tous les hommes qu'il avait injuriés? Est-il enfin une occasion de défection ou d'apostasie qu'il ait laissé passer? Ses colonnes ne dé-' bordent-olles pas de témoignages scandaleux de sa versatilité, de son intolérance et de sa servilité ? Quel besoin dépravé éprouve-t-il donc a voir exhumer ce qu'il devrait s'eflbrcer au contraire de faire oublier à force d'indulgence? Est-ce excès, est-ce rafBnement de cynisme ? N'est-ce que maladresse ? Ne peut-il donc servir une cause sans la compromettre, défendre un principe sans l'exagérer, diriger un cabinet sans le fourvoyer, soutenir un ministre sans l'aduler? Certes, s'il était un journal qui devait avoir l'esprit de son temps, qui devait vanter les avantages de la tolérance et de la modération, qui ne pouvait consciencieusement invo<iuer pour excuse de son emportement ni l'ardeur de sa foi ni la profondeur de ses convictions, c'était bien le Journal des Débats; et, cependant, c'est lui qui, au lieu de retenir le ministère et la majorité, les a poussés, les a engagés dans la voie étroite et glissante en travers de laquelle nous avons vainement essayé de nous placer. Mais qui no flatte pas le pouvoir n'en est point écouté, qui ose l'avertir lui devient suspect î
Il y a peu de jours, la situation du ministère était telle qu'il eût été presque impossible d'assigner un terme à la durée du cabinet. On regardait vainement autour de lui pour lui chercher des successeurs sur lesquels il n'eût pas l'avantage. Cette situation nVst pas détruite, sans doute.
mais elle est affaiblie. La violence est une arme à deux pointes aiguës qui blessent du même eoup relui qui Trappe et celui qui est frappé.
23 septembre 1844.
Tout parti politique qui a contre lui le présent, s'il lui reste encore une chance dans l'avenir, n'a qu'une manière de ne la pas compromettre : c'est de demeurer imperturbablement fidèle aux traditions de son passé, à ses principes; c'est de se faire honorer de ses ennemis même par sa résignation, sa loyauté, son désintéressement, son patriotisme et sa foi. Tel est le langage qu'en toutes circonstances nous n'avons cessé de faire entendre h tous les hommes sensés et loyaux du parti légitimiste.
25 d/ccmiire lH44.
La déclaration suivante, que fait spontanément la Quotidienne, au nom du parti légitimiste, ne doit pas passer inaperçue : aussi la reproduisons-n»us sans y changer une virgule :
a Nous ne voulons pas être ministres ni ambassadeurs, »• nous ne voulons pas être préfets ni sous-préfets, nous ne »' voulons pas être ïwiirs, nous ne voulons tenir par aucun i> lien d'hommage-lige ou budgétaire aux liommes qui ont ï' accaparé l'Klat.
>' Mais nous voulons servir le pays î Nous voulons être dê- ^ pulés. nous voulons siéger à loules les assemlijées oloc- >■ tive>; nous voulons être partout où la nation a liesoin du i conseil ou de IVpét* ; nous roulons être à l'armée, à la » maj'ine, au génie civil et militaire : nous voulons être, en ï» i/;î mot, a tous les swrirrs oit chanin est sur de rester »' hhre rt de se dévouer pour la h'rawce , non pour vn
homme. >»
Otte déclaration t*sl signilicativr : elle signifie que
quinze années se sont écoulées depuis que l'ordre de succession au trône a été renversé en France; elle signifie qu'une génération, alors au berceau, à atteint l'Age où le désœuvrement, pour tous les nobles esprits, devient un poids difficile à porter ; où le besoin de se choisir une carrière et de s'y distinguer se fait impérieusement sentir; où Ton se plie impatiemment à Tidéc de n'avoir pas un but h poursuivre; où l'amour de son pays, le désir de le servir, de Phonorer fonmiencenl ii parler plus haut que de vains regrets ; où ce n'est pas sans lutte et sans débat qu'on se résigne à la condition de n'être rien dans l'Etat, de n'y remplir aucune fonction utile , d'y vivre dans Pisolement et l'ilotisme; elle signifie que l'heure s'approche où la reconnaissance d'un grand nombre de familles envers une dynastie aura achevé de payer sa dette en fidélité, où les pères, en se sacrifiant noblement, auront racheté noblement leurs fils; elle signifie que toute émigration à l'intérieur, aussi l)ien qu a lexlérieur , ne saurait jamais avoir qu'une courte durée : cela était déjà prouvé par l'histoire, et par ce qui s'est passé s )us le consulat et l'empire ; elle signifie enfin qu'il n'y a pas de parti politique, si fort qu'il soit, qui ait le pouvoir d'arrêter la marche du temps : voilà ce que signifie la déclaration solennelle de la Quotidienne, Mais que signifie la distinction subtile qu'elle prétend établir entre deux ordres de fonctions publiques? — Est-ce que le jeune homme qui sort de l'école de droit pour entrer dans la magistrature n'est pas exactement dans la même condition que celui qui sort de l'école polytechnique, de l'école militaire «le Sainl-Cyr, ou de l'école navale , pour entrer dans le S4»r\ice des ponts-<»t-<*haussées ou des mines, dans l'armée ou dans la marine? — En «juoi donc l'un sert-il moins que l'autre l'État, le gouvernement ? Le serment que prêtent le magistrat et l'officier n'esl-il pas le même? La solde de celui-ci comme le traitement de celui-là n'est-elle pas inscrite au budget et également payé*» par les contribuables? — Le jour où des troubles politiques éclateraient, le colonel d'un régiment et le sous-préfet d'un arrondisse-
m(*nt n'iiuraieiii-ils pas, avec des attributions diflTéreales, les mémos devoirs à remplir, celui de faire respecter Tordre et les inslilutions? Quels sont les devoirs de roflicier de terre et de mer? N'est-ce pas de défendre les intérêts et l'honneur de son pays? Eh bien ! est-ce que ces devoirs ne sont p^is également ceux des ministres et des ambassadeurs, dont la Quotidienne fait arbitrairement une classe (le fonctionnaires à part , au risque de se faire appliquer lapolugue du renard et des raisins ?
La distinction subtile que fait la Quotidienne n^est évidemment qu'une transition ingénieuse, qu^unc façon d'en- Ir'ouvrir la porte, qu'on n'ose pas encore ouvrir tout entière. La presse légitimiste fait aujourd'hui pour les fonctions publiques ce (|u elle a fait il y a dix ans pour les élections. nile a commencé d'abord par déclarer que ses amis polili- (lues devaient s'abstenir de s'y rendre, car ils ne pouvaient, disait-elle, prêter le serment prescrit par la loi sans se parjurer, sans trahir la cause commune, sans faire défection; ensuite elle leur a conseillé de se présenter dans les collèges électoraux pour y exercer leurs droits politiques, mais en mettant des restrictions au serment préalablement exigé ; voyant que ces restrictions n'étaient pas admises, elle a fini par leur enjoindre de passer outre. — La théorie du serment avec restrictions ne fut aussi qu'une transition.
Loin de nous la pensée de voir dans la déclaration solennelle et spontanée de la Quotidienne Tapostasio d'un parti, l'abandon de ses prinri|)<*s et de ses affections ; nous n^ voyons qu'un progrès du temps, progrès qui pouvait être plus ou moins l<!nt, mais cjui était inévitable; c'est à ce titre que nous en prenons acte ; nous ne sommes point exclusib. on le sait, et nous appelons de tous nos vœux le Jour où i n'y aura plus, en France, que deux grands partis, le parti (ht coin qui considèrent la royauté constitutionnelle oonme la plus frrme garantie de Tordre, de la liberté et de la paix, ci qui, par celte raison, sont sincèrement dévouésau trtae, et h' fkirti de ceux qui, par le môme motif, mais dans a intérêt contraire, en souhaitent ardemment la chnle.
xin.
18 juillet 1846.
La Quotidienne et la France publient, en tète de leur première page, un manifeste en cinq colonnes avec ce lilre solennel :