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L'ESPRIT PUBLIC ET L'ESPRIT DE PARTI

et se dissipe après le succès ou le revers aussi rapidement qu^il était né.

En France, on ne saurait le répéter trop souvent :

L'esprit de parti ose tout et ne peut rien ;

L'esprit public n'ose rien et peut tout.

Lh est un mal profond, car c'est lorsque les nations n'ont plus besoin d'hommes supérieurs pour les gouverner qu'il s'en trouve de toutes parts de dignes et de capables.

Le gouvernement, en France, est trop généralement considéré comme devant tout faire, tout encourager, tout prévoir et pourvoir h tout ; ce grave préjugé est le résultat do l'habile tactique des partis qui voudraient le condamner à l'immobilité par la loi de la pesanteur.

Un gouvernement a déjà beaucoup à faire pour ne rien entraver d'utile. La liberté, largement comprise etrationellement réglée, est tout ce qu'on peut raisonnablement exiger de lui; c'est aux intérêts h faire le surplus. La liberté ne se fonde que par l'ordre, et l'ordre ne s'établit pas sans volonté, sans savoir, sans justice, sans expérience et sans travail. L'ordre ne se crée pas de lui-même. Les gouvernements n'interviennent et ne peuvent intervenir qu'à'deux conditions :

Centralisation;

Monopole.

Puisque la France, politique, agricole, industrielle et commerciale, rejette ces deux conditions pour leur préférer le régime de la concurrence, qu'elle se fasse donc moins libérale et plus indépendante; qu'elle écoute plus rarement l'esprit de parti, plus souvent l'esprit public.

L'esprit public rend aux gouvernements leur tAclie facile ; Tespril de parti les fait flotter de l'arbitraire h l'anarchie.

Malheureusement, en France, l'esprit de parti est dominant ; c est à lui qu'il faut attribuer ce désir indéfini do changement qui use également vite les institutions et les hommes.

i/ESPHiT iiiiuc n i;ksprit de parti.

21 octobre 1838.

Nous avons moiiliv en quoi IVsprit d 'association cl Tes- [)rit do spéculation différaient, disons maintenant quelques mois de Pespril pul)lic et de l'esprit de parti.

L'esprit public el l'esprit d'association ont le mémo principe, l'intérêt «général, comme il esi vrai de dire que l'esprit de parti et l'esprit de spéculation ont pour unique mobile linlérél pri\é : c'est là ce qui explique pounjuoi il y a tant daclivilé d'une part, et de l'autre si peu.

On ne croit pas généralement, en France, h la sinccrilê de l'esprit public: en eiïet, pour y croire, il faudrait soimême en être animé.

Le manque d'esprit public est la plus grande des calamités (lu'un pays puisse avoir à combattre, en temps de paix au>si bien (pi'en temps de guerre. Le mancpie d'esprit public relarde tous les i)rogrès, prolonge les dissensions civiles, aggrave le malaise social, rend stériles, égoïstes cl rares les hommes capables, ôte au gouvernement sa puissance v[ a la nation sa grandeur: il ferait douter par le pré sent d'un avenir meilleur, l'npax s dépourvu d'esprit public n'a pas d'ennemi plus redoutable (|ue lui-mémo.

L'esprit public est de» sa natme juTséveranl. réfléchi, gênért'ux, mais econt)me de sos forrcs : il ne faut pas le confondre avec l'eut housi.'isme |;asvagcr, irrélléclii . imprévuNiint. (jui, vu un seul élan, éj mise toutes ses ressources,

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