‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 24 sur 71 · L'ESPRIT PI BLIC A PARIS · texte numérisé non relu

L'ESPRIT PI BLIC A PARIS

rapport à eux-mônies, cause et effet ? II n'y a que l'ignoi-ance qui ait jamais pu établir entre eux une distinction plus fausse encore que subtile.

A force d'entendre répéter qu'il n'y avait de respectables etdedijjnes que les inléréls moraux. Paris Ta cru.au grand préjudice de la province. Paris s'est imaginé qu'il serait indigne de lui do s'occuper de toute politique qui ne consisterait pas à disserter sans fin sur les chartes octroyées et les chartes synallagmaliques,sur la (j'ieslion de savoir si le roi doit régner et gouverner, ou régner seulement, à batailler sans trêve sur le nombre des électeurs et des jurés, à nier que la presse soit libre, et à soutenir qu'un ministère peut avoir la majoritt», franchir la dernière et la première session do deux législatures, et n'être cependant pas parlementaire.

En vérité, une telle politique inventée par le Constitunel et contrefaite par ses confrères serait bouffonne, si elle ne pouvait devenir périlleuse.

En voici les dangers : c'est de traquer la politiciuc dans une impasse, c'est de tirer tous les jours h bout portant sur la royauté, c'est, au lieu de tes réunir, de diviser le peu d'hommes d'État qui nous restent, c'est de les contraindre à s'entre-flétruire, c'est d'en faire une tribu de cannibales parlementiiircs, c'est de rendre enfin tous les jours les cabinets plus instables et les combinaisons ministérielles plus difficiles.

Entrez dans un cercle, dans un cabinet de lecture, dans un café, jetez un regard sur tous les journaux que vous y trouverez réunis, et, si vous croyez ce que vous lisez, vous resterez convaincu que la Charte est mécoimue, que la royauté est en lutte ouverte avec les autres pouvoirs de l'État, que le ministère actuel ne se maintient en fonctions que par la volonté royale et contre la majorité parlementaire, qu'il n'est compo.^^é que d'hommes hostiles aux libertés publiques cl traîtres aux intérêts de la Franche, que le pays esta la veille d'une nouvelle révolution, h moins que M. Thiers ou M. Guizot ne parviennent ensemble ou si*paré-

m<*nt a fnir< n'iilivr violemment clans son lil la royauté débordée. <M U <i\\i\c\' le principe do la responsabilité minis'érielle eUeclive.

C'est eonsidérée sous ee point de vuecpron peut dircque lil situiilioii ;ietu('IIo est jjirave. Lr nombre des esprits faibles ol des jt»urnan\ violenls est considérable. On finit souvent par croire ce dont on a commencé par douter. C'est de l(Mir acti'»n conlimie t\\w l(»s join*nanx tirent leur principale puissance. Il y a hraucoiip de f^cns (]ui, par la crainte de p.naîlre ministériels, si» font révolutionnaires, sans le savoir et sans le v )uloir. On ne en. il pas(|u'il soit possible do louer on d*app"><*r im nn'nistèn» sans s'exposer au soupçon de recevoir (!<• rarifi'iil de lui on de lui demander une place. f/li >innu' d'K'iî! qu'on prônait la mmIIc de son avènement nu ministère, cl (ju'on déf(»ndra le lendemain de sa chute, n:\ lat laque dis cpi'il devient l'un des dépositaires du pouv(»ir. (l'es! e»» (|ui est arrivé à MM. Laffillo et Dupont 'de l'Hure . «I MM. Thiers et (iuizrit. La France est la nation qui possède !e> meilleures institutions politiques, mais qui a l(»s plus maii\;iis<'sina'urs constitutionnelles. En fait deminisler!ali>m.'. sa faus<e pudeur ressemble fort h celle des majhcureustvs tilles (pii cnmmetlent un crime |M)ur cacher une r.uile. On ree.»nnaît (pit» l'instabilité ministérielle, lorsqu'elle lomb<» dans l'excès, devient un danger politique, et on travaille sans relâche à renverser les cabinets qui se sueeèdeiit.

A <iuoi cela lienl-il dune ?

(!i'la lien! i\ ee qu*. !) !i'e>î piis dans le vrai; cela tient II (e que bi'aueoup de lecteurs irréfléchis se laissent égarer par les jfMU'naux pa->i«»Tînés qu'ils lisent: cela tient k ce «pi'cn voit la politique lii où <»lle u't»sl pas. et h ce qu'on ne la \nit pas lil nù elle est : cela tient ii l'importance exapérée qu'.tu d'.inie ï\ la discussion et au peu de cas qu'on fait de l'adminisfralion : <>ela lient enfin à la facilité de h'empreindn' des péuéralilés ])olitiques et à la diflieultê de se pénéfier des principt's de hi science éci»nt>mique.

Le dédain pour l'art d'administrer est poussé chez nousk

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un tel point, i\\\o prétondre iiii niérilo do Ixm iidininistrntour, oVsl fniro ncto d-;d)nô^'ntit)n ot ronoiioor au tilro d'hommo d'Klal pour lui proforor oolui d(» oomniis. Il y a contro los b'»ns adininistratmirs la mémo prôvoiition dôfavoral)lc quo o«»llo (pii o\is((» cnntro los li )iiiim's d'osprit (pii ont une Im»IIo ôoriluro. comnio si Turirot nVilt pas pu éiro lo promiordo sos o\podi(ii»iînairrs!

Aussi ponst»-l-on cprun nïini>ltMo n'a plus rion a faire dos qu'il a duré assoz iW tonjps puur n'avoir plus rion à dire do .son s\stèmo (pu' no soi! déjii su.

Voilà ]>ourquoi MM. (iuiznl ol 'I liiors oux-niénios ont ètc renverses dès qu'ils oui ru libellé leur derni(M* mot.

On ne peut pas éternellomenl disouîer vc (pii a été oonvonu ot rés'îlu dèjii milU' f »is. mai^ on peut agir sans fin.

Le ohanip d«* la di^russitin a des limiîes; celui do Padministralion n'en a pa.s.

(^e (pr..n a dit ONt dit ; mais il n'en est pas ainsi dos routes, des «-anaux ot i!(»s nitinumoiils : après (ju'on los a faits il h»s faut enti'olonir. vi PiMitretion n'est pas uiu* chose qui no dure qu'un j. in. En administrati' n. plus on a fait olplus il \ous stMuhle «pi'il reste à faire». Eu Franco, depuis vingt ans. on a hoaiic.nq» <li>serté, mais pou adn)im'slré : pour s'«*n i-oîivainrre. il n'y a qu'à parci.urir les départements ol qu'à eomptor les volumes du Moniteur.

L'art de pnuverner, c'est l'art d^idnn'nislrorun pays, d'en constu'vor et d'en accroître le hion-éti'o ot la moralité. C'est ce que n«»us démontrerons plus ampl<»ment ; aujourd'hui, nous voulons iujus hornor à prouver quo la situation actuelli' aurait, en oITot. de ta gra\it«' si le gouvernement se lai.^>ait |iim>uiMe par ses ad\ersaire.s sur leur f)ropn» [orrain. lorrain glissant, infertile ci sans issue, au lieu de les contraindre à venir le c imhallre sur le sien, solide», vaste et féc(»nd. Lt» ttMTam ilo ses advoi-saires. c'est celui <lo la réforme élrrtnrnle et de ce ipi'd lom* plall d'appeler '( les in- » tériMs m uaux : n le sien doit être celui de la reforme administnitire ci de ce quonousconsonlon< volontiers à nommer • los intérêts matériels. »»

Transportée sur ce terriiin, la situation deviendrait infiniment simple : rhf)rizon s'éloijj'nerait et s'éclaircirait; Paris ne serait p^us qu^un point dans Pespacc; la prospérité des départements cesserait d'être sacnfice à Fignorance; le gouvernement n'aurait plus rien h craindre, mais beaucoup à faire ; une nouvelle ère ministérielle serait ouverlc.

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