L'ESPRIT PUBLIC DANS LES DÉPARTEMENTS
ges, h se concilier l'opinion de quelques salons et Tappui de quelques journaux, à lutter de petites rancunes, à se venger d'une épigramme par une invective, à se fairedes amis douteux et des ennemis mortels, à agiter incessamment léternelle question de la prérogative royale et de la prérogative parlementaire; dans les déparlements, la politique emprunte une forme plus matérielle et moins futile ; les passions d'un autre temps ont fait place aux intérêts du jour ; l'impatience de renverser le cabinet n^est pas celle qui agite les esprits; ce qu^ls voudraient, en province, c'est voir imprimer une marche plus rapide à l'expédition des affaires, qui souffrent souvent du temps que leur dérobent les ministres pour le donner h des soins et à des détails peu dignes d'eux ; ce qu'ils voudraient, c'est que les routes qu'on perce et les canaux qu'on creuse, s'exécutassent avec plus d'ensemble et d'une façon moins saccadée; trop souvent les formes rigoureuses de notre comptabilité sont des entraves fâcheuses qu'il serait facile de ftiire disparaître. Ainsi, beaucoup de travaux commencés avec ardeur traînent en langueur et ne s'achèvent qu'avec peine. Ce sont là, dans les départements, de fréquents motifs de plaintes.
A Paris, on se plaît aux changements de cabinets; les crises ministérielles sont une distraction; en province, on préfère les ministères qui durent; h Paris, on aime le faux éclat, les passe-d'armes parlementaires, on veut des ministres brillants; en province, on veut des bureaux actifs et des ministres laborieux.
Les bons ministres, pour les départements, ce sont et ux qui ne laissent aucune affaire attardée, aucune réclamation fondée sans réportse ; qui savent également résister aux partis et aux coteries, auprès de qui les brigues ne peuvent rien et pour qui les intérêts généraux sont tout. Dans les départements, on a adopté cette déGnition de M. Henri Fonfrèdc : t La lil>erté consiste à être bien gouverné. »
Le ministère qui se pénétrera profondément de rv\ esprit général des départements, n aura rien à redouter des attaques de la presse, ni des interpellations de la tribune: il n'y
aura pas do raison pour qiril ne puisse rivaliser do durée avec les eabinels du Nord. Los vieilles déclamations /ibcrales n'ont plus de crédit en province; on sait maintenant â quoi s'en tenir sur cette susceptibilité patrioti(iue des journaux qui accusent tous les ministres qui se succèdent de trahir les intérêts de la France et d'en c(»mpromettre la dignité.
La politique do la Franci» ne se circonscrit plus dans Tencointc de Paris ; les déclamations du palais Bourbon sont jugées en province ce qu'elles valent; bonne et impartiale justice est rendue à la fois aux dépulés consciencieux qui travaillontol aux bavards vaniteux qui montent â la tribune pour y exécuter des variations sur les thèmes (|ui leur ont été fournis par des journaux du matin. Ce [)nn sens de la province doit donner aux nn'nisires de la confiance et de la force: mais il réclame aust»i di\ erses réformes, do la nécessité desquelles il importe qu'on se pénèlre bien. Plus que jamais rexistence du cabinet du 15 avril IWT dépend de lui seul; il a un moyen infaillible de dissiper les coalilionsel do déjouer les intrigues, cVst (h* consacrer aux intérêts généraux le temps (|u'il emploierait à combattre des ambitions personnelles dont toute la France possède maintenant le secret. Désormais, ce n'est plus dans les couloirs des Chambres que se décideront les questions de cabinet, mais dans l'intérieur môme des bureaux de ministères où il importo de faire entrer IVsprit nouveau.