‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 30 sur 71 · V ..N NiViirler de la prudence la plus grande · texte numérisé non relu

V ..N NiViirler de la prudence la plus grande

vni p»»>lc?— C'est une réflexion que M. La-

, , ( ,iù se faire. Aussi persistons-nous à nier

,,..x :,i lormalion de celle compagnie la part

.\.v \iCon&tUulionneL M. Lacave-Laplagne a

-il v.ijr i|ue si la banque el Tindustre rencon-

Ml !«»ule les receveurs généraux constitués en

., . ili'i lie h'ur imposer un partage léopin, elles

...vMi ptis de se servir contre eux des armes

. . ..ii> il'une retraite forcée et d'une fuite hon-

A ,» .» ^c plaît à rappeler des désastres dont il est

. . ,ii- riionneur de Ilitat de ne pas raviver le

-. .10 i*\p(»sés à ce dan*;er. iVst, de la part des

. ,KiuiMU\, avoir connnis une grave imprudence;

... . .iii ils pas compris toul de suite (juen se mel-

. I »i' li une C(»mpa^'iii('. non-seidemcnt ils compro-

... i- vMriiclère publie dont ils sont revêtus, mais

,.. ;N.i»mpromettairnt avo«- eux et M. le ministre

i . .»»*'^, cl le cabinet, et IKlat"? Qnb dirait-on d'une

,^...* [m se formerait pour la même ligne de Paris à

. » V^ipiuiin, et qui >*inlilul«Mait Tom />«/;«!> (/es «0-

^»iiv' u-iail dans co cms M. le garde-de.s-sceaux, que

. . M^ U'N procureurs gciuMauv. que penseraient les

il .»n(|ue.M.M.Ir^nc^lai^es.ensej«'tant ainsidans

iiN chemins de frr. nairaibliraient pas leurs li-

.< .-ini.mce publique? Or. de même qu'il faut que . ..i^-N ivstent notainvs. il faut que les receveurs gé- X I -^ ont receveurs généraux. Ce n'est pas à eux à se ...îcpivneurs de cliemiii.s de fer. à «li^faut de Tlilat. M.v kkint|uiers et au\ eapilali>le>. a\ec \r concours de ylai-eurs. Lst-i-i* a dire, ce|KMulani. <|ue MM. Bau-

don, receveur gcnér<il à Rouen, ou de LahaïUe, receveur général h Lyon, ou tout autre receveur général, no pourront pas souscrire d'actions dans une Compagnie de chemin do fer? Assurément non ; qu'ils souscrivent où ils voudront au* tant d'iiclions qu'ils pourront en obtenir, mais qu'ils souscrivent individuellement et non point collectivement en engageant avec eux tout le corps auquel ils appartiennent, en se servant du litre de recc^veurs généraux comme d'une amorce, en abusant enfin d'une situation privilégiée pour faire croire à un crédit privé plus grand qu'il n'existe en réalité. En fait d'exécution et d'exploitation des chemins do fer, nous sommes, on le sait, pour l'Klat de pn^férence aux compagnies, et pour les compagnies cpii présentent aux placeurs des garanties sérieus<*s, de préférence» aux compagnies sanseonsistance que l'ardeur seide de la spéculation a fait éclore . parce que nous voulons que les compagnies soient assez fortes pour être à l'épreuve d'une crise ; une crise, une pani((ue sont possibles, la sagesse veut donc qu'on les range au nombre (h's probabilités dont il faut tenir compte. Or, nous le demandons à M. le ministre des finances luimême, serait-il sage, est-il prudent de lier étroitement le crédit de l'État à l'avenir des arlions de cluMuins de fer, alors surtout que l'État ne doit tirer absolument aucun avantage de ce riscpie aucpiel on l'expose i Que la compagnie des receveurs généraux renonce» donc à ro titre qu'elle n'a pas eu le droit de prendre, qu'elle se transforme, qu'elle se modifie, qu'elle s'intitule, si elle h» veut, la Compagnie De Lahante et Boikott, voilà ce que nous tlemandons dans l'intérêt de la dignité du pouvoir, dans l'intérêt de la <'onsidcration de ministres, que l'existcMiee de cette compagnie expose à des soupçons (pi'il pourrait être imprudent de dédaigner.

31 oct«»brf IRlô.

l^ NationaL à l'occasion de la formation de la compa-

170 tSéé.

gnie des receveurs généraux^ soulève aujourd'hui unequeslion grave qui vaut la peine d'élre débattue, et c'est ce que nous allons faire, avec la netteté et la sincérité qu'on veut bien reconnaître que nous apportons dans toute discussion. La question est celle-ci : parce qu'un écrivain occupe dans la presse une position plus ou moins considérable, s'ensuit-il, comme conséquence obligée de cette position, qu'il soit condamné, à temps ou à perpétuité, à n'être jamais qu'un écrivain payé au mois ou à la ligne ; à se tenir à l'écart de toute grande ou utile entreprise, à renoncer à toute tentative légitime, à tout espoir fondé de faire honorablement sa fortune, — ce qui est permis à tous ne serait donc interdit qu'à lui seul, — à ne vivre que d'abstinence et de macérations, à faire vœu de pauvreté, à demeurer enfin dans une sorte de célibat industriel, pur de touicontact avec ce qu'on appelle : Les affaires? Pourquoi, lorsqu'elles réclameraient honorablement de lui un concours utile, le leur refuserait-il ? L'écrivain, le publiciste, lejournaliste, peu importe le nom qu'on lui donne, relève-t-il, comme le prêtre, d'un chef suprême ? appartient-il, comme Pavocat (lequel, par parenthèse, a le droit, droit qui se transforme parfois en devoir, de plaider toutes les causes), à une corporation constituée, est-il inamovible comme le magistrat, rétribué et pensionné par l'État? Non, il ne relève que de sa conscience : il n'impase la solidarité de ses opinions à aucun corps qui le protège ; il ne reçoit de l'État aucun traitement, aucune pension de retraite : il use d'une liberté, lalilM'rté de la presse, voilà tout. Les écrivains d'un journal n'exercent pas une profession, ils exercent un droit, et ce droit, ils Texercent sous leur seule responsabilité. Telle est la vérité ; au-delà commence Texagération. Si le journalisme était un sacerdoce ou simplement une magistrature, comme il plaît au National de le prétendre, comme il est assez banal de le répéter, avant d'ériger en principe OD doit s'interdire toute participation à aucune entrep lucrative, ne serait-il pas plus pressé de commencer I te calomnie, toute diffamation, toute in*

Jore, toute personnalité, par abjurer toute animosité. parso dépouiller de toute passion? Or, le National est-il bien sûr de n'avoir jamais cédé volontairement à la haine et menti seiemment à la vérité? Le XationaL avant d'articuler aucun fait de nature à porter atteinte à l'honneur et à la considération de ses adversaires politiques, prend-il toujours la précaution de s'éclairer et le soin de descendre au fond de sa conscience et de Tinlerroger? Il ne faut pas ff^ire du Journalisme autre chose (jue ce qu'il est en réalité. Il ne mérite ni tout le bien ni tout le mal (pfil dit de lui-même selon les circonstances. Si bons apùlrcs (|ue puissent se faire les écrivains du NationaL ils ne réussiront jamais à se faire prendre pour (h^s saints inaccessibh^s à tous les intérêts, à toutes les passions, à tout<*s les vanités de ce monde ; ils ne réussiront pas mieux à donner le chan^^e à l'opinion publique sur notre ('ompte. La seule dilTércnce qui existe entre le National et nous, c'est quv nous sommes de notre temps, et nous l'avouons, tandis qu'il voudrait bien faire accroire qu'il n'est pas du sien ; mais les plus rif^oristes en apparence ne sont pas toujours les plus scrupuleux en réalité. C'est là une vérité aus>i vieille que l'existence du monde, et qui trouve ici son application.

Et pounpioi donc les écrivains ne se niéleraient-ils pas aux affaires de leur temps ? Où serait le mal qu'ils apprissent ailleurs que dans \vs livres conunent les hommes 56 conduisent et comment les choses s'administrent, quelle part il faut faire l\ la théorie et h la pratitpie; comment on peut4es associer? Où serait le mal «pi'ils fissent fortune et qu'ils acquissent une inlluence plus pande. au risque do devenir un peu moins absolus et un peu plus tolérants? Où serait le mal. enfin, (|ue les <lroits de rintellif^en<-e fussent plus généralement recc)niius. et que les affaires et les idées fissent moins rarem<»nt cause ccjnunune ?

De la part de tout écrivain qui a réussi par le journalisme à se faire distinguer, il y a une tendance naturelle à so hAterde le quitter pour entrer d.ms la canière des fonctions publiques ou dans le mouvement des affaires indus-

lrit*IU*s. Cotlt» tendance, qui nous paratt funeste, à nous, \aut-il mieux lencourager, vaul-il mieux la combattre? («nût-on que le journalisme ait beaucoup gagné en influence* en moralité et en considération depuis qu^il a vu successivement tous les écrivains, qui avaient fait sa force et son éclat, n»mpreavec lui tout lien, toute relation, pour devi*nir présidents du conseil, ministres, directeurs généraux, pivfels, inspecteurs d'établissements de bienfaisance, etc., etc., ou ptun' entrer dans Tindustrie, laquelle a recueilli dans son sein, oii ils sont encore, plus d'un rédacteur du NiiUomil et de la Tribune ? Croit-on que, sous le rapport du pnisélylisme et du progrès des idées, le journalisme ait U'iuicoup gagné a ne compter dans ses rangs que des recrues sans aucnine expérience des hommes et des choses, et les jugeant avec cette rigueur de principes qui est le tra- \ ci's de la jeunesse et la conséquence de l'isolement ? Voyex thmc ce qu'est la presse radicale : quelle influence exercet elle ? <*ombien de terrain a-t-elle gagné depuis 18D0? Loin d'eu «von* gagné, nVst-il pas vrai qu'elle en a sensiblement piM'dii ? Au lieu de faire ainsi de l'ostracisme à Tégnrd de ceux qui p4*nsent ({u'il n'y a pas d'incompatibilité entre

10 journnlÎNme et une participation quelconque, soit auxafliute*« publiques, soit auxafliiires industrielles, n'y aurait-il \uis, au contraire, de la part des journaux, plus d'habileté è Ijmio en Morte «|ue tout ce qui s'est élevé par eux ne s'ensépiiiAl jauinis complètement, et ne cessât pas, à des titres ilt\4«i«, d'appart(*nirdc près ou de loinii leur rédaction? Le juut iidliMue priN-ède h la manière de la République de 93, qw4, «I Umvv de vouloir s épurer, n'a pas tardé à se détruire.

11 ikiuie nueux sr décimer que se recruter, s afl'ail)lir en s'iviirtii^ qu«« no fortifier en rayonnant. Soit. A chacun son opî- UAvai, vi*llo du Satinnal n'est pas la nAtre, que nous résuuivuu aiiui Vouloir faire des journalistes ou des lamas ou kW* |i«a44iii| c'eut commettre une double erreur; c'est passer U'uu ^\^ k Tiiutro ; la vérité est entre les deux : ni lamas,

^hft MMHIAi* ^ forme pour IVxploitation d'un chemin

de fer. Qui Vii-t-on clHMihcr pour coniposorle conseil d'administration? S'iulrcsse-l-on exclusivement à des ingénieurs, ù des baufjuiers, à d'iineiens entrepreneurs de messageries ou de roulage, à des honmies spéciaux enlin? Non, on va cliereher d'anciens présidents du cons<»il des ministres, des aides-de-<amp du roi, de vieux lieutenants-généraux, qui ont doiuié dans leur vie moins <le preuves d'esprit ((ue de Courage, des amiraux plus fiimiliers avec la voile qu'avec la vnpeur: les uns et l(»sauln»s assez généralement dé|)ourvus de Tcspril des aflaires et de celt4' vigueur qui donne la vie à une grande entreprise. Pounpioidonc ce qui serait permis ii d'anciens <*onseilIers de la counmne. à des fonctionnairt^s publics de divers degrés, à des honunes politiques de toultvs \os n))ii)ioiis. ne le serait-il pas à <les écrivains appartenant à la rédiKtion d'un journal? Pourquoi donc serait-il inli'rdil i\ ces derniers d'accepter Toirre qui leur .serait faite au nom d'une c(im))agnie de les «issocier à elle dans une ccrlaine me>ure, vu raison d'un concours qu'en diverses circonslances ils pnurraient lui prêter, lorsqu'on trouve parfaitement sim))l(^ qu'un amiral, un lieuti*nant-général. un pair de rrance. un r4*cev<*ur général, etc., lM»ui' ('<• seul fait de prêter le i)iitrnn.igede leurs nnms à une compagnie dt» chemin <|e fer. reç.»i\ed«' c«*tte c<impagiue, à litn> de fondati'ur. deux ou Imis uu'lle actions av4'c toute facilité dt» versement, et la firohabililé de réaliser siu' la hausse iW ri's actions un heuelice plus ou moin> con^ideralile? (le (pu' d'illustres et lirav«'> ofticiiTS généraux peuvent accepter sans manqu4'r a riiomieur. pourquoi des n— <lactems <le journaux seiiiitMil-iK tenus de le refu>er ? L'iionnem-et la |»roliile. inq»oM'raient-iIs donc ii <Tux-ci des <'onditions \t\\i^ rigoureuses qu'a ceux-lii? Ce n'ol pas in»trc opinion.

Mais ce (pu' >erait indigne, vi\ elïet. ce serait qu** des écrivains, abusant d'une arme puissante, .-tlla^scnt trouxerune citnqiagnie et lui tinssent <e jjngage ; Ou \ous nous ferez telle part sur vo> henetices. ou Vi»us amez i\ essujcr le f«"U de nos alla(iues. Or, esl-«e la ce (piuiit fait les rédacteur^

vl^ joonwiux que le National met en cause ? Soni-îls allés v^ \H)Mls envoyé demander à la Compagnie des receveurs if^i^^'^tHX qu elle leur délivrât un certain nombre d'actions, ce que finit aujourd'hui tout le monde, et les moins pressés oNiHiie k>!S moins pressants ne sont pas les députés de PoppotjàlHHi ? — Non ; ce qu'ont fait les rédacteurs de ces jour- Mux. le voici : Ils ont refusé de se laisser marchander; ils ont n^sisté h toutes les sollicitations dont ils ont été l'objet, è louliinii les démarches qui ont été faites.

Le Xational peut donc ôlrc complètement rassuré : l'honneur de la presse parisienne n-a pas reçu d'atteinte ; il est ;MNii entièrement sauf de l'épreuve à laquelle il a été mis.

Encove un mot : celui-ci s'adresse aux habiles qui ont pensé qu'il suffirait de dénaturer les faits et de répandre duns le public, à Taide du Xational, une version menson* gère pour mettre la Compagnie des i^eceveurs généraux à l'abri de critiques fondées et nous forcer au silence. Si profond qu'il puisse être, le calcul n'en sera pas moins trompé, et s'ils ont donné des actions pour assurer le succès de cette savante manœuvre, ils en seront quittes pour leurs actions.

14 novembre 1845.

Fidèle ii son rôle, le National attaque ce matin le traité de fusion signé entre toutes les compagnies formées en vue de l'adjudication du chemin de fer de Paris h Strasbourg. A ses yeux, « toutes ces fusions sont de honteux tri- » potages qui commencent à lasser son indignation, et à ne » lui inspirer plus qu'un amer dégoût et une tristesse pro- » fonde. »

Ce sont, on le voit, toujours les mêmes exagérations, c'est toujours le même besoin de se poser en journal indigné.

Fidèles à notre rôle, qui est de rétablir la vérité, nous allons montrer «jue sous ce vaste manteau dans lequel se drape la vertu du Basile radical, il n'y a que du vent: c'est ce qui le fait si amplement flotter.

En matière de chemins de fer, il y a trois systèipes :

Le monopole : l'État exploite lui-même ;

Le privilège : TÉlat concède directement ;

La concurrence : l'État adjuge publiquement.

De ces trois systèmes, le meilleur, incontestablement, celui que le pays et le gouvernement iie tarderont pas à regretter d'avoir inconsidérément abandonné, celui que nous avons soutenu jusqu'à sa dernière heure, celui dont nous avons indiqué les moyens d'exécution (1). c'est le monopole ; le moins bon, c'est le privilège.

L'Etat aurait dû confier h Tindustrie Texécution des chemins de fer, et s'en réserver l'exploitation ; c'est le contraire qu'il a fait; il a abandonné à l'industrie lexploitation, et s'est réservé l'exécution. Double faute dont aurait dû le garantir l'expérience de l'alfaire des canaux de 1821 et de 18SSÎ A quoi donc sert l'expérience? Objection : — Mais où l'État eût-il trouvé les douze ou (juinze cents millions nécessaires pour s'attribuer \c monop<»le de lexploitation des grandes lignes de fer? Réponse : Il les eût trouvés dans le crédit et dans l'épargne. Objection : — Mais, quand on voit quelle peine. éprouve à se classer le dernier emprunt réduit à 3S0 millions, comment TÉlat.se demande-l-on, fût-il parvenu «*i se procurer une sonime aussi considérable que celle de l,iOO ti 1,500 millions? /?épo;isr ; Par des émissions successives de bons de chemins de ferii l'intérêt de 3 fr. 6o c. l'an, ainsi que nous l'avons proposé en IKVJ et (»n \Hïi. L'argent, nous le croyons, n'eût pas manqué à l'État: il ne lui eût pas manqué surtout, si au lieu de présenter aux chambres, sous le titre de budget, un véritable livre de cuisinière, une monstruosité en matière de comptabilité, on eût mis sous les yeux de la France son budget tel qu'il devait être, présentant la situation vraie de ses recettes et de ses dépens<»s, de s<m passif et de son actif, actif qui chaque jour s'accruil et dont il n'est tenu aucun compte ! Mais ce qui appartient au passé n'appartient plus à l'avenir. Chambres et

^1) CRIÎATIO!! DEA DONH PK (IIEMIKS l»R VKR.

176 t^àB.

gouvernement se sont trouvés d'accord pour ne pas vouloir que l'exploitation des chemins de fer vînt augmenter le nombre des services publics et ajouter à toutes les forces dont dispose PÉtat une force nouvelle, force immense ! Toutes les récriminations du National et de la Démocratie pacifique n'annulleront pas les votes de l'année dernière, et les adjudications déjè données. Il faut donc en prendre son parti, et c'est ce que nous avons fait.

Toute vaine protestation est un acte d'impuissance. Quand le flot qui vous emporte est plus fort que vous, è quoi sert de s'épuiser à lutter contre lui? Lorsque vous regrettez que rÉlal ail abandonné un précieux monopole qu'il devait conserver, vous avez raison, et tous les hommes sensés et désintéressés vous approuvent ; mais quand vous déblatérez comme vous le faites contre les compagnies, quand vous les accusez sans justice et sans bonne foi, vous avez tort; et quiconque réfléchit vous condamne.

Là où vous voyez, dans la fusion des compagnies, un tripotage honteux qui vous indigne, nous voyons, nous, un fait heureux qui nous rassure.

11 y avait contre le mode d'adjudication publique, appliqué aux grandes lignes de chemins de fer, une objection grave, une objection sans réplique, une objection qui, alors même qu'elle eût été unique, eût suffi pour nous ranger au nombre des adversaires de ce système; cette objection était celle-ci : Les compagnies qui auront le moins è perdre étant celles qui pourront le plus risquer, plus une compagnie sera fortement, consciencieusement constituée, plus elle présentera de solides garanties, moins elle aura de chances sérieuses de demeurer adjudicataire.

Ce qui prouve toute la force de cette objection, c'est moins encore la faiblesse des arguments h l'aide desquels on a essayé de la combattre que la facilité avec laquelle des compagnies, hors d'étal de faire les justifications suffisantes, ont été admises dans la fusion par des maisons de banque puissantes qui, en toute autre circonstance, se fussent montrées de beaucoup moins bonne composition I

n y avait là un dangereux écueil qui a été heureusement aperçu et hahilemenl évité ; la vue du péril a étouffé tous les petits sentiments (raniour-j)r()pre. d étiquette ou de rivalité ; il faut s en applaudii*, et espérer que ee qui vient de se faire pour le chemin de Paris à Lille et de Paris à Strasbourg aura également lieu pour lé ehemin de Paris à Lyon, dût, nous le répétons, ce résultat être j)ayé p^n* l'État au prix de quelques années de plus de concession.

Soit, nous dit-on; mais aloi^s ne mettez plus en avant le mot de concuirence ; car du jour où lout(»s les compagnies rivales se fondent j)our n'en plus former (]u\me seule, l'adjudication devient un mensonge, une déception: mieux vaut aloi*s le privilège, la concession dircMle.

Le système de concession direclt» compte dans la presse, nous le savons, plus d'un parlisiuï, le Constilutiounely le Siècle^ etc.; peut-élre menu», sans l'adopter, fussions-nous arrivés à comprendi'c (juc ce syslèuïc trouvAt des défenseurs, si nous n'eussions pas vu la convurrenct' s'etfacer pour faire place à Vassociation des compagnies: mais en présence de ce dernier faié, inattendu, inespéré, toutes les objections tombent devant ra(ljudi(*ation publique, pour s'élever contre la concession directe.

La concession directe ne se recommande i\\w par un .seul avantage, celui décarter tous 1rs prétendants jugés trop aventureux. Mais à quel prix ret avantage n'esi-il pas acheté? L'Etat fait .ses conditi(»ns, il les débat, il les peut modifier, tout cela est vrai : mais quelle responsabilité la concession ne fait-elh» pas retomber sur lui"? Deux, trois. quatre compagnies p<Mivent .se prcNcnter. offrant des garanties égales et <les conditions panMiles: à laquelle, dans ce cas, donner la préférenctî*/ yurlle que soit celle <ju*on choisi.s.se, n'est-ce pas s'exposer ii iWs plaintes amèn»s et à des interprétations de la nature la plus fAchcuse? Laissez lu concession s'intnxluire dans vos bureaux : rlle y iMitrt'ra les mains pleines, elle en sortira les mains vidfs ! Pour un pays comme la France, ce qu'il y a i\ redt)Uler, ce .sont moins les excès de la spéculation privée (pie la démoralisation et la

déconsidération de l'adminislratioii publique: or, cetle démoralisation, cette déconsidération ne tarderaient pas à faire de rapides progrès le jour où le régime <Ies concessions directes viendrait prendre la place du régime des adjudications publiques. Qu^la"^' graves et manifestes que soient les inconvénients de celui-i'i, il est préféralile h Tauire. Mieux vaut encore voir des entrepreneurs se concerter ou se réunir, que dVxposer inconsidérément h des tentatives et h des soupçons de corruption des fonctionnaires publics et des employés de tous les degrés.

Supposez que Topinion du Constitutiomiel et du Siècle ait prévalu, et que le régime des concessions directes l'ait emporté sur le régime des adjudications publiques, que seraitil arrivé? Le monopole de toutes les grandes lignes de fer n'eût indubitablement échappé des mains de l'État que pour tomber dans c(»lles d'une compagnie puissante, si puissante, (pi'elle eût sans effort écarté toute rivalité et fait la loi au ministre responsable. Les membres du conseil d'administration de celle compagnie et leurs amis eussent seuls été admis au parlag*^ des actions. Peut-être eût-on moins crié à Tagiotage, mais (jue de voix se fussent élevées pour protester contre le monopole, contre le privilège, pour décrier le n»gime des concessions directes, et vanter jusqu'à IVxagération le régime des adjudications publiques! De toutes parts ce n'eussent été que clameurs, plaintes et accusai i(nis. Le régime des concessiims, sach(»z-le, n'est applicable que ï><)ur des lignes placées dans une position exceplitmneile, pour des lignes peu favorisées, qui n'appellent pas la concurrence, ou pour des embranchements et des prolongations de parcours. Si Ton voulait réhabiliter sûrement r.idjudication publiffue, on n'aurait (fu'à donner une conc(»ssii)n directe de chemin de fer pour une ligne de quelque importance. Kn France, vous êtes ainsi faits, que vuus néios jamais frappés (pie des inconvénients de <'e qui est et que des avantages de ce qui n'est pas.

Il y a trois ans. vous doutiez (ju'il se trouvât des compagnies qui consentissent i\ so charger de rexploîtation de»

chemins de fer, à la seule condition de fournir le matériel nécessaire au service ; c'était à (jui imaginerait les combinaisons les plus folles, les plus comj)liquées, les plus onéreuses d\issociation de TÉtat avec les compagnies et des compagnies avec TEtal. Maintenant que vous assistez au spectacle de l'existence de vingt compagnies, en quelque sorte improvisées, se disputant la même ligne, et trouvant toutes de l'argent par millions, dans cette réaction qu'estr-ce qui vous frappe? — Vous ne voyez que la spéculation s'établissant sur les promesses d'adions, vous ne voyez que Pargent faisant momentanément défaut aux transactions commerciales, vous ne voyez (pic» la foule se pressant sous les colonnes du palais de la Bourse ; vous ne voyez enfin que les inconvénients de ce (pii est, et vos poches pleines de promesses d'actions, vous criez machinalement avec tout le monde au scandale et au danger de l'agiotage. V(»us ne voyez pas Tégalité se faire parmi les capitaux, les petits quitter la caisse d'épargne, etc., pour s'agglomérer, se faire compagnie, lutt(»r contre les gros (»t les forcera conipter avec eux î Sous ce rapport, les conipagnic^s les moins solides n'auront peut-être pas été celles (|ui auront eu le moins de part à ce mouvement d'émancipation des petits capitaux, mouvement assez inq)ortant pour quMI ne dût pas rester inaperçu. Vous ne voyez pas s'aguerrir les capitaux timides, vous ne les voyez pas sortir des vieux has dans lesquels ils dormaient enfouis pour entrtM* dans la (irculatîon et C(mcourir au développement de la richesse du pays; vous ne voyez pas le petit marchand. l'ouvriiT. le (hmiestique, etc., etc., .s'initier aux idées de crédit et de travaux publics et se familiariser avec elles : vous ne voyez pas, daas le placement de mains en mains de deux millions au moins d'actions de cinq cents francs chacune, un fait nouveau, considérable, de nature à mettre un temps d'arrêt au morcellement du sol, et à domuT à l'a Hennisse ment île l'ordre et de la paix de plus nombreuses et de plus pnifondes racines. Vous n(» voyez pas, enfin, <pf il est reserve aux actions de chemins de 1er irellacer les deliances funestes

laisst^es par les assignais dans l'esprit de la multitude, délianoes qui ont empoché notre crédit de prendre tout son essor et de s'élever h la hauteur ii laquelle est parvenu le ci-édit de la Grande-Bretagne, quoi(|uVlle ait une dette quatre fois plus considérable que la nôtre. Mais, est-ce que que c'est en s'arrétant à compter minutieusement tous les soirs ses blessés et ses morts que Ton a jamais conquis des empires? H n'y a pas de conquêtes qui ne s'achètent et qui ne s'expient!

Nous nous résumons et nous disons : au moyen de lassociation préalable des compagnies entre elles, fait heureux, fait important, vous n'avez pas, il est vrai, la puissance du monopole, mais vous avez lous les avantages de la concurt^nce, sans avoir les inconvéïu'ents du privilège.

18 novembre 1845.

Le conseil général de la Seine, avant de se séparer, a émis le vœu suivant :

c Considérant que le li*^i'«iuteur, en nriloniiant roxt>cution «les grandes ligiicA de cb(>niins de for, par vuie d'adjudication publique, a voulu faire profiter l'État des abréviations de durée de concession et de tous les autres avantage^ qu'une concurrence liUrc et sérieuse peut aniener dans un inté- IV t général ;

■ (.'ouHidérant que «-i rexprit (/'(HsoriVi/ioii, reconnu utile pour la réalisation de* grandes entrepri'^e*, permet à 'ie.$ romjtngniex serieuêes^ mais iiu/<riéueli^nient impuissantes, df ff réunir pour Veierution ( es grands travaux :

M II importe ci'pendant que les sages prescriptions du législateur, en ce qui touche la concurrence, ne soient pas éludées ;

w Considérant qu'il est urgent de mettre uu fiein k la fonnation incesliante de c«-* (^nnpagllie<, qui, sans ojwir fondé d'arriver jusqu'.'i une adjudication, sans étutlf^ préparatoires, sans moyen d'exécution, se forment uans un but d'agiotage illimité sur les promes<es d'action, ou dans Tin* tenti<in arréti-e d'avance d'une fusion réalisable à prix d'urgent;

» ruii!»idérant qu'il e?t de TintérOt du connnerce de voir rentrer dans la ciriMilaiion les nomltreux capitaux qui lui ont été enlevés dans un but «rajxiotag", vt dont l'absence prolongée serait de nature à compromettre le cnJit public ;

m Le ronteii émet le xœu de voir prendre à M. le ministn des travaux pntfltrt et a M. le ministre de^ finances toutes les mesuras légales néceuaires pomr

prétenir It retour d'un pareil état de choses, et d'assurer la vérité de la concnrrttnce dans les adjudications des grandes lignes de fer, et remédier aux iooonvénients qui sont résultés de V abandon par VÊtat des grandes lignes do fer à des compagnies privées. »

Il faut le reronnaîlre, il n'est pas au monde de terre plus féconde que la France en vœux stériles, ni de terre plus stérile en vœux féconds ! Voyez ce (jue sont (»t ce <|ue deviennent, cha(iue année, les vœux de nos quatre-vingt-six conseils généraux : voyez c(M|ue nous avons fait du droit de pétition, ce (pril a produit ! Connnent cela sV\pli(iue-t-il? — Cela s'explicjue par c(» fait (pie nous n'allons jamais au fond des choses ; eela sV\pli<pie par U» dédain superbe que nous avons j)uur tout ce (pii est positif, et par l'empire iirésistil)le «piVxerce sur notre esprit paresseux tout ce (pii est lieux communs, grands mois vides de sens; eela s'explique par l'attention l'eligieuse avec hupielle n(»us écoutons tous ceux qui n'(mt rien à dire, et par l'impatience turbulente que nous cause (piiconcpie arriv(» avec une idée, une opinion, un fait (pli contrarie nos impres.sions ou nos convictions du moment : cela s'e\pli(pie enlin par Tirréllexion (pii préside à toutes nos délibérations, oii il n'y a jamais <le temps et de plac(» (pie pour les débats oiseux, I(\s apol(»gies systémati(ïues et \vs récriminations tar(iiv(»s.

Ces réflexions nous sont inspirées par b» clurur d'éhiges que chanttMit tous les journaux en l'honneur du conseilgénéral de la Seine, dont nous Ncnons de rapporter le \(vu.

Au f(md de ce V(eu (ju'y a-t-il?

M. le ministn» d(»s travaux ]Mil)lics et M. le ministre des finantTs sont priés de prendre toutes 1rs mesures lèynirs nécessaires 1** i)our assur(»r la vérité de la concurrenc(» dans les adjudication.s des grandes lignes dt» cli(*mins de fer; 2** pour mettrt» un frein l\ la formation inc(\ssanle de ces C(»mpagni<*s, (pii. sans espoir fondé (rarri\(*r à une adjudication, .sans étud(»s préparatoin^s. san> mo>ens d'e\(»culi(»n, se fondent dans un but (ragiotag(Mllimitesur les prom«*s.ses d'actions, ou dans l'intenlioii arrêtée d'avance d'une fu**ion réalisable à prix d'argent.

Mais avant d'adopler ce vœu proposé par M. Perret, rédigé par M. Séguier, amendé par M. Considérant, le conseilgénéral de la Seine a-t-il commencé par ouvrir le Bulletin des Lois pour acquérir la prouve de l'existence de ces « mesures légales » dont il recommande l'application ?

Si ces mesures légales n'existent pas, par cette raison de force majeure que les chambres appelées à les chercher ont été impuissantes à les découvrir, comment MM. Dumon et Laca\'e-Laplagne feront-ils pour les appliquer, et quel sens a donc le vœu du conseil-général de la Seine?

Ce conseil reconnaît et déclare que Vesprit d'association permet à des compagnies sérieuses, mais individuellement impuissantes, de se réunir pour l'exécution des grands travaux; mais en même temps il demande que les sages prescriptions du législateur, en ce qui touche la concurrence, ne soient pas éludées. Certes, rintenlion est excellente; mais qui sera juge de Timpuissance des compagnies qui auront considéré comme prudent de s'associer entre elles avant le jour fixé pour le dépôt de leurs listes de souscripteurs? Ce sera toujours là que résidera la difliculté, et si le conseilgénéral de la Seine connaissait un moyen de la résoudre, il aurait bien dû l'indiquer. Il aurait bien dû également ne pas se taire si discrètement sur ce qu'il y avait à faire pour mettre un frein à la formation incessante de ces compagnies improvisées contre lesquelles il n'a pas été le premier à se prononcer. ^

Il y avait un moyen bien simple dVmpécher que ces compagnies ne pussent se former, c était d'exiger (]u'avant la publication de tout avis de leur constitution, qu'avant l'envoi de toute lellre-i*irculaire, (pf avant TinstTtion de toute annonce, elles cffectuasst»nl, dans imedes caisses de l'État, le dépôt, en espèces ou en <»ffels publics, d'un cautionnement égal au dixième au moins du capital social estimé nécessaire il renlreprise; c était de déclarer (juc nul ne .serait admis à faire partie du conseil dadnn'nistration d'une compagni(» de chemin de fer qu'après avoir fait inscrire à son nom toutes les actions qu'il lui plairait de se réserver, et

avoir préalablement versé, clans la même forme et avant tout autre souscripteur, le ou les premiers dixièmes exigibles. Nul doute que le but eût été atteint par ce moyen fort simple ; mais si les chaml)res leussent adoi)té, que n'eût-on pas dit ? — Reportez-vuus donc à la question soulevée par la proposition de M. Daru, déposée sur le bureau de la chambre des pairs! — On eût dit que ces garanties n'étaient qu'un détour pris pour assurer à la haute banque le monopole des entreprises de chemins de fer, et écarter la concurrence des petits capitaux. Il faut s'y résigner; quoi qu'on fasse, on nVnipéchern jamais rid)us de s'atlacher aux flancs de tout usage, de toute mesure, de toute loi, de toute institutiim, comme la mort au cœur de toute créature qui a palpité. L'homnn^ n'a la lacullé de choisir que le moindre entre deux abus, deux excès, deux dangers. Le cercle de son alternative n est pas plus étendu (pie cela. De deux excès entre lesquels on était placé, a-t-on choisi le moins gnive? Nous le pensons sincèrement et nous l'avons dit hautement.

Le mal dont on se plaint, (fui existe, en effet, mais qu'on exagère, ne sera que pa.ssager. Les capitaux retirés niomentanément aux transactions de l'industrie et du commerce, détournés de leur cours, ne tarderont pas à le reprendre. Après tout, les chenuns dt» fer ne retiendront jamais que les capitaux (]u'ils emploieront et (]u'ils eussent employés dans Tun ou dans l'autre de ces trois systèmes: Le monopole; le priiUèije: la coucunrnce.

A propos de cj)ncurrence, le conseil-général de la Seine dit qu'en ce qui le louche, il importe (pie les sag(»s pr(\seriptions du législateur ne soient j)as éludées. Que faut-il entendre par c(»s paroles? Faut-il ent(Midre, par exemple, que, placé entre deux compagni(»s .se disputant la ligne de Paris à Strasbourg, le ministre, alin dVcarler celle des deux qui prés(»nl(»ra, par la fusion même de onze eonqwignies en une seule, le plu> de garanties, devra s'empn\sser d'admettre n souscrire la eoinpagnie rivale, n'en prescnlât-elle (pie <rinsufji.sanl(\s?

Si c*rsl ainsi qif on entend les p«iroles du conseil-général iK^ la StMne, il est bon de le dire à l'avance, afin que le minisln* sache parfaitement à quoi s'en tenir.

Ceux qui défendaient, en 1838, les conipagnies, aujourd'hui les attaquent: nous (jui les attaquions, en 1838, aujounl*hui nous les défendons. On vante M. Arago, on nous calomnie. On félicite M. Arago, le rapporteur de la grande loi de 1838, qui confiait à TÉtat l'exécution des grandes lignes de chemins de fer, et qui Ta battue si fortement en brèche, d'avoir changé d'opinion ; on nous attaque, nous, qui n'avons pas h nous reprocher la moindre contradiction, la plus légèn* inconséquence.

De 1838 jusqu'en 1845, l'Étal a eu le choix, ou de conserver le monopole d(»s chenu ns de fer, ou de Tabandonner. De 1838 jusqu'en 1845, cVst-à-dire pendant tout le temps que l'État n\i pas eu aliéné sa liberté , qu'«ivons-nous fait? Nous n'avons cessé de i)laider la cause de l'État contre les compagnies. De son ciMé, (ju'a fait M. Arago? Ce n'est qu'après la clôture des (*haml)rcs , ce n'est (|u'il y a trois jours, ce n'est (pi'après sept années écoulées entre sa première et sa seconde opiiu'on qu'il s'est aperçu tout îi coup que la première était erronée et qu'il l'a déclaré, c'est à dire quand cela ne servait plus à rien ciu'il en change/kt et qu'il se donnât à lui-même un démenti tardif. Où est l'inconséquence? Aussi longtemps que nous av(ms pu soutenir utilement la lutte contre les compagnitvs. nous l'avons énergiquement soutenue; aussi longtemps que nous avons pu conserver l'espoir dVmpécher le pays, les chambres, le gouvernem(»nt de tomber dans une erreur fatale, nous avons résisté de toutes nos forces; ce n't»st (ju'après que toulo résistance était devenue vaine, ce nVst (ju'après que les faits ont été accomplis, consommés, que nous les avons acc(»plés pour qu'ils ne s'aggnivassent pas. Voilà comment nous entendons l'opposition ; nous l'entendons quand elle est opportune, utile, quand elle devance lesactes.M..\rago, lui. l'entend aiilrement : il attend, pour faire de l'opposition aux compagnies, (]u'il a soutenues quand il eût dû les alla-

quer, que ces compagnios soient ronstituéos, il atlond que celle opposition soit lordive et ne puisse plus Olre qu'un regret stérile. Vantez M. Aragoî

21 décembre 1816.

La lettre suivante nous est adressée par M. Rartholony, président du ronseil de la eoinpaf^nic» du elieniin de fer de Paris à Orléans, et auteur de plusieurs écrits sur les divers systèmes à adopter pour arriver à la construction des grandes lignes d*» cluMuins d(» fer. M. Hartliolony nVsl pas un esprit exclusif: il l'a prouvé on n'hésitant pas à s'evprinier favorablement sur notre proposition (rémettre des bons de chemins de fer, Wn*n (pi'il .*i<» fût constitué le défenseur le plus énergique du principe d<» la (jarantie d'intèrH et «le IVxécution par les compagni(»s. M. Bartholony. dans la lettre ipie nous publions, n^gnMte (|uc l'on liait |)a s préféré au mode «radjudicatioii pul)li(pie le système d(* la concession din^cte. I<» seul raisonnable, selon lui. (l'est un regret que mms ne saurions partager. Le» systcm** d<'s concessions directes aurait eu tous les incoiuéments du s>stème des adjudications publiques, plus c(mi\ qui lui étaient inhérents: c'est ce que nous croyons avoir plein«'menl demcMitré quand nous avons eu à discuter les deux sxstèmes. Il n'y avait que Texécution par l'Ktat (pn' pOt présenir h»s excès (pi'on déplore aujourd'hui et (pie nous avons prédits.

«« Au gouvern(*ment les lignes |)rincipales et les télés de ï» chemins de fer: l'intérêt général h» veut:

»• Aux compagnies les ligiKVs second;iires et l«»s (»mbran- »» chements : l'intérêt local h» peut.

ï» Les capitaux fourm's par TKtat au moyen de hons de » cheminx de fer à l\ fr. Cîi c. 0/0 d'intérêt par an. — un » centime par jour:

« Les travaux <»x«»cut(vs par l'industrii», comme cela a lieu » pour les rout(»s royal<»s dont rentre|)ris(» s«» fra(*tionne cl " se donne par adjudication. >*

Toi olnil notre syslème ; l'expérience n'a pas lardé à dénvM^lror qu'il oilt été à la fois lo plus simple, le plus efficace ol lo plus avantageux. On commence à regretter de ne r,ivoir |uis adopté. L'honneur d'un examen quelque peu Api>rofondi ne lui a pas même été fait. Cela devait être : cVtait une idée juste.

M. Bartholony propose dans sa lettre de restituer aux conq>agnies la totalité des cautionnements qu'elles ont déptvst^s « aussitôt qu'une somme équivalente aura été dépensée » fw travaux sur le terrain. » Nous donnons à cette proposition notre pleine adhésion, comme nous sommes prêts à la donner à toute mesure qui aura pour but et pour effet de faciliter Tœuvre des compagnies et d'alléger leur fardeau, mais sans ralentir l'exécution des travaux, ajourner pour le public l'époque d'entrée en jouissance, ni aggraver les tarifs. Voici les trois réserves formelles que nous mettons à notre adhésion. Nous irons même plus loin que M. Bartholony, et s'il est vrai que M. le ministre des travaux publics ait l'intention de rembourser le cautionnement à mesure de Vavancement des travaux, nous sommes tout prêts à donner notre approbation à ce mode généralisé partiel et successif de remboursement. Nous sommes également prêts à donner notre assentiment à la dissolution pure et simple de toute compagnie qui n'y mettrait que la condition de la restitution du cautionnement vei'sé par elle. Qu'on ne soit pas retenu par la crainte de fonder un précédent fâcheux. Ce précédent existe, et il n'a pas eu de suites regrettables, car la dissolution de la Compagnie des Plateaux, à la tête do laquelle étaient MM. Aguado, Humann, le comte Jaubert, etc., n'a pas empêché peu de temps après la compagnie du Chemin de fer de Paris à Rouen de se constituer avec un succès tel, que, malgré la baisse des actions de chemins de fer, les siennes sont encore au dessus de 900 fr. Jusqu'au jour où les Chambres législatives ont condamné sans appel, et en dernier ressort, le système de Texécution par rÉtat, nous avons combattu sans relôche, à outrance et sous toutes les formes, l'exécution par les compagnies.

Maintenant que les compagnies sont en possession de cet important monopole, qu'un gouvernement fort et prévoyant n^aurait jamais dû leur abandonner, nous laissons à d autres le soin des récriminations in)puissantrs, des petites chicanes et des nnsérahles liostilitês. Il n'y n pins aujourd'hui qu'une chose utile à faire : c est d'aider eflicacement les compagnies à achever proniplenienl Pcinivre qu'elles ont entreprise ; c'est (Pempécher le cours des actions de chemins de fer de s'avilir, par la douhie difficulté d'eirectuer les versements et dVn opérer la vente ; deux difiiciiités qui s'aggravent Tune par l'autre: cVst d'alléger, non dans un intérêt privé, mais dans uu intérêt générai, le poids sous lequel fléchissent (»n ce moment l)eauc;)up d'actionnaires, dont le tort est d'avoir partagé les erreurs cl l(»s illusions des pouvoirs législatifs, et d'avoir cru à une hausse qui ne s'est pas soutenue. L'hoimeur du crédit français est engagé dans l'ctte question. Il ne faut pas qu'après l'avoir supposé plus puissant (piil ne l'était en réalité, on dcmne maintenant Il penser aux étrangers qui nous contcn)pl(»nt qu'il est plus faible qu'il ne l'est en elTet. 11 faut éviter la crise et ravilis.scment. Le moytMi indicpié pnr M. liiulholimy, et que nous approuvons, scra-t-il suflisiint? (]'esl ce que Tappli- (•al ion montrera: n)ais si celui-là ne suffisait pas. il y en aurait un autre fort simple, (|ui consisterait à demander au crédit public de venir en aide au crédit privé, en autorisant le gouvernement à se charger, à des conditions déterminées, du versement temporaire des deux derniers cinquièmes de toutcvs les actions dont les trois premiers cinquièmes auraient été déjà sersés. On comprend que celte mesure aurait pour effet d'arréttM- t(»ul«»s les ventes précipitées qui n'ont lieu (jue par la crainte où sont beaucoup d'actionnaires de ne pouvoir emprunt(M* sur le dépêl de leurs actions, à l'époque où ils auront à faire les deux derniers versements. 0"'<*'*^l-<*<* qn<* l'Klat ris(|uerait :* l'n tel engagement ne le mènerait pas loin. (^)ue l'on donne aux porteurs <l'actions de chemins de fer la <!erlilu<le qui leur manque, de pouvoir, sur le dépùt de leurs actions, après le

. versemeni du 3** cinquième, emprunter à des conditions qui ne seront pas onéreuses, et ces valeurs ne larderont pas à se placer entre les mains de la classe économe, qui n'arrive que lentement, par la succession des privations qu'elle s'impose, et par l'agglomération de ses épargnes, à se former un petit capital. C'est de cette classe-là dont on ne saurait trop se préoccuper, car comme c'est la plus nombreuse, c'est, en masse, celle qui dispose des capitaux les plus considérables ; mais nous ne faisons qu'indiquer ici, en passant, ce moyen ; s'il y a lieu, nous y reviendrons, ci nous l'approfondirons.

En attendant, voici la lettre de M. Bartholony :

« Monsieur,

> La baisse générale des actions dos chemins de fer et la situation de la place ont éveillé l'attention publique sur les appels de fonds que les corn- •pagnies seront successivement obligées de faire ; et, tandis qu*il y a nn an à peine, on n'avait aucune préoccupation sur une multitude de chemins proposés ou projetée (que la situation actuelle aura au moins pour bon résultat d'ujourncr ou de faire abandonner), passant d'un extrême à Tautre, comme d'ordinaire, on s* alarme aujourd'hui outre mesure de ces appels de fond:*, lesquels )>ourtant seront bien moins nombreux qn*on n*a dû nn moment le craindre, après les folies de Tannée dernière.

» Toutcfoi», on ne peut »e le dissimuler, il y a dans la situation générale de» affaires, tant eu France qu'à l'étranger, des motifs plus que suffisants pour justifier rinsi.-^tance de ceux qui demandaient que le grand et utile développement des travaux publics anr.quels nous assistons fût aasû sur des bases plus solides que la spéculation particulière, en nn root, qu'il t*appuyât sur la large ba.*^ du crédit de l'État. ,

» Si Ion veut ne pa^ s'arrêter on chemin, en fait de grands travaux pnblics, cette grave que&tion de l'intervention de l'Etat dans la constitution des comp:ignii\s ne {leut manquer de se reproduire. En attendant, et pour parer au mal prennent, je croi» devoir appeler Tattention du gouvernement sur une mesure d'une exécution simple et facile qui procurerait immédiatement un grand soulagement à la place, sans qu'il en puisse rébulter aucun inconvénient *, je veux parler du remboursement dos cautionnements.

» D'aprÔH le relevé qui suit, ces cautionnements s'élèvent à la somme de 76 millions et demi (1). Pour longtemps encore, les compagnies seront

il) Cautionnements exigés des compagnies :

Paris à Strasbourg, 12,500,000 ; Bordeaux à Cette, 16 million» ; Pftria à Lyon, 16 millions; r^ord, 7 millions, etc., etc.

privées de la disponibilité de celte somme importante dont la restitution immédiate les dispen.<erait, jusqu'à duc concurrence, d'appels de fond*.

0 Qu'est-ce qui pourrait raisonnablement s'opposer à ce qu'on introduisit dans les cahiers des charges, indépendamment des autres allégements qu'il potirrnit être reconnu nt'ce>suirc d'y apporter, une clause modificative autorisant le remboursement de la totalité du cautionnement, aussitôt qu'une somme éfjuivalente aurait été dépensiKi en travaux sur le terrain?

» Assurément, ces travaux seraient une garantie bien suffisante ; elle n'eût même jamais été nécessaiire si l'on eût adopté le système de la conc€*»ion directe t le seul raisonnable, selon moi : ce qui s'est passé naguère oe l'a que trop prt)uvé.

» Ainsi donc, il déptuid du gouvernfnjent de Destituer à la circulation une somme éj«alc à la moitié au moins de celle dont les compagnies auront U>soin dans le cours de 1817.

» Appeler l'attention sur ce jK>iTtt, qui, dans les circonstances, a son importance, c e-t le but uni<iue «le rvtut lettre, dont je réclame de votre obligeance ordinaire 1 iuM-rtiou dans votre prochain numéro.

» Veuillez agréer, etr.,

B F. BABTIIOLONY. N

TAtH'lONNF.MEyTS VEKSKS PAR LES rOM1*AUKIS8 I)K CHEMINS I»K FER.

Tours à Nantes, cuutionneuieut remboursable par

cinquième 3,000,000 fr.

Amieni à Boulogne, dito l,r>00.000

Marseille à Avignon, dito 1,500,000

Orléans II lV)rdeaux, dito 1,000,000

Purin ù Strasbourg:, dito, dont 2,54»0,0(>0 applicabkM aux enibrunchcnient:^ sur Metz et la

Prus-e 12,500,000

Pari> à Lyon, cautioniienirnt par dixième. . . . ir»,0<>O,O()i» — Il a été MTM- H.0()0.(»()0 ;\ valoir

i-ur les sommes :i rrmho«ir««'r à l'f'tat 1,*»00,000

Norl, 27,(K>0.000, dont 2o,{X»(),o(M» n valoir sur

If* bomme> à rembourser à l'Kîat «t 7,<KM),0(>0

cautionuenu'ut du <'bennn «le iVr •!*' Lilb; fin

Calai» ri Dunkerque ot Saii»t-(^i.'ntiii. re-*tf». 7,000,000

Montereau à Tro\<»s, raiitionuenjeut nMulMmr-

sable par rinquiémo l,<»00,000

Lvon k Avi^n<»n, dit<». par «iixifuu* K,fKH>,0(K>

Dieppe a Ft't-anip, dito, par ciijqui*in«* 1,700,000

Centre, dit»/, par «inquièin*» 2.CM)»i.00«>

IW>rdi*aux H Cette, ilito. pur rinquirme Id.JHJO.O'H»

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