ISA
vu les actions du chemin de fer d'Orléans, bien que placées dans les circonstances les plus favorables, bien que dotées de la garantie d'intérêt, n'a-l-on pas vu ces actions, demandées aujourd'hui à 1,300 francs, offertes, il y a trois ans, à 480 francs ? Qu'est-ce que cela prouve ? — Cela ne prouve-t-il pas que plus le nombre des actions de chemins de fer s'accroîtra sur le marché, et plus le danger s'aggravera? Si, au lieu de deux ou trois chemins adjugés seulement en 1841, il y en avait eu dix cotés à cette époque à la Bourse, qui peut dire exactement quelle n'eût pas été la perturbation produite par l'avilissement des cours? Et si les cours ne se fussent pas relevés, croit-on qu'il se fût trouvé des compagnies pour les autres lignes à adjuger? Or, n'est-ce pas encore là une éventualité qu'il faut prévoir ? Après les lignes les plus importantes, les plus productives, celles qu'on se dispute aujourd'hui, après ces lignes resteront les lignes d'un produit moins assuré. Celleslà, qui les fera, si les entreprises des chemins de fer reconnues les meilleures ne réalisent pas toutes les espérances que l'on fonde aujourd'hui sur elles, si les placeurs ne viennent pas, en foule, au secours des spéculateurs, si, enfin, une crise éclate, ne fût-elle que passagère?
Maintenant, supposez le contraire ; supposez que toutes les grandes maisons de banque, appelant à elles le concours de tous les capitaux disponibles, en France et à l'étranger, à Paris et en province, de tous les capitaux gros et petits ; supposez, pour nous servir de votre expression et pour mettre les choses au pis, supposez que toutes ces maisons de banque coalisées aient accaparé, aux conditions les plus favorables, toutes les grandes lignes de chemins de fer à adjuger.
D'abord, en aucun cas, ces conditions ne pourront être plus favorables que celles fixées par les Chambres législatives.
Ensuite, de deux choses l'une :
Ou ces affaires seront des affaires excellentes, ou ces affaires ne seront que des affaires médiocres.
Si elles sont médiocres, on nous accordera du moins que dans ce cas il n'y aura pas reproche h faire au ministre, cela prouvera assurément qu'il aura abaissé h sa dernière limite le m.iximum de la durée de jouissance;
Si, au contraire, ces alTaires sont excellentes, elles jouiront d'une faveur méritée, elles seront très recherchées, et alors les bons chemins assureront l'exécution des médiocres, et peut-être même celle des mauvais. De la sorte, le produit des actions de chemins de for tendra à prendre sa moyenne par la seule force de l'impulsion et de l'exemple. S'il ne se faisait pas (roxcellcnles afl'aires, ils ne s'en ferait pas de détestables. (]e sont celles-là qui servent d'amorce à celles-ci. Il n'y a donc pas lieu de se préoccuper outre mesure de la durée des concessions au-dessous du maximum débattu et fixé par les Chambres.
Voilà notre conclusion; voilà pourquoi nous avons dit que l'association des cinq compagnies rivales, loin d'être un acte répréhensible, était un acte auquel devaient applaudir les partisans du système de Texécution des chemins de fer par l'État, qui ne poussent pas jusqu'à l'aveuglement et à la passion l'opposition au système des Compagnies. H faut savoir accepter la défaite, après la plus honoral)le résistance.
Quant à nous, lious persistons à déclarer que ce premier grand exem|)le donné de l'association de tous les capitaux gras et petits, de l'association à partage presque é^'al, entre des maisons de banque et des ci>mpagnies d'ordre très différent, est un fait nouveau, considérable, inespéré, et que le traiter lé jj;èrement, c'est donner seulement la mesure du peu d'étendue de son i)ropre es[>ril.
Il était permis de douter que MM. de Rothschild, d«ins une assiK'iation de ce f^enn*. se continuassent d'entrer pour une part inférieure même à un tiers, et cependant ils se sont contentés, — eux (jui avaient à stipul«T ponr leur immense clientèle cl p(>ur tous leurs correspondants des cinq parties du monde. — de .")l millit»ns sur 170 millions d'actions ! Il .se peut que cela ne soit pas de leur part le fait
d^unc S{>rte (l\')bnégation, il se peut que cela ne soit que le fait d'un calcul judicieux ; quoi qu'il en soit, il n'en faut pas moins reconnaître qu'en cette affaire ils ont mis sagement de côté toute vaniteuse prétention.
Mais, dit-on, s'ils n'avaient pas agi de la sorte, ils eussent été placés dans cette étroite alternative :
Ou de se rendre adjudicataires h tout prix, ainsi qu'ils l'ont fait pour le dernier emprunt ;
Ou de voir passer encore devant eux une grande affaire sans y avoir aucune part, comme cela leur est arrivé pour le chemin de Bordeaux.
Ceux qui nous font cette objection prouvent seulement qu'ils n'ont des affaires qu'une connaissance très imparfaite et très superficielle.
Est-ce que MM. de llotlischild, avec les immenses capitaux dont ils disposent, avec Timmense crédit qui centuple encore la puissance de ces capitaux, avec l'action qu'il leur est si facile d'exercer sur la Boui-se le jour où il leur plaît de se rendre maîtres d'une atïiiire, ne le peuvent pas très facilement? — Ils n'ont pour cela qu-à vouloir comprimer momentanément les cours.
Supposez que la Comi)agnie Decan-Lebeuf ait l'adjudication du chemin de Paris à la frontière de Belgique, cette Compagnie sera déjà placée dans cette situation affaiblie, qu'c*lle n'aura accepté l'affaire qu a des conditions auxquelles les cin<i Compagnies réunies n'auront pas voulu s'en rharpT; dès lors ses actions seront très peu recherchées; croyez-vous cpie dans ce cas MM. de Rothschild , s'ils le Voulaient, eussent beau(M)up d'actions à vendre à découvert et beaucoup de millions à sacrifier momentanément pour discréditer les actions de la Compagnie et forcer celle-ci h capituler avec eux après l'adjudication?
Est-ce que pour gagner de largent, l>eaucoup d'argent sur les actions des chemins de fer, il est nécessaire d'être au nombre des concessionnaires et des souscripteurs primitifs d'actions?
Bsl-G6 que, par exemple, les actionnaires tardifs qui ont
acheté des actions du chemin do fer d'Orléans à 600 fr. et qui les ont gardées, n'ont pas fait une beaucoup meilleure affaire que les actionnaires primitifs qui, voyant les cours fléchir, ont vendu h 480 fr. et môme à 400 fr. des actions qui leur avaient été délivrées au pair, c'est à dire à 500 fr.?
0 est des situations où il importe assez peu d'ùtre au nombre des concessionnaires ou des actionnaires primitifs de chemins de fer, et la situation de MM. de Rothschild est de celles-là. Qu'ils soient en dehors ou en dedans, il y a toujours pour eux les mêmes bénéfices à réaliser. Est-ce qu'ils ne sont pas les demi-dii^ux, tout au moins, de ce temple à colonnes qui s'appelle la Bourse?
Peut-être nous abusons-nous, mais nous croyons que MM. de Rothschild, IIottin<zuer et tous les grands capitalistes, retranchés dorriÎMV ces noms (inanciers, en s'associant aux compagnies Laflitte, Uosamel et Pepin-Lehalleur, ont été moins déterminés par la pensée du bénéfice plus ou moins considérable qu'ils pourraient faire sur leui's actions, que parle désir d'al tacher honorablement leurs noms à de grands et à d'utiles travaux, nouveaux gages donnés à raffermissement de la paix, et h l'espérance de conjurer ainsi dans l'avenir la crise financière que peuvent faire craindre et que doivent faire prévoir IVngouement et celte passion effrénée du jeu dont la Bourse offre le spectacle en ce moment.
S'il en était ainsi, nous disons que l'association, h la tête de laquelle MM. de Rothschild, llotlinguer, etc., se sont mis, est un fait (jui les honore el dont tous les honmies prévoyants devront leur savoir gré. alors même <jue cette as- Sf»cia lion viendrait échouer contre la compagnie I)ccan-Lebeuf, contre cette compagni*» improvisée qui n'avait pas hier son capital, contre ce corps sans tête, formé de deux tronçons.
29 août 1845.
L'honorable rapporteur de la commission chargée de l'exa-
mon (lu projet de loi relatif au chemin de fer du Nord, H. Muret (le Dort, nous écrit pour déclarer que a le système de w hwi^culwn par VÈtat a été abandonné, dans le sein de la « commission, par quelques-uns de ses plus zélés promo- « leurs, par lui-même tout le premier, et cela sur Vopposi- » tion invincible du gouvernement (1). » C'est précisément vv i\{\v nous avons dit. — Il ajoute « des luttes de systèmes » indèfmimaxt prolongées, et aboutissant à une négation^ ne » font pas les affaires du pays. » — Ici encore , nous sommes parfaitement d'accord ; car tel est le motif qui nous a déterminés h prendre dans ce débat une attitude que nous croyons approuvée par tous les esprits raisonnables. Oui, puisqu'on n'a pas voulu ou qu'on n'a pas pu laisser Texploitation des chemins de fer entre les mains de l'État, puisque c'est là une question législativement vidée, il s'agit maintenant, non pas de prolonger indéfiniment des luttes stériles, mais bien de tirer du principe de Texploitation par les compagnies, principe qui a définitivement prévalu, toute Tutilité que le pays peut en attendre, et d'éviter, autant que possible, les dangers auxquels l'adoption de ce système pourrait Texposer.
En résumé, pour l'exécution et l'exploitation des chemins de fer, l'État valait mieux que l'industrie privée. Du moment qu'on a voulu l'industrie privée, les compagnies sérieuses et puissantes valent mieux que les compagnies qui ne le sont pas, dûlr-il en coûter quelques années de concession de plus, et ce résultat môme peut être facilement évité. Telle est notre opinion sur la question qui s'agite, et jusqu'à présent nous n'avons pas lu un seul argument qui soit de nature 5 la modifier.
(1) •« aiAteauroux, 25 août 1846.
p (V ityittc'me a éti* nbnnilonnô dan9 I:i coIumi5^ion par quelquet-not <!• ros 7-I« •< promoteurs, lo rii|»portour tout le jireniicr, mais abandonné non MiciH f. jxri'is, l't quninl il a fit* bien d-moniré |K)ur Tons qu'il y avait delà part ib* M. le mini «.ire dt;.-* tinanc«'s et dî ^e•* coll^jiuc'* une opposition in- \inciblc A tout nou\cl emprunt. <.)n im|)Ose très difficilement par un \'ot0 un emprunt de 750 millions, et de^ lutter do }•} ^tème indétiniment prolon- ^'ées, et :ilHjut>!*>ant à une négation, ne font pa.s lu» affaires du pays.
U MCBET DR DORT. »
vn.
28 octobre 1845.
Assez d'envieux et de tarluiïcs déclament contre l'agiotage pour que nous ne veuillons pas môler notre voix à la leur. L'agiotage et la spéculation sont une des formes distinctives de la société nouvelle dans laquelle nous entrons. Vouloir qu'une société démocratique qui tend à devenir chaque jour de plus en plus industrielle ne tombe jamais dans l'agiotage, ce serait vouloir qu'un conquérant fît la guerre sans verser de sang. Nous ne justifions pas Tagiolage, nous l'expliquons. L'agiotage est un excès sans doute, mais, en ce monde, où nVst pas Textes? Est-ce que tout pouvoir absolu n'incline pas à tomber dans l'arbitraire? Estce que le pouvoir, de l'ordre le plus élevé, 1(» pouvoir religieux, n'a pas souvent ii se défeiulre contre d<\s réactions provoquées par l'esprit d'iMunobililé et d'envahissement? Est-ce que les guerres commencées pour les causes les plus Justes, comme, par exemple, pour défendre hi natitmaîité d'un peuple menacé dans son indépendance, s'arrêtent jamais h la limite où l'empire du droit finit, où l'abus de la force commence ? Est-c(» cpie I<*s révolutions l(*s plus légitimes s'accomplissent sans laisser dans riiistoin» une page que. pour leur honneur, il xMail heureux de j-ouvoir en arracher ? Est-ce que les institutions qui passent pour donner aux peuples les garanties les plus solides n'ont pas, elles aussi, leurs abus ? Croit-on (pie nous n';d)usions jamais des. formes conslitutionn<*lles? Croit-on qu'il n'y a de dé|)Utés qui montent à latribuiK^ que ceux qui ont i\ développer une idée juste ou à prés<»nter une observation utile? Cn>it-on que les journaux n'admettent jamais dans leurs colonnes que des articles inspirés par l'intérêt du pays <iu passés au crible de la vérité? C'est le jiropre de l'abus de <e «glisser partout, d'être inhércMit à toute <hose liiun;iine. I/a^'intaj^e est un excès qu'il est prudent <le contenir dans certaines limites, mais qu'il n'est pas juste (re\;.L:ert'r ainsi »|u'il es! en IV. i;
usage de le faire pour se donner à peu de frais les dehors d'une vcrlu qui n'existe en réalité que là où elle évite de se faire remarquer par le bruit et Pintolérance. L'agiotage est un fait contre lequel on peut protester, mais on ne le changera qu'en donnant aux esprits un autre cours. Sans doute l'agiotage a ses désastres et ses victimes, mais la "guerre n'a-t-i*lle donc pas aussi ses victimes et ses désastres? Aux excès de l'un, doit-on préférer les excès de l'autre ? Mais , dit-on , la guerre fait pardonner les siens par la gloire dont elle couvre les peuples. Sans nous arrêter à cette proposition, dont il nous serait facile de contester la justesse et de montrer l'en'eur, nous nous bornerons à poser cette question : croit-on que l'agiotage n'ait contribué pour aucune part à la grandeur de l'Angleterre, à la grandeur des États-Unis, qui se partagent aujourd'hui l'empire des mers, et qui demain se le disputeront?
On le voit tout de suite, ce n'est point en puritains farou» ches, c'est moins encore en renards qui trouvent les raisins trop verts et « bons seulement pour des goujats, » que nous venons ici dire notre mot sur ce qui se passe à la Bourse, à l'occasion des actions de chemins de fer.
Il n'y avait qu'un moyen infaillible d'éviter que l'agiotage ne fît sa proie des chemins de fer : c'était que l'État s'en réservât le monopole ; c était qu'il fît le contraire de ce qu'il a fait; c était qu'après les avoir fait exécuter par l'industrie, il les exploitât lui-môme. Il n'a pas dépendu de nous que celle opinion ne prévalût: nous l'avons soutenue jusqu'au dernier vote qui a mis TÉtat hors de concours, en livrant à l'industrie toutes celles des grandes lignes dont il importait surtout qu'il ne fît pas l'abandon.
Toutes les autres mesures qu'on a imaginées pour prévenir ou réprimer l'agiotage ont été inefficaces et devaient l'être. Il y a lieu seulement de s'étonner que des hommes sérieux se soient arrêtés à les discuter.
(.)u(» iKMiser, par exemple, de cette disposition pénale de la loi qui interdit toute publication quelconque du cours des Ui-tions de chemins de fer, avant la constitution de la société
anonyme, quand la loi no punit pas la négociation de ces actions, quand i\'iutorité i abrite sous son palais? Qu^a produit cette disposition législative? — 040 qu'elle devait produire : elle a fait accourir et affluer à la Bourse, pour se tenir au courant de la hausse et de la baisse, une multitude de gens qui fussent restés tranquillement chez eux, s'ils eussent été sûrs de trouver, le soir ou le matin, dans leur Journal, le cours des promesses (raclions qu'il leur importait de connaître. On a ainsi4"()rcé des gens occupés k se déranger de leurs affaires, h quitter leurs comptoirs, à négliger la surveillance de leurs ateliers, pour venir contracter la mauvaise habitude de fréquenter la Bourse. Voilà le fruit qu'a porté cette belle disposition législative, écrite dans la loi du chemin de fer de Paris à la frontière de Belgique I
II n'y avait, dit-on. qu'à inlertiire rigoureusement la négociation des promesses (raclions de chemins de ftM.et qu'a la punir sévèrement comme un délit. Supposez qu'im ait fait cela, queûl-(»n fait ? Le jour où les maisons de jeu ont été fermées, le jeu a-t-il pour cela cessé de compter au nombre de ces passions humaines qui tntuvent toujours le Sfcret de s'assouvir? Au contraire, on a joué plus (|ue jamais. Le jeu a (vssé d'être parqué dans quel(|ues établissements privilégiés, mais soumis h une surveillance qui avait réglé sa part, voilà tout. Le jour oii il n'eilt plus été possible de négocier à la Bourse des promesses d'actions de chemins de fer, 4a spéculation eût porté .son siège ailleurs, et si elle n'avait pu se concentrer sur un point, (*II(» se fût alors éparpillée (;à et là, si bien (pfelle eût eertainement trouvé le moyen de .se rendre insaisissable. Et d'ailleurs, comment interdire et punir la négociation des promcNses d'actions de chemins de fer, quand on tolère ouvertement, au mépris de la loi et de la jurisprudt'nee. les marrhés à terme d'elVets publics et de marchandises prohibés et punis par le (iode pénal? Il faut être e.aisèquent : on fermez lierinètif|uement la Bourse à tout4*s les o))èrations autres (|ue e(>Iles (pii sont rigoureusement légales, ou laissez la porte toute grande ouverte à la spéculation, sans prétendre s<iumettre l'agio-
lage à des catégories encore plus absurdes qu^arbitraires. II faut prendre son temps comme il est; le temps n'est pas au rigorisme, persuadez-vous-le bien. Depuis que tous les enfants héritent également de leui's parents, chacun a sa fortune à faire (ceux qu'un riche patrimoine en dispense ne forment plus qu'une care exception), et chacun la fait le plus vite et le moins mal qu'il peut. Après tout, l'agiotage est de tous les excès l'un des moins nuisibles. Quand il se sera acheté et vendu, tantôt à bénéfice, tantôt à perte, assez d'actions de chemins de fer, il arrivera un jour où les chemins de fer seront faits, où l'on pourra aller en quelques heures de Paris à la mer, de Paris en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Espagne, etc., où il s'éblira entre tous les États d'Europe des relations journalières, des liens étroits, des échanges nouveaux dont on ne saurait encore exactement mesurer toutes les conséquences. Ce qu'on en peut dire déjà, c'est qu'il est certain qu elles seront toutes favorables au progrès de la civilisation, à l'affermissement de la paix et au développement de la liberté. Ce qu'il importe donc, c'est que les chemins de fer se fassent, c'est qu'ils se multiplient de toutes parts, et se relient tous entre eux.
Mais si. en l'an de Bourse 1845, le gouvernement ne doit pas tomber dans le travers des petites et vaincs persécutions, pas plus contre les coulissiersque contre les jésuites, il importe qu'il reste, lui. dans la i)ersonne (»flicielle de ses agents, à 1 écart de tout ce qui est spéculation, agiotage ; il importe (ju'il ne s'y mêle point, sous aucune forme, sous aucun motif, sous aucun prétexte ; il importe qu'il conser\'e toute sa force et tout son prestige ; il importe (|ue le mouvement qui entraîne la multitude, précist^ment parce qu'il entraîne la multitude, ne l'entraîne pas, et ne le fasse pas descendre de la place qu'il ne peut abandonner sans nous jeter, et se jeter avec nous, dans les désordres les plus graves. L'agiotage n'est. encore <|u\in excès: mais il y a un j cet excès, (|ui présentement ne nous effraie point,
le reconnaissons, se transformer prompte-
ment en un danger public qui nous ciïrniernit, en un danger grave et véritable : ce serait le jour où le gouvernement, emporte par le flot, serait assez faible pour se hiisser détourner de ses devoirs et de s(*s iiUén^ts, assez imprévoyant pour venir indirectement réclamer sa part des l)ônéfices de spéculations auxquelles il doit rester étranger.
A toute force impulsive lancée sur une pente, il faut un frein en rapport avec celle force, sous peine de destruction ou de désastre.
L^Ëtat doit être ce frein.
Point de vaines tracasstM'ics inspirées par un faux rigorisme, point <le mesures irréllcclii(»s qui trahissent Tenvic ou la cupidité en souirrance. mais vigilance e(mstanle qui l'exerce à propos.
Or, il y a deux (jccasions graves où cette vigilance d'un bon gouvernement s'(»sl laissé*» prendre <»n défaut :
Preniièrement, elle aurait dû prévoir qu'en retardant trop longtemps les adjudicali(»ns des rhemins de fer votés, cl mettant entre chaque adjudication un intervalle trop long, elle provmpiait ainsi la formation d'un grand nombre de compagnies peu sérieuses, retirant toutes h r<»nvi de la circulation des capitaux indispensabh's aux transactions du commerce et aux o|)érati.nis de l'industrii» :
Deuxièmem(*nt. elle» n'aurait pas dû permettre qu'une compiignie de chemin de f(>r au capital dr 310 millions se formlkt en prenant publijpiemenl pour rai^<»n sociale le nom de : Compagnie d'.'S rrrrrrurs (jtnwnw.v. et dans le cas où cette compagnie se s(»rail formée sans autorisation de M. le ministre des (inanct^s. il était si simple de lui intimer sans retard Tordre de se dissoudre, ou ttuit au moins de se m*»dilier.
Le ConstitutinnncL à Toceasion de celte couipagnie la dix-sept it'^me par ordre dédale, ne craint pas d*avanc4T qu elle se serait formée sous le |>at rouage <l(» M. le mini>(rc des finances; que ce serait Iin-ménie <pii aurait con\ie les receveurs généraux à y prendre fiar^; qui aurait n'tlige ou corrige de sa main la circulaire qui leur a eie adrosee. cir-
ciilairo qui serait partie sous le rouvert et avec la franchise de Padministration. Ces renseignements, quelque précis qu en soient les termes, ne sauraient être exacts ; il est impossible que M. La(»ave-Laplagne, dont on connaît toute la réser\'e, ail pris sur lui une telle responsabilité, dont ses collègues, en consi»il. seraient fondés à lui demander compte ; car si la version du Constitutiotinel est exacte. M. le ministre des finances n aurait pas seulement exposé sa personne, son administration, ses collègues et le gouvernement à des soupçons fî^cheux, il aurait encore exposé le cabinet à des interpellations de la nature de celles qui furent adressées du haut de la tribune par M. Desmousseaux de Gi\Té à MM. Thiers et de Rémusat. h TcKTasion du secret gardé sur le traité du 15 juillet 1840 et des bénéfices considérables que, grAce h Pexploitation de ce secret. Ton supposait avoir été réalisés notamment par M. Dosne.
Des interpellations de cette nature, on le sait, ne manquent jamais de pnnluire sur la Chambre et le pays les impressions les plus défavorables. Si victorieus<*ment qu^elles soient combattues par un cabinet, elles lui portent toujours une atteinte, et lui impriment un stigmate. Non, il n-est pas possible tpie les rens(Mgnements livrés par le Constitutionnel aux commentaires de la Bourse soient exacts, et M. Lacave-Laplagne, sans nul doute, s empressera de les démentir; il fera mieux, il donnera Tordre, s'il ne Ta déjà donné, aux receveui's généraux, de dissoudre leur compagnie, sauf à celle compagnie à se refonner sous un autre nom. C'est déjl) trop qu'il r.iit ainsi laissé subsister {Rendant huit jours; car les bruits et les commentaires les plus nuisibles à la CM)nsidération du cabinet et du pouvoir ont pris un degré <le consistance (|u*il sera maintenant diffi<*ile de détruire. Et comment vos bruits n auraient-ils pas pris une grande consisUuice. lorsque plusieui>^ njcrnbi^es du conseil d'administration de la («ompagnit' des re<*eveui's généraux ont ringénuité de déclarer hautement qu1ls nont nullement le projet d exécuter et d exploiter un chemin de fer de Paris à Lyon et de Lyon à Avignon ;qu1ls nont pasd autre but que
celui de se faire attribuer une plus forte part dans la répartition des actions qui seront di^Iivrées par la compagnie adjudicataire? C'est ce qu'en argot de Bourse on flétrit du nom de chantage.
Or, le gouvernement, le cahinel, peuvent-ils passer pour participera une exaction de cotte nature? peuvent-ils en accepter la solidarité devant la Bourse, la responsabilité devant les Chambres? Kl cependant, si la compagnie des receveurs généraux, disposant de 620,000 actions, n est pas dissoutCf qui ne croira ((uc la tolérance ministérielle a été largement achetée au prix d'un grand nombre d*actions? Déjà môme les soupçons ne s'arrêtent plus là.
Non, encore une fois, il n>st pas possible que ce soit avec rassenti(nent de M. le ministre des finances que la compagnie des receveurs généraux ait vu le jour. D(»s entrepreneurs de messageries ou de roulage ont pu s'associer légitimement, ils en avaient le droit, h lefTet d'obtenir la concession de la ligne de Lyon ; mais ce (pii leur est permis h eux ne Test pas aux receveurs généraux. Entn» le (Tédit de ces agents du Trésor et le eré<lit dé l'Etat, il y a solidarité étroite, indissoluble: cette solidarité est si étroite, qu'on peut aflirmer, .sans crainted'étre contredit, que c'est moins à la solidité du crédit de MM. les receveui^s généraux qu'au prestige du crédit de l'État, dont ils sain les représentants dans l'opinion publi(iue.(|u'est due la prédilection marquée qui s'est attachée à leurs actions dès le pnMnier jour de la formation de la eompaj^nie. Il y a vi\ France quatre-vingtsix receveurs généraux qui tous. et chacun, ont un cautionnement et un compl(»-<'ourant avec le Trésor, compte-<'ourant dont le crédit doit être égal au <autionnement. Eh bien! que représente eello double garanti*'? \ peine 50 millions. Mettez-donc d'un (•^^té de la balance (vs .'>0 millions, et de l'autre ciMé les Mi) millions néressaires à l'exécution du chemin de Paris ii Lyon et à Avignon, et «concluez si vous l'osez. Il est bien évident cpie re (jue la B-Mirse a vu dans la Compagnie des rerevtnns généraux, ce s(»nt moins les receveurs généraux et l4\s gmanlics qu'ils presen-
. .....U-. |tâf rniîU et do f^miulcs influences
. . .i\ Vpivs avoir iiulorisé les receveurs .... V (Il iiDiii il une ronipagnio de chemin
«jMl.il de MO niillioiis. (]uelle autorité
. . . X. , . Util s quV.xerrAt sur eux un ministre
,, t*.»minandanl de restreindre leurs opé-