M. MAUGUIN
18 octobre 1838.
M. Mauguînesl un homme de l)eau('oup (IVspril; cVst là une vérité à liiquelle il nous pnrfWtniit .-lu moins superflu de rendre hommage , si le journal (ju'il dirige nVn faisait assez souvent douter. Le caractère de M. Mauguiu pourrait fournir le sujet d'une charmante comédie dont le litre serait imité d'une pièce «le Mnlière : LeMtUUrin malfjrc lui. M. Mauguin est de l'Opposition malj^'re lui: c'est également malgré lui qu'il est avocat. Lorsipiil fait de l'oppctsition, il est en opposition avec ses idées, ses inslinris, ses tendances, ses goûts fastueux et ses manières polies, jus<|u*'s à la la recherche peut-être. Au Palais, son alVahililé est. à tort, taxée d'impertinence; on y trouve s(»n sourire trop prolecteur, son regard insolemment hicnvcillanl; M. Mauguin est ministre malgré lui... nous nous trompons, c'est ministre qu'il voudrait et devrait être ; il est vi.sihicment gène dt» ne l'être pas, de ne l'avoir pas été. M. Mauguin na pas dans Pesprit toute la portée (pi'il se croit, mais il n'a pas non plus tous les vieux pix'jugés d'un faux libéralisme. (»u. du moins. ils ne sont pas invétérés en lui; ses convictions sont peu profondes, mais h*s idées larges, neuves, pcul-èlri' même avcnlureuses, exercent sur loi une grande puis^arjce d'altraclion; la subtilité de son esprit a ce double inconM-nicnt, qu'elle le trompe .sou vtMil cl n'abuse piMsonne. M. .Mauguin
est doué d'un fonds de raillerie qu'il a tort de prendre pour de la supériorité. Il dédaigne souverainement deux choses :
Toute opposition dont il n'est pas le chef;
Tout ministère dont il ne fait pas partie.
Il envie et dédaigne également deux hommes , M. Barrot et M. MoIé ; avant que ce fût M. le comte Mole qui eût la présidence du conseil, toute la pitié de M. Mauguin était réservée à M. Thiers , chef du cabinet. M. Mauguin lève les épaules et souffre lorsque M. Barrot est à la tribune ; il sourit et triomphe de la supériorité qu'il s'arroge lorsque c'est le président du conseil qui parle... A son avis, l'Opposition ne sait pas ce que c'est que le Pouvoir; le Gouvernement ne comprend pas la Liberté. M. Mauguin pense et laisse deviner qu'il serait le seul qui pût les allier. C'est cette haute opinion qu'il a do lui-môme qui tient M. Mauguin complètement isolé dans la Chambre où il siège. Si le plus souvent il choisit de préférence une boule noire à une boule blanche , c'est qu'il n'a pas l'alternative d'un autre choix. Si dans les i59 boules du scrutin il s'en trouvait une seule qui ne fût ni blanche ni noire, M. Mauguin la prendrait, elle lui reviendrait de droit. L'honorable député de Beaune s'est fourvoyé après 1830 ; il a pris à tort la route opposée à celle suivie par M. Thiers ; il a cru arriver ainsi au gouvernement par la voie de l'Opposition ; il s'esl trompé. Le maintien de la paix a trahi toutes ses prévissions, déjoué tous ses calculs , démenti toutes ses paroles. H. Mauguin et M. Thiers se touchent par le côté belliqueux; toutefois, il est juste d'ajouter qu'aucun parallèle ne saurait être établi entre l'ancien ministre et le directeur anonyme du journal le Commc7*ce\ M. Thiers est infmimont supé* rieur à M. Mauguin, et quand nous disons cela on peut en croire notre sévère impartialité. M. Mauguin n'est pas un homme d'opposition , ce qui le prouve , c'est que l'opposition qu'il fait n'est pas une opposition de principes, mais toujours une opposition d'épigrammes; il ne vote avec l'Opposition que parce que tout ministre dont il n'est pas le collègue est h ses yeux un usurpateur qui occupe sa place.